‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 17 sur 54 · G. RawUnson. The five greal Monarchies · texte numérisé non relu

G. RawUnson. The five greal Monarchies

On attribuait à la fabuleuse Sémiramis les immenses édilices qui faisaient autrefois l'admiration de l'antiquité. Les plus célèbres étaient le pont de TEuphrate^ le temple de Bélus avec la grande tour destinée aux observations astronomiques, et surtout les jardins suspendus qui étaient considérés comme une des sept merveilles du monde. Comme il n'y avait pas de pierres dans la Babylonie, ces édifices étaient construits en briques, et les documents font défaut pour comprendre exactement quel était le genre de décoration adopté par les architectes.

Un passage d*Hérodote peut au moins donner une idée de la disposition générale de la ville. « La ville de Babylone, dit-il, est partagée en deux grandes portions par le fleuve qui coule au milieu. Ce fleuve est lHuphrate; il vient de TArménie; il est large, profond, rapide, et va se jeter dans la mer Erythrée. Le mur d'enceinte touche donc par chacune de ses extrémités le fleuve, et, formant un angle à ce point, il se rattache des deux côtés à une maçonnerie construite également de briques cuites, qui forme les quais des deux rives du fleuve. L'intérieur de la ville, rempli de maisons, de trois à quatre étages, est traversé par des rues alignées, se coupant à angle droit, les unes parallèles, les autres perpendiculaires au fleuve. Celles-ci sont terminées toutes par une porte, qui s'ouvre dans la maçonnerie du quai où elles aboutissent : toutes ces portes sont d'airain et conduisent au fleuve. Le mur d enceinte était la principale défense de Babylone. On en avait, en outre, élevé un autre intérieur et parallèle, presque aussi solidement construit que le premier, mais moins épais. »

Prise et ruinée par Cyrus, Babylone ne se releva qu'avec peine; cependant elle avait encore une très -grande importance lorsque Alexandre fit la conquête de l'Asie. A partir de ce moment, elle déclina rapidement et, au temps de Pline, elle était presque déserte. Babylone avait une étendue telle que, lorsque Cyrus s'en empara, les habitants des quartiers éloignés n'apprirent cette nouvelle qu'après le coucher du soleil. Cette cité célèbre a laissé pou de vestiges de son ancienne splendeur, et, jusqu'à nos jours, les voyageurs ne pouvaient découvrir môme son emplacement : mais de récents travaux nous permettent d'avoir sur l'organisation de cette immense ville dos données à peu près certaines.

Nabuchodonosor, dit M. Alfred Maury, entoura Babylone de six enceintes dont Timmense développement permit à une nation tout entière de se considérer comme la population d'une seule ville. M. Oppert a pu, sur les lieux, rétablir la curieuse topographie de Baby-

lone, qu'Aristote comparait plutôt à un pays environné d'une muraille qu'à une cité telle que les Grecs pouvaient se la représenter. L'enceinie extérieure, celle dont parle Hérodote, formait un carré de 120 stades de côté. Babylone était donc quatre fois et demie plus étendue que Londres. Ce mur, qui rappelle la muraille de la Chine, avait 90 coudées (47'"28) de hauteur, 50 coudées de largeur. 11 était flanqué de tours hautes de 200 coudées (105 mètres) et percé de 100 portes. Un fossé intérieur et un fossé extérieur le défendaient. Cyrus commença la démolition de cette gigantesque enceinte, dont la destruction complète ne fut opérée que par les rois perses Xercès et Artaxercès. L'Euphrate partageait en deux parties à peu près égales et de ûgure triangulaire la vaste superficie enclose dans cette enveloppe. La seconde enceinte avait un périmètre de 360 stades (68 kilomètres) ; elle était également pourvue de tours, genre de fortification dont les bas-reliefs assyriens nous offrent de nombreuses représentations; elles atteignaient une hauteur de 110 coudées (57'"75) . La largeur du rempart intérieur était suffisante pour que deux chars se pussent croiser sur la plateforme qui le couronnait. L'aire entourée par la seconde muraille embrassait 290 kilomètres carrés. Elle laissait en dehors, au midi, le quartier de Borsippa, qui devint ainsi une ville distincte après la ruine du rempart extérieur. Tout Tintérieur n'était pas occupé par des habitations : de vastes espaces restaient livrés à la culture. Au centre de ces deux enceintes concentriques se trouvait la cité royale, la ville proprement dite ; Hillah paraît en occuper l'emplacement. C'était la Babylone primitive, dont il est impossible d'évaluer l'étendue, aucun vestige du mur qui l'entourait n'ayant été découvert: mais elle égalait au moins en superficie la capitale de l'Angleterre.

