‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 15 sur 54 · CONNUE DES ANCIENS · texte numérisé non relu

CONNUE DES ANCIENS

bien que suivant des directions différentes, descendent tous du nord au sud. Ce sont, en commençant par l'orient, le Gange, Tlndus, le ligre et TEuphrate. Les anciens parlent du Gange comme d*un fleuve considérable, mais ils ne le connaissent que très-confusément et nomment à peine les contrées qu'il arrose. Le cours môme de l'Indus oe leur était qu'imparfaitement connu ; cependant, leurs vaisseaux se sont aventurés quelquefois, notamment sous Alexandre, dans la mer Erythrée (mer des Indes) où ce fleuve se jette. L'Indus a plus d'importance que le Gange dans l'histoire ancienne, parce qu'il a quelquefois servi de limite aux grands empires qui se sont formés en Asie.

Le Tigre et TEuphrate, quoique moins considérables, sont pour nous d'un bien plus grand intérêt. L'Euphrate prend sa source dans l'Arménie orientale, arrose la Mésopotamie, la Babylonie et la Chaldée, et et va se jeter dans le golfe Persique. Le Tigre, dont le cours commence dans la grande Arménie, forme la limite entre la Mésopotamie et TAssyrie et, après avoir reçu plusieurs rivières et arrosé un grand nombre de villes, va se perdre dans l'Euphrate, un peu au-dessus du golfe Persique. Il paraît qu'autrefois ces deux fleuves avaient chacun une embouchure distincte, quoique fort rapprochée Tune de l'autre.

Dans le nord, nous devons signaler TOchus, qui sort des monts Paropamisus et se perd dans la mer Caspienne, ainsi que l'Oxus, qui séparait la Bactriane de la Sogdiane, et qui est aujourd'hui beaucoup moins considérable. qu'autrefois. Sur sa côte occidentale, la mer Caspienne recevait dans une embouchure commune TAraxe, qui prend sa source en Arménie; le Cyrus, qui descend du Caucase; et enfin, en remontant vers le nord, le Rha (Volga), qui est à peine mentionné dans les auteurs anciens.

Selon les géographes romains, l'Asie est séparée de l'Europe par le Tanaîs (Don), qui traverse des contrées inconnues et se jette dans le Palus-Méotide (mer d'Azov). Les plus anciens géographes grecs terminaient l'Asie au Phase, fleuve qui vient de l'Arménie, arrose la Colchide et se jette dans le Pont-Euxin (mer Noire) ; ils le croyaient beaucoup plus grand qu'il n'est réellement. Le Pont-Euxin reçoit encore l'Halys, le seul fleuve important qu'il y ait en Asie Mineure et qui prend sa source dans le mont Taurus.

On donnait le nom de Propontide à la mer de Marmara, et la mer qui baigne la côte de TAsie Mineure était appelée mer Egée. Ces deux mers ne reçoivent aucun fleuve qui mérite d'être mentionné. Enfin, en Syrie, nous signalerons seulement l'Oronte, qui se jette dans la mer

i5S L*ASIE.

Intérieure (Méditerranée), et, en Palestine, le Jourdain, toute petite rivière qui se jette dans la mer Morte et doit toute son importance aux souvenirs qui s'y rattachent.

Succession des empires. — De vagues traditions, répandues chez tous les peuples de l'Orient, parlaient d'une ancienne patrie où ils avaient habité avant de se disperser; ce pays, dans leurs souvenirSt apparaissait à tous comme un lieu de délices, où les premiers hommes avaient vécu dans un état d'innocence, à Tabri de tout danger et ne connaissant pas le travail.

Mais, dès qu'il s'agissait de désigner remplacement de cet Éden, chaque peuple avait une tradition différente. Les tribus qui vivaient entre l'Euphrate et la Méditerranée le croyaient à l'orient et nommaient l'Arménie et le mont Ararat; les habitants de la Perse le voyaient au nord, du côté de la Bactriane; quelques-uns désignaient i'Inde« d'autres les bords de la Caspienne. On parlait de grands fleuves qui partaient de cette heureuse contrée, pour couler ensuite dans des directions différentes : seulement, on nommait soit TEuphrate et le Tigre, soit Tlndus ou l'Oxus. Naguère encore, on regardait les contrées situées au pied du Caucase comme celles qui se rapportaient le mieux à cette tradition, tandis qu'aujourd'hui, les pays qui avoisinent le plateau de Pamir sont regardés comme y répondant plus exactement. Mais il est un fait remarquable, c est que tous les endroits que la tradition désigne comme ayant été un jardin délicieux, montrent des contrées âpres et stériles, des climats rudes et des terrains bouleversés où il ne semble pas que la vie ait jamais pu être douce et facile. Les traditions relatives au déluge sont, comme celles du paradis terrestre, communes à tous les peuples de l'Orient.

