NOUVEL EMPIRE
Thèbes.
Médinet-Abou.
4 703 ans.
476 ans.
1 662 ans.
478 ans.
1 288 ans.
Tanis.
San.
430 ans.
1 410 ans.
Bubaslis.
Tell-Basta.
170 ans.
980 ans.
XXÏII.
Tanis.
San.
89 ans.
810 ans.
Saïs.
Sa-el-Hagar.
6 ans.
721 ans.
(Éthiopiens).
50 ans.
715 ans.
Sais.
Sa-el-Hagar.
438 ans.
665 ans.
(Perses).
424 ans.
Saïs.
Sa-el-Hagar.
7 ans.
406 ans.
Mendès.
Aschmoun-er-Rouroan.
21 ans.
399 ans.
Sebennytès.
Saroanhoud.
38 ans.
378 ans.
(Perses).
8 ans.
360 ans.
L'an 332, l'Egypte tombe sous la domination macédonienne, et dès lors répoque dite pharaonique cesse d'exister.
L'Ancien empire. — Il faut distinguer dans l'histoire des mœurs égyptiennes deux périodes bien distinctes : celle des Pharaons et celle des Ptolémées. On donne le nom de Pharaons aux rois d'Egypte antérieurs à la conquête d'Alexandre. C'est durant cette période, d'ailleurs fort longue, qu'il faut étudier les habitudes égyptiennes dans ce qu'elles ont de caractéristique; car, sous la domination des rois grecs, l'Egypte, bien qu'extrêmement florissante sous le rapport du commerce et de l'industrie, a perdu en quelque sorte sa personnalité. La brillante civilisation d'Alexandrie remplace les vieux sanctuaires de Memphis et de Thèbes ; l'Egypte pourtant se survit à elle-même par la tradition, mais la sève n'est plus sur les bords du Nil, et de nouveaux usages viennent sans cesse battre en brèche les anciennes coutumes. Cette période de transformation est assurément fort intéressante à étudier, mais elle doit former un chapitre spécial et, quand on veut connaître exactement la part de l'Egypte dans la civilisation antique, il faut Tétudier sous les Pharaons, c'est-à-dire à l'époque où elle garde toute sa personnalité et n'a pas encore subi les innovations étrangères.
On a admis longtemps, d'après lautorité des historiens grecs, que l'Ethiopie avait été le berceau de la civilisation égyptienne. Cette opinion est complètement abandonnée aujourd'hui. L'étude des monuments a prouvé : 1* que les Égyptiens sont d'une race venue d'Asie et non originaire d'Afrique; 2» que la civilisation qu'ils ont fondée sur les bords du Nil a remonté le fleuve et ne Ta pas descendu. C'est pour cela que M. Mariette appelle l'Ethiopie fille de l'Egypte.
Suivant les historiens grecs, Menés a été le fondateur de Memphis et le premier roi d'Egypte. C'est à lui que commence la !'• dynastie des Pharaons, qui a duré 253 ans. Aucun des monuments élevés dans cette période n'est parvenu jusqu'à nous.
La II' dynastie a duré 302 ans : on attribue à cette période la construction de la grande pyramide à degrés qui se voit à Sakkarah et qui aurait été la sépulture d'un des rois de cette époque. Cette pyramide serait ainsi le plus ancien monument de l'Egypte et peutêtre du monde. La porte basse et étroite, qui donnait accès à la chambre sépulcrale de la pyramide, a été enlevée en 18/i5 par Lepsius et transportée au Musée de Berlin. On attribue généralement à cette dynastie l'introduction du culte des animaux sacrés, et notamment du bœuf Apis, manifestation vivante du dieu Ptah, adoré à Memphis. Le tombeau d'un haut fonctionnaire appelé Thoth-Hotep
sous LES PHARAONS. 21
découvert par M. Mariette dans la nécropole de Sakkarah, et le groupe de Sépa et de ses fils, au Louvre, passent pour remonter aux derniers rois de cette dynastie. Les inscriptions montrent l'écriture égyptienne déjà constituée.
La 1I1« dynastie parait originaire de Memphis : c'est dans cette maison royale qu'on voit apparaître les premiers Pharaons notés dans l'histoire comme conquérants. On a de cette époque un tombeau découvert à Sakkarah et maintenant au Musée de Berlin. Les représentations de cette tombe nous montrent une civilisation déjà avancée dans Tagriculture. Un grand nombre d'animaux sont déjà domestiqués, et Ton y voit le bœuf, Tâne et le chien; mais le cheval ne parait pas encore, non plus que le chameau, qui ne se trouve jamais sur les monuments de l'ancienne Egypte.
Tout ce qui touche les trois premières dynasties égyptiennes est obscur : ce n'est qu'à partir de la IV* que l'histoire commence h s'éclaircir un peu. On rattache à cette époque les grandes pyramides ainsi que le grand sphinx de Giseh. La belle statue de Ghephren, au Musée de Boulaq, est de la même période. Le gouvernement semble être une sorte d'aristocratie militaire bien plutôt que sacerdotale. Un grand nombre de monuments, contenant des scènes de la vie privée plutôt que religieuse, nous montrent une société extrêmement avancée sous le rapport du bien-être matériel.
La VI* dynastie marque le point culminant de la civilisation de l'ancien empire, qui avait duré dix-neuf siècles. « Le spectacle qu'offre alors TÉgypte, dit M. Mariette, est bien digne de fixer l'attention. Quand le reste de la terre est encore plongé dans les ténèbres de la barbarie; quand les nations les plus illustres, qui joueront plus tard un rôle si considérable dans les affaires du monde, sont encore à l'état sauvage, les rives du Nil nous apparaissent comme nourrissant un peuple sage et policé, et une monarchie puissante, fondée sur une formidable organisation de fonctionnaires et d'employés, règle déjà les destinées de la nation. Dès que nous l'apercevons à l'origine des temps, la civilisation égyptienne se montre ainsi à nous toute formée; et les siècles à venir, si nombreux qu'ils soient, ne lui apprendront presque plus rien. Au contraire, dans une certaine mesure, l'Egypte perdra, car, à aucune époque, elle ne bâtira des monuments comme les pyramides. »
Après la VI* dynastie, l'Egypte paraît avoir éprouvé de fortes commotions politiques, dont on ignore la nature. Une éclipse se manifeste
22 L'ÉGYPTK
alors dans la civilisation et, pendant plusieurs siècles, on ne trouve aucun monument. Il semble qu'une invasion et l'introduction d'une race nouvelle soit venue modifier profondément toutes les vieilles habitudes de la nation. La période qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire s'arrête à la X« dynastie.
Le moyen empire. — « Quand, avec la XI« dynastie, dit M. Mariette, on voit l'Egypte se réveiller de son long sommeil, les anciennes traditions sont oubliées. Les noms propres usités dans les anciennes familles, les titres donnés aux fonctionnaires, l'écriture elle-môme et jusqu'à la religion, tout semble nouveau. Tanis, Éléphantine, Memphis, ne sont plus les capitales choisies : c'est Thèbes qui, pour la première fois, devient le siège de la puissance souveraine. »
La ville de Thèbes, qui, suivant M. Lenormant, n'existait pas encore au temps de l'éclat de l'ancien empire et fut fondée pendant l'anarchie que nous avons signalée sous les dernières dynasties, devint la capitale de l'Egypte pendant la période que l'on est convenu d'appeler le Moyen Empire.
Les hypogées de Beni-Hassan, qui remontent à la XII* dynastie, retracent les détails les plus curieux sur l'agriculture et les mœurs privées des anciens Égyptiens. Dans une inscription de la XII* dynastie, un gouverneur de province, nommé Améni, fait le tableau suivant de son administration : « Toutes les terres étaient ensemencées du nord au sud. Des remercîments me furent adressés de la maison du roi pour le tribut amené en gros bétail. Rien ne fut volé dans mes ateliers. J'ai travaillé et la province entière était en pleine activité. Jamais petit enfant ne fut affligé, jamais veuve ne fut maltraitée par moi; jamais je n'ai troublé de pêcheur ni entravé de pasteur. Jamais disette n'eut lieu de mon temps et je ne laissai jamais d'affamé dans les années de mauvaise récolte. J'ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n'ai jamais préféré le grand au petit dans tous les jugements que j'ai rendus. »
Les premières dynasties du moyen empire marquent dans l'histoire d'Egypte une période de grande puissance politique. Non-seulement la basse et la haute Egypte furent réunies sous le même sceptre, mais encore les Pharaons commencèrent à revendiquer comme leur patrimoine toutes les terres qu'arrose le Nil. En même temps ils élevèrent un grand nombre de monuments : le labyrinthe et le lac Mœris remontent à cette période.
sous LES PHARAONS. 23
Cet état florissant dura plusieurs siècles, mais, après IaXIV« dynastie, • Egypte paraît avoir été de nouveau en proie à des déchirements qui eurent pour résultat d'ouvrir le pays à des conquérants étrangers.
