‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 26 sur 54 · LA SYRIE ET LA PHÈNICIE. Î · texte numérisé non relu

LA SYRIE ET LA PHÈNICIE. Î

s'élend le long de la mr^r. Cetlc contrée a eu dans l'hisloire ancienne une imporlance énorme par son induslrie, son commerce, et Timmense richesse de ses villes et de ses nombreuses colonies. Les Phéniciens sont les plus ancit-ns navigateurs. Ils construisaient leurs vaisseaux avec les cèdres et les sapins qu'ils allaient tailler dans le mont Liban, et

avant tous les aulres peuples de l'antiquité, ils osèrent aflronter les mers. Ils formèrent promplemonl des établissements fixes dans les petites îles, dont aucun peuple ne pouvait leur disputer la possession, et de simples comptoirs de commerce sur les eûtes populeuses, où ils n'auraient pu sans danger posséder des territoires toujours exposés aux toups des indigènes venus de l'intérieur.

Les colonies phéniciennes demeuraient en général dans des rapports assez intimes avec la métropole, mais, dans la partie orientalo do la Méditerranée, elles furent peu à peu remplacées par des établissements grecs. Les principales étaient dans l'Ile de Chypre, fameuse par ses bois do construction, ses vins e( ses huiles, et dans la Crète, où on exploi-

238 L*âSIE.

ait des mines d*or. L'Espagne, alors si riche en mines d'argent qu elle était comme le Pérou de l'antiquité, la Sicile et Tltalie avaient reçu des colonies phéniciennes : aucune n'égala en importance Carthage et les établissements de la côte d'Afrique. Navigateurs intrépides, les Phéniciens allaient chercher Tétain dans les tles Cassitérides (îles Britanniques) et Tambre dans la Baltique.

Les Phéniciens étaient industrieux en même temps que commerçants et échangeaient partout le produit de leur travail contre les matières premières. Ils surent très-anciennement travailler les métaux, et des savants modernes ont émis l'hypothèse, que l'époque appelée âge de bronze pourrait bien répondre au temps où les produits métallurgiques des Phéniciens étaient exportés partout. Ils poussèrent aussi très-loin l'art de la verrerie; enfin, leurs tissus étaient l'objet d une immense exportation à cause des belles teintures de pourpre, fabriquées à Tyr et à Sidon et si recherchées dans toute l'antiquité.

Si l'industrie était florissante en Phénicie, onn'en saurait dire autant des beaux-arts. Il est difficile de savoir si ces peuples ont été sculpteurs, dans le sens que nous attachons à ce mot; on n a retrouvé aucune statue phénicienne; la barbarie et la grossièreté de leurs petites statuettes d'idoles accusent une absence complète de sentiment plastique. On comprend même difficilement que les grands prêtres et les prophètes de Juda aient eu tant de peine à empêcher la population juive de porter ses hommages à des divinités aussi peu séduisantes que celles-là, et Ion est tenté d'approuver la loi religieuse qui leur défendait d'en faire de semblables.

On peut d'ailleurs s'en faire une idée par les statuettes en bronze, que nous reproduisons ci -contre et dont les modèles sont au musée de Cagliari. Elles ont été trouvées sur les côtes de llle de Sardaigne, trèsanciennement colonisée par les Phéniciens. La figure 200 représente la déesse Àstarté : elle a la langue pendante et la tête surmontée du croissant de la lune, ou de cornes affectant cette forme. Son corps, en forme de gaine, est couvert de mamelles, et le croissant de la lune reparait à sa base. Cette figure présente une certaine analogie avec la Diane d'Éphèse, mais sous une forme beaucoup plus grossière.

