I . Le talent pèse 25 kil. 170 grammes
sur un poteau vertical et se prolonge jusqu'à une barre horizontale, à laquelle il paraît assujetti par un fort assemblage. Au moyen de celte barre, le pilote peut à volonté porter la nageoire de l'aviron vers la droite ou vers la gauche, et produire le nr.ôine effet qu'avec le gouvernail à deux avirons. Pour faciliter les mouvements, l'extrémité de la barre est garnie d'une roue qui roule sur le toit de la chambre : le timonier avait son poste sur ce toit; on l'y voit en activité de service. On homme placé sur la poupe, auprès du gouvernail, semble être le patron de la barque, posté là pour indiquer au timonier et à l'équipage les manœuvres qu'ils doivent exécurer.
u Le gouvernait à barre étant plus avantageux et plus commode que le gouvernail à deux avirons, il est naturel de penser qu'il appartient à une époque plus récente : cette conjecture est confirmée par d'autres considérations. Les bateaux qui se trouven dans les basreliefs consacrés à des représentations symboliques ne portent jamais que le gouvernail à deux avirons; l'autre gouvernail semble en être exclu : on sait que les Égyptiens se faisaient un devoir religieux de conserver la forme primitive des anciens symboles; toute innovation dans cette partie leur paraissait un sacrilège. On doit donc présumer que le gouvernail admis dans les représentations symboliques est celui qu'ils ont connu le premier '. »
Fig. S>. — Bacqua <finboliqu« avec le) avirons lani la baiia.
Pour corroborer ce qui vient d'être dit nous donnons (fig, 69) la représentation d'une barque symbolique, d'une forme très-élégante, mais dépourvue de la barre des bateaux mieux confectionnés. Dans le
1 Hémoire de Omun, membre de l'Iastitut d'Égfpte.
go L'EGYPTE.
monument original, celle barque est montre par des personnages à tête de chacal, dont la sigailication emblématique est tout à fait étrangère au sujet qui nous occupe. Mais, pour juger du progrès que signale le rapporteur de la commission d'Egypte, il suffit de jeter un coup d'œil sur notre Dgure 70 qui représente une barque égyptienne pourvue
de sa cabine. Au-dessus de la cabine on voit le timonier qui fait manœuvrer la barre du gouvernail : celle-ci est pourvue d'une roue pour faciliter la manceuvre.
Les pernlurcs de Tlièlies nous montrent la configuration des bateaux dont on se servait pour transporter le bétail et les provisions sur le Nil {fig. 71). Deux barques sont attachées au rivage par des
cordes maintenues au moyen de fiches. Une sorte de cabine occupe le milieu de la barque et non l'exlrémité comme clans les canges actuelles : on voit dans la première barque un petit mousse qui a sans doute commis quelque méfait, car il reçoit la bastonnade. Dans l'autre bateau on aperçoit une vache et des filets. Des mariniers, placés sur le haut de la cabine, accomplissent différentes manœuvres.
D'autres scènes du même genre se retrouvent en divers endroits. C'est ainsi qu'une peinture (fig. 72) nous montre une barque amarrée près du rivage; la barque communique à la rive par une planche, sur laquelle passent des portefaix chargés de marchandises.
Fig 72. — Chargement d'un bateau.
Voici maintenant, d'après le rapport déjà cité, ce qui concerne la voilure : a La voile est carrée : elle est attachée par son bord supérieur à une vergue horizontale suspendue au mât; son bord inférieur est tendu sur une autre vergue. La figure de la voile carrée se retrouve fort souvent en Egypte, sur les bas-reliefs des anciens monuments; on la voit même parmi les hiéroglyphe?, où elle est probablement le symbole du navire. Cependant l'usage de cette sorte de voile est aujourd'hui inconnu dans la navigation du Nil ; on ne la voit plus qu'auprès des embouchures, où elle est employée sur de très-petits canots; mais cet usage cesse dès qu'on s'éloigne de la mer. La voile triangulaire, dont la figure ne se trouve jamais sur les monuments, est aujourd'hui la seule qu'on connaisse sur le Nil. »
Pig. 78. — Barque à voiles et à rames.