Les VILLES de date postérieure. — Nous devons signaler encore, aux environs de Babylone, deux villes importantes que nous n'avons pas voulu confondre avec les précédentes parce que leui* fondation est postérieure à la destruction de la monarchie assyrienne : c'est Sèleucîe, et Ctèsiphon.

SéUucie, ville purement grecque, fut fondée par Sélcucus Nicator; elle devint, après la conquête d'Alexandre, une des villes les plus importantes de l'Asie, et la capitale d'un vaste empire.

« Séleucie, dit Pline, est située à quatre-vingt-dix mille pas de Babylone et on lui donne le surnom de babylonienne. Elle est aujourd'hui libre, indépendante, et conserve les mœurs macédoniennes.

Oq dîl que le nombre de ses habitants s'élève à six cent mille et que son . plan topographique est celui d'un aigle déployant ses ailes; son territoire est le plus fertile de tout l'Orient. »

« A trois mille pas de là, ajoute un peuplusioin lemème auteur, lesParthes ont bâti, par un sentiment de jalousie, la ville de CUsiphoti qui est devenue la capitale de leur empire. » Il est bon toutefoi9d'ajouterque,d'aprèsStrabon, p,g i„ Monui» a. s*iauci«, ce fut un tout autre motif qui détermina les rois parthes à adopter Ctésîphon pour capitale. « Près de Sëleucie, dit-il, est le bourg de Clésiphon que les rois des Parthes ont choisi pour leur séjour d'hiver, voulant épargner aux Séleuciens l'embarras de loger le corps des soldats scythes qui les accompagne. Aussi, CtésiphOD est plutôt une ville parthc qu'un bourg, en raison de sa puissance, de sa nombreuse population, du dépât de ses marchandises et de l'établissement de ses ateliers. Les rois y passent l'hiver, à cause de la douceur de son climat; pendant l'été, ils séjournent à Ecbatane et dans l'Hyrcanie. » Que ce soit pour une cause ou pour une autre, il est certain que l'importance de Séteucie a diminué en même temps que CtésiphOD s'est accru.

Ctésiphon a laissé quelques ruines d'une architecture singulière.

La monarchie des pEnsES. — La monarchie des Perses, qui vient dans l'histoire après colle des Assyriens, a son origine dans la fusion de deux royaumes, la Médie, située au sud de la mer Caspienne, et la Perse proprement dite, qui s'étendait au sud jusqu'au golfe Persique et à la mer Erythrée. Le royaume de Médie. qui s'est formé des débris de l'empire assyrien, fut ensuite compris dans le vaste empire fondé par Cyrus. Hais ce pays paraît avoir été civilisé avant la Perse, qui lui

a emprunté la plupart de ses usages. Au reste, les Grecs confondent continuellement les Mèdes et les Perses, et c'est pour cela que les grandes guerres de Darius et de Xercès sont désignées dans l'histoire sous le nom de guerres médiques, bien que les rois de Perse en aient été les instigateurs.

