‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883 (volume 4)Chapitre 41 sur 54 · LA CAMPANIE · texte numérisé non relu

LA CAMPANIE

Les villes de Camp&nib. — La Campanie, la plus belle et la plus riche province de l'Italie, si bien que les anciens l'avaient surnommée Campanie heureuse, élait située entre le Samnium et la mer Tyrrhénienoe. Cette contrée, qu'on range habituellement dans l'Italie centrale, nous paraît se rattacher plutôt à la Grande-Grèce, par la nature policée et la civilisation raffinée de ses habitants. Elle possédait d'ailleurs un assez grand nombre de colonies grecques, mais elle se rapprochait aussi des Étrusques qui avaient formé là une confédération florissante dont Capoue fut la capitale.

UODniia de CapDQS.

Capone (fig. GOO-601), qui primitivement s'appelait Yalturnum, est surtout célèbre par le séjour qu'y fit Annibal. Cette ville, extrêmement florissante puisqu'elle a compté jusqu'à 300,000 habitants, a gardé les ruines d'un amphithéâtre qui est considéré comme un des plus anciens de l'Italie. Il élait de style toscan et avait 250 mètres de long sur 150 de large. Cet amphithéâtre a été détruit par les Sarrasins, qui le convertirent en citadelle ; il en est resté trois galeries, quelques arcades et des constructions souterraines.

Le mont Pausilippe occupe un promontoire qui s'avance entre les golTes de Naples et de Pouzzoles. Ce lieu, extrêmement célèbre dans l'antiquité, était couvert de villas; Virgile, Cicéron, Marius, Pompée. Pollion, Lucuiius ont habité ce lieu, où l'on trouve partout des débris

et des substructions anciennes. La villa de Lucullus, située à rextrémiié du promontoire, est celle qui a laissé les ruines les plus importantes. Le tombeau de Virgile, où Pétrarque a planté un laurier, mais dont l'attribution est fort contestée aujourd'hui, est à Tentrce de la fameuse grotte de Pausilippe. Cette grotte est un tunnel antique, creusé pour faciliter les communications entre Naples et Pouzzoles. La grotte de Séjan, dont Strabon attribuait la construction à Agrippa, était encore plus étendue, et soutenue par des arcades en maçonnerie. C est aussi prùs du Pausilippe qu'on trouve la grotte du Chien, signalée par Pline comme une grande curiosité, à cause des exhalaisons du sol, dont la cause était alors inconnue.

PouzzoUs, où est mort Sylla, a été autrefois une ville très-florissante, qui a laissé des ruines intéressantes, notamment le fameux temple de Sérapis. Les ruines de cet édifice ont été longtemps ignorées par suite d'une circonstance géologique assez singulière. Les trois colonnes restées debout du portique d entrée, qui en contenait six, étaient complètement enfouies dans le sol, et la partie supérieure en était masquée parde$ broussaillos. Ces colonnes, d un seul bloc de Cipollin, ont treize mètres d'élévation : lorsqu'on les a découvertes, on reconnut que la partie supérieure présentait des perforations produites par des coquilles marines d'espèces existant encore, tandis que la base en était dépourvue. On a reconnu que le relief de cette contrée volcanique a\*aii subi de jurandes variations : les'colonnes se sont trouvées pendant assez longtemps baignées par Peau de la mer, dont la base, enfouie sous le sol, avait an contraire été préservée. 11 est démontré aujourd'hui quels terrain sur lequel le temple était bâti a eu des périodes d'abaissement et d'exhaussement très-nettement déterminées.

Le temple de Neptune, qui était un peu plus loin que le précédcntaétê complètement submergé, de telle faqon que le haut de ses colonnes atteint le niveau de l'eau. On a retrouvé aussi à Pouzzoles les restes d'un amphithéâtre beaucoup plus grand que celui de Pompéi et qui pouvait contenir 30,000 spectateurs : Néron y a donné des fêtes magnifiques.

