‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 9 sur 54 · P» Pierrot, Dictionnaire d'Archéologie égyptilenne · texte numérisé non relu

P» Pierrot, Dictionnaire d'Archéologie égyptilenne

On rapporte une raison sainte des illuminations qui se font pendant cette nuit. » La raison de cette fête s'explique tout naturellement : on allumait les lampes au milieu de la nuit, pour marquer le triomphe de la lumière sur Tobscurité. Toutes les cérémonies religieuses des Égyptiens se rattachent à la même pensée.

L'antique Ramsès, la fameuse ville qui fut construite par les Hébreux, dans la terre de Gessen, n'a laissé aucune ruine, mais remplacement où elle s'élevait est couvert de poteries brisées et de fragments de granit.

Tanis était autrefois une des villes les plus importantes de l'Egypte. M. Mariette a fait des découvertes importantes en fouillant dans les temples de Tanis, dont il attribue la dévastation aux édits des empereurs chrétiens, et notamment de Théodose.

BuBASTis ET LES CHATS SACRÉS. — Bubastis, Célèbre par le culte qu'on y rendait à la déesse Bast ou Pacht, était une ville sacrée. Les eaux du Nil entouraient le sanctuaire, à l'exception de l'entrée qui était plantée d'arbres.

La ville entière de Bubastis était consacrée au culte de la déesse et tous les habitants y contribuaient. Hérodote nous raconte ainsi la cérémonie qn'on célébrait en son honneur : u Voici ce qui s'observe en allant à Bubastis : on s'y rend par eau, hommes et femmes pêlemêle et confondus les uns avec les autres; dans chaque bateau il y a un grand nombre de personnes de Tun et de l'autre sexe. Tant que dure la navigation, quelques femmes jouent des castagnettes, et quelques hommes de la flûte; le reste, tant hommes que femmes, chante et bat des mains. Lorsqu'on passe près d'une ville, on fait approcher le bateau du rivage. Parmi les femmes, les unes continuent à chanter et à jouer des castagnettes, d'autres crient de tontes leurs forces et disent des injures à celles de la ville; celles-ci se mettent à danser et celles-là se livrent à une pantomime peu convenable. La même chose s'observe à chaque ville qu'on rencontre le long du fleuve. » '

11 est probable que ces cris furieux, mêlés à des chants d'allégresse, se rapportaient au double caractère de la déesse, qui est à la fois lionne redoutable pour les méchants et chatte caressante pour les bons.

La divinité solaire qu'on adorait à Bubastis, apparaît, en efi*et, dans Tartsous deux formes différentes. Quand elle exprime l'ardeur dévo-

U L'ÉGïPTE.

rante du soleil, elle a une (ëte de lionne, quelquefois surmontée du disque solaire : sous cet aspect, elle est chargée du châtiment des damnés dans l'enfer égyptien. Nos musées en offrent plusieurs représentations : la Ggure 67, ci-dessous, nous montre la déesse assise et tenant en main la crois ansée, symbole de la vie divine pour les dieux de VÉgypte.

Pig. 07, — Faclit ou Uul,

Quand la même déesse exprime seulement la chaleur bienfaisante, elle est appelée Bast ou Bcset, et prend alors la tête d'une chatte, car elle n'est lionne que pour les méchants.

« L'attribution de la chatte à cette divinité, dit M. de Bougé, O0U5 a valu une quantité de belles chattes en bronze et en faïence bleue. Les ^yptiens ont su imiter avec un talent infini l'attitude gracieuse des chattes d'Orient, habituellement plus sveltes que les

nôtres; les oreilles percées indiquent qu'on a souvent orné ces figures de bijoux. Il en était sans doute ainsi des chattes sacrées; on remarque également sur ces bronzes des colliers gravés et damasquinés en or. La forme des socles de ces chattes reproduit quelquefois l'hiéroglyphe du nom de la déesse. »