Ce fut Cyrus qui, vers Tan 559 avant Jésus-Christ, fonda la grande monarchie des Perses. Tout ce qui concerne la jeunesse de ce prince est empreint d'un caractère romanesque, et les historiens anciens en donnent des versions différentes; mais les événements historiques de son règne qui sont connus avec certitude changèrent la face de PAsie. les Babyloniens, ayant fait alliance avec Crésus, roi de Lydie, Cyrus battit Crésus et s'empara ensuite de Babylone, où il pénétra par le lit de l'Euphrate qu'il avait détourné. Devenu roi des Mèdes par héritage, il fonda un vaste royaume qui s'étendait de l'Indus à la Méditerranée, et auquel son successeur Cambyse ajouta encore l'Égxpte.

Ce ne fut toutefois que sous Darius, fils d'Hystaspes, que l'empire fut définitivement constitué, car la majeure partie du règne de ce prince fut occupée à combattre les révoltes qui éclataient de toutes parts. Ce qui est bien caractéristique dans ces insurrections asiatiques, c'est qu'elles n'ont jamais pour but un changement dans la forme du gouvernement; elles sont toujours produites par la crédulité populaire, qui accepte comme prince légitime un homme qui s'est fait passer pour un autre.

Le fameux bas-relief du rocher de Bisotoum, que nous donnons ci-contre (fig. 148), a trait aux révoltes de ce règne.

Ce bas-relief représente neuf prisonniers qui ont les mains attachées derrière le dos et sont liés entre eux par une corde passée autour du cou : ces prisonniers sont les chefs des provinces révoltées. En face de ces captifs, le roi, la tète tournée de leur côté et levant la main droite en signe de commandement, foule aux pieds un personnage qui élève ses bras en suppliant : il est suivi de deux gardes tenant un arc et une lance. Dans la partie supérieure du bas-relief plane la figure symbolique d'Ormuzd.

Le roi qu'on voit ici est Darius, fils d'Hystaspes. Le prisonnier qu'il foule aux pieds et qui tend vers lui des bras suppliants est le faux Smerdis; une inscription, gravée sur le rocher au-dessous du bas-relief, le désigne sous le nom de Gaumatès le Mage. Tous ces captifs sont qualifiés d'imposteurs, à Texception toutefois du dernier, celui qui porte un bonnet pointu; l'inscription qui l'accompagne porte simplement : « Celui-ci est Saruk'ha, le Sace. »

On remarquera aussi que la composition du bas-relief est emblématique plutôt qu'historique, car les chefs révoltés, qui sont ici représentés enclialnés tous ensemble, n'ont pas été pris simultanément, mais vaincus et tués l'un après l'autre. L'inscription gravée sur le rocher n'est pas moins curieuse que te bas-relief lui-même. Ce n'est plus Assour, comme chez les rois d'Assyrie, mais Ormuzd, que le roi de Perse invoque comme son protecteur : a C'est un gr^Qd dieu qu'Ormuzd qui a créé ce monde, qui a créé le ciel, qui a créé les

mortels, qui a fait Darius roi, seul roi de la multitude. ]e suis Darius, roi grand, roi des rois, roi des contrées qui contiennent beaucoup de nations, roi de ce monde immense et son soutien, Tils d'flystaspes Achémenides. n Darius nomme ensuite ses ancêtres, puis il énumére les vingt royaumes qui lui sont soumis, et il raconte comment il est monté sur le tr6ne : « Lorsque Cambyse eut tué Smerdis, le peuple ignora que Smerdis était morU,. 11 y avait alors un mage nommé Gaumatôs... Il trompa le peuple par ces paroles : «le suis Smerdis, II le fils de Cyrus, le frère de Cambyse.» Alors le peuple entier devint rebelle et alla vers lui... Le peuple le craignait à cause de sa cruauté. Il aurait tué beaucoup de monde qui connaissail l'ancien Smerdis aûn qu'on ne reconnut pas qu'il n'était pas Smerdis, le fils de Cyrus. Mais personne n'osait dire quoi que ce soit jusqu'à ce que je vinsse. Alors je priai Ormuzd; Ormuzd m'apporta du secours... Je tuai, accompagné d'hommes fidèles, Gaumatès le mage et ses principaux complices. Par la volonté d'Ormuzd, 'je devins roi. L'empire qui avait été arraché à notre race, je l'ai restauré. Les autels que Gaumatès le mage avait renversés, je les ai relevés en sauveur du peuple; j'ai

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rétabli les chants et les saintes cérémonies. » Cette dernière phrase semble indiquer que Tinsurrection du faux Smerdis avait eu un caractère religieux autant que politique, puisque Darius se pose en restaurateur de Tancien culte.

