‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 32 sur 54 · LA GRÈCE PROPRE · texte numérisé non relu

LA GRÈCE PROPRE

d'environ quatre kilomètres de circonférence. Cette enceinte était flanquée de tours à trois côtés et ouvertes en dedans. La citadelle, bâtie avec des restes d'édifices plus anciens, a conservé aussi quelques tours, mais celles-ci sont carrées. On trouve un peu plus loin une fontaine antique ; Teau sort par trois bouches percées dans un mur de marbre surmonté d'une frise sculptée.

Sur les bords de TEuripe était Tantique Aulis, d*où la flotte d'Aga* memnon est partie pour aller assiéger Troie. Un peu plus loin, on trouvait Délium qui avait un temple fameux dédié à Apollon. Délium était le port de Tanagre.

Tanagre^ ancienne colonie'phénicienne, qui passa successivement aux Athéniens et aux Lacédémoniens, fut, au temps d'Auguste, la ville la plus prospère de la Béotîe. Les ruines de Tanagre n'ont pas, au point de vue de l'architecture, une bien grande importance, mais les fouilles qu'on a pratiquées dernièrement dans la nécropole ont amené la découverte d'une foule de charmantes statuettes en terre cuite, que l'on déposait dans les tombeaux. Le musée du Louvre en a acquis plusieurs.

Leuclres, qu'illustra la victoire d'Épaminondas, n'eut jamais d'importance par elle-même; elle était sous la dépendance de Thespies^ une des plus anciennes villes de la Béotie. La fameuse courtisane Phryné, qui était de Thespies, fit don à sa ville natale d'une statue de l'Amour qu'elle avait reçue de Praxitèle et qui attirait dans la cité un grand nombre de visiteurs. Thespies est, en effet, la seule ville de Grèce qui ait voué un culte spécial à l'Amour; cependant elle honorait aussi les Muses.

Près de Thespies était Ascra, la patrie d'Hésiode, où il y avait un sanctuaire célèbre consacré aux Muses. C'est là qu'est le mont Hélicon, au pied duquel s'étend le vallon sacré où le berger Hésiode faisait paître ses troupeaux quand les Muses vinrent l'inspirer, comme îl le raconte lui-même dans sa Théogonie : « Les filles du grand Jupiter me remirent pour sceptre un rameau de vert laurier superbe à cueillir; puis, m'inspirant un divin langage pour me faire chanter le passé et l'avenir, elles m'ordonnèrent de célébrer l'urigine des bienheureux immortels et de les choisir toujours elles-mêmes pour objet de mes premiers et de mes derniers chants. »

Les rhapsodes se réunissaient souvent dans ce vallon, où des fêtes étaient instituées en l'honneur des Neuf Sœurs, qu'on regardait comme les bienfaitrices de l'humanité. Ce rôle civilisateur qu'on leur attribuait, fut oublié quand le christianisme s'établit dans ces parages. Un

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des derniers écrivains païens, contemporain des invasions barbares, rhistorien Zosime, parle de la destruction des images des Muses de THélicon, qui étaient encore debout du temps de Constantin, a alors, dit-il, on fit la guerre aux choses saintes, mais la destruction des Muses par le feu fut un présage de l'ignorance où le peuple allait tomber. 3

Si Tliespies avait élevé un temple à TAmour, Orchomène honorjit particulièrement les Grâces et célébrait, en leur honneur, des fêtes auxquelles étaient conviés, pour concourir ensemble, tous les poètes et les musiciens de la Grèce. Cette ville, qui eut une grande importance dans les temps héroïques, acquit plus tard de la renommée par son industrie, qui consistait surtout en flûtes, fabriquées avec les roseaux du lac Copaïs.

Coronèe et Ilallarte ont un certain renom dans Thistoire, mais ces deux villes n'ont pas laissé de ruines bien intéressantes.

Chéronée, où la Grèce succomba sous les coups des Macédoniens, a conservé les restes d'un théâtre, une belle fontaine, un aqueduc et les fragments d'un lion de marbre, élevé à la mémoire des Béotiens morts en combattant contre Philippe et qui a été brisé pendant la guerre de rindépendance.

La MÉGARfOE, — La Mégaride est un tout petit pays, situé entre TAttique et Tisthme de Corinthc. La seule ville importante était Mégare qui na pas laissé de ruines. Près de là sont les roches Scironides, d'où le brigand Sciron précipitait les voyageurs dans les flots.

L'ÀTTIQUE. — L*ÂCROPOLE. ^ LbS PrOPYL.'ES — Lb PaRTHÉNON.

L'ÉRéCHTHÉiON* — La Ville, — Le Port. — Les environs

d'Athènes.

UÀttique. — Située au sud de la Béotie, TAttique s'avance entre la mer Egée et le golfe Saronique et présente ainsi une grande étendue de côtes. Son territoire, très-pittoresque, mais en somme peu fer-

tile, produisait surtout des oliviers. Le miel du mont Hymette, les marbres du mont Pentélique et les mines d'argent du Laurium étaient aussi de grandes sources de revenu ; mais la richesse du pays venait surtout du commerce et de Tindustrie, qui étaient presque exclusivement concentrés à Alhènes.

