‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 3)Chapitre 7 sur 25 · MÊ · texte numérisé non relu

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LKS ENFANTS GRECS.

femme semblent lodiquer une étrangère, probablement de condition servile. It est probable que nous avons ici un bas-relief funèbre où sont figurées la mère et la nourrice des deux petits enfants. Une foule d'inscriptions funéraires prouvent que la nourrice était considérée comme faisant en quelque sorte partie de la famille, dont elle partageait souvent le tombeau. L'infériorité sociale de la nourrice est exprimée par sa petitesse relative, car cette manière de traduire la condition respective des personnages était très-généralement admise parmi les sculpteurs. Les dieux sont souvent beaucoup plus grands que les personnages réels, à cAlé desquels les esclaves paraissent de véritables nains.

On a conservé bien peu d'antiquités se rattacbant à la première enfance des Grecs. Au point de vue de la fabrication, les jouets d'enfants sont arrivés de nos jours à une étonnante perfection ; mais au fond le type a peu varié, car l'enfance est étrangère à la marche de Thistoire, et les joujoux les plus parfaits ne sont pas ceux dont la fabrication a coûté le plus de peine, mais ceux qui répondent le mieux à leur but, qui est d'amuser l'enfant. le gage que la petite poupée grecque représentée figure 1^3 et dont l'original est au musée du Louvre a, malgré la grossièreté de son exécution, été aussi chère à la petite fille qui la tenait, que si c'eût éié un joujou à ressort couronné dans DOS expositions. Les petits jouets qui sont aujourd'hui classés dans les vitrines de nos musées ont dans leur temps provoqué de gentilles surprises, des joies bruyantes et des larmes.

Foup<« gncqua.

' Li VÊTEMENT DES ENFANTS. — Suivaot uno habitude qu'on rencontre encore en Egypte et dans les pays chauds, les jeunes enfants étaient fréquemment tout nus. Il ne faut donc pas s'étonner si c'est presque toujours sous cet aspect que les monuments tes montrent. Cet usage, quoi que très- fréquent, n'était pourtant pas universel- Dans les familles aisées, les enfants portaient un petit chiton court, qui descendait au-dessus du genou et auquel on ne mettait pas de ceinture pour ne pas gêner les mouvements Ce vêtement était excessivement léger et ressemblait assez à la chemise qu'on leur met aujouT'

d'bui : ce qui le distinguait da chitoD ordinaire, c'est que les braa étaient pourvus de petites manches (lïg. ll|ii et U5).

Les petits garçons qu'on voit représentés sur les monumente n'ont jamais de chaussures; on les trouve toujours pieds nus, et c'est même là un des traits caractéristiques des mœurs antiques. Leurs cheveux étaient tenus très-courts, et les sculpteurs les représentent ordinairement frisés. On ne voit jamais ces longs cheveux tombants sur les épaules, comme en montrent si fréquemment les portraits de l'école moderne.

BDfonU v£Iiu de U cbemiMtlo.

L'ÉDUCATION. — Chez les Grecs, l'éducation des adole!:cenLs, dans les familles aisées, était confiée à un esclave qu'on appelait le pédagogue. Ce personnage avait pour mission d'accompagner les enfants lorsqu'ils sortaient, et de veiller à ce qu'il ne leur arrivât rien de fâcheux. On choisissait quelquefois un étranger pour remplir cette fonction : ainsi, dans le fameux groupe des Niobides, le pédagogue porte (fig. 146) un costume étranger à la Grèce. Il est vrai que Niobé elie-mëme était d'origine asiatique et devait attacher h sa maison des hommes de sa nationalité. D'autres monuments montrent au contraire

le précepteur vêtu d'un costume franchement grec. Sur une peinture de vase (fig. ihl), on voit un jeune garçon tenant un cerceau à la main, et tournant la tfite vera son précepteur, qui marche derrière lui. A vrai dire, ce jeune garçon pourrait bien appartenir h une race divine; mais, comme la scène est certainement empruntée aux mœurs grecques, nous n'avons pas besoin, pour la comprendre, de recourir à la mytholi^ie.

Plutarque, dans son Traité sur nducalion des enfants.