La lutte contre la Grèce occupe toute l'histoire de la monarchie des Perses et se termine par la conquête d'Alexandre. L'influence grec* que devient, à partir de ce moment, prépondérante en Orient et la Perse disparait un moment de l'histoire.

Emblèmes et insignes. — Les rois de Perse conservèrent quelques-uns des insignes des rois d'Assyrie et en ajoutèrent de nouveaux. La figure 1(|9 nous montre un bas-relief de Persépolis, dans lequel se trouvent réunis les emblèmes royaux des Achéménides. Le roi est debout : il tient d'une main sa longue canne, insigne du commandement et, de l'autre, le bouquet de fleurs sacrées. 11 a pour costume une longue tunique, légèrement relevée sur le côté, de manière à former des plis courbes par derrière et par devant; cette tunique est serrée à la taille par une ceinture dont un bout pend par devant. Les manches sont longues et extrêmement évasées près du poignet; leur extrémité retombe jusque sur les hanches. Les pieds sont entièrement recouverts par la tunique qui, sans être traînante, descend jusqu'à ras du sol.

La coiffure royale est une tiare assez basse et évasée dans sa partie supérieure ; les cheveux et la barbe sont fort longs et disposés en boucles régulièrement frisées.

« Au-dessus de la tête de ce personnage, dit M. Flandin, un grand parasol est tenu par un serviteur qui marche derrière. Acôtédecelui-ci, un second serviteur agite un chasse-mouche, au-dessous du parasol, et tient, dans sa main gauche, quelque chose qui pend en faisant de longs plis : c'est peut-être le bandeau royal. Les pages qui accompagnent le personnage principal sont, à très-peu de chose près, vêtus comme lui. Leur robe est tout à fait semblable, ce qui doit faire penser que, dans ces temps reculés, le vêtement étant très-simple la forme était à peu près la même pour tous. Les vêtements ne différaient que par la qualité, le prix des étoffes , et aussi par quelques petits détails de toilette. Ainsi les deux pages sont chaussés de petits cothurnes attachés sur le coude-pied, leurs cheveux sont longs et bouclés; mais leur barbe, frisée comme leur chevelure, est courte et taillée près du menton. Il doit y avoir dans cette façon de barbe l'intention d'établir une distinction entre ces personnages. J'y vois une marque hiérarchi-

que qui désigne les gens de service auxquels la barbe longue est interdile. Les Orientaux ont toujours attaché une très-grande importance à cet ornement viril et les bas-reliefs de Persépolisoe sont pas lesseuls où la personne du roi soit reconnaissable à la longueur de la barbe. Les

deux pages ont la tële couverte d'une espèce de calotte basse et plate. Leurs oreilles sont accompagnées de larges anneaux. C'est encore là un objet digne d'attention qui doit avoir une signification propre à la position inférieure de ces personnages, car on ne voit jamais de pendants d'oreilles ni au roi, ni à aucun des individus qui paraissent être des gens de quelque importance. »

La figure qu'on vient de voir (fig. 149) et celle qui va suivre (ûg. 151), montrent que le chasse-mouche était un insigne royal dour les rois de Perse aussi bien que pour les rois d'Assyrie. La figure 150

donne les détails d'un chasse-mouche emprunté à un bas-relief de Persépolis. Notons en passant qu'en Perse, le chasse-mouche se tenait au-dessus de la tête du roi.