La figure 73 nous montre un exemple de la voile carrée; on remar- 1 11
quera que la voile est hissée au-dessus de la cabine où se tient le timonier, tandis que le matelot qui fait manœuvrer la voile est placé sur le pont du bateau. Au reste, quoique la voile reçoive le vent en plein, les rameurs sont à leur poste, car on se servait simultanément de la rame et de la voile, en employant plus volontiers la voile pour remonter le fleuve et !a rame pour le descendre.
Fig. Î4. — Bari^uti a vuiie», tmas cabine.
Outre les barques qui servaient à transporter les marchandises, d'autres barques étaient spécialement consacrées aux voyageurs. Parmi ces dernières, les unes étaient pourvues de cabines, quelquefois très-élégamment décorées; d'autres, enfin, qui n'avaient pas de cabines, ne servaient sans doute que pour de simples promenades. La figure Ik nous montre une barque d'une forme élégante et incapable assurément de porter des marchandises. Le mât, planté au milieu de la barque, est surmonté d'une grande fleur de lotus et accompagné d'une vergue autour de laquelle la voile est repliée. La fleur, placée en haut du mât, n'est pas un simple ornement: elle est creuse, et le commandant de la barque s'y installait quelquefois pour apercevoir de là les écueils et donner ses ordres pour la manœuvre à exécuter. C'est ce que nous montre la fig. 75.
Plutarque nous a laissé une jolie description de la barque de plaisance sur laquelle la reine Cléopàtre se faisait promener. « Cléopâtre, dit-il, naviguait tranquillement sur le Cydnus, dans un navire dont la poupe
Fig. "5. — Le capitaine dans sa fleur de lotus.
L'HEPTAKOMIDE. 83
était d'or, les voiles de pourpre et les avirons d'argent; le mouvemenl des rames était cadeocé au son des flûtes, qui se mariait à celui des Ifres et des chalumeaux. La reine elle-même magniriqucment parée, et telle qu'on peint ordinairement la déesse Vénus, était couchée sous un pavilioD brodé d'or : de jeunes enfants, hahillés comme les peintres peignent les Amours, étaient à ses cjttés avec des éventails pour la rafraîchir : ses femmes, toutes parfaitement belles, vêtues en Néréides et en Grâces, étaient les unes au gouvernait, les autres aux cordages. Les deux rives du (leuvc étaient embaumées de l'odeur des parfums qu'on brûlait dans le vaisseau. Le peuple qui était sur la place s'étant précipité au-devant de Cléopàtre, Antoine resta seul dans le tribunal ou il donnait audience; et le bruil courut partout que c'était Vénus qui, pour le bonheur de l'Asie, venait visiter Bacchus. Antoine envoya sur-le-champ la prier à souper; mais, sur le désir quelle témoigna de le recevoir cher elle, Antoine, pour lui montrer sa complaisance et son urbanité, se rendit à son invitation. Il trouva chez elle des préparatifs dont ia magnificence ne peut s'exprimer; mais rien ne le surprit tant que l'immense quantité de flambeaux qu'il vit allumés de toutes parts, et qui, suspendus au plancher ou attachés à la muraille, formaient avec une admirable symétrie des figures carrées et circulaires. <>
Bien que la promenade rapportée par Plutarque ait eu lieu sur le Cydnus, rivière qui coule en Asie Mineure, il y a tout lieu de croiie que la reine d'Egypte avait des barques tout aussi élégantes pour la transporter sur le ^il.
Fig. ^B. — ConMraclioii d'ao baleaa ds papftus. {DdcDiatioD d'ans lombe, pria du Fjramldoi.)
Il y avait encore sur le Ml de petits bateaux (lig. 76}, qu'on employait pourremonler les brisants ou pour traverser les bras de rivière qui n'auraient pu supporter une embarcation ordinaire. Ces bateaux avaient une forme particulière et étaient faits entièrement avec du papy-
rus : un seul homme pouvait miaœuvrer ces minces esquifs d'écorce. dont la fabrication est figurée sur une tombe près des pyramides. On soudait les tiges de papyrus avec de l'asphalte ou de la poix, et l'on faisaitainsi desnacelles qui éuient légères comme des paniers. Il est probable que le panier de joncs dont parle la Bible et sur lequel Moïse fut exposé, était simplement un de ces bateaux de papyrus.