Le dieu Baal est représenté sur notre figure 201 : Baal était la grande divinité des Phéniciens, et les Juifs le regardaient comme le mauvais principe et le grand ennemi de Jéhova. Cette horrible divinité a la forme d'un monstre barbu, dont la coiffure se termine par une trompe qui tient un serpent ou un poisson ; son corps est pourvu de

LA SYRIB ET LA PHÉNIGIE.

mamelles féminines, et il tient une espèce de sceptre dans une main et un œuf dans Tautre. Enfin, sur la figure 202 , on voit la grande triade phénicienne, composée de Baal, Meikart et Astarté : pour exprimer l'idée d'une divinité triple et une tout à la fois, les Phéniciens ont fait un monstre à trois têtes, dont le corps, vêtu de trois tuniques, est serré dans une ceinture formée de trois serpents, et qui tient à la main une énorme fourche. Les statuettes phéniciennes qu'on a retrouvées diffèrent entre elles par les attributs, mais elles présentent toutes le même caractère de barbarie, lequel contraste singulièrement avec les productions égyptiennes de la même époque.

Pig. 801 Fiif. 200. Fig. 209.

Idoles phéoicieimes en bronze. (Muséo de Cagliari.)

Le titre le plus sérieux des Phéniciens à notre reconnaissance est peut-être l'invention de l'alphabet. « Les Assyriens, dit M. Maspéro, s'étaient arrêtés au syllabisme, les Égyptiens avaient trouvé le caractère alphabétique sans pouvoir se débarrasser des syllabes et des idéogrammes, des homophones et des polyphones : les Phéniciens inventèrent l'alphabet proprement dit... M. de Rougé a prouvé qu'au temps où les Pasteurs régnaient en Egypte les Cananéens avaient choisi, parmi les formes de l'écriture cursive, un certain nombre de caractères répondant aux articulations fondamentales de leur langue. »

Ce sont les Phéniciens qui ont enseigné aux Grecs à se servir de l'alphabet, et cependant, fait bien curieux à noter, non-seulement les Phéniciens ne nous ont pas laissé de livres, mais encore il n'y a pas de peuples dont on ait moins d'inscriptions, u Une'des causes qui contribua à cette rareté, dit M. Renan, fut l'habitude de faire des inscriptions sur des plaques de métal. Les cadres où étaient placées ces inscriptions et

les traces des moyens de fixation se voient encore sur beaucoup de monumcQls. On sait que les inscriptions sur plaques de métal se cooservent eu beaucoup moias graad nombre que les inscriptions sur pierre, le métal ayant plus de valeur et étant plus facilement transportable que la pierre, n

Les uonuments funèbres. — Les seuls monuments qu'on trouve dans l'ancienne Phénicic sont des tombeaux. Les plus anciens paraissent âtre des excavations naturelles ou creusées artificiellement dans le rocher (lîg. 303). La disposition la plus ordinaire de ces caveaux oiïro

une ou plusieurs chambres, dans les parois desquelles s'ouvrent des espèces de niches où l'on plaçait les cadavres, enfermés dans leurs cercueils. Ces tombeaux servaient presque toujours à toute une famille. u Les caveaux, dit M. Rsuan, sont de styles fort divers; on peut les ranger en trois classes ; \' caveaux rectangulaires, s'ouvrant à la surface du sol par un puits de 3 ou ^ maires de long sur 1 ou 2 mètres de large. Au bas des deux petites faces de ce puits s'ouvrent deux portes rectangulaires aussi, de la mfime largeur que la petite face, donnant entrée à deux chambres encore rectangulaires dans toutes leurs dimensions, où étaient les sarcophages; 2° caveaux en voûte, offrant des niches latérales pour les sarcophages, et dans le haut ces soupiraux ronds, creusés à la tarière, qui nous ont tant préoccupés à Djebel;

LA SYRIE ET LA PHËNICIE. S4t.

3" caveaux peinls et décorés selon le goût de l'époque romaine, avec des ioscriptiODS grecques. »

On trouve aussi en Phénicie (flg. 20û) un certain nombre de tombeaux, dont la date est peut-être moins ancienne et qui sont de

- Uaanmeat (unèbrc di

1 U p une ds Uuattaui (PWdk ei

véritables monuments en pierre, abritant un caveau. Un autre mausolée (fig. 205) présente la forme d'un cube, surmonté d'une pyramide.

Il fuDAbro PT™"'"'* PO>^s

Nous nous sommes servis, pour ces gravures, des savantes restaurations, de M. Tbobois, l'architecte qui a accompagné M. Renan, en Phénicie.

m L'A SIE.