D'est pas d'avis qu'on les confieàdesélrangers. «Quand les enfants, dit-il, auront atteint l'âge où on les place entre les mains des pédagogues, ce sera alors qu'il faudra apporter une grande sollicitude dans le choix de ces directeurs, pour ne pas livrer les jeunes élèves à des esclaves, ou bien à des hommes de pays barbares, ou encore à des étrangers qui changent souvent de place... II faut pour les enfants rechercher des instituteurs dont la vie ne donne pas sujet à la moindre attaque, dans les

mœurs de qui il n'y ait rien à reprendre, et qui aient u de sagesse, dû à leur expérience. »

Le même auteur fait aussi les plus grandes recommandations sur le choix des petits camarades, qui, dès les premières années, seront appelés à partager les jeux de l'enfant auquel ou veut donner une bonne éducation. « Il y a, di(-il, un soin qui ne doit pas être négligé : c'est de s'attacher à ce que les petits esclaves qui auront à servir les jeunes nourrissons et qui seront élevés avec eux aient de bonnes mœurs avant tout, ensuite qu'ils soient gais, et qu'ils s'expriment trèsdistiDctement. Au contact d'enfants de pays étranger et ayant de mauvaises habitudes, les ndtres prendraient quelque chose de ces vices; et

- La pédigoguo.

1 grand fonds

M CONSTITUTION DE lA FAMILLE.

le proverbe n'est pas sans justesse, qui dit : « A vivre avec un boiteux, on apprend à boiter. »

En Grèce, les garçons fréquentaient trdB-jeunes les gymnases publics, et nous parlerons plus tard de l'éducation qu'ils y recevaient. Quant aux

Fig. Itl. — Jeans g>T(OD al iod m*ttte.

filles, on sait bien peu .de chose sur leur éducation, maïs leur instruction devait être assez restreinte. Élevée dans le gjnécée et en vue du gynécée, la jeune fille grecque, ordinairement confiée à une nourrice, attend l'époux qui doit venir un jour; mais elle n'a ni les talents qui charment, ni même le savoir nécessaire à une maliresse de maison.

EMPLOI DES VASES GRECS

DéflOMIllATIOll DBS VASES. — L*AMPHORB. — L^HYDRIB.

Lb ciATàBB. — L*GiH0CHé. — Lb cyathe. — Les coopes. — Les canthares.

L'oBBA. — Les rhttons. — Les tasses.

. DÉif oifiNATiON DES VASES. — Des vases de formes et de matières souvent très-différentes étaient employés au service de la table. Les descriptions de repas que nous ont laissées les auteurs anciens font mention d'ustensiles de table destinés à contenir des liquides et auxquels ils donnent des noms particuliers. « Des coupes de tout genre, dit Lucien, dans le Lexiphane^ étaient placées sur la table à trois pieds, vase cachant le visage du buveur, cyathe fabriqué par Mentor, ayant Fanse facile à saisir, fiole arrondie, vase à long col, coupes d'argile comme en faisait cuire Thériclès, cratères de grande contenance avec d'autres à large ouverture, verre de Phocée ou de Cnide, que le vent pourrait emporter et légers comme une aile de mouche ; il y avait encore de petites tasses, des flacons, des coupes historiées ; l'armoire en était pleine. »

Les vases employés pour la table étaient en terre, en verre ou en métal : mais les vases de terre étaient d'un usage beaucoup plus commun, (c La majeure partie du genre humain, dit Pline le naturaliste, se sert de vases de terre. On cite la poterie de Samos comme excellente pour la vaisselle de table. La même vogue appartient à Arretium en Italie, et, pour les gobelets seulement, à Surrentum, à Asta, à Pollentia, à Sagonte en Espagne, à Pergame en Asie. La ville de Tralles en Asie, et en Italie celle de Modène, donnent aussi leur nom à des poteries en terre; car ce genre de produits rend célèbres des localités, et les fabriques de vases qui ont du renom expédient leurs ouvrages de tous côtés, par terre et par mer. »

Au point de vue de leur usage domestique, les vases employés pour la table forment trois classes principales, divisées chacune en plusieurs espèces. Il y a les vases destinés à contenir le liquide, les vases destinés à le verser, et les vases ou coupes pour le boire. Les trois types principaux de la première catégorie sont Vamphore, qui renferme le vin, Yhydrie, qui contient Teau, et le cratère, dans lequel on mêle l'eau avec le vin. Chacun de ces types est caractérisé par une forme spéciale

à laquelle se rattachent plusieurs varléiés. Il y a encore an très-graDd nombre d'autres vases auxquels on a donné des noms divers, m;iis on n'est pas absolument d'accord sur l'usage particulier de chacun d'eux.