Ces petits bateaux sillonnaient continuellemeotlefleuve et SCS canaux : on s'en servait principalement pour la pèche ou la chasse aux oiseaux. Ils présentaient un certain danger, parce que leur légèreté exposait ceux qui les montaient à toutes sortes d'accidents. Mais les bateliers du Nil lesmanœuf vraient avec une exlrfime dextérité, et leuradressemêmeétait pour eux une véritable profession. Souvent, en effet, ils allaient dans les villes donner des représentations de joutes nautiques assez analogues à nos régates.
Les bas-reliefs égyptiens nous donnent la reproduction d'une de ces joutes (fig. 77 et 78). Les concurrents, montés sur leurs frêles esquife, n'ont pour tout vêtement qu'une ceinture nouée autour des reins. Us
L'HEPTANOHIDE.
sont pourvus de longs bâtons, ar3C lesquels ils cherchent mutuellement à se faire tomber dans l'eau.
C'est surtout aux environs de Philœ, dans l'endroit oïi sont les cataractes, que les bateliers déployaient leurs talents. En ce lieu, le Nil forme des brisants et des chutes, qui rendaient autrefois la navigation extrêmement dangereuse. Les mariniers .qui habitaient auxenvirons étaient d'une extrême habileté. L'adresse des bateliers d'Éléphanlioe et de Philœ a fait l'admiration de toute l'antiquité :
on allait les voir manœuvrer par curiosité et plusieurs écrivains anciens en ont raconté des choses surprenantes.
ti Un peu au-dessus d'Éléphantine, dit Strabon, est la petite cataracte, où Ion voit des gens montés sur des esquifs donner une sorte de spectacle aux principaux du pays. La cataracte est une éminence du rocher au milieu du Nil, unie dans la partie supérieure et recouverte par les eaux du fleuve ; elle finit parun précipice d'où l'eau s'élance avec impétuosité ; de part et d'autre, vers la cûte il y a un lit navigable : les pilotes se laissent entraîner vers la cataracte, puis se précipitent avec leur esquif, sans qu'il leur arrive aucun mal. »
Sénéque donne sur les bateliers égyptiens des détails encore
frfos jfthôs. € Am «nrinx» de Philœ. dii-il, le fleo^ coamieDce à rasseniUer ks eaux Taçibondes. Fhilœ est oae ile escarpée eoioarée 4^ deux braoebes dont la réanîoa forme le \il : c'est eo cet endroit qo^ le fleare prend son nom... Il arrive ensoite aux caiaracies, lieu renommé poor an spectacle extraordinaire : là il devient mêconnaistuble; ses eaax, josqn alors tranquilles, s'élancent avec fureur et impétuosité i travers des issues difficiles; enfin il triomphe des obstacles, et, tout i coup abandonné par son lit, il tombe dans un vaste précipice, avec un fracas qui fait retentir les environs. Entre autres mfmreilles qu'on voit sur le fleuve, j'ai entendu parler de Tincroxable audace des habitants : deux hommes s embarquent sur une nacelle : un d^eux la gouverne, et l'autre la vide à mesure qu^elle s*emplit. I»ngtemps ballottés par les rapides, les remous et les courants contraires, ils se dirigent dans les canaux les plus étroits, évitant les défilés des écueils; puis ils se précipitent avec le fleuve tout entier, la tête en avant, guidant la nacelle dans sa chute, aux yeux des spectateurs épouvantés; et, pendant que vous pleurez sur leur sort et que vous les croyez engloutis sous une si grande masse d*eau, vous voyez naviguer Tesquif très-loin du lieu où il est tombé, comme si on Teût lancé jusque-là par une machine de guerre. »
Description de Memphis. — Un peu avant Memphis on trouvait IIHiopolis, ville célèbre par le culte qu'on y rendait au soleil et par le magniflque temple qui lui était dédié. 'C'était une ville sainte, c Les habitants d'Héiiopolis, dit Hérodote, passent pour les plus doctes do tous les Égyptiens. Ce qu'ils m'ont appris concernant les choses divines, je ne dois point le publier, hormis seulement les noms de leurs dieux, et je suppose que tous les hommes les connaissent. Je n'en mentionnerai donc rien, sinon ce que ma narration me contraindra do rappeler. »
Au temps do Strabon, on montrait à Héliopolis la maison qu'avait habitée Selon quand il vint en Egypte s'instruire des choses divines. Strabon décrit le temple en déplorant les dévastations de Gambyse. Ce temple était précédé d'une avenue de sphinx, dont Wilkinson a reconnu les vestiges, et do deux obélisques dont un seul existe encore aujourd'hui : c'est le plus ancien obélisque connu.
