I. UtiuU tn OrurU
règne un second encadrement de rinceaux élégants, reproduisant sur les deux longs calés les mêmes motifs avec d'assez légères modifications. Ce sont des fleurs, des fruits et des feuilles, parmi lesquelles on reconnaît des grappes de raisins, des lis, des grenades, des coloquintes, des amandes, des glands, et des rosaces assez semblables à des anémones épanouies. Deux grandes bandes rectangulaires, encadrées dans une torsade, se montrent à droite et à gauche; dans chacune des bandes se voient deux cordons de triples feuilles d'olivier accompa-
Pi«. W5. — aaiiuiihiïi
gnées de deux olives répétées quatorze fois, tournées dans un sens, de l'extrémité vers le centre du rooDument, el quatorze fois en sens inverse; c'est-à-dire que toutes les pointes de feuilles sont dirigées vers le centre. Dans chaque bande, une rosace à quatre pétales marque ce centre. Entre ces deux bandes règne, d'un bout à l'autre du couvercle, un très-beau rinceau double, en entrelacs, qui part d'une triple palmette et offre en position symétrique un pampre, une grappe, une anémone, un triple lis, une triple pomme de cèdre, une triple grappe de raisin et un triple gland. Une seule des deux extrémités est
assez bien conseryée et nous fait connaître l'ornementation qui leur était appliquée {fig. 183). C'est une triple palme, des aisselles de laquelle s'élèvent deux lis et aux côtés de laquelle sont placés deux anneaux, le tout inscrit dans la moulure qui encadre la grande surface convexe du couvercle. Bien n'est plus élégant que l'ensemble de ces ornements empruDlés au règne végétal, et le développement de la surface extérieure de ce beau monument semble un charmant dessin de dentelle; toutes ces figures en relief ont été enlevées à la râpe, et l'on n'aperçoit pas
trace de l'emploi du ciseau, ni de celui du Irûpan. C'est donc un art peu avancé qui a été employé à la construction de ce curieux débris. » On a donné, toujours sans raison bien plausible, le nom de Tombeau des Juges à un monument sépulcral taillé dans la roc et remarquable par les ornements qui le décorent. La porte est encadrée de belles moulures avec deux acrotères en palmcltes aux angles du fronton, dont le tympan présente un gracieux enroulement de feuillage. On a beaucoup discuté sur l'époque à laquelle il fallait rattacher ces lom-
beaux, dont on place quelquefois la date de construction au Bas-Empire, M. Viollet-Le-Duc n'est pas de cet avis : « Dans ces sculptures, dit-il, absence absolue de toute représentation d'hommes ou d'animaux ; c est, sur tous les tombeaux, le môme faire, une exécution sèche, précise, plate, découpée, pleine de caractère, en même temps qu'on y trouve un modèle fin, travaillé, un coup de ciseau primitif, dirai-je ; c'est-àdire les qualités opposées à la sculpture du Bas-Empire qui est molle, lourde, saillante et monotone, qui manque absolument de style et n'indique qu'un art avili tombé dans le métier. » Le Tombeau des Juges renferme plusieurs chambres dans lesquelles on trouve environ soixante niches funéraires. Plusieurs de ces niches sont réunies deux par deux au moyen d arceaux arrondis.
Les autres villes de Palestine. — Après Jérusalem, les points les plus importants à signaler dans la Judée sont : Bethléem, ville petite mais fort ancienne et qui fut le lieu de naissance de David et de Jésus- Christ; Hébron, où furent ensevelis Abraham, Isaac et Jacob; Jérichc, la première ville du pays de Chanaan qui fut conquise par les Israéhtes.
M. de Saulcy, dans son voyage à la mer Morte, a cru reconaître les ruines de Sodome, hypothèse qui n'est plus guère admise aujourd'hui. « Cette découverte, dit le Guide en Orient, n'a été confirmée par aucun des voyageurs qui ont depuis visité la contrée. Nous citerons entre autres un de nos collaborateurs, dont les patientes recherches n'ont pas duré moins d'une journée sous la conduite des guides de M. de Saulcy. Les prétendues ruines de Sodome ne sont, à ce qu'il paraît, que des amas de pierres apportées pendant l'hiver par les torrents qui descendent des ravins... Sur la plage de la mer Morte, se trouve ce que M. de Saulcy regarde comme les restes d'un château, d'un poste avancé de la ville antique. C'est un tas peu considérable de pierres roulées, qui indiquent sans aucun doute l'emplacement d'un tombeau. En résumé ce site est peut-être celui de Sodome, mais on n'y remarque pas la plus légère trace de la ville. »
La ville de Cèsarêe, dont l'importance date seulement de Tépoque romaine, mérite de nous arrêter un moment. L'historien juif Josèphe nous en a laissé une description extrêmement curieuse, parce qu'elle nous montre ce qu'était une ville bâtie d'un bloc, par le caprice d'un souverain, ou d'un gouverneur de province :
« Le dedans du port était pourvu de spacieux magasins voûtés, propres à retirer toutes sortes de marchandises et à loger les matelots.
