‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 24 sur 54 · LA SYRIE ET LA PHENICIE · texte numérisé non relu

LA SYRIE ET LA PHENICIE

on trouvait l'ancienne Béroé (aujourd'hui Alep); cette ville n*a laissé aucune ruine. Mais il n'en est pas de même d'une autre ville, située beaucoup plus au sud et dans une position complètement isolée.

Perdue dans Timmensité des déserts de sable, à une distance égale de l'Euphrate et du Liban, Palmyre couvre de ses ruines immenses une vaste étendue de terrain. Cette ville, qui fut fondée par Salomon, prit d'abord le nom de Tadmor. Sa situation en fit l'entrepôt naturel des marchandises qui venaient de l'Inde et de la Perse pour se répandre dans TAsie Mineure et la Phénicie. Mais c'était une station commerciale sans aucune importance politique, et, pendant mille ans, il n'en est môme pas fait mention dans l'histoire. Elle fut annexée à lempire romain sous Hadrien, tout en conservant son autonomie, et ce fut à ce moment qu'elle commença à se couvrir des splendides constructions dont nous voyons aujourd'hui les restes. Zénobie, reine de Palmyre, ayant pris le titre de reine d'Orient et porté les armes contre les Romains, ceux-ci s'emparèrent de la ville qu'ils détruisirent. A partir de ce moment, Palmyre n exista plus qu'à l'état de souvenir et ce souvenir môme ne tarda pas à s'effacer.

L'emplacement de cette ville demeura complètement inconnu jusqu'en 1691. A cette époque, des négociants d'Alep, ayant entendu parler aux Arabes des grandes ruines qui existaient de ce côté, eurent la curiosité de les aller visiter. La description qu'ils donnèrent ne trouva d'abord que des incrédules, car on comprenait difficilement comment une ville aussi importante pouvait se trouver isolée au milieu des déserts; il fallut pourtant se rendre à l'évidence, et, depuis ce temps, les descriptions et les dessins de Palmyre se sont tellement multipliés que l'antique cité est aujourd'hui très-connue et visitée par de nombreux voyageurs.

Ce qui rend les ruines de Palmyre extrêmement intéressantes, c'est que cette ville, ayant été détruite d'un seul coup et ne s'étant jamais relevée, n'a subi aucune modification; en sorte que, par la conformation de l'ensemble aussi bien que par les détails, elle nous donne exactement ridée de la physionomie que présentait une grande cité sous l'époque romaine.

A en juger par les débris de son enceinte, Palmyre devait présenter la forme d'un ovale irrégulicr, dont le diamètre était coupé dans sa longueur par une rue, à laquelle les voyageurs ont donné le nom de Grande-Colonnade, et qui s'ouvrait par un arc de triomphe,

n Elle s'étendait, dit le Guide en Orieiitj sur une longueur de

ns L'ASIE.

1,200 mètres et avait quatre rangées de colonnes. Ces colonnes, au nombre d'environ 1,500, étaient d'ordre corinthien; elles avaient 18 mètres de hauteur en comptant la base et le chapiteau. Aujourd'hui, il n y en a guère plus de cent cinquante debout. Vers le milieu de cette splendide promenade et jusqu'au centre de la ville, la colonnade fait un coude; on remarque en cet endroit quatre piliers qui semblent indiquer que la colonnade était coupée par une rue transversale. Au sud on remarque des colonnes disposées en forme de cirque. »

Notre figure 189 montre la grande colonnade, et peut ainsi donner ridée de la rue principale de cette magnifique cité.

Au milieu des débris de toute espèce dont la plaine est jonchée, quelques monuments sont restés debout. Le plus important est le Temple du Soleil : il est placé au milieu d'une cour carrée, dont une triple porte, précédée d'un portique, formait l'accès. La cour, dont chacune des faces mesure 2/i5 mètres, était entourée d'une double colonnade; une centaine de colonnes dont quelques-unes ont conservé leurs architraves sont encore debout. Ce temple était d'ordre ionique.

On trouve dans la plaine plusieurs autres temples, dont les ruines sont moins bien conservées que celles du temple du Soleil. On y voit aussi un grand nombre de tombeaux qui, la plupart du temps, affectent la forme d'une tour. Comme ils sont d'ailleurs assez semblables, il sufiira d'en décrire un pour avoir une idée des autres.

« Ce tombeau, dit le Guide en Orient, en parlant de Tun d'eux, a la forme d'une tour carrée haute d'environ 25 mètres et divisée en quatre étages ou chambres sépulcrales superposées. On pénètre dans la chambre intérieure par une porte richement sculptée et surmontée d'une fenêtre en plein cintre. Cette chambre a environ 6 mètres de haut sur 8 mètres de long et 5 de large. Elle est ornée de pilastres, entre lesquels se trouvent des fours à cercueils, et d'un enfoncement circulaire garni de cinq bustes. Le plafond, formé de grosses pierres, est sculpté en panneaux et peint; on y remarque des fleurs et des bustes se détachant sur un fond bleu ; près de la porte se trouve un escalier conduisant aux chambres supérieures, qui sont la répétition de celles que nous venons de décrire. Au-dessous de Tescalier, on voit cinq bustes sur deux rangées ; au-dessous de ces bustes et de ceux de l'enfoncement circulaire, on distingue encore des inscriptions en langue palmyrène. Il est très-probable que les Palmyriens embaumaient leurs morts. On trouve en effet dans les tombes des débris de bandelettes de momies. »

Si, maintenant, nous quittons les déserts pour nous rapprocher de la Méditerranée, nous trouvons vers le nord et sur les bords de TOronte la célèbre ville d!Anlioche; c'est aujourd'hui une bourgade assez misérable, mais c'était autrefois une des plus riches cités du monde. Antioche était formée par la réunion de quatre villes séparées par des murailles particulières, mais réunies ensemble dans une vaste enceinte. L'architecte Xénaûs construisit les deux premières sur la rive méridionale de rOronte, par ordre de Séleucus !•'. Séleucus II et Antiochus III en élevèrent une autre dans une île du fleuve. Celle-ci, qui devait être la résidence du roi, fut ornée d'un immense palais avec doubles galeries. Les rues, décorées de colonnes, se coupaient à angle droit sur un plan grandiose et régulier.