L'obélisque et le sphinx sont deux genres de monuments si caractéristiques de rÉgypte, qu'il est nécessaire d'en dire quelques mots avant de pénétrer plus avant dans le cœur du pays. Les obélisques
L'HEPTANOMIDE. g?
sont de grands monolithes en granit qui se plaçaient à l'eotrée des temples, eo avant du premier pyldnc : ils étaient couverts d'hiéroglyplies sur leurs quatre faces. L'obélisque qu'on voit à Paris, sur la place de la Concorde, nous dispense d'une description plus étendue. Les sphinx étaient disposés parallèlement le long des avenues qui
Fig. 19. — Sphiui, TU de gtahl.
conduisaient aux temples. Notre ligure 79 montre un sphinx vu de
profil et notre figure 80 un sphinx vu de face. Nous avons dit déjà
que le sphinx, c'est-à-dire le lion à
tète humaine, était parlicuiRremLnt
consacré à la représentation d un roi
en sorte que les Pharaons semblaient
préposés à la garde du dieu dans son
temple. Les avenues dcsphinxtlaicnt
fort nombreuses, mais il arrive la plu
part du temps, comme nous lc^o>ons
à Héliopolis, qu'il n'en reste plus que
des vestiges,
Memphis est une ville dont la fon dation serait, au dire d'flerodole aus^i ancienne que la formation du Fg su -bpb i *ud«r»e
royaume d'Egypte. « Menés du il
fut le premier roi d'Egypte et fit hâlir au rapport des prétros la ville de Memphis. Le Nil, jusqu'au rùgne de ce prince, coulait te long de la montagne sablonneuse qui est du cfttéde la Libye-, Mènes, ayant comblé le coude que formait le Nil du côté du midi et construit une digue à environ cent stades de Memphis, mit à sec Tancien Ht du fleuve et lui fit prendre son cours par un nouveau canal, afin qu'il coulât à égale dis-
tance des montagnes. Il fit ensuite construire la ville dans l'endroit môme d'où il avait détourné le fleuve et qu'il avait converti en terre ferme k »
Cette ville, si célèbre dans Thistoire des premiers 1 haraons, a perdu complètement son importance après la fondation d'Alexandrie.
Strabon décrit Memphis comme une ville encore grande et bien peuplée, mais il parle aussi de ses palais abandonnés et tombant en ruine. Les édits des empereurs chrétiens et surtout de Théodose achevèrent la destruction de ses temples. Les matériaux de l'antique Memphis ont ensuite servi à la construction des monuments du Caire. Memphis possédait encore, il y a six cents ans, des ruines imposantes. On peut en juger par la description qu'en donne l'écrivain arabe Abd'Allathif : « Malgré l'immense étendue de cette ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte, nonobstant toutes les vicissitudes des divers gouvernements dont elle a successivement subi le joug, quelques efforts que différents peuples aient faits pour l'anéantir, et en faisant disparaître jusqu'aux moindres vestiges, effaçant jusqu'à ses plus légères traces, transportant ailleurs les pierres et les matériaux dont elle était construite, dévastant ses édifices, mutilant les figures qui en faisaient l'ornement; enfin, en dépit de ce que quatre mille ans et plus ont dû ajouter à tant de causes de destruction, ses ruines offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l'intelligence, et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire. Plus on la considère, plus on sent augmenter l'admiration qu'elle inspire : et chaque nouveau coup d'œil que Ton donne à ses ruines est une nouvelle cause de ravissement'. »
Depuis le temps où parlait l'écrivain arabe , Memphis a été si bien détruite, qu'on cherchait encore, il y a peu d'années, où avait été son emplacement. La plaine ne présentait que des monceaux informes de décombres et une statue colossale de Ramsès II, renversée sur le sable. Ce colosse mesure environ 18 mètres et est taillé dans un bloc de calcaire siliceux extrêmement dur. Il porte en caractères hiéroglyphiques une inscription ainsi conçue : « Ramsès-Meïamoun, dieu-soleil, gardien de la vérité, approuvé du soleil. »
Aujourd'hui nous sommes plus heureux. Une des plus importantes découvertes de l'archéologie moderne, celle du Sérapéum de Memphis, est due aux fouilles de notre infatigable compatriote, M. Mariette.
