‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 3)Chapitre 5 sur 25 · LE MARIAGE GREC · texte numérisé non relu

LE MARIAGE GREC

d'environ deux coudées de diamètre, dans un réseau d'argent et rempli de toutes sortes de poissons frits, qu'on y avait comme amoncelés. On y avait joint une corbeille à pain, tissée en argent et pleine de pains de Cappadoce. Après que chacun eut pris ce qu'il voulait, on se lava les mains et on donna le reste aux esclaves.

«Ace moment un des invités, sautant de son lit, demanda un gobelet contenant un congé ; l'ayant rempli de vin de Thase, et le buvant, il ajouta : <c Celui qui boira le plus aura lieu de se féliciter le plus. » — Eh bien I dit Caranus, puisque tu as bu le premier, agrée le présent que je te fais du gobelet, et quiconque en videra un pareil, le gardera aussi pour soi. a A ces mots neuf personnes se levèrent, se saisirent de gobelets, et ce fut à qui aurait bu le premier. Un des convives, assez malheureux de ne pouvoir boire cette quantité, s'assied sur son lit et se met à gémir d'être le seul sans gobelet; mais Garanus lui fait présent du vase vide.

oOn vit alors entrer un chœur d'hommes chantant en accord et suivi d'une troupe de danseuses vêtues les unes en Nymphes, les autres en Néréides. Puis on ouvrit le reste de la salle, qui était partagée par des rideaux blancs. Les torches jetèrent subitement un grand éclat et on vit des Amours, des Dianes, des Pans, des Mercures et autres personnages artificiels, portant des lumières artificielles dans des flambeaux d'argent. Tandis que chacun admirait Thabilcté de Tartiste, on servit des sangliers vraiment d'Érymanthe dans des plats carrés, autour desquels s'élevait une bordure d'or. Toutes ces pièces étaient percées d'un javelot d'argent. La trompe donna alors le signal de la fin du repas, selon Fusage des Macédoniens.

« Caranus pourtant s'étant mis à boire dans de petits gobelets, ordonna aux esclaves de verser à la ronde; car ce vin était l'antidote de ceux qu'on avait bus auparavant. On fit entrer ensuite le boulTon Androgène, qui, après avoir fait mille plaisanteries aux dépens des convives, dansa avec une vieille femme de plus de 80 ans. Ce fut alors qu'on apporta le dessert qui fut présenté à chacun dans des corbeilles tissées en ivoire; il comprenait toutes sortes de gâteaux de Crète, de Samos, de l'Attique, etc. Enfin chacun put sortir emportant les riches présents qu'il avait reçus. » (Liv. IV.)

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Lï KAISSA1TCE — La naissance d'un enfant appelait UQ acte reli^eux.

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!l devait être agréé par le père qui, comme représentant des ancêtres.

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coDTDquait la famille, appelait les témoins et faisait le sacrifice devai.t

le foyer. L'wifant, présenté au dieu domestique, était porté plusieurs

Il latour du feu sacré : dés lors il était reconnu comme membre de la

famille. Cette cérémonie avait lieu quelques jours après la naissance. C'était uoe reconnaissance du nouveau-né, et io père déclarait par là qu'il était de son sang et de sa race.

Plusieurs monuments se rapportent aux soins que réclament l'eDranl nouvcllemeni VCQU au monde. La figure 139, qui représente la uaissance d'Achille, nous fait assister au premier lavage de reafatit.

On dit que les Spariiates donnaient ua bouclier pour berceau à leurs cnfanis, et le fait n'a eu lui-même rien d'invraisemblable. Mais la forme la plus ordinaire des berceaux était celle que nous voyons encore employée aujourd hui dans nos campagnes. C'est celle que nous montre une peinture de vase (fig. UO) représentant la naissance du Bacclius.

Le jour anniversaire de la naissance du père était dans toutes les familles celui qu on célébrait avec le plus de pompe. Et cet usage n'appartenait pas seulement à la Grèce ou à Rome, il était commun à toute raniiqullé.

L* NOURRICE. — L'HflaRe de ronfler l'enfant nouveau-nê S unp nour-

I importai

^^^1 esclaves

rice remonte à une très-haule antiquité. La nourrice avait une très-grande importance dans la famille antique, et n'était pas assimilée aux autres esclaves. Quand l'enfant avait cessé de teler, elle prenait soin de lui, et

demeurait souvent attachée toute sa vie à sa personne, comme nous le voyons dans l'Odyssée; de tous les gens de la maison, la nourrice est la seule qui reconnaisse le héros absent depuis vingt ans. Elle le reconnaît à une cicatrice, et il faut qu'Ulysse lui ferme la bouche pour qu'elle ne fasse pas éclater bruyamment sa joie (flg. Ul). De môme dans les tragédies antiques, nous voyons toujours la nourrice jouer le rôle d'une confidente auprès de sa jeune maîtresse.