Hérodote nous a transmis de curieux détails sur les cérémonies qui accompagnaient la mort de l'animal consacré à la déesse, le chat : u Si dans quelque maison, dit-il, meurt un chat de mort naturelle, quiconque l'habite se rase les sourcils seulement; mais quand il meurt un chien, on se rase la tête et le corps entier. On porte dans les maisons sacrées les animaux qui viennent de mourir et on les enterre à Bubastis. A l'égard des chiens, chacun leur donne la sépulture dans sa ville et les arrange dans des caisses sacrées. »

On a retrouvé, en effet, une grande quantité de quadrupèdes embaumés e( enveloppés dans leurs bandelettes, comme celui que montre notre figure 68. Mais il 6st à remarquer que les momies de chats (que l'on retrouve ainsi) sont beaucoup plus communes que les momies de chiens : c'est que le chat était spécialement considéré comme l'emblème de la déesse Bast ou Pacht.

Les emblèmes divins, empruntés à la forme animale, se rattachent à des traditions mythologiques dont plusieurs nous sont inconaues. mais qui person- Difient toajoar^ la lutte du bien contre le mal, 04 deU lumière contre les têoèbres.

Cest cette lotie qui apparaît dans raltribuitoa du chat h une dîvîaîté. le chat, ea ':S-^t, 'sl regardé comme un destructeur des eDoemts da stdeîi, c-irsi-à-dire des bétes qui vivent dans des trous Ascan, comme les rats ou l-;3 souris.

« Plusieurs papyrus funéraires, dit M. Paul Pierret, représentent le chat tranchant la tête du serpent qui symbolise les ténèbres. » Ces raisons sont suffisantes pour justiûer l'attribution de cet animal à une divinité qui emprunte sa forme. C'est naturellement une divinité solaire, dont la représentation est assez fréquente dans nos musées ou elle est désignée sous le nom de Pacht, Bast ou Sekhet, car les divinités égyptiennes ont toujours plusieurs noms.

BosiRis ET SES FÊTES. — Busiris {Bous^Osiris, dont les Grecs ont fait Eusiris) tire son nom de ce que, d'après la légende, Osiris y fut déposé dans un bœuf en bois. Peut-être s'agit-il simplement de l'incarnation du Dieu dans un Apis. 11 y avait en ce lieu un temple fameux dédié à Isis : on venait y pleurer la mort d'Osiris et le veuvage de la déesse.

« C'est à Busiris, dit Hérodote, qu'on célèbre la fête d'Isis. On y voit une multitude prodigieuse de personnes de l'un et de l'autre sexe, qui se frappent et se lamentent toutes après le sacriûce; mais il ne m'est pas permis de dire en l'honneur de qui elles se frappent. Tous les Cariens qni se trouvent en Ég^^pte se distinguent d'autant plus dans cette cérémonie qu'ils se découpent le front avec leurs épées; et, par là, il est aisé de juger qu'ils sont étrangers et non pas Égyptiens. »

Cette fête, qu'il n'était pas permis à Hérodote d'expliquer, s'applique évidemment à la mort d'Osiris : les coups que se portent les assistants rappellent ceux que les pleureuses se donnaient dans les cérémonies funèbres. Tout défunt, en effet, était assimilé à Osiris, et on pleurait la mort du dieu comme celle des hommes.

Osiris, comme tous les dieux égyptiens, est une personnification solaire; mais il exprime plus spécialement le soleil de nuit. Vaincu par Tiphon, principe du mal et des ténèbres, c'est pour cela que, le soir, il disparaît derrière l'horizon et dissimule aux hommes sa brillante lumière ; mais, le matin, il reparaît victorieux et brille de nouveau sous le nom d'Horus ou Harpocrate. La destinée de l'homme est la même, et la mort n'est qu'une étape au bout de laquelle on retrouve la vie.

Les embarcations du Nil. — Description de Memphis. — Les Pyramides. — Le Labyrinthe. — Les Hypogées de Beni-Hassan. ~- Les

DERNIÈRES VILLES DE L*HePT ANOMIDE.

Les embarcations du Nil. — Aussitôt qu'on n'est plus dans le Delta, on entre dans la vallée du Nil ; mais, avant de remonter le fleuve pour étudier ses curiosités, il faut savoir comment on y naviguait. 11 y avait, en effet, plusieurs espèces d'embarcations : les bateaux qui emportaient les marchandises n^avaient pas la même conformation que les bateaux de plaisance, et ceux-ci différaient totalement des frêles esquifs dont on se servait pour la chasse ou pour la pêche.