i. Hérodote, II. clt.
S. Âbd'Aliathir, traductioo de Siiyestre de Sacy.
Ayant aperçu la partie supérieure d*une tête de sphinx qui se montrait à travers le sable, il se rappela immédiatement Tendroit où Strabon place le temple de Sérapis et crut être sur la trace de ce monument dont l'importance était extrême, parce qu*il contenait la sépulture des Apis. Il fit immédiatement déblayer le terrain et mit bientôt à jour cent quarante et un sphinx, ainsi que les piédestaux d'un grand nombre d'autres. Au bout de cette avenue était un temple égyptien, dans lequel le savant égyptologue découvrit un hémicycle contenant les statues des plus fameux écriv^ains de la Grèce : Homère, Aristote, Eschyle, Platon, Pindare, Euripide, Pythagore, etc. C'était assurément fori curieux, mais ce n'était pas là ce qu'il cherchait.
On continua donc les fouilles et le véritable temple d'Apis apparut bientôt. Le premier pylône était décoré de lions accroupis, qui sont maintenant au Louvre. On creusa plus avant, et, après avoir trouvé plusieurs statues de bronze représentant des divinités égyptiennes, on mit à jour l'entrée de l'hypogée où étaient déposés les Apis après leur mort. Ce qui donne à cette découverte une très-grande valeur historique, c'est que ces Apis étaient accompagnés d'inscriptions relatant la date de la mort du bœuf sacré, rapportée à l'année courante du prince régnant. C'est ainsi qu'on a pu fixer la chronologie d'un grand nombre de dynasties pharaoniques. Les chambres souterraines renfermaient de nombreux sarcophages et des os de bœufs très-reconnaissables.
Le bœuf Apis était, pour les Égyptiens, le symbole de l'agriculture, (i Le bœuf Apis, dit M. Mariette, est une incarnation d'Osiris, dieu souverainement bon, qui descend au milieu des hommes et s'expose aux douleurs de la vie terrestre sous la forme d'un quadrupède. » Mais cette incarnation ne pouvait pas se manifester par une naissance dans des conditions ordinaires. Aussi, d'après l'opinion générale. Apis était
fruit d'une vache rendue féconde par un rayon de la lune. C'est pour cette raison qu'il devait avoir sur le poitrail une tache en forme de croissant et différents signes qui faisaient reconnaître sa merveilleuse origine.
Les pyramides. — Les pyramides sont des tombeaux; il n'y a plus aujourd'hui aucun doute à ce sujet. Les quatre faces sont dédiées, par des raisons mythologiques, aux quatre points cardinaux et c'est ce qui explique leur orientation qui est partout la même : l'entrée est toujours dirigea vers le nord. Les pyramides occupent le centre
des nécropoles, ce qui confirme encore l'attribution funéraire que tout le monde aujourd'hui s'accorde à leur donner.
u Ce qu'on voit aujourd'hui des pyramides, dit M. Mariette, n'en est plus que le noyau. Originairement elles étaient recouvertes d*un revêtement lisse qui a disparu. Elles se terminaient en pointe aiguë. Les pyramides étaient des tombeaux hermétiquement clos; chacune d'entre elles (au moins celles qui ont servi à la sépulture d'un roi) avait un temple extérieur qui s'élevait à quelques mètres en avant de la façade orientale. Le roi, déifié comme une incarnation de la divinité, y recevait un culte. Les trois grandes pyramides de Gizeh ont, comme les autres, un temple extérieur. »
C'est aux environs de Memphis que se trouvent les principales pyramides, qui faisaient paptie de l'immense nécropole de cette cité.