Un vaste quai oiïrait tout autour une admirable promenade; l'entrée en était au nord, exposition que la siuation du lieu rendait trèsfavorable. On voyait à chacun des côtés de cette entrée trois colosses, portés sur des colonnes; le corps entier de toute cette construction était accompagné de belles maisons, bâties en pierres blanches; toutes les rues de la ville, percées à une égale distance les unes des autres, venaient y aboutir. Le temple d'Auguste, également merveilleux par sa grandeur et sa beauté, était bâti sur une colline vis-à-vis de rentrée du port. On voyait au dedans de ce temple une statue colossale de lempcreur, qui ne cédait en rien à celle du Jupiter Olympien, sur le modèle de laquelle elle avait été faite; et une autre statue, colossale aussi, de la ville de Rome, qui pouvait de même être comparée à celle de la Junon d'Argos. Ce fut sans doute à l'utilité de la province et à Tavantage du commerce général qu'Hérode consacra les dépenses qu'il fit pour bâtir cette ville et construire ce port; mais il déféra à Auguste tout l'honneur et toute la gloire de sa fondation, en lui faisant porter son nom et en rappelant Césarée. AGn que tout, dans cette» admirable ville, fut digne du nom glorieux qu'il lui donnait, il y fit construire une place pour le marché, un théâtre et un amphithéâtre. »
La contrée située à Torient du Jourdain s'appelait la Pérée : on la nomme aussi quelquefois Décapole, à cause de dix villes qu'on suppose y avoir autrefois formé une confédération. C'est là qu'on trouvait Gadara, que Joséphe appelle la forte métropole de la Pérée ; Dozra et Gèraza, qui ont laissé des ruines importantes de l'époque romaine. «Ce qui frappe surtout à Géraza (aujourd'hui Djerach), dit le Guide en Orient, c'est une longue rue droite, formant angle avec une autre, et dont chaque côté est bordé d'une rangée de colonnes, pour la plupart corinthiennes, mais de dimensions différentes. A son extrémité sud, cette rue aboutit à une place semi-circulaire, entouiéo de colonnades d'ordre ionique; soixante-sept colonnes sont encore debout, mais il y en avait plus de cent. »
On trouve encore à Géraza les restes d'un grand théâtre, avec vingthuit rangs de gradins, faisant face à la ville ; un arc de triomphe orné de riches sculptures; une arène qui pouvait se transformer en naumachie; des bains dont les décombres occupent un emplacement considérable, etc.
Sans avoir à beaucoup près l'importance des ruines de Géraza, les restes de Rabbath-Ammon, ville qui fut prise par David, sont assez imposantes. Les prophètes ont plusieurs fois frappé cette ville de malé-
dictions. « Rabbath deviendra par sa ruine un monceau de pierres », dit Jérémie. « J'abandonnerai Rabbath pour être la demeure des chameaux et la retraite des bestiaux », dit Ézéchiel. L'emplacement de cette antique cité est aujourd'hui complètement désert. On y a retrouvé deux théâtres, dont le plus grand est pourvu de quarante-trois rangs de gradins très-bien conservés et de colonnes corinthiennes. On y voit aussi les restes d'un odéon, de deux temples et de l'ancienne enceinte.
Les peuples voisins. — Parmi les petits peuples qui ont été en rapport avec la Palestine, il faut nommer en premier lieu les Philistins, que les livres sacrés nous dépeignent comme les ennemis acharnés des Juifs. On ne sait rien de bien positif sur leur origine, bien qu'on les regarde généralement comme venus de Crète, lis paraissent avoir habité le pays antérieurement aux Hébreux; ces derniers les chassèrent et les reléguèrent sur la côte qui touche l'isthme de Suez, d*ou ils faisaient continuellement des incursions contre leurs anciens ennemis. Le pays qu'ils habitaient a été tour à tour soumis aux Juifs, aux Perses, aux Macédoniens et aux Romains.
Les villes les plus importantes étaient : Joppé (JafTa) qui servit souvent de port aux Juifs. Strabon rapporte que des hauteurs voisines on apercevait Jérusalem. C'est dans cette ville qu'abordèrent les navires chargés des troncs de cèdre qu'Hlram avait envoyés pour la construction du temple. C'est aussi là que s*est embarqué Jonas. Mythologiquement, c'est ce lieu qui aurait été le théâtre de la fable d'Andromède, exposée au monstre marin, et délivrée par le héros Persée. La ville de Joppé a été prise et détruite par les Romains.
Àscalon était le siège du culte syrien de Dagon : cette ville a appartenu tour à tour aux Philistins et aux Juifs. Hérode y fit bâtir des monuments somptueux et, sous l'empire, elle prit une grande extension. Gaza, qui fut prise et détruite par Alexandre, était une ville importante par sa position entre l'Egypte, l'Arabie Pétrée et la Syrie. Elle a conservé quelques antiquités.