L'AUPttORE. — Les amphores n'appartiennent pas précisément au service de la table, puisque leur place était ordinairement dans la cave ou le cellier. — La forme de ces récipients ne diffère pas essentiellmeot de celles que nous avons vues (fig. 11, Ifi) sur les mouumenls égyptiens. Leur base, généralement pointue ou arrondie, est toujours assez mince, en sorte que les amphores ne pouvaient presque jamais se tenir droites sans l'aide d'un support (Gg. 1/|8, U9 et 150). Dès que les amphores

étaient pleines, on les bouchait soit avec des bouchons de liège, soit avec un enduit de poix, d'argile ou de plâtre. Une étiquette suspendue au col de l'amphore indiquait la contenance du vase, l'âge où l'espèce du vin, etc.

L'btdbie. — LTiydrie est un vase destiné à contenir de l'eau. Son ouverture est moins large que celle du cratère. L'hydrie est toujours pourvue d'une anse (fig. 151); quelquefois même elle en a deux (fig. 152, 153, ibit). C'est ce vase que les femmes portaient sur leur tête quand elles allaient à la fontaine. L'anse latérale était destinée à placer

EMPLOr DES VASES GRECS. 91

la main droite avec ce geste si gracieux qu'on trouve dans les bas-

reliefs antiques, et que les femmes du peuple ont conservé en Orient.

fif. 13J. Fia, 154.

Vue* d* broD».

Comme l'bydrie répondait à notre cruche (Og. 155-156), à notre pot

n CONSTITUTION DE LA FAMILLE.

à l'eau et à notre carafe, il n'est pas étonnant que la forme en soit assez variée. Les anciens donnaient des noms distincte h chacun

Brdrin.

des vases dont ils se serraient. Mais, comme les érudits ne sont pas d'accord sur l'appropriation exacte de ces noms, les nomenclatures qu'on a essayé de faire iusqu'ici sont assez confuses et font souvent un double emploi. Il est donc préférable de s'en tenir aui grandes caté-

gories, sans vouloir spécilîer le nom qui convient grammaticalement à un vase pris en particulier (fig. 157-158}.

Le cEiATÎ:nE. — On donnait le nom de cratère à un vase d'une grande capacité, contenant de l'eau et du vin mêlés, dont on remplissait les coupes à boire, qu'on passait ensuite aux convives. Les anciens en effet buvaient rarement leur vin pur. Ce mélange préparé d'avance jure un peu avec nos habitudes modernes. Mais le vin des anciens n'ôiait pas préparé comme le nôtre.

Le cratère était habituellement pourvu de deux anses placées au bas de sa partie évasce et au-dessus du pied, comme le montre la

EMPLOI DES VASES GBECS

figure 159. Comme te cratère'était presque toujours trèB-grand, ces anses, qui sont au coutraire fort petites, ser- TajeDt à remuer le vase plutôt qu'à le porter. Au reste, le mélange ne se faisait pas toujours dans le cratère, et Athénée nous apprend qu'on le faisait quelquefois dans la coupe des convives : « Il éiait d'usage chez les anciens de verser d'abord l'eau dans le vase à boire et ensuite le vin. Xéoophane dit k ce sujet : n Si tu verses à boire, ne d mets pas d'abord le vin dans le calice, a mais premièrement l'eau, et le vin par- « dessus. » — Hésiode a dit aussi : « Verse <i d'abord trois parties d'eau de source claire a et couraote, puis mets-y une quatrième « partie de vin. » — On lit dans Théophraste : pig. i^.

u Chez les Grecs, on mêlait autrefois le vin ""*'• " ^'"'■

« tout autrement que de nos jours; en effet, on ne versait pas l'eau sur Il le via. mais le vin sur l'eau. »

L'cBHOCHé. — H y a une charmaute catégorie de vases qu'on appelle

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CEaoché. Ils ont généralemeot le col fort étroit; od s'en servait pour puiser le liquide dans les cratères. Nous en donnoas deux représeotatioDS sur les figures 160 et 161 : on remarquera la forme serpentine de l'anse et celle du goulot, qui est très-commune dans les vases de cette espèce.

Lb cy&thi. ' — \ Le cyalhe est une coupe munie d'une anse, arec laquelle les serviteurs de la table puiaaieiit le liquide conienu dans le cratère pour le verser aux convives. Le cvalhe, qui est d'invenlioa grecque, a été ensuite adopté par les Romains. Il y en avait en terre et en argent, quelquefois décorés avec uD grand luxe. Le cyatbe est caractérisé par son unique manche (fig. 162 et 163).

L'usage du cyathe était assez incommode, parce que, comme ce récipient était fort petit, celui qui versuit à boire était obligé, ^ pour remplir une seule coupe, de puiser à plusieurs reprises dans le cratère, ce qui devait quelquefois impatienter le buveur. Cependant il s'explique par la ma- Fiï.iM. - cyaine. j^j^j.^ j^j^^ j^^ ^^^^ portaientjcs

santés. On buvait en l'honneur des personnes absentes, et, quand c'était

un amant qui buvait à sa maîtresse, sa coupe

devait contenir autant de cyathes que le nom

de la personne invoquée renfermait de lettres.