L'origine des grandes monarchies asiatiques repose également sur des données historiques extrêmement incertaines. C'est à des personnages mythiques, comme Ninus et Sémiramis, que les historiens grecs attribuaient la formation des plus anciens empires. Le nom de Sémiramis était toujours invoqué quand il s'agissait de désigner des constructions gigantesques dont Torigine était inconnue. Le premier empire d'Assyrie dura jusqu'à Sardanapale, prince que les historiens représentent comme très-efféminé et avec lequel la monarchie succomba.

La formation du royaume de Médie fut le premier résultat de cette chute, mais un second empire d'Assyrie ne tarda pas à se former. Ce fut alors la grande époque de Babylone, car Ninive avait été détruite

de fond en comble. Une nouvelle Ninive, pourtant, s'éleva sur les

roioes de la ville ancienne, et ce sont les débris de cette seconde

capitale qu*on voit aujourd'hui dans les musées de Paris et de Londres.

La puissance des Perses commence avec Cyrus, et s'étend bientôt

depuis rindus jusqu a la Méditerranée : le royaume de Lydie, malgré

les efforts de Crésus, tombe au pouvoir de Cyrus, en sorte que les

villes grecques du littoral se trouvèrent réunies au royaume de Perse,

auquel Gambyse joignit encore l'Egypte dont il s'était emparé.

Ce formidable empire succombe pourtant, à son tour, devant les armes victorieuses d'Alexandre, et les rois grecs de Syrie parviennent à en garder une grande partie sous leur autorité. Ils se trouvent bientôt en face des Romains qui les absorbent, mais ceux-ci sont arrêtés par les Parthes Arsacides, et c'est à peine s'ils peuvent maintenir leur autorité, qui ne s'étend jamais au delà de l'Euphrate. Enfin, le second royaume de Perse se fonde et les princes des dynasties Sassanides, repoussant définitivement les Romains du Bas-Empire, restent maîtres du pays jusqu'à Tavénement de l'Islamisme, époque qui marque la fin du monde antique en Orient.

Ces empires qui se succèdent en Orient, si grande qu'ait été leur étendue, peuvent difficilement franchir certaines limites. L'Arabie au sud, rinde à l'ouest, la Bactriane au nord-ouest, et la Scythie au nord, sont des contrées où les anciens pénétrèrent quelquefois comme soldats, mais où ils ne purent jamais établir solidement leur civilisation.

Sol et aspect du pays. — Uécriturb clnéiforme.

Notions historiques. — Emblèmes protecteurs. — Insignes royaux.

Les villes assyriennes. — Les villes de date postérieure.

Sol et aspect du pays. — La région que baignent l'Euphrate et le Tiçre a été le berceau des plus anciennes civilisations de l'Asie. C'est là que nous trouvons les emoires de Ghaldée etd*Assyrie, les prei. 20

Fig. 190. — Carte de l'Asie centrale , aa delà de i'Buphrate.

miers dont iliistoire fasse mention dans cette partie du monde. L'Euphrate et le Tigre, après avoir coulé quelque temps dans les hauts plateaux de l'Arménie, se rapprochent pour former vers le midi, entre les plaines sablonneuses fréquentées seulement par des nomades, une sorte d'oasis, assez semblable à la vallée du Nil en Egypte. Cette contrée est très-basse et, outre les deux fleuves qui Tarrosent, elle était autrefois coupée par un très-grand nombre de canaux, qui répandaient partout leurs eaux et facilitaient singulièrement les communications, en même temps qu'ils fertilisaient le pays.

Dans une contrée sablonneuse dans certains endroits et marécageuse dans d'autres, les premiers efforts des civilisations naissantes ont dû être portés vers la manière de régulariser les cours d'eau par une canalisation artificielle et féconde.