Des tombeaux, dont on a découvert les restes, bordaient les routes qui de Pouzzoles se dirigeaient vers Rome et Naples. Enfin il reste seize piles d'un môle destiné à abriter le port : ce môle, que Ton a quelquefois confondu à tort avec le pont que traversa Caligula, travesti en Alexandre, supportait un portique pour les marchands.

Cumes, dont on fait remonter l'origine à la guerre de Troie, a gardé les traces de plusieurs édifices : temple d'Apollon, temple de Diane.

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temple des Géants, etc. Ces ruines sont d'ailleurs en très-mauvais état, mais on y a .trouvé plusieurs statues intéressantes. La montagne de TAcropole est percée de galeries souterraines superposées : l'entrée d'une de ces galeries est désignée sous le nom d'Antre de la Sibylle. Ce que Cumes présente de plus curieux, c'est sa nécropole, qui renferme une multitude de tombeaux appartenant à des âges très-différents. Dans les plus anciens on a trouvé des objets qui paraissent de fabricalion égyptienne. Le musée du Louvre possède une riche série de vases ilalogrecs, qui proviennent de tombes d'une époque relativemenlplus récente.

Le lac de Fusaro, qui parait avoir été primitivement le cratère d'un volcan, servait autrefois de port à la ville de Cumes. Cicéron, Sénèque et Varron avaient des villas aux environs : quelques arcades en mine sont désignées comme ayant appartenu à la villa de Cicéron.

Neapotis (Naples) n'avait pas à beaucoup près dans l'antiquité l'importance qu'elle a acquise de nos jours. L'emblème qui se voit le iplus habituellement sur ses monnaies est un taureau à tète humaine barbue couronné par une Victoire (Og. 602-603). -■ ™„. ^ „„^';; -

Baies (Baia), célèbre dans l'antiquité par ses eaus thermales, était un séjour de délices pour les Romains, qui y venaient les uns par raison de santé, les autres par désœuvrement. La côte était couverte de villas, dont quelques-unes empiétaient sur la mer : on voit encore sous les eaux des restes de ces constructions. Baies était une ville de plaisir, et les écrivains latins parlent sans cesse des festins, des fêles sur l'eau, des chants, des intrigues amoureuses qui avaient lieu sur ce rivage aujourd'hui si morne. C'est dans la villa de César que Virgile lut à la sœur d'Auguste le fameux passage de l'Enéide qui contient l'élc^e de son fils. Près de là élail la villa où Cornélie, mère des Gracques, s'était retirée, et celle où Agrippine a été assassinée par Néron.

Ovide recommande beaucoup le séjour de Baies, dans son An d'aimer, u Vous ferai-je, dit-il, l'énumération de toutes les assemblées de femmes où vous pouvez aller en conquête? l'aurais plutôt compté les sables de la mer. Vous parlerai-je de Baies, de ses rivages couverts de tentes, de ses eaux chaudes et sulfureuses? J'en connais qui, il leur retour, se sentant le cœur blessé, ont dit : Cette eau n'est point, comme on l'assure, propre à réparer la santé. »

De l'autre côté du Vésuve, qui la sépare de la mer, est l'antique ville do Kola, si célèbre par la fabrication de ses vases. Au pied même du volcan, mais du côté qui regarde le golfe de Napics, étaient situées les villes de Pompèi cl d'Hereulanum, qui furent détruites par une éruption terrible survenue dans le premier siècle de notre ère.

Les UUR3 de Poup£i. — Les murs de Pompé! (fig. 60&} présenlcut une circonférence de 2,600 métrés. Ces murs, malgré les lours

carrées à plusieurs étages, dont on trouve les restes, devaient, à l'époque où la ville a été détruite, servir de promenade plutôt que de remparts. Us consistent en une double muraille, de 25 à 30 pieds de hauteur, et renfermant un terre-plein assez large pour qu'en certains endroits trois chars aient pu y passer de front.