De même, quand on invoquait les Muses, la

coupe devait contenir neuf cyathes.

Dans le repas grec, qui est représenté sur notre figure 16Zi, on voit un jeune esclave qui tient en main les ustensiles avec lesquels il va puiser le liquide contenu .dans nn grand vase posé sur un trépied dernîTe lui. Dans la main droite, il porte un petit vase et, dans la gauche, unesorie de cuillère dont la forme se rapproche du cyalhe. 11

BHPLaj DES VASES GRECS.

IDI

estprobable qu'elle devait s'employer moins pour traDBvaser des liquides que pour enlever les petites saletés qui surnageaieat quelquefois sur les cratères. En effet, comme dans les amphores ou mettait toujoura un

Fi|. 1D4. — Eopu grac, d'apii^i UD< pamli

pea d'buile sur le via pour intercepter tout contact avec l'air, il devait arriver souvent que de petites gouttes d'huile se mêlaient avec lui lorsqu'il était transvasé, et il était important de l'épurer avant de le verser dans les coupes.

Dans la figure 165, nous voyons un esclave puiser du liquide avec

rte ua> p«iDtiu* il« <ii

UD ffailut, pour le servir ensuite aux convives, qui sont couchés sur un Ut et semblent chanter pendant qu'un joueur de flûte les accompagne.

Le guttus est un petit vase qui parait avoir ud emploi à peu près analogue à celui du cyatbe, mais dont la forme est très-différente, puisqu'il est profond et pointu par le bas. Au reste, il exisie une grande contusion dans la dénomination de tous ces petits vases, et les auteurs anciens en parlent assez souvent sans désigner bien nettement la forme particulière à chacun d'eux.

Les coupes. — Les coupes dont on se servait pour boire avaient des formes très-variées, mais qui se rattachent à deux types principaux, celles qui reposent sur un pied et celles qui n'en ont pas. Les coupes li>s piuâ usuelles étaient laides, peu profondes, pourvues de deux anses

et portant sur un socle très-bas, comme on en voit la représentation dans les figures 166 et 167. On voit aussi plusieurs coupes peintes qui présentent la même forme : nos collections en renferment un assez grand nombre (lig. 1G8).

Onregardait autrefoiscomme un très-grand honneur, dit Athénée, de posséder des vases à boire. Achille avait un vase d'un travail admirable, et qu'il conservait précieusement. Aucun au(re que lui n'y buvall, et il ne s'en servait pour faire des libations à aucune autre divinité qu'à Jupiter. Priam, rachetant le corps de son fils au prix de ce qu'il avait de plus précieux, offre à Achille une coupe d'une rare beauté. Jupiter, lorsqu'il prend lafigured'Amphitryon, donne aussi à AIcmène un vase à boire pour prix de la conception d'Hercule. Les coupes auxquelles on attachait tant de prix dans les temps héroïques étaient en or et en argent. Ces vases de métal précieux devinrent iriîs-communs en Grèce, à partir de la période macédonienne, et

EMPLOI DES VASES GRECS. 103

eD Italie, i partir de l'Empire, Néanmoins la plupart des coupes qui ont été retrouvées à Pompéi ou ailleurs sont en bronze.

La figure 169 montre une coupe extrêmement élégante, et * présentent une disposition charmaDte. On donne à ce genre de coupe le nom de cymbium, à cause de la ressemblance qu'on atrouvée dans sa forme avec certaioes barques nommées cymbia.

Les coupes profondes sont souvent dépourvues d'anses, ou bien, si elles en ont, c'est à titre d'ornement; comme elles sont toujours adaptées à un pied assez long pour être fadlement saisi avec la main, les anses n'auraient pas d'ailleurs une bien grande utilité. La Ogurd 170 nous montre un joli spécimen de ce genre de coupe sur pied.

« Il y avait, dit Athénée, différentes manières de boire dans diverses villes, comme le montre Critias. Void ce qu'il dit en parlant de la république de Lacé-

démone :'« L'habitant de Thiase et celui de Chio boivent le vin dans de grandes coupes, en passant le vase à droite : celui de l'Attique le présente de même, mais on y boit dans de petites coupes. Quant à celui de la Thessalie, il porte la santé dans de grands vases, à qui il lui plaît; mais, chez les Lacédémoniens, chacun boit du vase qui est à côté de lui, et c'est un esclave qui lui verse à boire autant qu'il'en veut (liv. XI, 10). »

Les Grecs étaient fort adonnés à la boisson ; cependant les sages ne permettaient de vider que trois coupes dans un repas, une pour la santé, la seconde pour se mettre en belle humeur et la troisième pour se disposer au sommeil. Mais ces belles maximes étaient rarement suivies dans les festins où les occasions de boire ne manquaient jamais. D'abord il y avait la coupe en l'honneur de Bacchus, l'inventeur du vin, qu'on invoquait toujours, pom* que ce dieu empêchât le repas d'être troublé par quelque excès.