L'emblème ailé, que nous avons vu planer en Egypte au-dessus de la tête des Pharaons et que nous avons retrouvé modifié sur celle des rois d'Assyrie, se retrouve également en Perse. Le bas-relicf du rocher de Bisotoum nous en a fourni déjà un remarquable exemple (fig. 148). Nous en donnons un autre ci-contre (Og. 151). On croit généralement que le personnage emblématique ici représenté est Ormuzd, le grand dieu de la Perse. D'autres veulent y voir simplement le ferouer du roi, son génie protecteur, Fig. 150. — Chasse-mouche, qui remplit près de lui le rôle d'ange gardien.

(Bas-relief de Poraépolis.) «i ^ •«>' i i ^* i

11 est coiffe de la tiare persane; ses longues ailes au plumage régulier sont disposées identiquement comme celles qui sont placées sur les côtés du disque solaire dans les monuments égyptiens. L'imitation égyptienne est beaucoup plus franche sur ce monument que sur aucun autre bas-relief assyrien, sans doute parce que les rapports étaient devenus plus fréquents entre les deux peuples par suite de la conquête de FÉgypte par Cambyse. Le bas du personnage emblématique se termine par des plumes d oiseau disposées en éventail, avec un petit appendice qui forme un enroulement de chaque côté.

Dans les deux bandes sculptées qui sont au-dessus de la figure du roi assis, on retrouve le même emblème ailé, mais cette fois sans le personnage : le soleil, au lieu d'être exprimé par un disque comme dans les monuments égyptiens, est simplement traduit par un cercle ou anneau auquel sont adaptées les ailes, et il forme le centre d'une frise composée d'animaux marchant vers lui. Immédiatement audessous de ces deux frises, le roi est assis sur son trône, et un serviteur agite le chasse-mouche au-dessus de la tête royale, La base du monument est formée de deux colonnes engagées, entre lesquelles on voit, disposés en trois zones, des personnages qui lèvent les bras

m L'ASIE.

comme pour servir de support au trtae. Ces personnages sont diversement valus et personnifient les peuples soumis au roi de Perse.

Il y avait, en effet, dans cet immense empire, une foule de peuples très-divers que les bas-reliefs de Persépolis nous montrent apportant au grand roi le tritiut qui lui est dâ. Presque toujours ils sont caractérisés par les productions particulières du sol qu'ils habitent. Ainsi, la

figure 1&2 Dous montre les habitants de la Bactriane, vaste contrée à l'orient de la mer Caspienne, conduits par un officier mède ou perse qui tient un bâton en signe de commandement. Les Bactriens tiennent fa ta main divers présents et sont accompagnés d'un chameau à deux bosses, appelé chameau de Bactriane, parce quïl est originaire de cette contrée.

Plus loin (Gg. 153), nous voyons les Indiens qui amènent, entre autres présents, un bœuf de leur pays, caractérisé par la bosse qu'il a sur le dos. L'empire des Perses, en effet, s'étendait depuis Tlndus jus> qu'à la Méditerranée, et les bas-reliefs de Persépolis fournissent, sur

le costume des peuples qui habitaient œs vastes contrées, de précieux documents auxquels nous aurons plus d'une fois recours dans la suite de cet ouvrage.

La maison royale. — Quinte -Curce, en décrivant Tarmée de Darius au moment où elle se prépare à combattre Alexandre, nous fait un récit détaillé des costumes qui étaient en usage à la cour des rois de Perse et du cérémonial qui les accompagnait :