« Les pyramides, dit le Guide m Orient, sont toutes sur la rive gauche du Nil, entre le Delta et le Fayoum. Le nombre en est considérable. Le docteur Lepsius n'en a pas examiné moins de soixante-sept, répandues du nord au sud sur un espace d'une dizaine de lieues. Elles varient beaucoup quant à leurs dimensions et à leur état de conservation. Elles forment un certain nombre de, groupes plus ou moins espacés, qu'on distingue, d'après les villages actuels qu'ils avoisinent, en pyramides de Gizeh, d'Abousyr, de Sahkarah, de Dachour, de Matanyeh et de Meidoûn. De tous ces monuments, les plus grands et les plus connus sont les trois pyramides de Gizeh; ce sont aussi les plus septentrionales et les seules que l'on veut désigner communément quand on prononce le nom de pyramides. »
La plus grande pyramide et la plus rapprochée du nord est celle qui a été élevée par Chéops. Elle a 137 mètres de hauteur et la largeur de chacune des faces, à la base, est de 227 mètres. Nous donnons (fig. 81) la coupe de cette pyramide. Â marque l'entrée, dirigée vers le nord : elle est située à environ vingt mètres de l'assise inférieure à égale distance des deux extrémités de la face. L'entrée donne accès à un couloir descendant où l'on pénètre en se courbant et qui mesure l'",20 de hauteur sur 1"»,06 de large. Cette galerie bifurque; si nous laissons cette bifurcation pour continuer à descendre au-dessous du niveau du sol , la galerie devient horizontale et conduit à une chambre de 6 mètres de longueur sur k mètres de hauteur. On ne connaît pas l'emploi de cette pièce, qui se trouve à peu près dans l'axe vertical de la pyramide, mais à 32 mètres au* dessous de sa base et conséquemment au niveau du Nil. Hérodote,
L'HEPTANOHIDE. t)i
parle d'un canal souterraiD qui amenait l'eau du fleuve à l'iotérieur de la pyramide : si ce canal a réellement existé, c'est en cet endroit qu'il a Ah aboutir, mais on n'en a trouvé aucun indice. A Textrémité de la chambre, se trouve, il est vrai, une nouvelle galerie qui semble un prolongement de la première et s enfonce à une profondeur de 16 mètres, mais elle se termme brusquement et n'aboutit à rien.
Pig. 81. — Coupa du U pyrimido de Cliéopi
Revenons maintenant vers la porte d'entrée marquée A, jusqu'au point où se trouve la bifurcation. La galerie montanle qui se dirige vers le point Best fermée par un gros bloc de granit : les Arabes, chercheurs de trésors, n'ayant pu déplacer ce bloc, l'ont tourné en s'ouvrant un passage factice dans la masse même de la maçonnerie. Quand on se retrouve dans la galerie, on arrive au point B que nous désignons sous le nom de grand passage parce qu'il est en effet beau* coup plus vaste que les autres galeries. Hais, à l'entrée du grand passage B, nous trouvons une nouvelle bifurcation, et une petite galerie horizontale longue de 35 mètres nous mène à C, qui esl connu sous le nom de chambre de la reine. C'est un grand caveau dont le plafond est formé par des dalles arc-boutées : il est placé à 23 mètres audessus du niveau du sol, à 54 mètres au-dessus du souterrain, et à 118 mètres au-dessous de la plate-forme supérieure.