En effet, une des plus anciennes inscriptions assyriennes connues nous montre une civilisation déjà avancée sous ce rapport. C'est naturellement un roi qui parle : « J'ai fait, dit-il, creuser le canal de Hammourabi, la bénédiction des hommes de la Babylonie... J'ai dirigé les eaux de ses branches sur les plaines désertes, je les ai fait déverser dans les fossés desséchés; j'ai donné ainsi des eaux perpétuelles aux peuples... J'ai réparti les habitants dans des bourgs étendus; j'ai changé les plaines désertes en terres arrosées, je leur ai donné la fertilité et l'abondance; j'en ai fait une demeure de bonheur. »

« L'Euphrate, dit Strabon, est navigable jusqu'à Babylone. Les Perses, pour empêcher de remonter ce fleuve et prévenir l'invasion étrangère y avaient établi des cataractes artificielles. Alexandre, à son arrivée, détruisit toutes ces cataractes. 11 s occupa aussi des canaux. L'Euphrate subit une crue, qui commence au printemps et dure jusque vers Tété, époque où les neiges fondent en Arménie. Les champs seraient donc submergés et convertis en lac si l'on ne détournait pas l'excès d'eau par des canaux et des tranchées, comme on le fait en Egypte pour le Nil. Pour pratiquer ces canaux, on a besoin d'une grande dépense de main-d'œuvre, car la terre est profonde, molle, çt cède au point d'être facilement charriée par les courants : c'est pourquoi les campagnes sont stériles, tandis que les canaux et les embouchures se comblent. Il en résulte que l'excédant des eaux se répand de nouveau sur les plaines voisines de la mer, où il forme des lacs et des marais couverts de joncs. Avec ces joncs on tresse toutes sortes de vases, les uns enduits d'asphalte susceptibles de contenir des liquides, les autres servant sans autre préparation. On en fait

aussi des voiles, qui ■ ressemblent à des nattes ou à des claies. Le curage des canaux est donc un travail nécessaire, mais qui exige beaucoup de bras : un excès d'eau est aussi nuisible à l'agriculture qu'une extrême sécheresse. »

On voit que ce n'est pas seulement pour empêcher Tenvahissement des sables, mais encore pour régulariser les inondations et faciliter l'écoulement des marais, que l'antiquité a fait de si vastes travaux dans ces contrées. Aussi, aujourd'hui qu'une administration insouciante a laissé la nature reprendre tous ses droits, ce pays, dont on admirait autrefois l'opulence et la fécondité, ne présente plus au voyageur attristé qu'une suite non interrompue de sables desséchés ou de marais malsains.

La navigation était fort active, non-seulement sur les grands fleuves, mais encore sur les lacs où les canaux artificiels allaient déverser leurs eaux. Les monuments nous montrent l'emploi de petites barques longues, minces et relevées aux extrémités, comme on les voit sur la figure 131 ci-contre, tirée d'un bas-relief du Louvre. L'avant de ces barques est formé par une tête de cheval portée sur un long cou, et l'arrière se termine par une tige qui affecte la forme d'une queue de poisson. Ces deux appendices se relèvent à une assez grande hauteur dans une direction verticale qui fait angle droit avec la barque.

Ces bateaux sont employés à transporter des poutres, attachées à l'arrière du navire-, ils sont manœuvres par des rameurs et on n'y voit pas trace de voiles. L'exécution de ces bas-reliefs est d'ailleurs extrêmement curieuse; l'eau, dessinée par de petites ondulations chargées d'exprimer le faible mouvement des vagues, est coupée çà et là de poissons, de tortues, de serpents, de crabes et autres animaux. Mais, outre cette population sous-marine que le sculpteur fait paraître à la surface des eaux, nous y trouvons les divinités protectrices, et enire autres, le taureau ailé à tête humaine portant la tiare, analogue à celui qu'on plaçait à la porte des palais.

11 est bien certain que les grands fleuves de l'Asie devaient être également sillonnés par des bâtiments à voile; mais ici les documents nous font défaut, et ii vaut mieux se taire que hasarder, sur leur forme et leur voilure, des conjectures qui ne reposeraient sur aucun fondement sérieux. Nous sommes heureusement mieux renseignés sur la petite navigation qui se faisait sur les cours d'eau ou sur les rivières peu profondes. Hérodote nous parle, en effet, des bateaux portatifs, qui devaient avoir le même usage que les petites barques en papyrus que

nous avons vues sur le Nil , mais la forme en était complètement différente. On employait ces barques même sur le haut Euphrate, audessus de Babylone.