Le vin que buvaient les Grecs était presque toujours coupé d'eau : les nourrices de Bacchus étaient les Naïades, allusion facile à comprendre et qui prouve que les anciens prenaient rarement du vin pur. Les proportions de ce mélange étaient très-variables ; la fabrication des vins différait beaucoup de la nôtre et, en outre, les vins grecs étaient généralement cuits. Il est donc impossible de faire une comparaison quelconque entre nos usages et ceux des anciens, pour ce qui concerne le vin.

C'était généralement vers la fin du repas que les coupes circulaient et qu*on portait les santés. Xénophane de Colophon, cité par Athénée, décrit ainsi le moment où on apporte les vins: «Déjà l'ensemble de la table est propre, chacun a les mains bien nettes, les coupes sont rincées: tous les convives ont leurs couronnes sur la tête. L'un présente dans une coupe un parfum d'une odeur exquise : le cratère est là rempli de la source de la joie. Un autre tient le vin tout prêt et dit quïl ne le quittera pas sans y faire raison ; c'est un vin délicat qui parfume par son bouquet tous les pots. Au milieu de tout ceci, l'encens flatte l'odorat par les émissions d'une saveur agréable et pure; des pains d'une couleur dorée sont sous la main; la table rianle est chargée de fromage et de miel : l'autel qui est au milieu même de la salle est paré de fleurs de tous côtés. La musique et les chants retentissent dans toute la maison; mais il faut que des gens sages commencent par célébrer les louanges de la divinité, et ne fassent entendre que des paroles saintes et de bon augure. Ils doivent demander en faisant des libations de pouvoir toujours se maintenir dans les termes de la justice (liv. XI, 7). »

EMPLOI DES VASES GRECS

Les CAifTHARBS. — Athénée nous apprend qu'on employait te terme de canthare pour désigner un vaisseau sur lequel on navigue. Maia il s'agit ici d'une coupe à deux anses d'une forme particulière, comme celle que nous montre la ligure 171. Les anses remontent généralement plus haut que l'onûce du vase et le pied des canthares est assez élevé. C'est un vase d'une forme extrêmement gracieuse, mais dont la dimension était assez variée. C'est ainsi que dans un fragment cité par Athénée un personnage se plaint de l'exiguïté du canthare qu'on lui apporte : a Haï malheureux que je suisi Les potiers ne font plus de ces grands canthares; ce ne sont plus que des petits vases, bien polis, il est vrai, mais qui semblent faits pour être avalés plutôt que le vin. n

Le canthare est un vase d'invention grecque et ordinairement consacré à Bacchus, ce qui n'est d'ailleurs pas bien étonnant, puisqu'on Ji'y buvait que du vin.

Pig. 171. — ConUiiri

L'oBBA. — On se servait également d'une espèce de coupe nommée obba. Elle était généralement en \ terre et avait cela de caractéris- ' tique qu'elle se terminait en pointe parle bas, de manière à ne pouvoir être posée. C'était par conséquent une coupe qu'il était nécessaire de vider d'un seul trait (Ëg. 172). II y avait un certain nombre de coupes qui devaient comme celle-ci être vidées '*■'■" '^ sans se reprendre. Athénée en

cite une h laquelle il donne te nom d'amystis : ,<i Amystis désigne proprement la boisson que l'on boit tout d'un trait et sans détacher les lévTes, comme on le voit dans Platon le comique : « Débouchant u. H

0 une urne brillante de liqueur parfumée, il en versa sur-le-champ dans CI le ventre creux d'une coupe; ensuite il l'agita et la but pure, sans u même reprendre haleine » — L'amystis devait se boire tandis qu'un autre chantait quelques vers dans un intervalle déterminé, ce qui ne laissait que trôs-peu de temps. On lit dans Ameipsias ; « Jouemoi un air de Hûte et toi chante ; moi, je vais boire pendant que tu joueras dé la flûte. — Çà donc, prends l'amystis. n

Les rhytons. — Le rhyton est un vase rappelant des cornes de bœuf dans lesquelles buvaient les bergers de la Thrace.