Les PASTEURS. — La dernière partie du moyen empire est marquée par un événement formidable qui transforma complètement la basse Ég)'pte : ce fut l'invasion des pasteurs, peuples venus d^Asie et qui, pendant cinq cents ans, restèrent les maîtres du pays. Cette invasion paraît avoir eu dans TÉgypte une importance analogue à celle des invasions barbares dans Tempîre romain, mais elle est toujours demeurée fort énigmatique et Ton ne sait pas encore au juste ce qu'étaient les pasteurs, ni d'où ils venaient. « Il y eut, — dit Manéthon dans un fragment conservé par l'historien Josèphe, — un roi sous le règne de qui le souffle de la colère de Dieu s'éleva, je ne sais pourquoi, contre nous. Contrairement à toute attente, des hommes obscurs, venant du côté de l'Orient, firent une invasion dans notre pays, dont ils s'emparèrent facilement et sans combats. Ils assujettirent les chefs qui y commandaient, brûlèrent les villes et renversèrent les temples des dieux; ils firent aux habitants tout le mal possible, égorgeant les uns, réduisant en esclavage les femmes et les enfants des autres. »
On a contesté de nos jours le caractère dévastateur et barbare que les historiens anciens ont attribué aux pasteurs, et M. Mariette a découvert à Tanis des monuments dus à leur initiative. Mais il paraît certain que ces pasteurs, venus très-probablement de Syrie ou d'Arabie, difl'éraient absolument des Égyptiens par les mœurs aussi bien que par la race. Il a dû nécessairement se produire entre les deux peuples un choc très-violent qui a pu arrêter la marche civilisatrice des anciens habitants; seulement il n'y a pas eu, comme on Ta dit parfois, une destruction complète de cette civilisation, laquelle s'est maintenue intacte dans la Thébaïde et l'Ethiopie, où les pasteurs n'ont pas pénétré.
Le nouvel empire. — Un changement, qui eut pour résultat de ramener en Egypte une dynastie nationale, marque le début du nouvel empire, dont le premier acte politique fut l'expulsion des pasteurs. Cette lutte, dont le récit est généralement très-obscur et rempli de contradictions, paraît avoir eu surtout un caractère de guerre religieuse. C'est du moins ce qui résulte d'un papyrus du
24 L'ÉGYPTK
Musée britannique, cité par M. Lenorraant. « Il arriva que le pays d'Egypte tomba aux mains des ennemis, et personne ne fut plus roi du pays entier au moment où cela arriva. Et voici que le roi Taaaken fut seulement un hak (prince vassal) de la haute Egypte. Les ennemis étaient dans Héliopolis et leur chef dans Avaris... Le roi Apapi se choisit le dieu Souteckh comme seigneur et ne fut pas serviteur d'aucun autre dieu existant dans le pays entier... Il lui bâtit un temple en bon travail durant à toujours. »
Le roi pasteur Apapi, apprenant que le prince de la Thébaïde Taaaken refusait d'adorer son dieu Souteckh, lui envoya une sommation qui fut reçue avec mépris; une guerre longue et sanglante survint à cette occasion et aboutit à l'expulsion des pasteurs.
Malgré les incertitudes où Ton est relativement à l'époque de l'expulsion des pasteurs, elle paraît avoir été déûnitive sous Amosis, l'un des successeurs du roi Taaaken. C'est après son règne que commence la grande période militaire de l'Egypte. Aménophis I"* porte ses armes en Asie et s'empare de la Mésopotamie; Toùthrnès II fait des campagnes heureuses en Ethiopie et en Palestine; enfin Toùthrnès III entreprend une série d'expéditions dont le récit est figuré sur les murs de Karnak.
« II fit passer sous son joug, dit M. de Rougé, les peuples de l'Asie centrale et nous voyons figurer parmi ses vassaux Babel, Ninive et Sennaar, au milieu de peuples plus importants alors, mais dont les noms se sont obscurcis dans la suite des temps. )>
La grandeur politique de l'Egypte se continue sous Aménophis III, le prince que les Grecs ont appelé Memnon, et dont le colosse brisé résonnait dans la plaine de Thèbes au lever du soleil. Une révolution religieuse vint troubler l'Egypte après lui, et le fanatisme effaça partout le nom du dieu Ammon, la grande divinité de Thèbes. Une multitude de monuments nous montrent en effet ce nom mutilé.
Pendant ces troubles, lempire de l'Asie échappa à l'Egypte, qui se releva pourtant sous Séti ^^ et arriva à l'apogée de sa puissance sous son fils Rarasès II, appelé par les Grecs Sésostris, et dont le nom sur les monuments se lit Ramsès-Meïamoun. L'Ethiopie et l'Asie furent de nouveau conquises et les nombreux prisonniers que le vainqueur ramena avec lui furent employés à élever d'immenses édifices.
« Ramsès II, dit M. de Rougé, couvrit l'Egypte de monuments; son
sous LES PHARAONS. 25
Dom marque d'importantes constructions depuis Tanis jusqu'au fond de la Nubie. A Thèbes, le célèbre Ramesséum est un monument religieux et funéraire spécialement consacré à sa mémoire. L'art déclina rapidement sous son règne malgré ses immenses travaux. 11 eut le tort de faire substituer ses propres cartouclies à ceux de son père sur la salie hypostyle de Karnak et sur d'autres monuments du règne précédent. Son orgueil paraît n'avoir pas connu de bornes. Souvent il s'introduit lui-même dans les triades divines auxquelles il dédie les temples. Le soleil de Ramshs-Meïafnoun qu'on aperçoit sur leurs murailles n'est autre chose que le roi, déiQé de son vivant. Le souvenir de ses conquêtes était encore vivant en Egypte sous les Romains et Tacite Ta rappelé; mais nous ne trouvons aucune trace qui nous montre sa mémoire vénérée après sa mort. Un de ses successeurs atteste seulement qu'il régna soixante-sept ans, et qu'il était resté célèbre pour le nombre et l'éclat des monuments de son règne. »
Néanmoins les savants ne sont pas complètement d accord sur ce règne : c'est ainsi que, suivant M. Paul Pierret, les Grecs auraient concentré sur la tête de cet unique personnage des exploits que nous devons partager entre plusieurs souverains.
La domination des Égyptiens en Asie se soutint pendant la XIX' et la XX* dynastie, dont tous les rois portent le Jiom de Ramsès comme leur aïeul. Les pays conquis gagnèrent probablement au contact des Égyptiens plus civilisés queux, mais les institutions et les usages qui faisaient la grandeur de l'Egypte s'altérèrent; la religion même fut atteinte et des divinités asiatiques, comme Baal et Astarté, reçurent un culte officiel dans la ville de Ramsès.
La décadence. — Vers la fin de la XX* dynastie, les prêtres d'Ammon s'emparent peu à peu de l'autorité et finissent par remplacer la famille des Ramsès. Le caractère sacerdotal de cette période est très-accusé, mais la grande organisation militaire de l'époque précédente tend à s'effacer, et lÉgypte, après avoir perdu l'Asie, se trouve réduite à ses limites naturelles. On compte pourtant encore quelques expéditions heureuses : dans l'une d'elles, les Égyptiens s'emparent de Jérusalem et emmènent son roi, que nous voyons représenté sur un monument les mains liées derrière le dos. Mais l'Egypte ne lutte pas plus loin que la Syrie et la Palestine : l'Assyrie, alors toute-puissante, eût arrêté les envahisseurs.
Enfin, sous la XXIV* dynastie, l'Egypte est envahie par les Éthio-
30 L'ÉGYPTB
piens, son roi pris et brûlé, et une dynastie éthiopienne arrive au pouvoir. L'Egypte retrouve ensuite des rois nationaux; mais ceux-ci, par crainte des Éthiopiens, appellent à leur aide des mercenaires grecs. Cette innovation indispose Tannée nationale, et TÉgypte, complètement désorganisée, n offre plus la moindre résistance le jour où elle est envahie par Cambyse.
Les Perses ne surent pas se faire aimer des Égj'ptiens, et Cambyse s'en fit haïr quand, dans un accès de fureur religieuse, il tua le bœuf Apis. Bien que Darius, plus habile, eût sacrifié aux dieux de rÉgypte , la domination persane ne fut jamais bien vue ; aussi Alexandre fut- il salué par le plus grand nombre comme un libérateur.
IH
Lb Pharaon divinisa. — Attributs des Pharaons : la codronne, l'aspic
SACRi, LE VADTOUR, LB LION ET LB SPHINX. — Lb PHARAON EN GUERRE.
Lb Pharaon triomphant. — Emblèmes des Ptolémées.
