LA SYRIE ET LA PUENICIE
DamaSy qui dans l'antiquité était après Ântioche la première ville de la Syrie, et qui de nos jours est encore une ville florissante, est citée dans la Bible comme existant déjà au temps d'Abraham. Elle était même, sous les rois de Juda, considérée comme la capitale de la Syrie, dont les souverains sont qualifiés de rois de Damas par les prophètes. Un arc de triomphe est le seul monument qui subsiste aujourd'hui de l'ancienne cité : les débris des constructions anciennes ont été, comme en maints autres lieux, employés à élever la ville moderne.
Balbek ou HéUopolis, la ville du Soleil, est une des villes de l'antiquité qui ont conservé les ruines les plus imposantes. On ignore l'époque de sa fondation, qu'une tradition locale attribue naturellement à Salomon. Sa position entre Tyr et Palmyre en avait fait un entrepôt commercial important, et la magnificence de ses monuments atteste assez sa grandeur passée.
Les principaux édifices sont contenus dans' une antique enccinto formée de hautes murailles.
Lamartine, dans son Voyage en Orient, dépeint ainsi ses impressions à son arrivée à Balbek :
a L'acropole, ou la colline artificielle qui porte tous les grands monuments d'Héliopolis, nous apparaissait çà et là, entre les rameaux et au-dessus de la tête des grands arbres; enfin nous la découvrîmes en entier, et toute la caravane s'arrôta, comme par un instinct électrique. Aucune plume, aucun pinceau, ne pourraient décrire Timprcssion que ce seul regard donne à l'œil et à Tâme. Sous nos pas, dans le lit du torrent, au milieu des champs, autour de tous les troncs d'arbres, des blocs de granit rouge ou gris, de porphyre sanguin, de marbre blanc, de pierre jaune aussi éclatante que le marbre de Paros; tronçons de colonnes, chapiteaux ciselés, architraves, volutes, corniches, entablements, piédestaux; membres épars et qui semblent palpitants des statues tombées la face contre terre; tout cela confus, groupé en monceaux, disséminé et ruisselant de toutes parts, comme les laves d'un volcan qui vomirait les débris d'un grand empire; à peine un sentier pour se glisser à travers ces balayures des arts qui couvrent toute la terre. »
L'enceinte de la ville peut se rattacher à plusieurs époques, et il y en a une partie extrêmement ancienne. « Ce qui frappe tout d'abord, dit le Guide en Orient, c'est la muraille cyclopéenne ou phénicienne, composée de blocs énormes. On en compte trois principaux, monstres auprès desquels les autres ne sont rien, lis mesurent environ 20 mètres
S3t L'ASIE..
de long sur 4 ou 5 de haut, et autant d^épaisseur. Ils occupent la base de la muraille et supportent six autres blocs de moindres dimensions. Au-dessus, la muraille est évidemment d'une époque postérieure et formée de fragments rapportés : bases de colonnes, morceaux de frises, mais le tout en pierres qui paraîtraient de grandes dimensions» si elles n'étaient à côté des monolithes de la base. »
Malgré l'antiquité de cette enceinte, les monuments intérieurs, dont les ruines sont encore debout, appartiennent tous à Tépoque romaine. A l'entrée de la ville on trouve d'abord des propylées, puis on arrive au grand temple du Soleil dont il ne reste plus que les substructions et six colonnes immenses. La longueur du temple était de 89 mètres sur (i8 de large; il comptait dix colonnes de front et dix-neuf sur chacun des côtés (ûg. 197).
Le temple de Jupiter domine l'enceinte de toute sa hauteur. « La façade latérale sud, la première qu on aperçoive en entrant, est celle qui a le plus souffert. Il ne reste plus que quatre colonnes du péristyle; res autres ont été renversées, et Ton admire leurs débris gigantesques au fond du fossé. On observera les bases massives des colonnes écroulées et les murs de la cella, remarquable par la puissance et la régularité de sa construction, ainsi que par la belle frise sculptée qui occupe la galerie supérieure... Quand on pénètre par l'angle sud-ouest, en escaladant d'énormes débris de colonnes, de frises et de corniches, on se trouve sur la façade ouest du temple, c'est-à-dire sur la face postérieure de la cella. Cette façade n'a gardé que deux colonnes entières debout, supportant une belle frise et trois tronçons obliques et ébranlés. La façade nord est la mieux conservée : elle présente encore neuf colonnes debout, non cannelées, à chapiteaux corinthiens, supportant une frise et une corniche de la plus grande richesse. Le plafond qui reliait la colonnade à la cella est encore presque entièrement conservé; il est admirablement sculpté et divisé en caissons de forme alternativement losangiquc et hexagonale, contenant des figures en haut-relief qui toutes ont été mutilées. On y reconnaît cependant des têtes d'empeleurs et de divinités... L'intérieur du temple surprend par la grandeur de ses dimensions (19 mètres de long sur 26 de large), la beauté de sa construction, la régularité des blocs qui forment la muraille et surtout par la richesse de son ornementation *. »
Outre ces grands édifices, on voit à Balbek un petit temple cîrcu-
f . Guide en Orient,
lairc d'une grande élégance et dont certaioes parties sont remarquables par leur conservation, ii Extérieurement, la cella présente des niches de style corinlliien, formées d'une voùle cintrée soutenue par deux pilastres à palme ; il reste trois de ces niches. Dans l'une on a sculpté un aigio, dans les autres des espèces de coquilles. Les niches sont séparées Tune de l'autre par un pilastre corinthien qui répond à une des colonnes du péristyle. Au-dessus des niches régne une frise représen-
tant des guirlandes sculptées, puis la corniche très-riche qui relie les colonnes du péristyle. Cette corniche ne forme pas une bande circulaire, comme aux temples de Vesta et de la Sibylle à Rome et à Tivoli, mais elle forme des arcs de cercle rentrant avec une coIoddc à chaque brisure » (fis. 198 et 199).
Enfin, il ne faut pas quitter lîalbek sans signaler les tombeaux et les fragments de tout genre, qui font de cette ruine un des restes les plus fameux de l'antiquité.
La Puémcie. — La Phénicie, située au sud de la Syrie propre cl ■6s de la Palestine, n'est qu'une petite langue de terre étroite, qui