Les transports de marchandises s'effectuaient toujours par eau ; le Nil et les canaux étaient continuellement sillonnés de barques, et la basse Egypte, par l'activité de sa navigation, devait avoir une physionomie analogue à celle de certaines parties de la Hollande actuelle. Hérodote nous a laissé quelques détails sur la conformation des barques égyptiennes.

« Les barques des Égyptiens, dit-il, celles qu'ils emploient au transport des marchandises, sont faites d'acacia, arbre qui ressemble par sa forme au lotus de Cyrène et dont les larmes sont de la gomme. De cet acacia donc, ils coupent des planches longues de deux coudées, et les assemblent à la manière des briques; pour consolider cet assemblage et lui donner la forme d'un vaisseau, ils le traversent de longues et fortes chevilles qui attachent les planches les unes aux autres. Lorsqu'ils les ont ainsi ajustées en forme de navire, ils façonnent le pont au moyen de poutres transversales : ils ne font point de côtés pour soutenir les flancs, mais intérieurement ils calfatent les jointures avec du byblus. Ils n'y adaptent qu'un gourernail qui traverse la quille; le mât est d'acacia, les voiles sont de byblus. Les barques ne peuvent naviguer en remontant le fleuve, à moins dun vent violent; on les remorque du rivage. Voici comment on les manœuvre : quand elles suivent le courant, on a une claie de tamaris doublée d'une natte de roseaux et une pierre

trouée du poids d'au moins deux talents; on attache à Tavant, au moyen d'un câble, la claie qu'on laisse flotter au gré de l'eau, et à l'arrière la pierre, au moyen d'un autre câble. La claie suit le fil de l'eau, marche rapidement et entraîne la barque; la pierre, tirée par la poupe, touche le fond du fleuve et modère le mouvement. Ils ont un grand nombre de barques ; quelques-unes portent une charge de plusieurs milliers de talents*. »

On retrouve, sur les monuments anciens, diverses reproductions de ces barques, dessinées avec une netteté qui avait vivement frappé

les savants qui accompagnèrent Bonaparte en Eg^'pte. Voici ce que dit du gouvernail le rapporteur de la commission d'Ég5T)te :

« Sur Tarrière du bâtiment, trôs-prôs des deux bords, on a fait passer à travers la carène deux avirons dont les nageoires vont plonger dans l'eau; ces avirons sont ajustés pour basculer autour d un axe planté dans le bordage et peuvent être mis en mouvement indépendamment Tun de l'autre. Abandonnes à leur propre poids, ils prennent naturellement la position verticale : quand on veut les écarter de cette position, on abaisse le bras supérieur vers Tintéricur du bateau. Le pilote se sert d'une corde pour opérer ce mouvement. Il est facile de comprendre comment, à Taide de ce mécanisme, on peut modifier la direction du bâtiment.

« Supposons la barque en mouvement, et les deux avirons levés de manière que leurs nageoires soient tout à fait hors de leau; la barque continuera à se mouvoir, sans être détournée de la direction qu'elle avait d'abord prise ; mais si on laisse tomber dans l'eau l'un des deux avirons, celui de droite, par exemple, sa nageoire y rencontrera une résistance qui ralentira son mouvement; alors le côté droit de la barque ne pourra plus avancer avec la môme vitesse que le côté gauche : cette différence de vitesse fera tourner la barque vers la droite. On peut varier d'une infinité de manières la position des deux avirons; mais il arrivera toujours que le bateau tournera vers le côté où la nageoire plongera le plus profondément dans l'eau.

«Il fallait d'assez grands efforts pour manœuvrer ces doux avirons; c'est probablement ce qui a fait inventer le gouvernail qui nous reste à examiner. En observant celui-ci, il est aisé de reconnaître sa structure; on voit qu'il est composé d'un aviron terminé en nageoire et plongeant dans leau à quelque distance de Parriôre du bâtiment. L'aviron porte

Page 1