Le pharaon divinisé. — Dans aucun pays du monde, Tidolâtrie pour la personne royale n*a été poussée aussi loin qu'en Egypte. Un Pharaon n'est pas un simple chef politique, auquel la loi du pays ordonne d obéir, il est de tous points assimilé à la divinité et reçoit un véritable culte. Pour les Égyptiens, ce qui se passe sur la terre n'est que la reproduction exacte des phénomènes célestes. Par cela seul qu un Pharaon monte sur le trône, il est assimilé au soleil levant, personnifié dans Horus. Aussi Tépervier, oiseau consacré à Horus, figure sur la bannière royale, et c'est pour la même raison que le roi est appelé fils d'Ammon, qui est le Soleil.
Quand Alexandre traversa le désert pour aller dans le temple d'Ammon se faire proclamer dieu et fils d'Ammon, il ne fit qu'accomplir une cérémonie qui, aux yeux des Égyptiens, légitimait son droit à porter la couronne. Diodore de Sicile a raconté l'entrevue du roi avec le chef des prêtres d'Ammon. « Lorsque Alexandre fut introduit dans le temple et qu'il aperçut la statue du dieu, le prophète, homme très-âgt^, s'avança vers lui et lui dit : « Salut, 6 mon
ATTIIIBUTS ROYAUX. 37
a fils, recevez ce nom de la part du dieu. — Je l'accepte, ô mou a père, répoadit Alexandre, cl désormais je me ferai appeler ton Gis ■ si tu me donnes l'empire de toute la terre. » Le prêtre entra alors dans le sanctuaire et, au moment où les hommes désignés pour p(Mler la statue du dieu se mirent en mouvement, sur l'ordre d'une voix mystérieuse, il assura Alexandre que le dieu lui accordait sa demande... Alexandre se réjouit de la réponse de l'oracle, consacra au dieu de mirifiques offrandes et retourna en Egypte. »
Les monuments figurés sont d'accord avec les textes pour nous montrer le Pharaon avec les attributs divins. Une statuette du Musée de Turin représente (fig. 9) Ammon assis ; le dieu est figuré sous sa forme humaine et nettement caractérisé par sa coiffure. Le jeune Pharaon, debout près de son père, tient en main la croix ansée, symbole de la vie divine.
Pif. 10. — La dteaie Aboulit altalUDl ua piunaD. (Pmntiire d'ua Uople de U Nubii.)
Anouki; (Qg. 10), que les Grecs ont identifiée avec Vesia, nourrissant
de son lait divin un Pharaon adolescent qui porte également la croix ânsée. Anoukè est le personnage féminin d'une triade de la Thébalde méridionale. Le principe est toujours le même dans une province ou dans une autre et notre figure montre clairement le jeune roi suçant le lait divin.
Le caractère de divinité attribué au Pharaon est prouvé par les inscriptions et reconnu par tous les égyptologues.
La divinité du roi commence sur la terre et se perpétue au delà du tombeau. Chaque fois qu'un Pharaon meurt, le panthéon égyptien s'enrichit d'une divinité nouvelle à laquelle ses successeurs offriront des sacrifices.
Diodore de Sicile a parlé d'un prétendu jugement que le peuple prononçait sur les actes du roi défunt. 11 y a eu erreur de la part de rhistorien grec : si les cartouches de certains rois ont été martelés par leurs successeurs, c'est que ces rois ont été considérés comme ayant exercé le pouvoir souverain sans y avoir droit, en sorte que les honneurs divins, qu'ils s'étaient arrogés de leur vivant, n'impliquaient de leur part qu'une rébellion et un sacrilège; on pourrait donc assimiler ces usurpateurs aux antipapes de la chrétienté. Mais quand il s'agit d'un véritable Pharaon, ses actes, quels qu'ils soient, sont en dehors de tout contrôle, par la raison que le Pharaon résume en sa personne l'idée de suprême justice, en même temps que l'idée de suprême puissance.
Attributs des pharaons. — Les Pharaons portent en général les mêmes attributs que la divinité. Un curieux bas-relief du temple de Philœ montre comment les dieux d'Egypte associent le roi à leur toutepuissance. Le Pharaon est debout, les bras pendants, entre deux personnages divins et sa coiffure est caractérisée par le serpent urœus, symbole de la royauté. Les deux divinités versent, au-dessus de sa tête, Peau consacrée et lui donnent ainsi l'initiation rovale. Le dieu à tête d'cpervier, placé à gauche, est Osiris, qualifié dans la légende de Dieu grand. Seigneur suprême, ordinairement peint en bleu. Le dieu à tête d'ibis, qui est à droite, est Thoth, qualifié Seigneur des divines Écritures.
Les vases que tiennent les deux divinités laissent couler de l'eau dont les jet? se croisent pour retomber de chaque côté du Pharaon; mais, en retombant ainsi, l'eau se transforme en une série alternée de croix ansées, symbole de la vie divine, et de sceptres royaux.
La figure 11 nous montre ud Pharaon dans son r&le de chef du sacerdoce : il porte sur la tête le disque solaire, les deux grandes
plumes qui caractérisent Ammon et la natte qui descend autour de son oreille simulant la corne de bélier.
L'emblème du Pharaon est le sphinx, et les avenues de sphinx, qui précèdent le temple, représentent l'image des rois qui ont exercé
ATTRIBUTS ROYADX.
lé pouvoir, au nom de la divinité dont ils sont fils et à laquelle ils sont assimilés. Le sphinx, c'est à-dire Tanimal qui est pourvu d'un corps de lion uni à une tête d'homme, était aux yeux des Égyptiens le symbole de la force unie à Tintelligence; c'est pour cela que le sphinx est consacré à la représentation des rois. Quelquefois la tête humaine est remplacée dans les sphinx par une tête de bélier, emblème du dieu Ammon.
Il y a des sphinx de toutes grandeurs : généralement les temples étaient précédés d'une avenue de sphinx, comme on en voit à Thèbes. Nos musées renferment un grand nombre de petits sphinx en bronze qui servaient aux oblations religieuses; ils sont quelquefois pourvus de bras supportant des offrandes.
Le sphinx en granit rose du Louvre (inscrit sous le n^» 23) porte les cartouches d'un Pharaon, fils de Ramsès II. C'est ce Pharaon, suivant Topinion de M. de Rougé, qui fut l'adversaire de Moïse et dont l'armée fut engloutie sous les flots de la mer Rouge.
Le lion a été, en même temps que le sphinx, adopté comme emblème royal : c'est à ce titre que nous le voyons figurer sur les
Fig. 12. — Boteigne arec le sphinx.
Fig. 18. — Enseigne ayec le lion.
enseignes militaires (fig. 12 et 13). C'est surtout vers la XVIII* dynastie que cet emblème aurait été fréquent. « Sur les bagues de cette époque, — dit M. Pierret dans son Dictionnaire (Tarchéologie égyptienne, — il n'est pas rare de voir les cartouches accompagnés de la représentation d'un lion passant ou terrassant son ennemi. Aménophis III porte le titre de Lion des rois. »
Dans la salle historique du musée égyptien au Louvre (vitrine H), il y a une bague en or, portant le nom de Touthmès III, qui offre la représentation d'un lion terrassant un homme. Dans les scènes militaires des hypogées, on voit fréquemment un lion marcher à côté du char royal.
3ï L'EGYPTE
Notre figure 14 montre un Pharaon dans son palanquin, somptueusement décoré de tous les attributs divins ou royaux : on y voit le lion, le sphinx, l'éporvicr, le disque solaire ainsi que les déesses ouvrant leurs ailes protectrices.
Pig. 14. — Un PharaoD dam ion piluquiii
La corne de bélier, attribut du dieu AmmOD, devait naturellement se retrouver dans la coiffure des rois d'Egypte, considérés comme fils d'Ammon et portant par conséquent les attributs du dieu. Nous la trouvons notamment dans une figure colossale du speo^ d'ibsamboul, qui représente Ramsès-Melamoun (ftg. 15).
Cette coiffure est évidemment symbolique, et il est permis de douter que le personnage historique ait jamais été affublé de la sorte; mais elle a cela de particulier que les corues apparaissent simultanément dans deux dispositions différentes. Comme le montre la figure 15, deux grandes cornes de bouc partent du milieu de la tète et supportent le disque solaire, en même temps que la couronne de la haute Egypte. Une autre corne, celle d'un véritable bélier cette
ATTHIBDT8 BOYADX. 33
fois, part au-dessus de l'oreille qu'elle contourne. La parenté du roi
Fig. 15. — lUnuèt-Uelimonn (Séuulrii.!
avec le dieu de Thëbes, Ammon, est donc très-nettement exprimée dans cette figure. Ajoutons que, »i la corne de bélier se montre dans
d« Bibio-al-Walank.)
des coîiïures symboliques, on la voit également dans des coiiïurer réelles, par exemple (Fig. 16), dans celle du Pharaon que Rosellini
appelle Amenessës. Seulement, au lieu d'une corne réelle, c'est un simple ornement qui en simule l'enroulement. Le même attribut se retrouve dans la coiffure de la femme de ce Pharaon (fig. 17), ce qui montre que les reines pouvaient aussi bien qne leurs époux se rattacher directement à Ammon.