La construction première de cotte enceinte doit être extrêmement ancienne; mais les murailles, qui furent démantelées par Sylla cl réparées avec une certaine liùlc au temps des luttes de Cé.-^ar cl Pompée, portent la trace de ces changements. En certaines places, des brèches ont été simplement fermées à laide d'une niai;onnerie grossière ; en d'autres endroits on trouve, au contraire, une double rangée de créneaux à lexléricur et à l'intérieur. On montaitàccs remparts par des escaliers éfroila et assez raides. dont il est resté des traces.

ds pompéi (porte de NcLi).

divise la ville en deux parties, l'une à l'ouest, où l'on voit des indications de rues et de placea, l'autre à l'est où l'on n'a pas encore exécute^ (le fouillus. Dana cette dernière partie on ne trouve qu'une seule indi- Ciiiiun de monuments, l'amphîthéâire, qui est placé dans un coin de la ville. Deux grandes voicî coupent également la ville en décrivnnt sur la gravure deux lignes presque horizontales. Dans la zone inférieure sont les théâtres, et dans la zone intermédiaire, qui formait le quartier central, on trouve le Torum et les baios; la zone supérieure est presque eniièremeni occupée par des constructions privées.

Lès rues de Pompéi sont étroites : beaucoup n'ont pas plus de ti mètres de lai^ur, et les plus grandes n'excèdent guère 7 mètres. Elles sont généralement assez régulières et tirées au cordeau. Le pavé est composé de gros blocs de lave de forme polygonale irrégulière,: et la cbausEée est encaissée entre deux trottoirs souvent assez élevés. Comme après les grandes pluies ces rues devaient former des espèces de torrents, on a ménagé, pour le passage des piétons, des rangées de pierres saillantes qui vont d'un trottoir à l'autre, et entre lesquelles les roues des chars devaient passer. On voit dans les rues un très-grand nombre de fontaines (rig. 607 et 608), ordinairement placées à l'angle des carrefours. £Hes sont en général composées d'un bassin cubique : un mascaron ou un mufle de liooplacé sur une borne jetait l'eau dans le bassin.

Ladisposiliondeces fontaines à l'angle de deux rues et celle des blocs de lave qui constiluentlepavésontparfaitement visibles sur laBgure609, qui'repré- Pig H08. - FontoiM, i Pompéi. ggnte le carrefour For-

tunata.

Les maisons n'avalent pas de numéros, mais des inscriptions en rouge ou en noir indiquaient le nom du propriétaire. On a trouvé aussi des annonces de location, des annonces de spectacle, des citations d'auteurs, sur les murs, et des phrases tracées par les passants. Cellesci ne sont pas les moins curieuses : quelques-unes sont dignes de oos gamins de Paris, par exemple celle-ci -. Oppiui est un votewr.

filou. Nous avons tous \u sur nos murs des appréciations semblablet appliquées à quelques-uns de nos coocitoyens. Hais ce qui domine 1 Pompéi, ce sont les inscriptions amoureuses. Les mots suivants sont signés d'un uom illisible : « La blancheur de ma maltresse me bit détester les brunes. » Au-dessous, on lit la réponse qui est d'une autre écriture. « Tu les délestes, mais tu y reviens. Signé : la Vénus de Pompéi. n Ces inscriptions, généralement tracées avec une pointe, étaient

assez nombreuses pour qu'on ail pu, en les réunissant, former un volume.

Parmi les rues {fig. 610) qui ont été déblayées, les plus importantes sont la rue Consulaire, qui, sous le titre de voie des Tombeaux, conduit du dcliors à la porte d'Ilerculanum et iiiône ensuite au Forum, la rue de Mercure, qui porte dans une cerlainc portion le nom de rue du Forum, la rae des Thermes de la Fore, la ruiune, la rue de l'Abondance. la i-ue de Nota, etc. Ces rues devaient présenter un aspect très-différent de celui des rues de nos villes modernes, parce que les maisons, qui avaient rarement plus d'un ou de deux étages, n'avaient presque pas de fenêtres sur la rue, les chambres prenant leur jour sur la cour intérieure.