Ce qui n'est pas moins curieux que le tombeau dont nous venons de parler, c'est l'iniilation qui en a été faite, pendant la domination romaine, dans un autre monument (ûg. 206). On peut conclure de là que

Fig. MW. - Ti

e r*poquc

). (Phénit

les usages funéraires des Phéniciens étaient bien enracinés dans la contrée, puisque, môme sous les Romains, les tombeaux ont quelquefois conservé la forme qu'ils avaient anciennement.

Cette forme pourtant n'était pas toujours la même, et le type du cylindre se substitue parfois h celui de la pyramide. C'est ce qu'on voit aux environs d'Aradus, où M. Renan a signalé plusieurs tombeaux particulièrement intéressants. « L'un d'eux , dit le savant orienUliste, est un vrai chef-d'œuvre de proportion, d'élégance et de majesté, n

LA SYRIE HT LA l'itÉMClE 34J

Nous donnons ci-dessous (fig- 207) une vue d'ensemble de ce monu-

Elle préseote souvent une singulière analogie avec certains monuments égfpliens, comme on peut le voir sur la figure 209, qui montre un sarcophage trouvé près de Sidon. Ces sarcophages ont la forme d'une gaine ou m€me d'une véritable momie, mais le travail de la plupart d'entre eux trahit un ciseau grec. C'est ce dont il D'est pas possible de douter en voyant le beau sarcophage du Louvre, trouvé près de Tripoli, et que nous avons reproduit ci-avant sur notre figure SOS.

Ce monument est en marbre blanc et taillé en gaine; il est formé de deui morceaux, dont la partie inférieure est évidéepour recevoir le corps tandis que la partie supérieure forme un couvercle. Des poignées saillantes ont été ménagées pour que le sarcophage puisse être soulevé. Le trou auriculaire du côté gauche, dans la tête qui décore le couvercle, a été percé d'un troa communiquant avec l'intérieur, et dont le but était probablement que le mort pût entendre par là les prières qui lui étaient adressées. 11 est curieux de voir par ces détails avec quelle habileté les artistes grecs, installés en assez grand nombre en Syrie et en Phénicie pendant la période macédonienne, savaient se prêter aux exigences de ceux qui les faisaient travailler.

Lrs VILLES Phëkiciennes. — 5i don, ancienne capitale de la Phénicie, était située au bord de la mer. Celte ville fut fondée, suivant Motse, par Sidon, fils de Chanaan, qui lui donna son nom. Les habitants se rendirent fameux de bonne heure par leur industrie et leur habileté dans le travail des métaux. A propos des jeux funèbres qui furent célébrés en l'honneur des mânes de Patrocle, Homère dit :

(1 Le premier prix était un vase d'argent admirablement travaillé ; il tenait six mesures et était d'une beauté si parfaite qu'il n'y en avait point sur la terre qui pût l'égaler. Celait un ouvrage des Sidonicns, les plus habiles ouvriers du monde dans l'art de graver et de ciseler; il avait

LA SYRIK ET LA PHËMCIB.

été apporté sur les vaisseaux phéniciens qui, étant abordés à Lemaos, en avaient fait don au roi Thoas... Achille voulut honorer d'un si beau présent la mémoire de son ami... i>

Pline signale les fabriques de verre des Sidoniens qui étaient fameuses dans l'antiquité.

Les auteurs anciens ne nous ont laissé aucun renseignement sur celle ville célèbre que la Bible appelle toujours Sidon la Grande, Strabon dit seulement : Sidon est située à environ quatre cents stades au delà de Bérytâ; entre ces deux villes, on trouve le fleuve Tamyras, le bois consacré à Esculape, et Léontopolis. n Sidon n'a conservé sur son sol aucun vestige de sa grandeur passée; une médaille nous montre seulement un autel roulant, dans lequel sont deux petits cftnes, forme sous laquelle les Phéniciens représentent souvent la divinité (flg. 210). i