Fif. IS. — Hatpa iicotéa d'nn* Uto royilt, poitint la conmina da U Imm« {Palntim , duu la tombeaa d« mil, 1 Thïbw.)
La couronne est, de même que le sceptre, un insigne que portent également les dieux et les Pharaons qui en sont la personnification terrestre. Il y a deux espèces de couronnes qui impliquent la domination sur la haute ou sur la basse Egypte.
La mitre blanche et conique indique la souveraineté sur le Midi ou la haute ^yple. La couronne rouge, au contraire, qui est l'insigne
ATTRIBDTS HOYADX. 35
du pouvoir souverain dans le Nord ou la basse ^ni^te, est évasée et manie d'un enroulement appelé Utma.
La couronne de la basse Ég>-pte,telleque nous venons de la décrire, est représentée sur une magnifique harpe, qu'on voit dans le tombeau des rois à Thèbes {fig. 18). L'imporUnce de cette peinture et de celle que nous donnons ci-dessous (fig. 19) ont fait donner à la salle qui les contient le nom de salle des harpes. Sur la première figure,
Fig, 19. — Bup« ddcoiée d'una lile royale porlinl U doub il« la bauta et de 11 bane figjple, (Pdnturt, dtiu 1« lombrau dM loii. i Thftbei.)
le harpiste est vêtu d'une robe à fond noir et à raies blanches. Le corps de la harpe a un fond jaune avec des comparliments et des ornements en chevrons rouges, bleus, verts et jaunes; ia partie supérieure est recourbée fortement et couronnée de onze fiches correspondant aux onze cordes de la harpe. Le bas de l'inslrumenl se termine par une tête royale ou divine {car les insignes sont identiques), caractérisée par la couronne de ta basse Egypte.
La seconde harpe (fig. 19), qui est peinte dans la môme salle, nous montre également une tête couronnée ; mais ici la couronne est double, c'est-à-dire que la mitre blanche et conique, telle que la représente notre ûgure 20 ci-dessous, est encastrée dans la couronne
rouge et tronquée de la figure 18, de manière à ne former qu'une seule coiffure. Cette double couronne prend alors le nomade pschent et implique la domination sur le Nord comme sur le Midi.
Le pschent, autrement dit le double diadème de la souveraineté des deux régions, était la coiffure que portait le Pharaon dans les grandes solennités. Cet insigne royal avait une forme et une couleur particulières; à Tavénement de chaque monarque, il y avait une cérémonie importante, qui datait des premiers temps de la constitution duroyaume, et dans laquelle on proclamait aux quatre coins du monde que le Pharaon venait de poser sur sa tête la couronne de la haute et de la basse Egypte. Mais si le monarque, qui avait toute TÉgypte sous sa domination, avait seul le droit de porter le pschent, il lui arrivait également de ne porter qu'une des deux couronnes.
On voit fréquemment le pschent sur la tête d'Osiris. Enfin on donne le nom de couronne alew à une coiffure sacrée composée de la mitre blanche, de deux plumes d'autruche , de cornes de bélier, de Turœus , et parfois compliquée d'autres ornements.
Les rois portaient leurs couronnes les jours de cérémonies; mais, dans les scènes de bataille, on les voit presque toujours coiffés du casque de guerre. Dans les cérémonies religieuses, ils ont quelquefois pour coiffure une bande de linge rayée, descendant de chaque côté sur le devant de la poitrine et terminée en arrière par une sorte de queue attachée avec un ruban. C'est cette coiffure que Ton voit au sphinx, qui la porte comme emblème royal. La figure 9 nous en a montré un exemple, mais la bande de linge rayée se portait aussi quelque-
Pig. 80. — PMUDétik II portant la couronne de la haute Egypte.
atthibots royaux. st
f<MS sur le c6té . comrae on le voit sur la figure 21 . Quoique cette coiffure soit plus spécialement affectée aux Pharaons daus l'exercice de
leurs foDCtions sacerdotales, on voit aussi le roi porlant le casque dans quelques cérémtHiies religieuses ayant Irait à ses victoires.
Pig. H. — Phirian tùttaX une offiand».
Voici un Pbaraon faisant une oITrande à une divinité (Gg. 2S). La
coiffure qu'il porte est le casque des rois dans les combats de Thèbes. A chaque bras il a deux bracelets, et la peau d'une tête de lion pend à sa ceinture. De la main droite il tient un petit vase pour verser la libation et, de l'autre, il porte deux cassolettes à parfums. Devant lui on voit Toffrande composée de fruits, de coquillages, de fleurs, de gâteaux, d'oies, de corps de veaux qui ont les pieds liés, etc. 11 est suivi d'une femme qui tient un sistre et des calices de lotus. Son costume, assez remarquable parce qu'il est rare dans les temples, consiste en une robe longue et transparente et en un voile qui descend sur ses épaules.
L'aspic est l'emblème qu'on voit le plus communément sur le front des Pharaons. Cet aspic ou serpent sacré est généralement désigné sous le nom d'urœus. C'est peut-être l'insigne le plus caractéristique
Fig. 28. — Àménophis I.
(D'après un bas-relief peiot, à Karnak.)
Fig. 24. — RamsèsII.
(Beit-Oualli. près Galobsché.en Nubie.)
des dieux et des rois (fig. 23 à 30), car il ne faut jamais oublier qu'en Egypte le dieu est considéré comme roi, et le Pharaon est honoré comme son fils et sa manifestation visible.
L'urœus est un petit serpent d'une forme conventionnelle qui dresse toujours la tête en avant; sa gorge est démesurément grosse et sa queue se replie habituellement sous le reste de son corps. Une phrase de Plutarque nous fait savoir pourquoi laspic est considéré comme un insigne divin : u L'aspic ne vieillit pas, et, quoique privé des organes du mouvement, il se meut avec la plus grande facilité. » Les Égyptiens ont vu là un emblème de l'éternelle jeunesse du soleil et de sa marche dans les cieux : les Pharaons, étant fils du soleil et assimilés à cet astre, doivent naturellement en porter les insignes.
ATTBIBOTS ROYAUX.
On peut remarquer que cet emblème apparaît sur le front des Pharaons, m€me lorsqu'ils portent le casque de guerre, comme Ramsès X, (Bg. 26). On le voit même deux fois sur cette figure, car, outre le
Pig. tS. — Kam*te IX. Pig- M- — R
{D'aprli IwptIntiuM d» Bibttt-el-Motout.)
serpent qui se dresse au-devant du front, on en distingue un autre au-dessus de l'oreille, et ce dernier porte la couronne de la basse Egypte. Il n'est pas rare, en effet, de voir deux serpents dans
la coifTurc royale, mais ils ne présentent pas toujours la mCme disposition. La figure 28 nous montre les deux serpents dressés ensemble sur le front : l'un des deux porte la couronne de la basse ^'pte-, l'autre, celle de la haute Egypte.
Les reines à'ÈsYP^ portaient également l'aspic sacré à leur front (Hg. 29). Mais uo emblème beaucoup plus caractéristique pour la coiffure de- reines est le vautour. Cet insigne royal vient encore d'une assimilation à la divinité. En effet, Maut, l'épouse du dieu thébain Ammon. appelée à Thëbes la Mire, a le vautour pour emblème. Les Égj'ptiens croyaient que le vautour était toujours femelle et qu'il n'y avait pas de mâle dans cette espèce d'animal. Le vautour a été dès lors considéré comme l'emblème de la maternité et, dans les triades égyptiennes, il a été consacré à la divinité féminine qui prend le r6le de mère. C'est pour cela que, dans la triade thébaine, la déesse Maut, associée à Ammon et mère de Khons, a le vautour pour attribut.
Les ailes de vautour caractérisent également Isis, comme mère d'Horus cl associée à Osiris. Enfin la déesse Nekehb, qui symbolise la région du sud, prend également le vautour pour attribut.