« C'était, dit-il, une ancienne coutume des Perses de ne faire marcher leur armée qu'après le lever du soleil ; le signal était donné de la tente du roi, au-dessus de laquelle était arborée l'image resplendissante du soleil, enchâssée dans du cristal. Voici en quel ordre ils marchaient. Premièrement, on portait du feu sur des autels d'argent en grande cérémonie : les Perses avaient le feu en singulière vénération, l'appelant étemel et sacré. Les mages venaient après, chantant des hymnes à la façon du pays et suivis de trois cent soixantecinq jeunes hommes vêtus de robes de pourpre, marquant le nombre des jours de l'année. Après eux, venait un char consacré à Jupiter, tiré par des chevaux blancs et suivi d'un coursier d'extraordinaire grandeur, qu'ils appelaient le cheval du soleil. Ceux qui conduisaient lés chevaux étaient vêtus de blanc et avaient des houssines d'or à la main. Dix chariots roulaient ensuite, tout étoffés d'or et d'argent. Puis marchait en corps la cavalerie, composée de douze nations différentes d'armes et de mœurs; et après elle ceux que les Perses appellent immortels, au nombre de dix mille, surpassant en magnificence tout le reste des barbares. Ils portaient des colliers d'or et des robes de drap d'or frisé avec des casaques à manches, couvertes de pierreries.

« A quelque distance de là suivaient ceux qu'ils nommaient les cousins du roi, jusqu'au nombre de quinze mille ; mais cette troupe, trop mollement parée, tenait plus de la femme que du soldat, et se montrait plus curieuse en ses habits qu'en ses armes. Les doryphores venaient après; c'est ainsi qu'on appelait ceux qui avaient coutume de porter le manteau du roi. Ils marchaient devant son chariot, dans lequel le monarque paraissait haut et élevé comme sur un trône; les deux côtés du chariot étaient enrichis de plusieurs images des dieux, faites d'or et d'argent; et de dessus le joug, qui était tout semé de pierreries, s'élevaient deux statues de la hauteur d'une coudée, dont Tune représentait Ninus et l'autre Bélus; et entre deux était un aigle d'or consacré déployant les ailes; comme pour prendre son vol. I. 24

(( Mais tout cela n'était rien en comparaison de la magniûcence qui éclatait en la personne du roi.

(( Le roi était vêtu d'une saie de pourpre mêlé de blanc, et pardessus il avait une longue robe toute couverte d'or, où Ton voyait deux éperviers aussi d'or, qui semblaient fondre Tun sur l'autre. Il portait une ceinture d'or comme les femmes, d'où pendait un cimeterre qui avait un fourreau tout couvert de pierres précieuses, si délicatement mises en œuvre qu'on eût dit qu'il n'était que d'une. Son ornement, du reste, était une tiare bleue, ceinte d'une bande de pourpre rayée de blanc, qui était la marque royale ou le diadème que les Perses appellent cidaris.

(( Dix mille piquiers suivaient le chariot royal, ayant des piques enrichies d'argent avec leurs pointes garnies d or. A ses côtés marchaient environ deux cents des plus proches parents du roi, et trente mille hommes de pied faisaient l'arrière-garde de toutes ses troupes; après suivaient les grands chevaux du roi, au nombre de quatre cents, que Ton menait en main. A cent ou cent vingt pas de là venaient sur un chariot, la mère de Darius, Sysigambis, et sa femme sur un autre. Toutes les femmes de la maison des reines suivaient à cheval. Quinze grands chariots paraissaient ensuite, où étaient les enfants du roi avec ceux qui avaient soin de leur éducation, et une troupe d'eunuques, qu'on estime beaucoup dans ce pays-là. Puis marchaient les concubines du roi, jusqu'au nombre de trois cent soixante-cinq, et toutes en équipage de reines. Elles étaient suivies de six cents mulets et de trois cents chameaux, qui portaient l'argent, escortés d'une garde d'archers. Après venaient les femmes des parents du roi et celles de ses familiers; et, derrière elles, une grande troupe de goujats, de valets et d'autres gens de bagage, tous montés aussi sur des chariots. A la queue de tout étaient quelques compagnies armées à la légère, chacune conduite par ses officiers, ayant pour mission d'empêcher les soldats de s écarter. »

Évidemment, Quinte-Curce n'est pas un auteur qu'on doive toujours prendre à la lettre, mais la description qu'il donne ici est entièrement d'accord non-seulement avec les auteurs, mais même avec les monuments. Les doryphores j ou gardes spéciaux du roi, sont représentés sur les murs de Persépolis (Og. 154 et 155). Ils sont vêtus d'une tunique longue avec de larges manches, portent une tiare côtelée d'une forme un peu évasée et sont armés d'une lance qu'ils tiennent à deux mains et d'un carquois placé sur l'épaule.