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Un point împorlatit à noter pour comprendre la physionomie des

villes antiques, ce sont les autels qu'on rencontrait à chaque pas dans le» ruesel dont Pompéi nous offre de Dorabrcux exemples. Habituellement la peinlurequi décore ces autels est accompagnée de deux serpents, comme ou le voit sur la figure 611 :cet emblème avait pour les anciens la même signilication que pour nous la fameuse défense de

«faire ou déposer aucune

Cet usage est attesté par ces vers de Perse : h Je défends qu'on prenne ce lieu pour une seniine : enfants, c'est un lieu sacré, allez... ailleurs, n

Touie ville antique était ou -aiij j

pourvue debainspablics: cens de Pompéi sont situés dans le quartier le plus fréquenté de la ville, tout

près du Forum ei h côté (lu lemplodeJupîler. Ces baius, quioccupaienl ua bàtimem isolù eleniouré de boutiques, étaient divisés eo deuxpanies, l'une destinée aux hommes, l'autre aux femmes, mais qui reproduisaient à peu près les mêmes dispositions. On entrait d'abord sous un portique ,

garni de sièges, où les esclaves attendaient leurs maîtres. Un corridor h plafond bleu avec des étoiles d'or conduisait au vestiaire [apodylerivm). où l'on dépOEait les objets précieux moyennant une légère rétribuiioo. De là on entrait soit dans une salle ronde destinée aux bains froids {frigidarium), soll dans la chambre tiède (ie/ii'rfornim), doni la tempère ture moyenne servait d'intermédiaire entre le bain froid et le bain chaud {caidariam), La plus importante de ces salles est le têpidarium. représenté sur la figure 612. Cette pièce, voûtée et richement décorée de médaillons à ornements et figures en stuc, est éclairée par le haut. Des télamona en terre cuite supportent l'entablemeot. que décore une belle frise sculptée : entre ces lélamons on avait dis-

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posé dos niches où l'on dtposail les effefâ et les onguents à l'usage des baigneurs.

Le Foeuu. — La plupart des \illGs avaient plusi'eurs forums, affectés â des marelles ou à d'autres réunions; maïs on donnait le nom de Forum civil a une grande place qu'entouraient des temples, des tribunaux et

différents édifices publics. Le forum civil de Pompéi est le mieux conservé que nous ait laissé l'antiquité et le seul qui puisse être étudié avec quelque certitude. Il était pavé de marbre et entouré sur trois de ses côtés par des portiques à colonnes doriques de marbre bianc. Ces portiques étaient surmontés d'un second ordre formé de colonnes ioniques: quatre escaliers fort étroits conduisaient à la galerie formée par ce second ordre. Comme trois de ces escaliers avaient leur entrée en dehors de l'enceinte, on a supposé que ces galeries devaient, dans certaines cérémonies publiques, être réservées auxfemmes, qui se seraient ainsi trouvées entièrement isolées des hommes. Peut-être aussi voulait-on en conserver la jouissance au public'à l'heure où les grilles aboutissant au Forum étaient fermées. 11 n'est d'ailleurs resté aucune trace de cette galerie supérieure, ainsi qu'on peut le voir sur la ligure 613, qui représente l'état actuel du Forum.

Les rues qui aboutissaient au Forum étaient fermées pendant la

nuit. La place êiait garnie de statues et entourée d'édifices que nous allons passer en revue à Paide du plan que présente la figure 614- Nous trouvons d'abord en A, au bas de la gravure, le temple de

jL'jyyt.TiuJri

fig. Gl-I. — Pvium da Fompéi.

. - T.alplo da JupUer,

H. - Tribuosl

., - Eiilr*a d8 la place.

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