Il n'est pas surprenant, dès lors, que le vautour soit figuré nonseulement dans la représentation des divinités du sexe féminin, mais encore dans la coilTure des reines qui, comme leurs époux, veulent être assimilées à la divinité. Cette coiffure apparaît sur des monuments d'une date fort ancienne, et notamment sur un bas-relief peint, représentant Ahmès ou Amessès, femme de Toulhmës I". La tète de l'oiseau sacré s'avance au-dessus du front, comme la tète de l'aspic dans d'autres monuments; les plumes de la queue forment le chignon et les
ailes retombent, en passant derrière l'oreille, quelquefois jusq'uà l'épaule (fig. 32). La reine Tsiré, femme de Séli I", porte une coiffure analogue, mais l'aile est plus petite et la patte de l'oiseau.
s'échappant par derrière, forme une espèce d'ornement à l'exlrémiié duquel est altaché un anneau (flg. 31). Sur certains monuments, le
vautour apparaît conjointement avec l'aspic (lig. 33). Nous voyons même (fig. 3&), les emblômes symboliques se multiplier au point de rendre fort improbable l'existence réelle d'une semblable coiffure.
La Dgure 35 csl dans ie même cas; en revanche, nous voyons, réunis la plupart des symboles pharaoniques : lout en haut de la
coiffure, le vaolour de Maut, emblème de la maternité divine, porte la couronne de la haute Egypte et est accompagné do deux
ATTRIBUTS IIOYaLX. 43
Dfceas, sur chacun desquels semble voltiger le disque du soleil. Ces emblèmes reposent sur une espèce de chapiteau, placé sur le dos d'uD autre vautour coilTaiit directement la reine.
Le reste du costume royal ne différait pas essentiellement de celu des autres ^nds dignitaires de l'Égj-pte: toutefois le tablier était orné de t£tes de lions et autres devises en cuir colorié ; quelquefois aussi le bord était formé par une rangée d'aspics, emblème de la royauté.
Le pHARAOïi EH ccBRBE. — Le Pharaon, comme fils d'Ammon, chef naturel du sacerdoce, est par la même raison, général lissîme des guerriers. Dans l'époque héroïque de l'histoire d'Egypte quand les Pharaons portent leurs armes victorieuses dans toutes le, contrées connues, ils combattent au nom de leur père le Soleil. Ce dernier est représenté, dans les monuments, planant sous la forme
(P*liii de Ui^diDet-Abon, iTbibei.)
de l'oiseau divin qui, dans ses serres puissantes, tient un symbole de victoire. Cet emblème apparaît dans maintes circonstances. Voici, par exemple (fig. 36), le fragment d'un bas-relief de Médinet-Abou, à Thèbes. Il s'agit d'une descente faite sur la côte d'Egypte ; le Pharaon
44 L'ÉGÏPTE.
debout, piétinant sur les ennemis qu'il a déjà tués, achève la déroute de ceux qui restent dans les navires et qu'il extermine avec ses flèches. Sa taille démesurément grande, fait reconnaître le souverain de rÉg>T)te; on tient derrière lui le flabellum, insigne royal, et Toiseau symbolique plane sur sa tête en étendant ses ailes en signe de protection.
C'est leur père Ammon que les Pharaons invoquent dans les moments difiiciles, comme on le voit dans le fameux poëme de Pentaour, dont M. de Rougé a donné la traduction. Les scènes militaires sculptées et peintes sur les monuments de Thèbes et ailleurs pourraient, en quelque sorte, servir d'illustration à ce poëme : quelques citations suffiront pour montrer le lien qui unit le roi d'Egypte au grand dieu Ammon, personnification du Soleil.
Dans le poëme de Pentaour, le Pharaon, dans sa marche victorieuse à travers l'Asie, se trouve tout à coup trahi ou abandonné par ses soldats au milieu d'une armée innombrable : « Sa Majesté, à la vie saine et forte, ôe levant comme le dieu Mouth, prit la parure des combats; couvert de ses armes, il était semblable à Baal dans l'heure de sa puissance... Lançant son char, il entra dans l'armée du vil Kheta; il était seul, aucun autre avec lui... Il se trouva environné par deux mille cinq cents chars, et sur son passage se précipitèrent les guerriers les plus rapides du vil Kheta et des peuples nombreux qui l'accompagnaient... Chacun de leurs chars portait trois hommes, et le roi n'avait avec lui ni princes, ni généraux, ni ses capitaines des archers ou des chars. »
Un bas-relief sculpté sur un des murs extérieurs du palais de Karnak, à Thèbes, nous montre une scène qui n est pas sans analogie avec celle que dépeint le poëme (ûg. 37). Toutefois le Pharaon n'est point ici environné des chars ennemis, mais la quantité d'ennemis, au milieu desquels il s'est engagé et dont les corps jonchent le sol, est vraiment innombrable. Il est en train de frapper leur chef avec son sabre recourbé, et le char sur lequel il est monté va rouler sur les cadavres amoncelés. Comme dans la figure précédente, l'oiseau protecteur plane à ses côtés et le protège de ses ailes. Mais l'emblème est plus frappant encore, car le casque du roi est surmonté ici du disque solaire flanqué de deux urœus. C'est donc bien réellement le fils du Soleil que nous voyons domptant les ennemis par la force de son bras et la toute-puissante protection de son père.
De môme, dans le poëme de Pentaour, le roi, se voyant tout seul et
4<i L'EGYPTE
entouré d'ennemis innombrables, commence à douter de lui-même et invoque Ammon, son père, le grand dieu de Thèbes ; il lui rappelle qu'il a marché d'après ses ordres et lui a élevé des temples magnifiques : « Mes archers et mes cavaliers, dit- il, m'ont abandonné! Pas un d'eux nest là pour combattre avec moi. Quel est donc le dessein de mon père Ammon?... Nai-je pas marché d'après ta parole? Ta bouche n'a-t-eFle pas guidé mes expéditions et tes conseils ne m'ont-ils pas dirigé?!.. N'ai-je pas célébré en ton honneur des fêtes éclatantes, et n'ai-je pas rempli ta maison de mon butin?... Je t'ai immolé trente mille bœufs... Je t'ai construit des temples avec des blocs de pierre et j'ai dressé pour toi des arbres éternels. J'ai amené des obélisques d'Éléphantine et c'est moi qui ai fait apporter des pierres éternelles. . . Je t'invoque, ô mon père ! Je suis au milieu d'une foule de peuples inconnus et personne n'est avec moi. Mes archers et mes cavaliers m'ont abandonné quand je criais vers eux. Mais je préfère Ammon à
des milliards d'archers, à des millions de cavaliers, à des myriades de jeunes héros, fussent-ils tous réunis ensemble. Les desseins des hommes ne sontrien; Ammon l'emportera sur eux. » — Le dieu l'entend et ranime le courage du Pharaon : « Je suis près de toi, je suis ton père, le Soleil; ma main est avec toi, et je vaux mieux pour toi que des millions d'hommes réunis ensemble. C'est moi qui suis le Seigneur des forces, aimant le courage; j'ai trouvé ton cœur ferme et mon cœur s'est réjoui. Ma volonté s'accomplira... Je serai sur eux comme Baal dans sa fureur. Les deux mille cinq cents chars, quand je serai au milieu d'eux, seront brisés devant tes chevaux... Ils ne sauront plus lancer les flèches et ne trouveront plus de cœur pour tenir la lance. Je vais les faire sauter dans les eaux, comme s'y jette le crocodile ; ils seront précipités les uns sur les autres et se tueront entre eux. »
Le roi alors s'élance sur les Khetas qui, devant son audace, reculent épouvantés. 11 frappe à droite et à gauclte et s'ouvre un passage à travers les cadavres qu'il a amoncelés. Cependant les Khetas, voyant qu'il est bien réellement seul, reviennent à la charge et l'environnent pour Taccabler par le nombre. L'écuyer qui conduit le char du roi sent son cœur faiblir en voyant la mort inévitable, et il dit à Ramsès : « Mon bon maître, roi généreux, seul protecteur de l'Egypte au jour du combat, nous restons seuls au milieu de nos ennemis; arrête-toi, et sauvons le souffle de nos vies. »
Le roi repousse les conseils pusillanimes de son écuyer et ne veut coûter que son courage. Six fois il lance son char au milieu des
cohortes enDemies et il abat tout ce qui veut s'opposer à son passage; enûn il parvient à rejoindre ses gardes qui l'avaient abandonné, et il leur reproche leur lâcheté. Ses généraux et ses principaux officiers viennent pour saluer le héros, et contemplent avec admiration les cadavres dont la plaine est remplie. Mais lui ne répond qu'en les accablant sous son mépris et en se glorifiant luimême : u J'ai montré ma valeur et ni les fantassins ni les cavaliers ne sont venus avec moi. Le monde entier a donné passage aux efforts de mon bras, et j'étais seul, aucun avec moi, ni les princes, ni les chefs des archers ou de la cavalerie... Les guerriers se sont arrêtés; ils sont retournés en arrière; en voyant mes exploits, leurs myriades ont pris la fuite et leurs pieds ne pouvaient plus s'arrêter dans leur course. Les traits lancés par mes mains dispersaient leurs guerriers aussitôt qu'ils arrivaient à moi. » Le roi leur dit ensuite que ses chevaux seuls sont restés près de lui à l'heure du danger, et qu'ils en seront récompensés : — « C'est eux qu'a trouvés ma main quand j'étais seul au milieu des ennemis... Je veux qu'on leur serve des grains devant le dieu Ra (le Soleil), chaque jour, lorsque je serai dans mon palais, parce qu'ils se sont trouvés au milieu de l'armée ennemie. »
Un bas-relief de Karnak montre le Pharaon seul sur son char et poursuivant les ennemis jusqu'au pied d'une citadelle dans laquelle ils cherchent vainement un refuge (fig. 38). A leur barbe et à leur costume ces ennemis paraissent être des Asiatiques. Il est à remarquer que, dans ce bas-relief comme dans tous ceux où le Pharaon parait en personne, on ne voit point de cocher à côté de lui pour tenir les rênes de ses chevaux et diriger leur course. Mais c'est là une convention admise par les artistes pour caractériser la toute-puissance du roi, car les chars égyptiens, comme ceux des Grecs de Tàge héroïque, portent toujours un cocher près du guerrier qui combat, et souvent même le cocher est chargé de tenir le bouclier qui doit les abriter tous les deux.