Les doryphores accompagnaient partout le monarque et étaient nourris des mets servis sur sa table. Leurs costumes étaient de pourpre et d'or; ils avaient la position de grands dignitaires du royaume et possédaient le privilège de composer seuls l'escorte royale. Outre leur carquois, ils avaient pour arme une longue lance dont le manche était terminé par une petite boule d'or.

Cette troupe privilégiée était cboîsîe parmi les dix mille Perses qu'on appelait immortels, et qui composaient l'élite de l'armée.

Les doryphores occupaient une salle d'honneur dans le palais. « Le roi, dit Atliénée, traversait leur salle à pied sur des tapis ras de Sardes qu'on y étendait et sur lesquels personne ne marchait tiue lui. Lorsqu'il voulait monter en voiture ou à cheval, il se rendait à la dernière salle, car jamais un roi de Perse n'a paru à pied hors de son palais. Ses concubines sortaient avec lui, même lorsqu'il allait à

ISS L'ASIE.

La plupart des usages que les auteurs anciens nous signaleDlcomme appartenant à la cour des rois de Perse, ont existé antérieurement cbez les rois d'Assyrie. Dans le passage de Quinte-Curce que nous avonscitë plus haut, on a vu quequatrecents chevaux, tenus à la main, marchaient à la suite du roi. Un bas-relief assyrien (fig. 156} nous montre une

Fig. IM. - Le» cheTî (D'aprét an hu-rtli

scène analogue. Parmi les personnages qui conduisent ces animaux, les uns sont armés de lances, les autres portent la maquette d'une petite ville forlifl^c, probablement l'emblème d'une ville soumise au monarque. Les chevaux de la cour sont donc représentés ici dans une marche guerrière.

La figure 157 montre simplement un paiefrenier qui conduit les chevaux royaux el notre gravure présente tous les détails du harna^ chement. La Babylonie était, au temps des rois de Perse, le pays où se trouvaient les haras royaux, absolument comme sous les rois d'Assyrie. C'est ce que nous apprend Hérodote : « Le roi, dit-il, y entretenait pour son usage, outre les chevaux de guerre, huit cents étalons et seize mille juments; car on admettait vingt juments pour un étalon. Il se faisait aussi élever une si grande quantité de chiens indiens que quatre grands villages dans la plaine devaient fournir leurs aliments, et étaient pour cela exemptés de tout autre tribut. Tels étaient les revenus de celui qui avait le gouvernement de Babylone. »

Les Villes principales. — Athénée rapporte que les rois de Perse passaient l'été à Ecbatane, et l'hiver à Suse.

Ecbalane était l'ancienne capitale de la Médie, et Hérodote en attri-

bue la constiucIiOQ à Déjocès, qu'il désigne comme le premier roi des Mëdes. a Lorsque Déjocès, dit-il, fut investi du pouvoir, iV força les Hëdes à bâtir une ville, à s'y attacher, à abandouner les autres résidences. I) fut poDCtuellement ob^ : son peuple éleva les formidables remparts que l'on appelle mainlenant Ecbatane, oii, derrière une en-

ceinte, se dresse une autre enceinte. Cette disposition des murailles était favorisée par la pente du terrain : une enceinte ne dépasse l'enceinte précédente que de la hauteur des créneaux. Déjocès fit plus : ( comme il y avait en tout sept enceintes, il eut soin de renfermer dans la dernière son palais et ses trésors. Le plus vaste de ces remparLi a la même circonrérence que celui d'Athènes. Les créneaux de la première muraille sont de pierres blanches ; ceux de la seconde, de pierres noires; ceux delà suivante' sont couleur de pourpre; ceux de la quatrième, bleus; ceux de la cinquième, rouge de sardoine. Ainsi à

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