« Les Babyloniens, dit Hérodote, n'ont point d'autres barques que celles qui descendent TEuphrate jusqu'à la ville ; elles sont rondes et toutes de cuir, car, lorsqu'ils en ont façonné les côtés, en taillant des saules qui croissent en Arménie, ils étendent tout autour extérieurement des peaux apprêtées, de sorte qu'elles forment le fond sans distinguer la poupe, sans rétrécir la proue. Ces barques sont circulaires comme des boucliers; ils les doublent en dedans de roseaux, puis ils partent et font leurs transports en descendant le fleuve. Leur chargement consiste en marchandises diverses et surtout en vases de terre pleins de vin de palmier. Deux hommes, se tenant debout, dirigent la barque chacun avec une perche; quand l'un retire sa perche, son compagnon pousse la sienne jusqu'au fond de leau. On construit sur ce modèle de grandes et de petites barques. Chacune porte un âne vivant, et les grandes en portent plusieurs. Lorsqu'on naviguant, elles sont arrivées à Babylone et que les mariniers ont disposé du fret, ils vendent à l'encan les roseaux et la carcasse; puis ils chargent les peaux sur les ânes et s'en retournent par terre en Arménie, car il est impossible de remonter le fleuve. Quand ils sont en Arménie, ils se remettent à construire de nouveaux bateaux par le même procédé. »

Fig. 132. — Homme traversant une rivière à la nage. (D'apràs un bas-relief assyrien du Musée britannique.)

La figure 132 nous montre le procédé qu'on employait à défaut de pont, quand on voulait traverser un fleuve. On y voit un nageur s'appuyant sur une outre, qu'il emplit d'air en soufflant avec sa bouche, pour la gonfler et la rendre plus légère. Ce personnage est représenté couvert de ses vêtements, parce que c'est un fugitif, et, dans le monu-

meot original, od aperçoit sur le rivage deux guerriers qui décocfaent leurs flèches contre lui. Habituellement les hommes qui traversent linsi les rivières sont complètement nus.

C'est, du moins, ce que nous voyons au second plan d'un autre

ba»-relief (Gg. 133), représentant un bac sur lequel le roi est en train de traverser un fleuve. Le roi ne pouvait être mouillé; il est donc debout tenant en main son arc et ses flèches. Près de lui est son char, qui fait partie des attributs royaux et ne doit pas quitter le monarque. En face du roi, un oOicier, tenant également son arc, montre avec la main la rive où l'on va aborder. Le bateau sur lequel le roi est monté est conduit par des rameurs, mais il est en outre remorqué par deux hommes entièrement nus, qui tirent la corde à laquelle le bateau est attaché. Enfin, le bateau lui-même remorque au moyen de cordes les chevaux qui suivent à la nage.

La plupart des villes assyriennes étaient bâties sur le bord des rivières. On peut se faire une idée de' la physionomie qu'elles ^'^- '^' ~ ''^''""" ' '^ """" présentaient par la figure 13ù< ou I on voit

un homme qui pêche à la ligne au pied d'un rempart en haut duquel est une femme avec laquelle il semble être en grande conversation. Ce rempart montre de vastes portes en arcades, et des tours surmon-

tées de créneaux pointus comme on en trouve sur plusieurs monuments assyriens.

L'ÉcRiTUflE CUNÉIFORME. — Jusqu'à cos demières années, il a fallu se contenter des renseignements vagues et souvent incohérents que les auteurs anciens nous avaient laissés sur l'antique Assyrie. L'histoire primitive de cette contrée, soit qu'on la commençât avec Assour, ûls de Sem, ou avec Nemrod, fils de Cham, soit qu'on voulût en placer le débuta la fabuleuse Sémiramis, ne présentait que des traditions extrêmement confuses et presque toujours empreintes d'un caractère mythologique. La découverte des ruines de Ninive, l'étude de ses monuments, et surtout le déchiffrement des inscriptions assyriennes, ont jeté un jour nouveau sur l'histoire ancienne de l'Orient, et, grâce aux travaux de MM. Eugène Burnouf, Rawlinson, de I^ngpérier, Oppert, etc., nous avons sur cette civilisation des données assurément bien incomplètes encore, mais du moins assez positives.

La connaissance des caractères cunéiformes, qui n'en est encore qu'à son début, est destinée à transformer l'étude de l'histoire ancienne, mais elle présente pour ceux qui s'y livrent d'effroyables difiBcultés. L'écriture des anciens Chaldéens était à l'origine, comme celle des Égyptiens, purement hiéroglyphique , c'est-à-dire que le signe écrit était la représentation d'un objet. Mais, au bout d'un certain temps, le type primitif s'altéra au point de n'être plus reconnaissable : il devint alors l'expression d'un son ou plutôt d'une syllabe. « Les Touraniens de la Chaldée, dit M. Maspéro, nous ont laissé l'exemple le plus ancien d'une écriture syllabique. Leur système, adopté par les Assyriens, se répandit au nord et à Test en Arménie, en Médie, en Susiane, en Perse, et ne cessa d'être employé que vers les premiers siècles de notre ère... Les écritures des différents systèmes sont toutes formées par les combinaisons d'un môme signe horizontal, vertical, ou tordu en forme de crochet. Cet élément a le plus souvent l'aspect d'un clou ou d'un coin, d'où le nom de cunéiformes qu'on donne habituellement aux écritures de ce type. »