Pentaour décrit ensuite les ennemis qui se soumettent au vainqueur et viennent en suppliant implorer sa merci : « Fils du Soleil, que l'Egypte et le peuple de Kheta soient esclaves sous tes pieds. Ra t'a accordé leur domination... Tu peux massacrer tes esclaves; ils sont en ton pouvoir; aucun d'eux ne résistera. Tu es arrivé d'hier et tu en as tué un nombre infini. Tu viens aujourd'hui, ne continue pas le massacre... Nous sommes couchés à terre, ô roi vaillant! l'honneur des guerriers, accorde-nous les souffies de la vie I »
ATTltlBtTS nOYAtX. 49
Une scène analogue est représentée sur les bas-reliefs de Thëbes. On voit le héros descendu de son char et tcnint encore les rênes de ses chevaux, li reçoit la soumissioD dos vaincus qui se sont retirés dans une forât. Quelques-uns d'entre eux implorent sa clémence; d'autres sont occupés à abattre un arbre, qu'ils coupent par le pied à coups de hache, tandis que deux hommes le retiennent avec des cordes, pour diriger sa chute. Un officier égyptien, ayant dans ses mains un arc brisé, est placé au-devant des vaincus et implore pour eus la clémence du héros (fig. 39).
Le PBâBAOSTHiOMi'HiNT. — Lesprincesdusangroyalet lesfilsdes plus grands dignitaires de lÉgypte accompagnaient iiartoul le roi et portaient ses insignes. Leur poste, pendant le couronnement, les triomphes et les grandes cérémonies, était toujours auprès de la personne royale. Les uns portaient le flabellum aux côtés du roi, d'autres supportaient le siège sur lequel le Pharaon était conduit au temple.
L'agrafe, et surtout le collier d'honneur que les rois donnaient à leurs principaux officiers, sont des insignes qui les font reconnaître. Mais le grand bâton implique partout le signe du commandement è tous les degrés et se trouve représenté sur une foule de monuments.
Ud de ces bâtons, qui fait partie du Musée de Boulaq, a conservé la large feuille d'or en spirale qui le décorait habituellement.
Le flabellum est un insigne que les grands dignitaires portaient aux côtés du Pharaon dans les cérémonies du couronoeoient, les marches triomphales et les autres grandes solennités.
Il y avait deux sortes de flabellum : l'un était une espèce de chassemouches composé de plumes d'autruche adaptées à un manche trèsrichement orné; l'autre servait comme éventail, ou plutôt encore comme ombrelle. Le flabellum se voit très souvent sur les barques sacrées. Le Musée de Boulaq (n> 835 du catalogue) possède un flabellum. Le manche et le couronnement sont de bois et recouverts d'une feuille d'or. On retrouve encore au pourtour du couronnement les trous dans lesquels étaient placées les plumes d'autruche qui formaient l'éventail proprement dit.
Pig. 40. — Retour d'un Phaiioii i ThtbM.
Dans les monuments figurés, le Pharaon est toujours reconnaissable s la taille démesurée que l'artiste lui a donnée, par rapport aux autres personnages. C'est ainsi qu'on le voit à Thèbes (fig. 40), promené sur un char attelé de deux chevaux richement caparaçonnés et dont la tête est surmontée de plumes d'autruche. Une grande étoffe à
larges raies recouvre le corps entier des chevaux. Le roi est vôlu d une tunique rayée; sa tête est coiffée dun casque et son cou paré d'ua riche collier. La suite du Pharaon est figurée par divers personnages beaucoup plus petits que lui; trois de ces personnages portent le flabellum, et deux autres, en costume d'archers, tiennent les brides des chevaux.
Quand, après une guerre heureuse, le Pharaon rentre dans la capitale, il est conduit triomphaiementau temple d'Ammon, où il doit remercier le dieu des victoires qu'il vient de remporter. Cette cérémonie vraiment imposante est représentée au grand complet sur les sculptures de Médinet-Abou, à Thèbes. Deux rangées de personnages qui, dans la cérémonie que ce bas- relief rappelle, marchaient parallèlement, sont ici figurées l'une au-dessus de l'autre. « Les trois premières figures de la rangée supérieure sont des soldats qui portent des lances dans la main droite et qui ont leurs boucliers passés dans le bras; de la main gauche, ils tiennent des espèces de massues. Huit figures, vêtues de longues robes et groupées deux par deux, les précèdent et tiennent aux mains des emblèmes sacrés; quatre d*entre elles portent en outre des espèces de haches d'armes ; leurs têtes sont ornées de plumes, emblème de la victoire; deux autres figures, dont Tune porte un carquois et l'autre tient dans la main droite une tige de lotus avec sa fleur, sont en avant et marchent précédées de deux personnages qui paraissent guider cette première colonne du cortège. Au-dessous sont huit hommes portant des gradins probablement destinés à servir pour monter sur la chaise triomphale et pour en descendre. Huit personnages qui les précèdent ont la tête ornée de plumes et sont couverts de robes transparentes; ils portent les haches des sacrifices et des guidons à tige de lotus surmontés de plumes. Quatre figures placées en avant ont la tête nue et tiennent également des lotus et des plumes; elles sont un peu courbées et dans Tattitude qui convient à des personnes pénétrées du respect et de la vénération que leur inspire la cérémonie à laquelle elles prennent part. ^ »
Le Pharaon, auquel sont rendus ces honneurs occupe le milieu du bas-relief; il est à remarquer qu'il n'est pas m(întésur un char comme nous l'avons vu au moment de Taction, mais, assis sur un trône et placé sous un riche dais, il est porté sur les épaules de douze personnages qui marchent deux par deux. Les insignes qui l'accompagnent
i Description de VÉgypte.
ss
L'ÉGVPTE.
sont ceux qui, dans les monuments religieux, servent d'attribut aux personnages divins. D'une main, le Pharaon tient la crosse, emblème que porte Osiris dans les scènes du jugement de l'âme, et de l'autre il tient la croix aasée. Deux divinités protectrices, debout derrière le héros, l'enveloppent de leurs grandes ailes; ses pieds reposent sur un coussin moelleux et le dais qui l'abrite est décoré d'a&pics sacrés dressant leur tête surmontée du disque solaire. Le lion, le sphinx et répervier, placés sur les côtés du palanquin, sont autant d'emblèmes qui aPirment le caractère divin attribué au Pharaon (fig. /|1),
Comme nous l'avons déjà dit, les princes du sang et les fils des plus grands dignitaires avaient seuls le privilège de porter le palanquin où est assis le Pharaon, ou de tenir à ses côtés le Habellum, les plumes d'autruche et autres emblèmes royaux. Sur notre figure /il, d'autres personnages, probablement d'un rang moins élevé, puisqu'ils sont représentés plus petits, portent les armes du héros.
Dans ce même cortège d'où nous avons tiré le groupe reproduit ci-dessus, on voit en avant du roi deux prêtres qui se retournent pour contempler le héros et brûlent des parfums devant lui. Devant le prêtre, placé sur la rangée inférieure, marche un personnage qui est
probaMemeat le chef des scribes. II est chargé d'une espèce de grand portefeuille attaché en bandoulière autour de son corps, et dont il a tiré un papyrus qu'il déroule en proclamant les hauts faits et la gloire du prince. Devant le scribe marchent quatre hommes vêtus de longues robes et couronnés de plumes : ils tiennent à ia main droite le crochet, marque distinctive de leur dignité, et un bâton à lleurs de lotus, surmonté d'une longue plume; ils ont dans la main gauche des haches d'armes. Six soldats semblablement vêtus sont au-dessous d'eux: le.s uns portent des haches d'armes et des plumes, les autres des b&tous et des tiges de lotus. Tout ce cortège est précédé de deux prêtres enveloppés dans de longues robes, et dont ia tète est ornée déplumes. Quatre Ggurcs qui marchent en sens contraire du cortège paraissent venir à la rencontre du triomphateur pour le recevoir et l'introduire dans le temple.