Les Athéniens habitaient primitivement sur le plateau de l'Acropole. Après les guerres médiques, ce plateau devint un lieu sacré et les maisons particulières ne s'élevèrent plus que dans la plaine qui s'étend alentour. Deux grands murs reliaient la ville avec les ports. Il faut donc, pour avoir une idée complète d'Athènes, étudier successivement l'Acropole, la ville et le port.

L'Acropole. — L'Acropole d'Athènes renferme les plus beaux édifices que nous ait laissés l'antiquité grecque. Pour les Athéniens, ce rocher était la montagne sainte. Tout, en ce lieu, rappelait la déesse qui protégeait la ville et qui lui avait donné son nom : Athènè.

Pour comprendre l'importance qu'avait le culte d*Athènô ou Minerve, il faut se rappeler l'histoire que les Athéniens racontaient sur la fondation de leur villei Cécrops fut le premier qui choisit l'Acropole pour demeure et il attira autour de lui les habitants de PAttique, jusque-là errants et misérables. 11 fallait mettre la ville sous la protection d'un dieu. On décida qu'on choisirait celui qui produirait la chose la plus utile. Neptune, frappant la terre de son trident, créa le cheval et fit jaillir une source d'eau de mer, voulant dire par là que son peuple serait navigateur et guerrier. Mais Minerve dompta le cheval pour en faire un animal domestique et, ayant frappé la terre de sa lance, fit paraître un olivier chargé de fruits, voulant montrer par là que son peuple serait grand par l'agriculture et l'industrie. C'est en souvenir de cet événement que l'olivier, source principale de la richesse des Athéniens dans l'agriculture, a été consacré à Minerve.

Cécrops, embarrassé do choisir la divinité à laquelle la ville serait consacrée, décida qu'on irait aux voix. Seulement, comme dans ces temps reculés on n'avait pas encore imaginé que les femmes ne peuvent pas, tout aussi bien que les hommes, exercer des droits politiques, on fit voter tout le monde. Or il arriva que tous les hommes votèrent pour Neptune et toutes les femmes pour Minerve; mais, comme parmi les colons qui accompagnaient Cécrops il y avait une femme de plus, Minerve l'emporta.

Neptune protesta contre cette façon de juger et en appela au tri-

LA CHECE.

tiuDal des douze dieux. Ceux-ci firent venir Cécrops en témoignage et, le vote ayant été reconnu régulier, la ville fut consacrée à Minerve. Les Athéniens, pourtani, craignant le courroux de Neptune qui avait voulu les engloutir, élevèrent, dans l'Acropole, un autel h l'oubli, monument de la réconciliation de Neptune et de Minerve; puis, Neptune fut admis à partager les honneurs de la déesse. Voilà comment les Athéniens devinrent un peuple navigateur ea même temps qu'iadustrieux et agricole.

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Les deux grands faits mythologiques auxquels se rattachent les premières traditions des Athéniens sont donc la naissance de Minerve cl sa dispute avec Neptune. Aussi ces événements ont-ils fait le sujet de représentations fréquentes sur les monuments de lart. On les voit figurer sur des médailles, sur des bas-reliefs ol surtout sur des vases peints de l'époque archaïque (fig. dU et Iil2.)

Les Athéniens considéraient l'Acropole comme la montagne sacrée et le point auquel se rattachaient tous les souvenirs de la patrie. Quand l'armée de Xerxés arriva, la ville était déserte, les guerriers montés sur leur flotte; les femmes et les enfants avaient été déposés dans llle de Salamioe. Immobiles sur leurs vaisseaux, les Grecs aperçurent les

flammes qui environnaient la montagne sainte, car les Perses ne laissèrent dans la ville ni un temple ni une cabane. Lorsque, après la victoire de Salaminc, tes Athéniens revinrent dans l'endroit qui avait été leur ville, ils ne trouvèrent qu'un monceau de cendres; mais l'olivier sacré, celui que Minerve avait planté devant Cécrops, brûlé jusqu'au pied, avait repoussé d'une coudée pendant la nuit ; la déesse ne les abandonnait pas.

Pig. 41Ï. — Naiuui» da Uiasna. (D'iipièi OD* peintnn de vue).

Le plaieau de l'Acropole, qui a environ 300 métrés de long sur 150 de large, rappelle des souvenirs d'époques très différentes. Le» plus anciens se rattachent aux Pélasges qui fortifièrent le plateau jusqu'alors ceint d'une simple palissade. On voit encore les vestiges de ces imposantes murailles ; c'est tout ce qui reste des monuments antérieurs aux guerres médiques et qui, pour ta plupart, remontaient à l'administration de Pisistrate ; les Perses n'en ont rien laissé subsister. Thémistocle, en relevant les murs du cèté du nord (Gg. 413), employa d'une manière apparente les débris provenant de l'ancien Parthénon, afin de perpétuer le souvenir du sacrilège. Ce fut Cimon qui Làtit les murs du cèté du sud, et on fait remonter à la même époque la construction du temple de la Victoire sans ailes.

Le Parthénon (A) et les Propylées (B) furent élevés par Pèriclès; l'Érechthéion (C) doit être contemporain de ces monuments. C'est la plus brillante époque do l'Acropole, qui, à ce moment, ne contient plus d'habitations privées, et se couvre de statues, d'autels et d'of-

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