L'inconvénient très- grand de l'écriture cunéiforme, c'est que le môme signe peut se lire d'une manière très-différente, ce qui produit une confusion inévitable; il en résultait souvent une trôs-grandfe obscurité, même pour les Assyriens et les Babyloniens. « Nous n'en voulons pour preuve, dit M. Lenormant, que le nombre de fragments de syllabaires' et de vocabulaires grammaticaux, tracés sur des tablettes d'ar-

gile et destinés à révéler les arcanes du système graphique national, qu'on a trouvés en telle abondance dans les ruines de Ninive. Une bonne moitié de ce que nous connaissons de récriture cunéiforme se compose de guide-ânes qui peuvent nous servir à déchiffrer l'autre moitié, et que nous consultons exactement comme le faisaient , il y a deux mille cinq cents ans, les étudiants de l'antique pays d'Assour. »

Notions historiques. — L'état actuel de Id science permet de diviser en quatre grandes périodes l'histoire des peuples qui habitaient, avant la monarchie des Perses, les bords du Tigre et de r£uphrate : 1<» le premier empire chaldéen, dont la capitale était Our, et qui dura jusqu'à la domination égyptienne; 2^ le premier empire d'Assyrie, qui s'étend jusqu'en 789; 3" le second empire d'Assyrie, qui finit par la ruine de Ninive en 606; k^ le second empire de Cbaldée qui se termine à la conquête de Cyrus, en 533.

C'est sur les légendes relatives au déluge et à la tour de Babel que roulent les plus anciennes traditions de la Chaldée , lesquelles nous ont été transmises par Bérose. Une race de géants avait peuplé la terre après le déluge : « On raconte, dit Bérose, que les premiers hommes, enflés de leur force et de leur grandeur, méprisèrent les dieux et se crurent supérieurs à eux; ils élevèrent donc une tour très-haute, à l'endroit où est maintenant Babylone. Déjà elle approchait du ciel, quand les vents, accourus au secours des dieux, renversèrent la construction sur les ouvriers : les ruines en sont appelées Babel. Jusqu'alors les hommes n'avaient qu'une seule langue : mais les dieux les forcèrent à parler désormais des idiomes différents. »

Une tour, restée inachevée depuis un temps immémorial et c'ont on croit avoir retrouvé l'emplacement, passait, au temps du roi Nabuchodonosor, pour être l'ancienne tour de Babel. « Elle se composait, dit M. Maspéro, de sept terrasses superposées, consacrées chacune à un dieu différent et peinte de la couleur propre à son dieu. Chaque terrasse avait la forme d'un carré parfait et était construite en retraite sur la terrasse inférieure, si bien que l'édifice présentait l'aspect d'une vaste pyramide à gradins, très-large à la base, très-étroite au sommet. Le tout reposait sur un soubassement rectangulaire qui portait à huit le nombre des étages superposés. Les faces de l'édifice, et non les angles, étaient orientées d'après les quatre points cardinaux, contrairement à l'usage babylonien. »

La forme attribuée à la tour de Babel se retrouvait sur un assez

grand nombre de monuments chaldéens et assyriens. Elle présente, sauf le nombre des degrés, une singulière analogie avec une des pyramides égyptiennes de Sakkarah, mais on a reconnu que les pyramides d'Egypte étaient des tombeaux, tandis qu on attribue généralement une destination astronomique aux monuments des Chaldéens. Les Chaldéens, en effet, se livrèrent de bonne heure à des observations astronomiques, et leur culte est fondé tout entier sur Tétude des astres.

On sait au reste fort peu de chose sur cet antique empire de Chaldée, dont le principal centre de population était la ville d'Our. Après rinvasion des pasteurs venus d'Asie, les Égyptiens arrivés au faite de leur puissance envahirent à leur tour FAsie, où ils ont laissé des traces profondes de leur passage, comme va nous le montrer bientôt rétude des monuments.