Les Grecs ont imité la forme de ces cornes dans des terres cuites, dont nos musées et nos collections d'amateurs possèdent de rlylonssest souvent modifiée et il

Pig. m. — Rhyton à leia de ttngliet.

nombreux exemplaires. La forme des y en a une très-grande variété.

La plus grande partie néanmoins affecte la forme d'une léte d'animal dans le cou duquel s'emmanche le récipient.

Ainsi lafigure 173 nous montre uue tête de sanglier et la figure 17îi une tête de lévrier.

Le col des rhytons est souvent orné de peintures remarqua- Mes ; le musée du Louvre et la Bibliothèque nationale en possèdent de superbes échantillons.

Le rhyton ordinaire était percé par le petit bout et on le tc-nait à une certaine distance

Fig. 174. — KhyloD à tile da lévrier.

de la figure, de façon que le jet

L'HPLOI DES VASES GRECS

put arriver direclemenl dans la bouche. C'est ce que nous montre la Tigure 175, qui représente un jeune homme couché sur un lit et buvant avec un rhylon de forme primitive, c'est-à-dire ressemblant à une corne. Une femme est assise sur le pied du lit, devant

Fig, 173. — Uaulits I

B peinture dg Pompai.)

lequel est une petite table servie. Au fond, une servante apporte la boUe à parfums.

U est bon de remarquer que la grande ouverture du rhytoo se trouve 3 peu prèa horizonlale, pendant qu'on boit, car sans cela le liquide se renverserait par en haut au lieu de s'échapper en jet par le petit trou percé au bas.

Il y a cependant une autre espèce de rhytons : ceux-ci ne sont pas percés et on y boit comme dans une coupe ordinaire. Seulement on a soin qu'il ne soit pas possible de le poser quand on y a vers'r le liquide, car il fallait le vider d'un seul trait. Les ligures 176 et 177

lOS CONSTITUTION DE LA FAMILLE.

qui représentent l'une une tête de cerf, et l'autre une tête de cbevaT, nous ottrent des modèles de ce système. Dans ces deux rhytons, la tète, au lieu de décrire une ligne cambrée comme dans les prédédents, forme simplement la pointe du vase, qui ne peut par conséquent se

RhTlod «D lets ds csrf. fUiflOD M UM d* chatil.

poser que lorsqu'il est vide. Mais il serait impossible de faire arriver le jet dans la bouche, parce que le liquide serait aussitôt renversé par la grande ouverture.

Les rhytoiis sont presque toujours en terre, mais on en a fait aussi en métal.

On finit cependant par reconnaître l'inconvénieut du défaut de station dans un récipient destiné à contenir des liquides, et tout en conservant le mode de décoration usité dans les rhytons, on leur donna une base do manière qu'on pût les poser sur une surface plate.

C'est cette catégorie de vases imités du rhytou que les] amateurs connaissent sous le nom de vases d'une forme singulière. La tète d'animal se montre encore dans celte catégorie, mais elle est fréquemment remplacée par une figure d'homme auquel les artistes gynrs se sont complus à donner le plus souvent une physionomie grotesque.

EM1>L01 DES VASES GRECS. 10

Les tasses. — On trouve chez les anciens des lasses en terre cuite et des tasses en métal. La forme de ces ustensiles est à peu près celle qui ^ est employée aujourd'hui et la dilTérence est surtout dans la décoration.

Nos musées renferment un grand nombre de tasses revêtues de peintures, et généralement pourvues de deux anses, qui ne présentent pas toujours la m«me disposition. Les figures 178, 179 et 180 font voir les types les plun habituels de ce genre d^ tasses.

Vig. m. — coBi». p%. laa. ■— Coope.

Il y avait aussi des bols ronds destinés è contenir des mets liquides

Bob poui Is ivrrics d» tible.

et portant sur un pied, comme le montrent les figures 181 et 182. Ces bols sont généralement dépourvus de décoration.

Repas HOMtfHiQOB. — Le partage des mets. Repas des Spartiates. — Repas des Athéiiiens. — Menu d*cn repas.

Les mviTATioiis. — Ljs savoir-vivre.

Lbs lits de table.

Repas homérique. — L'usage de se coucher sur des lits pour prendre les repas n'existait pas au temps des héros d*Homère. C'est ce qu'Athénée fait remarquer : « Autolycus était assis à table lorsqu'à soa retour chez les riches habitants d'Ithaque, la nourrice d'Ulysse le pla^ sur lui, car on soupait alors assis.