Des scènes du genre de celle que nous venons de décrire se voient sur plusieurs monuments: elles dînèrent entre elles par certains détails, mais le cérémonial observé est toujours le même. Dans notre figure /|2, le Pharaon n'est pas placé sous un dais : il est assis sur un riche fauteuil que tes grands dignitaires portent sur les épaules. Le prêtre fait également fumer l'encens en Ihonncur du roi, mais les personnages qui portent le Ilabellum sont plus visibles ici que dans les figures précédentes.
M L'ÉOYPTE.
Sur les champs de baiaille, le roi a fait un grand carnage de ses ennemis, mais on ne peut pas toujours tuer et d'ailleurs les prisODniers sont une richesse, car on les fait travailler au profit du roi. Aussi le Pharaon laisse volontiers à ceux qui se rendent u les souffles de leur vie » et il les raniiine captifs dans ses Élals. Le fils d'Ammon se rappelle alors quil doit la victoire au Soleil, son père, et il lui fait hommage de ses prisonniers. Cette scène est figurée sur plusieurs monuments : nous avons choisi pour exemple un bas-relief de Karnak, à Thèbes {Dg. Ù3).
Le Pharaon s'avance vers le dieu dont l'image est représentée assise et auquel il semble adresser la parole ; l'oiseau sacré déploie audessus de sa tête ses ailes protectrices. Des cordes, que le Pharaon tient dans sa main gauche, servent à lier deux colonnes de captifs que leur costume fait reconnaître pour des Asiatiques et qui marchent à ja file. Tous ces captifs ont les bras attachés dans des positions extrêmement gênantes; dans d'autres monuments, la corde est enroulée autour du cou des prisonniers. Il y a ici deux rangées de captifs : quelquefois on en voit trois et même quatre rangées, dont le Pharaon fait toujours hommage au dieu son père.
Aussi, dans le poëme de Pentaour.Ammon félicite son fils victorieux;
ATTRIBUTS ROYACX. N5
« Salut à toi, notre Gis chéri, Ramsës. Nous t'accordons des périodes d'années innombrables. Reste à jamais sur le trftne de ton père Ammon, et que les barbares soient écrasés sous tes sandales. »
EuBLËUBS DBS Ptol£uëbs. — L'habile pohtique d'Alexandre et de ses successeurs à l'égard des habitants de l'ancienne Egypte consista surtout h maintenir intactes les traditions qui leur étaient chères. .\ussî, loin de changer les emblèmes religieux ou royaux, les Ptolêmées s'empressërent-ils de les adopter pour leur compte. Tous les attributs que nous avons signalés à propos des Pharaons se retrouvent également sur la représentation des Ptolémées. On peut dire la même chose pour les reines d'Ë^pte.
Ainsi, la figure kti, tirée du (emple de Phiiœ, nous montre, sur la tête d'Arsinoé, femme de Plolémée Philadelphe, le vautour sacré que nous avons déjà vu dans la coiffure des reines au temps des Pharaons. Nous voyons de môme (fig. i5), dans le temple de Denderah, le serpent sacré des Pharaons, au front de Cléopàtre. la fameuse reine d'Egypte qui fut aimée de Marc-Antoine.
Cependant, si les emblèmes dos Pharaons ont été adoptés en général par les Ptolémées, surtout dans les représentations qui décorent les édifices de l'intérieur du pays, nous retrouvons les insignes des rois grecs sur les monnaies, les pierres gravées ei, en général, sur toutes les représentations exécutées à Alexandrie, et destinées la partie grecque du pays.
La figure ù6 nous montre la couronne radiée, imitant les rayons du soleil, ei le voiie de Junon apparaît, ainsi que le diadème des reines, sur la figure i7. Les Ptolémées étaient rois grecs à Alexandrie
(D'apii>dniij«daitl«i>i](
et dans les villes grecques du littoral; mais, dès qu'ils touchaient aux sanctuaires vénérés de Memphis ou de Thèbcs, ils reprenaient Its insignes des Pharaons, et les Égyptiens pouvaient se figurer qu'ils étaient encore gouvernés par les princes de leurs dynasties nationales.
Le casque grec apparaît sur une admirable pierre gravée anUquc (Qg. AS), où l'on voit le profil de Ptolémée k côté de celui de la reine.
ATTRIBUTS ROYAUX. fil
Il D'y a absolument rien d'égyptien daos cette représentation. Le roi porte un casque très-richement orné, mais qui ne diffère pas deceux que portaient les princes macédoniens qui formèrent les royaumes d'Asie avec les débris de l'empire d'Alexandre. Celte belle pierre gravée fait partie de la collection impériale de Russie.
Le cabinet de Vienne possède un camée qui n'est pas moins célèbre et qui est conçu dans un style analogue : il représente Ptolémée II Hiiladelphe et la reine Arsinoé. Les deux têtes sont accolées de la mëmS' (ai;on et le roi porte également un casque grec, mais la reine, au lieu d'une couronne, est coiffée d'un diadème.
U faut également signaler un embl&me assez curieux qu'on ne voit jamais dans la coiffure des Pharaons et qui se montre quelquefois dans celle des Ptolémées : c'est la tète d'éléphant, l^ figure i|0, qui représente la reine Cléopàlre Coccé, femme de Ptolémée Vil, nous en offre un exemple. On remarquera que la trompe de l'éléphant se relève audessus du front, dans un mouvement analogue à celui du serpent sacré dans les personnages royaux de l'ancienn» Egypte. Le second fils de Cléopàlre Coccé, qui a régné en Egypte sous le nom de Ptolémée IX, porte également pour coiffure la dépouille d'un éléphant. Cette coiffure se montre aussi dans quelques images personnifiées de la ville d'AIexan- ciéopii™ coccé. drie, comme nous le verrons plus loin (fig. 61). '*' ûttqne"*^"""
Les éléphants n'étaient pas rares en Egypte sous la domination grecque, et les Ptolémées en chassaient sur les confins de t'Abyssinie. Dans l'Ile dePhilœon voitune image du dieu Ml, apportant un éléphant dont le roi veut faire hommage à ia déesso Isis ; mais l'éléphant n'entrait pour rien dans la mythologie ég^'plienne nu temps des Pharaons, et il esl probable que l'ivoire qu'on employait se lirait alors d'Assyrie. Une inscription raconte que le roi Touthmès III a pris cent vingt éléphants, dans une chasse qu'il fit aux environs de Ninive. Les successeurs d'Alexandre employèrent les éléphants dans leurs armées, et cet animal parait souvent dans les fétcs que les Ptolémées donnaient au peuple d'Alexandrie. Ce ne serait pourtant pas là une raison suffisante pour justifier un emblème royal. Mais les Ptolémées avaient considérablement étendu leurs États : ils étaient maîtres de la Libye et de l'Ethiopie et étendaient leurs possessions jusque dans les contrées de l'Afrique centrale où l'on chasse l'éléphant. L'emblème
que nous signalons est probablement un signe visible de leur domination sur ces pays lointains.
Tous les princes grecs qui ont régné sur l'Egypte après Alexandre le Grand ont pris le nom de Ptolémée, qui était celui du lieutenant
d'Alexandre fondateur de la dynastie. Ils sont distingués par des surnoms tels que Soter, Philadelphe, Evergète, Épiphane, Pbilométor, etc. La série numismatique des Ptolémées a fourni plusieurs jolies mon-
naies dont nos figures 50 à 55 reproduisent quelques types. Le sujet gravé au revers de ces monnaies est habituellement emprunté aux usages grecs et n'a rien qui caractérise spécialement l'apte. Ces
emblèmes représentent généralement soit l'aigle de Jupiter, soit une corne d'abondance, eic.