L'ancien empire d'Assyrie s'éleva après la domination égyptienne. Ninive et Kalakh (Nimroud), villes chaldéennes, en furent les capitales. Au commencement de la monarchie, El-Assour paraît avoir été la résidence favorite des rois : toutefois, Ninive était de beaucoup le plus grand centre de population. Cet empire finit avec un roi, appelé Sardanapale par les historiens grecs. La mort de ce prince efféminé est devenue en quelque sorte légendaire. Voyant que Ninive était assiégée et que sa prise était inévitable, il rassembla dans son palais tous ses trésors, les plaça sur un immense bûcher, y monta avec les concubines qui avaient charmé sa vie, et ordonna d'y mettre le feu. Pendant que le roi mourait, les Mèdes, ses ennemis, entraient dans la place, et Tancienne ville de Ninive était détruite de fond en comble. Cet événement, qui eut lieu en Tan 789 avant notre ère, mit fin à lancien empire d'Assyrie.

Un second empire assyrien ne tarda pas à se reconstituer, et c'est à cette période que se rattache la plus grande partie des monuments assyriens de nos musées. Sargon, Sennachérib et Assourbanipal en furent les rois les plus célèbres. Ce second empire devait tomber à son tour, et Ninive, en 606, fut de nouveau détruite pour ne plus se relever. Elle semble môme avoir été en quelque sorte oubliée, car Xénophon, qui traversa la contrée deux siècles après cet événement, ne prononce môme pas son nom. Les historiens d'Alexandre ne sont pas moins dédaigneux et, sous l'empire romain, on ne connaît déjà plus l'emplacement de l'antique cité qui vient d'être retrouvée après un oubli de vingt-cinq siècles.

Pendant tout le temps qu'avait duré le second empire d'Assyrie, Babylooe, bien qu'indépendante pendant un certain temps, avait été complètement subordonnée à Ninive comme ville politique. Nabopolassar. gouverneur de B^bylone pour les rois d'Assyrie, se révolta et, pour cimenter son alliance avec le roi des Médes Cyaxare, maria son fils Nabuchodonosor avec la Qlle du roi de Médie. Ils marchèrent ensemble contre Ninive qu'ils détruisirent. Un nouvel empire, dont Babylone fut la capitale, se fonda sur les débris de la puissance ninivite : c'est le second empire chatdéen , souvent confondu avec le second empire d'Assyrie, parce qu'ils occupèrent les mûmes contrées. Ce nouvel état brilla du plus grand éclat sous Nabuchodonosor, mais il fut à son tour renversé par Cyrus, en 538 avant notre ère. Babylone, plus heureuse que Ninive, resta une des capitales de la monarchie des Perses. Son dernier roi fut Labynith, le Balthazar du prophète Daniel. A partir de cette époque, l'histoire des Chaldéens, des Assyriens et des Babyloniens est intimemeat liée à celle des Perses.

Les eublèues protecteurs. — Dans tous les pays de l'ancien Orient, les ailes ont été considérées comme une manifestation de la puissance divine. Nous avons dit, en parlant de TÉgyptc, que la divinité protectrice des Pharaons était exprimée dans les bas-reliefs par un emblème représentant un oiseau qui plane au-dessus de leurs tètes. Comme les Égyptiens ont occupé par droit de conquête cl pendant plusieurs siècles la portion de l'Asie doiil nous nous occupons, on ne sera pas surpris de trouver des emblèmes équivalents sur les bas-

reliefs assyriens. L'oiseau qui plane au-dessus du char royal (fig. 135), apparaît ici comme marque visible de la protection divine: seulement

il ne porte rien dans ses serres, tandis que dans les monuments pharaoniques il tient toujours quelque attribut divin. La manière dont les ailes se déploient sur les monuments égyptiens, Tune en haut et Tautre en bas, est beaucoup mieux déterminée comme emblème que dans la figure assyrienne; cette dernière, en effet, ressemble plus à un oiseau naturel qu'à une manifestation de la puissance céleste. Mais il ne faut voir là qu'une simple question d'art qui n'ôte absolument rien à la valeur de lemblème.

La divinité protectrice se manifeste d'ailleurs sous un aspect différent dans d'autres monuments, comme le montre la figure 136. Le roi, coiffé de sa tiare et monté sur un char magnifique, attaque une citadelle que défendent en vain les ennemis placés sOr les remparts. Le carnage est partout et la victoire n'est pas douteuse. L'emblème protecteur plane au-dessus de la tête du roi : mais cet emblème, quoique pourvu d'ailes, n'est plus l'oiseau que nous avons vu tout à l'heure. C'est une demi-figure, dont le corps sans jambes est enlacé dans un cercle symbolique, et qui prend part au combat en ajustant ses flèches contre les ennemis du roi qu'elle protège. Il y a là une transformation qui est importante à noter : c'est sous un aspect analogue à celui-ci que l'emblème protecteur nous apparaîtra bientôt sur les monuments de la Perse.