Dans lantiquité comme de nos jours, des voix éloquentes se sont élevées contre l'usage des nourrices, qui était universel dans la classe riche. Les arguments que les philosophes invoquaient à l'appui de leurs idées sont exactement ceux que Jean-Jacques Rousseau a reproduits avec tant d'éloquence au xvm^ siècle. Aulu-Gelle nous les a transmis dans ses Nuits attiques. u On vint annoncer un jour au philosophe Favorinus, en notre présence, que la femme de l'un de ses auditeurs, partisan de ses doctrines, venait d'accoucher et avait donné un fils à son mari, a Allons, « dit-il, voir l'accouchée et féliciter le père. » C'était un homme de race sénatoriale, de famille très-noble. Nous suivîmes tous Favorinus, et nous l'accompagnâmes jusqu'à la maison, où nous fûmes introduits avec lui. Il rencontra le père dans le vestibule, Tembrassa, le félicita et s'assit. Il demanda si l'accouchement avait été long et laborieux. On lui dit que la jeune mère, fatiguée par les souffrances et les veilles, prenait quelque repos. Alors le philosophe donna un libre cours à ses idées : a Je ne (( doute pas, dit-il, qu'elle ne soit dans l'intention de nourrir son fils de (( son propre lait. » La mère de la jeune femme répondit qu'il fallait user de ménagements, et donner à l'enfant une nourrice pour ne pas ajouter aux douleurs que sa fille avait éprouvées pendant sa couche les fatigues et les peines de l'allaitement. « Eh! de grâce, répliqua le philosophe, (( femme, permettez qu'elle soit tout à fait la mère de son fils. N'est-ce « pas contre la nature, n'est-ce pas remplir imparfaitement et à demi le « rôle de mère, que d'éloigner aussitôt l'enfant qu'on vient de mettre au « monde? Quoi donc! Après avoir nourri dans son sein, de son propre (( sang, un je ne sais quoi, un être qu'elle ne voyait pas, elle lui refuse- « rait son lait, lorsqu'elle le voit déjà vivant, déjà homme, déjà récla- (( mant les secours de sa mère! Croyez-vous que la nature ait donné aux « femmes ces globes gracieux pour orner leurs seins et non pour nour- « rir leurs enfants? En effet, la plupart de nos merveilleuses (mais vous « êtes loin de leur ressembler) s'efforcent de dessécher, de tarir ces a sources si saintes du corps, ces nourrices du genre humain, et cela au <( risque de corrompre le lait, en le détournant, car elles craignent qu'il

a ne détériore ce charme de leur beauté. Cest agir avec cette même a démence que ces femmes qui détruisent» par une fraude criminelle, c( le fruit qu'elles portent dans leur sein, de crainte que leur ventre ne « se ride et ne se fatigue par le poids de la gestation. Si l'exécration tt générale, la haine publique, est le partage de celui qui détruit ainsi u rbomme à son entrée dans la vie, lorsqu'il se forme et s'anime entre « les mains de la nature elle-même, pensez-vous qu'il y ait bien loin c( de là à refuser à cet enfant déjà formé, déjà venu au jour, déjà votre <i fils, ce sang qui lui appartient, cette nourriture qui lui est propre, à c( laquelle il est accoutumé ? Mais peu importe, ose-t-on dire, pourvu a qu'il soit nourri et qu'il vive, de quel sein il reçoive ce bienfait! o L'homme assez sourd à la voix de la nature pour s'exprimer ainsi, ne « pensera- t-il pas que peu importe aussi dans quel corps et dans quel « sang l'homme s'est formé? Le sang, parce qu'il a blanchi par la <t chaleur et par la fermentation, n*est-il pas le même dans les matt melles que dans le sein? Est-il permis de méconnaître l'habileté de « la nature, quand on voit ce sang créateur, après avoir, dans son atea lier mystérieux, formé le corps de l'homme remonter à la poitrine « aux approches de l'enfantement, prêt à fournir les éléments de la a vie, prêt à donner au nouveau-né une nourriture déjà familière? « Aussi n'est-ce pas sans raison que Ton a cru que, si le germe a nature reilement la force de créer des ressemblances de corps et d'esprit, « le lait possède des propriétés semblables et non moins puissantes, « Pourquoi donc dégrader cette noblesse innée avec l'homme, ce corps, « cette âme formés à leur origine d'éléments qui leur sont propres? tt Pourquoi les corrompre en leur donnant dans un lait étranger une u nourriture dégénérée? Que sera-ce, si celle que vous prenez pour tt nourrice est esclave ou de mœurs serviles, ce qui arrive le plus tt souvent ; si elle est de race étrangère et barbare ; si elle est tt méchante, difforme, impudique, adonnée au vin? car, la plupart du « temps, c'est au hasard que l'on prend la première femme qui a du tt lait. Souffrirons-nous donc que cet enfant, qui est le nôtre, soit « infecté de ce poison contagieux? souffrirons-nous que son corps et tt son àme sucent une âme et un corps dépravés? Certes nous ne tt devons pas nous étonner, d'après cela, si trop souvent les enfants « des femmes pudiques ne ressemblent à leur mère ni pour le corps « ni pour l'âme. En effet, rien ne contribue plus à former les mœurs tt que le caractère et le lait de la nourrice, ce lait qui, participant dès tt le principe des éléments physiques du père, forme aussi cette nature

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