Nous devons signaler, à Tenlréo du grand passage B, une particularité qui n'est pas indiquée sur notre figure 81 : c'est un puits qui va aboutir au souterrain, mais qui descend en suivant une ligne tanl6t droite et lant&l oblique, de manière à former un zigzag irrégulier. Ce puits, dont on ignore la destination, est aujourd'hui bouché. Le grand passage ftiène à la chambre du roi. marquée D. Cette chambre a été
appelée aussi chambre du sarcophage, à cause de la momie royale qu'on y a trouvée dans un sarcophage de granit rouge sans ornements ni hiéroglyphes. Celte chambre est recouverte par un plafond plat, mais au-dessus d'elle on trouve, en 0, cinq chambres basses, s'étageant à intervalles rapprochés, les unes au-dessus des autres, et qui n'ont d'autre utilité apparente que d'alléger la pression de la maçonnerie supérieure sur le caveau royal. Deux canaux d'aération, partant du caveau, vont aboutir l'un en F vers la face nord de la pyramide, l'autre en E vers le sud.
Ce gigantesque édidce, quifaisaitrétannementetradmiration del'aQ' tiquité, a été décrit par Hérodote. L'historien grec rapporte que cent mille hommes furent employés pendant dix ans àfaire un chemin pour voiturer les pierres, à creuser la montagne et à ménager des chambres souterraines dans la colline où sontélevéesles pyramides. Il ajoute qu'il fallut vingt années de travail pour la construction même du monument.
La seconde pyramide est presque aussi hautequccelle de Chéops, mais un peu moins large. En avant, était un temple, dans lequel M. Mariette a retrouvé en 1860 la statue de Chcphren, le pharaon qui a élevé celte pyramide. Nous donnons (fig. 82) cette statue, mainlcnantaumuséedeBoulaq,et qui peut être considérée comme un des plus anciens monuments de la sculpture. D'autres statues . moins importantes et une inscription donnant une liste de fiO noms de rois ont été découvertes dans le même endroit. Les restes d'une ancicnnemuraille se trouvent CD avant de la face ouest de la même pyramide. La troisième pyramide, celle de Mycérinus, est beaucoup moins grande que les deux autres. Un temple se trouve également à la face est de cette pyramide, et trois autres pyramides, d'une dimension relativement très-petite, se voient du coté du sud.
Des tombes très-nombreuses et des puits sépulcraux, disposés sur six rangées, occupent tout le terrain aux alentours. L>a p upart de ces tombes paraissent à peu près contemporaines des pyramides, et plu-
Fig. Hit. — SUtua de Chephni
sieurs d'entre elles wnt décorées de peintures infiniment précieuses pour l'élude des mœurs de l'ancienne Egypte.
La disposition d'une tombe égyptienne complète com[Hread une chapelle extérieure, un puits et des caveaux soiitermins. C'est dans la chapelle extérieure, composée d'une ou de plusieurs chambres, que s'acc-om plissaient les côréraouies en l'honneur des défunts. Au-dessous de la chapelle est le puits qui conduit dans le caveau mortuaire où sont disposées les momies; on y déposait des meubles, des ustensiles divers et des statuette^t. Ensuite on bouchait le puits en le remplissant de décombres et, dés lors, on regardait la tombe comme à l'abri de toute violation.
Les bijoux et la plupart des objets qui enrichissent nos collections ont éléjecueillis dans des caveaux de ce genre.
Vn autre monument extrêmement curieux, mais aujourd'hui presque entièrement enseveli sous le sable, est placé à coté des pyramides : c'est le fameux sphinx de Gizeh (fig.
« Au sud-est de la grande pjTaniide, dit M. Mariette, est le sphinx. Le sphinx est un rocher naturel auqui^l on a donné, tant bien
que mal, l'apparence extérieure de cet aaimal' symbolique. La tête seule a été sculptée. Le corps est le rocher Iui-m6mc, complété aux endroits défectueux par une mauvaise maçonnerie en calcaire. La hauteur totale du monument est de 19»,97. L'oreille a 1~,79, la boucbe 2'",32; ta plus grande largeur de la Tigure est de Ii^.lS. '»
Pig ^, — pluD dei pfTaiDidas de Qiitb.
Nous donnons (fig. %k) le plan de l'ensemble des pyramides de Gizeh et des principaux monuments qui les accompagnent.
En A, est la grande pyramide de Cliéops ; plusieurs pyramides plus petites se voient à la face est. Le sphinx est placé dans la direction de l'angle sud-est de celte pyramide.
En B, est la pyramide de Chephren; le petit temple où a été trou-