Dans les jours de bataille , le roi d'Assyrie invoque Assour, le dieu des Assyriens, comme le Pharaon invoquait Ammon, le dieu des Égyptiens. L'emblème protecteur qui plane sur la tête royale représente donc, sinon Assour lui-môme, du moins l'un de ses envoyés célestes; car c'est Assour qui donne au roi une force invincible et qui le fait triompher de ses ennemis, quel qu'en soit le nombre. C'est ce que démontrent les inscriptions. « H imposa ses villes, dit Sennachérib, en parlant de son ennemi. Il leva son armée et augmenta sa puissance par des chars et des chevaux... lis vinrent pour commettre des crimes, comme une nuée de sauterelles qui s'abat sur la campagne pour la dévaster... Le cœur plein de courroux, je montai en hâte sur mon char de bataille le plus élevé, qui balaye les ennemis. Je pris dans mes mains l'arc puissant que le dieu Assour m'a donné... Je me ruai comme le feu dévorant sur toutes ces armées rebelles, comme le dieu Bin. l'inondateur. Par la grâce d'Assour, mon maître, je marchai vers ma proie pour la détruire ; comme une tempête dévastatrice, je versai la stupeur sur mes adversaires. Par la protection d'Assour et l'ouragan de la bataille, j*ébranlai la force de leur résistance, et je fis chanceler

leur fermeté. L'armée des rebelles, à cause de mes armées terribles, se replia, et leurs chefs délibérèrent, rédui(s au désespoir... Sur la terre mouillée, les harnais, les armes prises dans mes attaques, nageaient dans le sang des ennemis comme dans un fleuve ; car les chars de bataille, qui enlèvent hommes et bétes, avaient dans leur course écrasé les corps sanglants et les membres. J'entassai les cadavres de leurs soldats comme des trophées, et je leur coupai les extrémités. le mutilai ceux que je pris vivants, comme des brius de paille , et pour punilion je leur coupai les mains. »

Kous avons vu comment était l'emblème protecteur des, rois d'Assyrie sur les champs de bataille.

Dans les scènes civiles ou religieuses , on trouve fréquemment dts personnages ailés qui ont un caractère absolument symbolique, et la placequ'ilsoccupentne permet pas de douter qu'ils y figurent à titre de protecteurs. La figure 137 nous montre un de ces personnages:

il LSt barbu, et son front est ceini d u 1 diadème. Il porte un chevreau sur un de sesbr^set son autre main Il nt une palme. On n'a pas encore donne de ce symbolisme une explication bien satisfaisante, mais la signification des ailes comme emblème protecteur n'csl pas douteuse. Les personnages ailés apparaissent dans ce rùJe sur un bas-relief assyrien (fig. 138). Le roi, coiffé de la tiare et revêtu du grand manteau à franges, est assis sur son trône : ses pieds reposent sur un tabouret. Un eunuque, debout en face de lui, agite le chasse-mouche devant son visage et tient en main une coupe. Deux autres eunuques sont debout derrière le monarque; le premier lient également UD chasse-mouche, mais tous les deux portent l'arc et le carquois royal. La composition se termine de chaque cèté par un personnage ailé et barbu, coiffé d'une espèce de bonnet avec deux cornes.

L£s cornes sont en effet un insigne de puissance, et c'est pour cela que les taureaux à téle humaine qui gardent la porte des palais sont

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yp

L'ASSÏBIE.

pourvus d'une double paire de cornes, en mèmi' temps que de grandes ailes prof'clrices. Ces figures, qui réunissent à la lê£e d'un homme le

corps du plus vigoureux des animaux, exprimoDl syniboliquemenl rinteliigence suprême unie à la force matériellR (fig. 139).

lU sont toujours placés à l'entrée du palais des rois, où ils paraissent avoir un Pùte analogue à celui des sphinx disposés sur les avenues

qui mènent aux temples de lÉgypte. Peut-être même sonl-ils, comme iDSspliinx d'Egypte, une simple persoanirication royale; ce qui expliquerait tout naturellement la singulière légende des Hébreux, d'après laquelle leur plus grand ennemi, le roi d'Assyrie Nabuchodonosor fut métamorphosé en vache par le dieu d'Israël,

Sauf les oreilles qui sont celles d'un taureau, la tête de ces animaux symboliques est complètement humaine : elle est, comme celle des rois, pourvue d'une barbe parfaitement frisée et d'uae longue chevelure bouclée : enfin elle porte la tiare royale. Les ailes, bien plantées sur les épaules du taureau, produisent le plus bel effet décoratif. La queue se termine par une longue touffe de poils tordus en rouleaux parallèles qu'interrompent par place des rangées horizontales de boucles. Les poils de l'échiné, des cuisses et des flancs présentent la même disposition.