Il est certain que lorsqu'Homère décrit un repas, il parle de trônes et de sièges, mais non de lits : « Les ûers prétendants s'avancent et s'asseyent en ordre sur des sièges et sur des trônes; des hérauts répandent une eau pure sur leurs mains, et les convives s'emparent des mets qu'on leur a servis et préparés. Des jeunes gens mettent le breuvage dans les coupes et les distribuent en commençant par la droite. Dès qu'ils ont apaisé la faim et la soif, les prétendants ne songent plus qu'à se livrer aux plaisirs du chant et de la danse, ornements obligés des festins. »

Dans un autre endroit, nous lisons : « Une suivante portant une belle aiguière d'or verse l'eau qu'elle contient dans un bassin d'argent où ils baignent leurs mains; puis elle place devant eux une table unie et luisante; une vénérable intendante y dépose le pain et des mets nombreux qu'elle leur présente ensuite avec grâce. Un autre serviteur apporte des plats chargés de différentes viandes et de superbes coupes d'or; enfin un héraut s'empresse de leur verser le vin. »

Un trait de mœurs qu'il ne faut pas oublier, c'est que les héros d'Homère faisaient au besoin cuire leur viande, et ils attachaient même de l'honneur à se montrer adroits dans cet exercice. Ulysse, paraît-il, n'a jamais eu d'égal pour découper les viandes et pour arranger un feu de cuisine.

Le partage des mets. — « Autrefois, dit Plutarque, les festins «'appelaient des partages, les invités s'appelaient des partageants^ les

mattres d'hôtel des répartiteurs. A Lacédémone, ce n'étaient pas les premiers venus qui étaient chargés de ces fonctions, mais bien les personnages les plus importants, à tel point que Lysandre fut, en Asie, désigné par le roi Agésilas pour être répartiteur des viandes. Mais voulez-vous savoir quand cessèrent de pareilles distributions? Ce fut quand le luxe eut envahi les repas. Car il n'était pas facile, que je sache, de diviser des pâtisseries, des gâteaux au miel, des pâtés au jus, et ces variétés de sauces piquantes et de mets exquis. On céda à la gourmandise, à la sensualité qu'excitaient de si bonnes choses, et l'on abandonna le partage égal des mets. Une preuve de ce que j'avance, c'est qu'encore aujourd'hui, dans les sacrifices et dans les banquets publics, on procède par division des parts, à cause de la simplicité et du peu d'apprêts qui caractérisent ces repas, de telle sorte que ramener le système des parts, ce serait faire revivre en même temps la frugalité {Propos de table). »

Malgré le désir qu'en avait Plutarque, le système du partage, abandonné depuis longtemps à Tépoque ou il écrivait, ne pouvait plus revenir parce qu'il était incompatible avec une société policée. Cet usage de distribuer à chacun sa portion remontait sans doute à Tépoque où le gland fut abandonné pour le blé, et comme le pain était une chose fort rare, il devait y avoir chez ces populations encore sauvages des rixes, qu'on ne pouvait prévenir que par un partage équitable.

REPàS DBS Spartiates. — Les Spartiates ont conservé beaucoup plus longtemps que les autres Grecs la rudesse des âges primitifs. C'était un peuple de soldats, peu soucieux des commodités de la vie et dont toute Torganisation avait pour but de former une jeunesse robuste. Les Spartiates s'exerçaient donc systématiquement à supporter toute espèce de privations. On rapporte qu'un sybarite, se trouvant à un repas de Spartiates, ne put s'empêcher de dire : « En vérité, les Spartiates sont les plus courageux de tous les hommes, et quiconque est susceptible de réflexion, choisira plutôt mille morts que de pouvoir mener une si pauvre vie. »

Dans les repas publics des [Spartiates, les citoyens se réunissaient dans de vastes enceintes, où étaient pressées des tables qui contenaient ordinairement quinze couverts. Les convives d'une table n'allaient jamais à une autre et formaient entre eux une association, dans laquelle on ne pouvait être admis que du consentement unanime des membres. Chaque convive avait droit à une portion réglée de

brouet noir, de porc bouilli, avec du vin, des gâteaux et du pain d'orge. 11 mettait devant sa place des bribes de pain qui servaient à s'essuyer les doigts.

On ne connaît pas exactement la composition du fameux brouet noir, que les auteurs signalent comme étant l'aliment habituel des Spartiates. Il paraît que M"® Dacier, connue pour sa traduction d'Homère, avait cru retrouver la manière de faire le véritable brouet noir des Spartiates, et,rièrede sa découverte, elle convia à un repas antique les plus célèbres érudits de son temps : l'expérience démontra que son brouet noir n'était qu'un excellent purgatif. 11 faut conclure de là, ou que la savante dame s'est trompée, en préparant elle-même son mets, ou que les estomacs des Français ne sont pas faits comme ceux des Spartiates.