« La ville de Tyr, dit Strabon, le dispute à Sjdon en grandeur, en célébrité, en ancienneté, ainsi que l'attestent de nombreuses traditions mytholo^ques; car si, d'un c&té, les poètes ont répandu davantage ic nom de Sidon (en effet, Homère ne parle pas de Tyr), de l'autre, la fondation de ses colonies, tant en Libye qu'en Ibérie, jusqu'au delà des colonnes d'Hercule, élève bien plus haut la gloire de Tyr. Toutes les deux ont donc été jadis et sont encore maintenant très-célèbres et très-florissantes; et quant au titre de métropole des Phéniciens, chacune d'elles croit avoir le droit d'y prétendre. Sidon, située sur le continent, possède un beau port, creusé par la nature; mais Tyr, entièrement renfermée dans une Ile, est jointe au continent par une chaussée qu'Alexandre construisit lorsqu'il fit le siège de cette ville. Elle a deux ports, l'un fermé, l'autre ouvert; ce dernier s'appelle le Port- Ég>-ptien. On dit que les maisons y ont un nombre d'étages plus grand encore qu'à Rome; aussi a-t-elle manqué d'être entièrement détruite par les tremblements de terre qu'elle a éprouvés; elle essuya aussi de grands dommages quand elle fut assiégée et prise par Alexandre. Mais elle surmonta tous ses malheurs, et sut réparer ses pertes, tant par la navigation, dans laquelle les Phéniciens, en général, ont de tout temps surpassé les autres peuples, que par la fabrication de la pourpre. H est vrai que la multitude des ateliers de teinture rend le séjour de cette ville incommode; mais aussi c'est à l'habileté de ses habitants daas ce genre d'industrie qu'elle doit sa richesse. »

us L'ASIE.

Antérieurement à la ville insulaire dont parle Strabon, il y avait l'ancienne ville conlinenlale qui, au temps de Pline, étail liée à l'autre par une longue suite de maisons de campagne et d'usines : c'est cette ancienne ville qui portait le nom de Paléo-Tyr, et que les Hébreux nommaient Sor (rocher ou ville forte).

Après Sidon, Tyr devint le centre de l'actlviié dans la Phénicie. Tyr est la Venise de l'antiquité ; fiére de ses vaisseaux, riche par son industrie et son immense commerce, cette Horissante cité semblait devoir échapper aux inévitables décadences de l'histoire. Mais, de môme que Bonaparte est entré dans Venise, inviolée jusque-la, Alexandre mit un à la puissance de Tyr. Le conquérant macédonien avait dans 3on armée des architectes grecs, et une chaussée de quatre stades, élevée sur la mer, le fît entrer victorieux dans la cité. Une ville ruinée peut toujours se relever par le travail, quand elle est sans rivale, mais Tyr ne résista pas à la fondation d'Alexandrie, qui devint à son tour reine de la Méditerranée.

Nous montrons (fig. 211 et 212) pig, îii. Fig. SI*. yjjg monnaie de Tyr sous la période

macédonienne. Âradus (Orouad) était située dans une lie garnie de récifs et dépourvue de ports. « C'est, dit Strabon, un rocher battu de tous c&tés par la mer, d'environ sept stades de tour, tout couvert d'habitations, et si peuplé encore à présent que les maisons y ont un grand nombre d'étages. On dit qu'Aradus doit sa fondation à des exilés de Sidon. Les habitants boivent de l'eau de pluie, conservée dans des citernes, ou de celle qu'on fait venir de la côte opposée. i>

Malgré ces conditions défavorables, Aradus devint une ville florissante : le géographe grec nous en donne un peu plus loin le motif. Pendant les guerres de Syrie, les habitants, profilant de ces dissensions, firent un traité par lequel il leur était permis de recevoir ceux qui, abandonnant le royaume, voudraient se réfugier parmi eux, sous la condition de n'être point obligés de les livrer, mais en même temps de ne point leur permettre do quitter l'ile sans l'autorisation du roi. « Il en résulta pour eux, ajoute Strabon, de grands avantages; car ceux qui cherchèrent un refuge dans leur Ile étaient des personnages distingués qui, ayant été chargés de fonctions d'une haute importance, avaient les plus grands sujets de crainte ; ils regardèrent donc comme des bien-

Page 1