Ce qui monire bien, du reste, que les animaux ailés sont un emblème essentiellement protecteur de la maison, c'est qu'on les retrouve sur les cachets babyloniens. Or, à Babylone, où les serrures étaient sinon inconnues, du moins peu usitées, on scellait la porte avec un cachet pour s'assurer qu'elle était demeurée fermée. Dans le livre de Daniel, on voit le roi demander qu'on ferme le temple de Bélus en appliquant des sceaux, et s'informer ensuite si ces sceaux sont intacts.

L'usage de sceller les coffres avec des cachets était répandu dans tout l'Orient. Les dessins gravés sur les cachets représentent généralement des animaux symboliques, par exemple un cheval ou un taureau ailé et quelquefois un mélange des deux, comms le montre la figure UO, Avec un cachet de ce genre les maléfices perdaient leur puissance et les maladies étaient éloi- Fig. 140. - cachei b;ibjioDicn. gn^cs de la maison. Car, pour les AssyiBibiiathèqua aaiiouiie.) neus, les maladies sont toujours le résultat des incantations d'un ennemi, et l'on ne peut s'en préserver ou s'en guérir que par des moyens magiques. L'absence de médecins à Babvlone, qui causait tant d'étonnement à Hérodote, vient de ce que le seul homme capable d'arrêter le progrès du mal est le prêtre, c'est-à-dire le sorcier, l'homme qui connaît les formules magiques et qui sait quels sont les emblèmes qui doivent être cflieaces dans un cas particulier. On employait néanmoins ies

médicamenls, mais k litre accessoire, et la moindre amuleUe était considérée comme bien autrement puissante.

Ce sont ces superstitions qui ont fait multiplier les emblèmes religieux sur une foule de petits objets que les Babyloniens portaient avec eux pour se préserver des événements funestes. On a retrouvé, en effet, sur l'emplacement de l'ancienne Babylone et dans les environs, un assez grand nombre de petits cylindres, qui ont pris place dans nos musées et dans les collections pariiculiëres. On en a également retrouvé à Ninive, mais ils y sont beaucoup moins nombreux qu'à Babylone. Après avoir longuemctit discuté sur l'usage qu'on pouvait faire de ces cylindres, la plupart des savants admettent aujourd'hui qu'on s'en servait comme d'amulettes; ils sont généralement en pierres dures, telles que jaspe, calcédoine, sardoine, agate, cristal de roche, lapislazuli, basalte, quartz, etc. ; presque toujours ils sont percés dans leur longueur d'un trou dans lequel on passait un cordon, ce qui fait supposer que ces amulettes se portaient autour du cou, probablement comme des colliers.

La figure lf|2 montre un de ces cylindres babyloniens, et la scène qu'il représente est développée sur la figure Hl On y voit un personnage ailé, placé entre deux griffons dont il combat probablement l'influence malfaisaiitt;.

Les insignes iioïaux. — La couronne des rois d'Assyrie est irôsdifférente de celle que nous avons vu porter aux Pharaons d'Égypie. C'est une espèce de tiare {fig. 1Z|3), analogue à celle qui sert habituellement de coiffure aux Assyriens, mais elle se distingue par un petit cône droit qui la surmonte, et qui ne se montre jamais que dans la tiare royale.

iW L'ASIE.

Toutefois, la tiare royale elle-même, bien que répondant toujours au même type comme ensemble, présente quelques variétés

dans le détail. Ainsi, la figure 1^3 montre une tiare souple et unie tandis que, sur la figure U/i, nous trouvons une tiare d'une forme plus impérieuse, plus droite, et ornée d'étoiles disposées sur des bandes.

Le cène qui la surmonte est aussi plus élevé et le diadème est beaucoup plus apparent.

Le diadème est un ruban qui fait le tour de la tète sous la tiare, et retombe par derrière en deux lai^s bandes terminées par une frange.

Fig. 143. -Tiuerojiie. La barbe et la chevcluFC disposécs

en boucles étagécs, comme nous les

trouvons dansces deux figures, sont aussi des marques de haute dignité,

mais elles ne sont pas affectées spécialement à la personne royale. Il y a encore une autre

espèce de tiare, celle que

nous avons vue au taureau

ailé (Dg. 139) : celle-ci est

dépourvue du cône et sa

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