Outre les Philistins, la IMble nomme souvent, comme étant en guerre avec les Hébreux, diverses peuplades dont les principales sont les Ammonites, les Moabites, les Amalécites, les Madianites et les Iduméens ou Édomites. Ces peuplades sont confondues ensemble sous le nom de Nabathéens, et paraissent avoir appartenu à la même race que les Arabes, ou du moins elles présentent de grands rapports avec eux. II n'est d'ailleurs resté d'eux aucun monument où l'on puisse étudier
LA 1>AL£STIM£ 3»
leurs costumes et leurs usages. Les Assyriens , qui ont conquis ce pays, ont représeoté dans leurs bas-reliefs un Arabe monté sur un chameau et Fuyant devant deux cavaliers assyriens qui le poursuivent (fig. 187). L'Arabe poursuivi n'a pour tout vêlement qu'un petit tablier ou caleçon, attaché à la hauteur du nombril et ne descendant pas plus bas que le milieu de la cuisse.
Flg, un. — AiAb» puunuiii p<ir dt
Lesdésertsquiavoisinent la Palestine étaient généralement peuplés de nomades, habitant sous des tentes de peau de chèvre et n'ayant aucun domicile fixe. Leurs mœurs ne devaient pas être fort éloignées de celles des Arabes de nos jours. Cependant, tous n'étaient pas nomades et l'ancienne Idumée possédait quelques villes, dont une surtout, Pélra, a pris sous l'empire romain une très-grande importance. Slrabon dépeint cette ville comme un poinl de station pour le commerce entre l'Egypte et la Perse. Il n'est guère question de Pétra avant les Ptolémées; néanmoins, il paraît y avoir eu très-anciennement, en ce lieu, une population indigène habitant les cavernes. Les innombrables excavations qu'on trouve aux environs de celte ville ont été de tout temps un problème et un sujet d'étonnement pour les voyageurs.
t A mesure que l'on avance, dit le Guide en Or'teni, la vallée se resserre entre des falaises peu élevées de grès gris, percées de nombreuses grottes sépulcrales Mais bientôt on remarque au sud-ouest
une gorge sombre et étroite. Il est impossible de concevoir quelque chose de plus imposant et de plus sublime que ce défilé. Sa largeur suffit tout juKte au passage de deux cavaliers de front. Les deux côtés se drossent à pic et ont, en quelques endroits, une hauteur de 80 ou 100 mètres; à l'entrée on aperçoit, à une trentaine de mètres
au-dessus du torrent, une arche hardiment jetée d'un côté à Tautre. C'était peut-être un pont ou plutôt un arc de triomphe; il était orné de pilastres et de niches pour dix statues. Des deux côtés du pont, les rochers de grès rouge coupés et minés par les eaux sont creusés de nombreux tombeaux. Le chemin a été autrefois pavé de larges dalles, dont il reste encore les débris où Ton peut distinguer les ornières creusées par les roues des chars; à gauche, un aqueduc avait été taillé dans le roc. On avance ainsi, pendant trois quarts d'heure au moins, jusqu'à un point où une raie lumineuse apparaît tout à coup entre l'étroite fissure du défilé. En face se montre un monument éclairé d'une vive lumière et connu sous le nom de Trésor de Pharaon (car tout ce qui est grand ici est rapporté aux anciens rois d'Egypte). C'est un temple tout entier d'ordre corinthien, dont la façade, qui a deux étages d'élévation, est richement ornée de colonnes, de sculptures et de statues. L'édifice est entièrement taillé dans la paroi rosée du rocher. La salle principale de l'intérieur est grande et fort élevée, mais d'un style trèssimple; trois portes, Tune au fond et les deux autres sur les côtés, ouvrent sur autant de petites cellules sans ornements. 11 y a en outre deux chambres qui ont leur entrée directe sur le portique. Le centre de rétage supérieur est une élévation circulaire entourée de colonnes, avec un dôme surmonté d'une unie à plus de 30 mètres du sol.
« A partir du Trésor de Pharaon, la vallée s'élargit un peu. Les hautes murailles de grès qui la bordent sont remplies d'une infinité de niches, de grottes sépulcrales et de tombeaux de toutes les formes et de toutes les dimensions, qui s'étagent les uns au dessus des autres à une grande hauteur. Quelques-uns de ces tombeaux sont fort grands et remarquables par la beauté de leurs façades, dont la forme habituelle est une pyramide tronquée, flanquée de deux pilastres. Plusieurs de ces monuments sont surmontés d'un frontom en forme d'escalier double. Ce genre d'ornement, qui se reproduit quelquefois dans les Irises, semble particulier à Pétra. »
Le bassin, occupé par la ville proprement dite, était d'une étendue médiocre. On croit avoir reconnu, parmi les débris dont le sol est jonché, l'emplacement du forum et d'un temple; mais le monument le plus important est le théâtre, qui est creusé dans la montagne et produit un singulier effet au milieu des tombeaux qui l'entourent de toutes parts.