Au reste, si nous en croyons Plutarque, il fallait une éducation spéciale pour bien goûter toute la saveur du brouet noir. « Les Lacédémoniens appréciaient au-dessus de toute chose ce qu'ils appelaient le brouet noir, au point que les plus âgés ne voulaient pas de la viande et la laissaient aux jeunes gens. Pour manger de ce mets, on rapporte que Denys, le tyran de Sicile, acheta un cuisinier lacédémonien, et lui ordonna d'en apprêter un plat sans épargner rien de ce qu'il faudrait dépenser, mais il n'y eut pas plutôt touché, que, saisi de dégoût, il le recracha, a Sire, lui dit le cuisinier, pour que ce mets soit un régal, il faut avoir fait de la gymnastique lacédémonienne et s'être baigné dans l'Eurotas. »

Nous ne connaissons aucun monument qui représente des Spartiates attablés; mais il est probable, d'après le caractère de ce peuple, que s'il a admis l'usage des lits de table, cela n'a dû être que fort tard.

Repas des Athéniens. — Les repas des Athéniens forment un contraste frappant avec ceux des Spartiates : on y trouve tous les raffinements d une civilisation très avancée sous le rapport matériel. « Pendant le repas, aie la tête couronnée de toutes les espèces de fleurs dont le sol fécond se pare : parfume-toi la chevelure des essences les plus précieuses; répands sur la cendre ardente de la myrrhe, de l'encens, produciion odoriférante de la Syrie; et, lorsque tu es entrain de boire, qu'on te serve le régal d'une vulve et de la panse d'une truie bouillies et bien imprégnées d'une sauce faite avec du cumin, de fort vinaigre et du suc de selfion : qu'on y joigne de tendres volailles suivant la saison. Laisse là ces Syracusains, qui ne font que boire comme des grenouilles.

et sans manger. Garde-toi de les en croire, et tiens-toi aux plats que je te conseille : tous ces autres petits plats, ces pois chiches, ces fèves, ces pommes, ces figues ne sont que la preuve d'une glorieuse pauvreté. Sache faire cas des g|teaux d'Athènes. Si tu n*en trouvais pas ailleurs, vois à te procurer du miel attique, car c'est là ce qui les rend si supérieurs à ceux des autres pays. Voilà comment un homme bien né doit vivre, ou il faut qu'il s'enterre tout vif ou se précipite dans un goufre, jusqu'au Tartare. » On voit par ce passage d'Archestrate, cité par Athénée, que la pâtisserie athénienne avait une très-grande réputation.

Les Athéniens ont de tout temps passé pour des gens qui entendaient très-bien les petits plaisirs de l'existence. C'est d'Athènes qu'est venue la coutume de faire intervenir dans les festins des histrions et des danseuses pour amuser les convives. Athénée est plein de renseignements sur ce sujet. « Pour nous, dit-il, imitons ce qui se fait à Athènes, et buvons à petits verres en écoutant ces bouffons, ces baladins et autres gens de semblables talents. » Cependant, pour ce qui est des repas proprement dits, la supériorité est quelquefois donnée à d'autres villes de Grèce. Quand on demande au parasite Droméas si les repas sont meilleurs à Athènes qu'à Chalcis, il répond : u Les préludes valent mieux à Chalcis que tout l'appareil d'Athènes. »

Une singularité des coutumes athéniennes qu'il est bon de signaler, c'est l'habitude qu on avait de servir en même temps une grande quantité de mets, de façon que chacun put prendre ce qui lui convenait, comme dans nos dîners à la carte. Cette coutume est vivement critiquée dans un morceau de Lyncée, cité par Athénée : « — Cuisinier, celui qui me traite est Rhodien, et moi, qu il invite, je suis de Périnthe. Nous n'aimons ni l'un ni l'autre les repas d'Athènes : on y sert un très-grand nombre de plats; mais, tandis que je mange d'une chose, un autre en mange une différente, et, tandis qu'il dévore ce que je ne touche pas, je dépêche ce que je tiens. As-tu des huîtres et des oursins? Eh bien, sers-nous seulement ce mets chétif, afin que nous puissions au moins manger en même temps et que, tandis que j'expédie une chose, les autres convives n'en dévorent pas une autre. »

Menu d'un repas. — Les anciens Grecs étaient extrêmement friands, et on ferait un volume entier avec la description des mets et des assaisonnements usités à la table des riches. Nous nous contenterons de donner le menu d'un repas tel qu'il est rapporté par Philoxène,

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