Antiochus IV bâtit, en haut du mont Silpion, une ville nouvelle qui contenait Tacropole et des tombeaux creusés dans le roc. La partie basse se reliait aux autres quartiers par des portiques et des arcs de triomphe.

Il ne reste pas de trace des anciens monuments d'Antioche. La ville a été détruite de fond en comble par un tremblement de terre qui eut lieu sousTrajan, et fit périr, dit- Fig. 190 et 191. on, dcuxcentsoixante mille personncs.Lem-

pereur, qui s y trouvait, courut les plus grands dangers. La ville se rebâtit pourtant et retrouva son ancienne opulence. En 268, Sapor s en empara pendant que les habitants étaient au théâtre. L'histoire de cotte ville, célèbre par sa mollesse et ses mœurs voluptueuses, n'offre qu'une longue suite de massacres et de calamités de toutes sortes : un nouveau tremblement de terre survenu sous Justinien, en 583, la renversa de nouveau si complètement que les habitants qui survécurent ne pouvaient retrouver l'emplacement de leurs maisons.

Antioche a joué un très-grand rôle dans les commencements du christianisme : de 252 à 380, il y a été tenu dix conciles. Les empereurs chrétiens l'ont embellie de magnifiques églises qui n'ont pas plus subsisté que les monuments païens. De ses splendeurs d'autrefois, Antioche n'a conservé que les solides murailles qui la protégeaient. « Ces fortifications, dit le Guide en Orient, sont un des plus beaux spécimens de la perfection à laquelle les Romains étaient parvenus dans ce genre de travail. Elles se composent d'une muraille qui, dans certains endroits, n'a pas moins de 70 pieds de hauteur, entourée d'un fossi et flanquée de cent trente tours, dont plus de cinquante subsistent encore. Ces tours, les unes carrées, les autres rondes, font une saillie de 10 mètres

LA SYRIE ET LA PllÉHlCIE. S3I

coviron de chaque côté du mur. Quelques-unes des porlc3 de la ville subsistent encore. » Notre figure 192, ci-dessous, monlro l'aspect des anciennes murailles d'Anlioclu'.

Aoliochc était bàiie au bord de i'Oronte. A l'embouchure de celte rivière était Siieucie, qui servait de port à Antioctie. Cette ville avait été Tondée par Séleucus Nicator qui y fut enterré. Il y reste quelques vestiges d'antiquités.

En redescendant vers le sud, on trouvait, en [ace de l'Ile de Chypre,

Fig. 191.

Fig. IM.

Moaiuie da Liadk4* >d mm.

la ville de Laodieea ad autre (aujourd'hui La(akieh). a C'est une ville, dit StrabOD, très-bien b&tie sur le bord de la mer, avec un boa porl; soq territoire fertile produit surtout beaucoup de vin, dont la plus grande partie est expédiée pour Alexandrie; on le recueille sur une montagne qui domine la ville et qui est plantée de vignes, presque jusqu'au sommet.

Du côté de Laodicée , cette montagne s'élève par une pente douce et peu sensible, de manière que le sommet se trouve fort éloigné de cette ville, tandis qu'elle domine presque à pic le territoire d'Apamée. n Laodicée, fondée par Séleucus Nicator, a laissé quelques ruines qui paraissent dater de l'époque romaine.

Apamie fut fondée ou au moins agrandie par Séleucus Nicator, qui en lit une sorte d'entrepôt de la vallée de l'Oronte, où l'on gardait ses éléphants et ses chevaux. « De vastes ruines, dit le Guide «n Orieta, couvrent un plateau élevé de 100 métrés au-dessus de l'Oronte. On y voit les restes d'une enceinte presque détruite; la rue principale de la ville, longue d'environ i,500 mètres, est bordée de chaque c6té d'une colonnade corinthienne, dont les débris couchés à terre présentent cependant un bon état de conservation. Les fûts offrent une grande variété : les uns sont pleins, les autres cannelés, les autres ciselés en spirale : le tout, avec l'entablement et le piédesial, mesurait environ 10 mètres de hauteur. De distance en distance, la colonnade formait une petite cour rectangulaire. On retrouve, vers le milieu de cette avenue, une statue de Bacchus assez remarquable. Des deux cAtés, on observe les emplacements de grands bâtiments ruinés et des rues qui coupaient la première perpendiculairement. »

Emise (Homs) était célèbre par son temple du Soleil, desservi par des grands prêtres, qui furent la souche des empereurs romains de la famille syrienne, entre autres Héliogabale el Alexandre Sévère. Les environs sont couverts de débris antiques disséminés et de fragments de colonnes.

Le petit temple reproduit sur les monnaies d'ftmèse (Dg. 195 et 196) est probablement une image de celui qui y existait autrefois et qui est aujourd'hui détruit.

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