L'Egypte était arrivée à un degré inou! de prospérité sous l'habile
administration des princes macédoniens. Théocrite, qui vivait à la cour de Ptolémée Philadelphe, nous a laissé un brillant tableau du bonheur de l'Egypte à cette époque : « Aucun pays, dit-il, n'égale la fécondité et les richesses du sol de l'Egypte quand le Nil débordé vient amollir la glèbe desséchée; nul prince ne commande à un plus grand nombre de villes peuplées d'habitants industrieux. Qui pourrait compter les cités florissantes sur lesquelles le puissant Ptolémée règne en souverain? Trois fois dix mille villes, trois fois mille, trois fois cent, trois fois dix et encore trois fois trois, voilà son empire. Il range encore sous son sceptre une partie de la Phénicie, de l'Arabie, de la Syrie, de la Libye et des noirs Éthiopiens. 11 dicte des lois à toute la Pamphylie, aux braves Giliciens, aux Lyciens, aux belliqueux Gariens et aux habitants des Cyclades. Ses vaisseaux invincibles fendent au loin les mers, car les mers, la terre et les fleuves rapides rendent hommage au puissant Ptolémée.
u Autour de lui sont réunis une cavalerie nombreuse Qt d'innombrables fantassins étincelants de fer, et qui font retentir leurs brillantes armures. Son opulence efface celle de tous les rois ; chaque jour d'immenses richesses affluent de toutes parts dans son palais.
n Les peuples cultivent en paix les arts et les moissons. Jamais, sous son règne, une horde ennemie n'osera traverser le Nil et porter le tumulte de la guerre dans les villages d'Egypte. Jamais le pirate, s'élançant de ses vaisseaux sur le rivage, ne viendra à main armée enlever les troupeaux de TÉg^'ptien. Le blond Ptolémée, prompt à brandir sa lance meurtrière, veille à la sûreté de ses États, Ptolémée qui, non content de conserver comme il sied à un grand roi l'héritage de ses pères, l'agrandit encore par de nouvelles conquêtes.
« Cependant ses richesses ne restent point oisives; elles ne restent point inutilement amoncelées dans son palais. Elles brillent dans les temples des dieux ornés des plus précieuses offrandes qu'il joint aux prémices de tous ses tributs. Sa munificence étonne les rois les plus puissants, il enqchit les cités et ses dignes amis. Aucun poëte admis aux combats sacrés de Bacchus ne fit entendre une docte harmonie qu'il ne reçût une récompense égale à ses talents; et les interprètes des Muses, pour le payer de ses nobles faveurs, célèbrent à Tenvi la grandeur de Ptolémée. »
Quoique ce tableau soit évidemment tracé par la main d'un courtisan, il n'a cependant rien d'outré.
C'est à cette prospérité que fait allusion notre Qgure 56; elle représente l'abondance personnifiée par une femme qui tient en main un bouquet d'épis et de fleurs de lotus, et appuie son autre bras sur le ^hini, emblème des rois d'Egypte. Cette association d'une figure de
style grec avec des attributs égyptiens se trouve encore sur d'autres monuments. L'Egypte elle-même a été personniûée {fig. 57} par une femme portant le costume grec, mais tenant à la main le sistre d'isis, tandis que l'Ibis sacré vient se poser sur son pied.
Sur d'autres monnaies, les emblèmes sont grecs aussi bien que
Texécution. Ainsi, les figures 58 et 59 nous montrent lo Nil sous la lorme d'un personnage à demi-nu, tenant une corne d'abondance et caractérisé seulement par les animaux du fleuve.
Division de l*É6Yptb. — La basse Egypte. — Description d'Ale&anorie. Les villes du littoral. — SaIs et la déesse Neith. — Bubastis et
les chats sacrés. — BUSIRIS ET SES FÊTES.
Division de l'Egypte. — L'Egypte ancienne était divisée en trois provinces : 1<> le Delta ou basse Egypte, qui s'étendait depuis la mer Méditerranée jusqu'à la ville de Busiris; — 2° l'Heptanomide, ou Egypte du milieu, qui s'étendait depuis le Delta jusqu'à la Thébaîde et dont la capitale était Memphis; — Z"* la Thébaîde ou haute Egypte, qui s'étendait au sud jusqu'à Syène et Tlle de Philœ, où commençait l'Ethiopie. A ces provinces il convient d'ajouter la Libye et l'Ethiopie, qui ont été longtemps réunies à l'Egypte et qui, dans tous les cas, présentent avec elle des rapports trop immédiats pour pouvoir en être séparées.
Nous allons parcourir successivement chacune de ces provinces, en signalant les points principaux auxquels nous aurons, dans la suite» souvent occasion de renvoyer le lecteur.
La basse Egypte. — Avant la fondation d'Alexandrie, la civilisation égyptienne était enserrée dans la vallée du Nil. Memphis et Thèbes étaient les deux principaux centres de population.
Les autres villes, fort nombreuses d'ailleurs, s'échelonnaient le long du fleuve ou de ses embranchements. Mais la province que les Grecs ont appelée Delta avait, en somme, fort peu d'importance à l'époque pharaonique, tandis qu'elle est devenue tout à fait prépondérante sous la période macédonienne.
La domination des Perses en Egypte avait jeté une grande perturbation dans le pays; n néanmoins, dit M. de Rougé, la civilisation égyptienne s'imposa constamment à ses vainqueurs successifs. Cambyse, avant les fureurs qui s'emparèrent de lui à son retour d'Ethiopie, s'était fait reconnaître régulièrement comme roi légitime de l'Egypte; il avait accompli tous les rites religieux et subi l'initiation dans le temple de Sais. De nombreux monuments attestent que Darius suivit les errements avec persévérance; aussi son autorité lut-elle acceptée
racilement par les Égypticos. Mais Ochus, par une conduite opposée, souleva tous les esprits rontre lui. »
Aussi les prêtres et avec eux toute la population apprirent avec plaisir les victoires d'Alexandre en Asie, et, quand le héros macédonien se présen^ ils le saluèrent comme un libérateur et ne firent pas Tombre d'une résistance.
u Alexandre, dit M. de Rougé, en grand politique qu'il était, comprit que le plus sûr moyen d'établir sa domination dans l'esprit de ces peuples, était d'employer à son usage des préjugés qui avaient pour eux la force des siècles. C'est dans ce but qu'il fit son voyage à l'oasis d'Ammon. L'oracle le proclama fils du Soleil, en sorte qu'il représenta désormais, aux yeux des peuples de l'Egypte, l'incaniation de la race du Soleil, à laquelle était due l'obéissance des humains. Il faut bien connaître les idées des Égyptiens sur la royauté pour pénétrer toute la portée politique de cet acte d'Alexandre. Les Ptolémées, ses successeurs, suivirent constamment son exemple. Les serviteurs de Jupiter continuèrent à être pour l'Egypte des dieux, lils du Soleil, car en aucune région l'adoration de l'homme couronné ne prit un caractère plus complet et plus persistant que dans ce pays. »
C'est en effet dans un but purement politique qu'Alexandre prit le titre de fils d'Ammon : aussi les médailles le montrent quelquefois avec les cornes de bélier, qui sont le symbole du dieu de Thèbes. Notre figure 60 en m™*iu''coraai'd'Animo'n doune uu remarquable exemple. (D'ipi&i uns mtdïma antique). Tout eu Tendant extérieurement hommage
aux vieilles coutumes de l'antique %ypte, Alexandre, par la fondation d'Alexandrie, établit la prépondérance des idées grecques. Les prêtres de Memphis et de Thèbes continuèrent à accomplir les rites consacrés, mais le fond même des idées égyptiennes prit h Alexandrie l'empreinte du génie grec et c'est sous cette forme qu'elles se répandirent ensuite dans tout le monde antique.
Le récit de la fondation d'Alexandrie nous a été transmis par Plutarque : « Alexandre, dit-il '. après avoir conquis l'Egypte forma le dessein d'y bâtir une grande ville, de la peupler de Grecs et de
1 Pluurquc, Vie d'AUxandrt.
lui donaer son nom. Déjà, sur l'avis des architectes, il en avait mesuré et tracé l'enceiote lorsque, la nutl, pendant qu'il donnait, il eut une vision singulière. Il crut voir un vieillard à cheveux blancs et d'une mine vénérable qui, s'approchant de lui, prononça ces vers de COdyisit :
Ad wia ivt rMtea mers dont l'Égypto est baigoéo. Est 111g de PbsTDs dès longtemps renommde.
a Aussitôt il se lève et va voir cette Ile de Phares qui alors était un peu au-dessus de l'embouchure canopique du Nil et qui aujourd'hui lient au continent par une chaussée qu'on y a construite. Il admira la position de cette lie qui, semblable à un isthme, est de la forme d'une langue de terre plus longue que large, et qui, séparant de la mer un étang considérable, se termine en un grand port. Il dit qu'Homère, admirable en toul, était aussi un habile architecte, et il ordonna qu'on traçât un plan de la nouvelle ville, conforme à la position du lieu. Comme les architectes n'avaient pas de craie, ils prirent de la farine, en tracèrent sur le terrain, dont la couleur est noirâtre, une enceinte en forme de croissant dont les bases droites et de grandeur égale renfermaient tout l'espace compris dans cette enceinte, semblable à un manteau macédonien qui va en se rétrécissant. Le roi considérait ce plan avec plaisir, lorsque, tout à coup, un nombre infini de grands oiseaux de toute espèce vinrent fondre comme des nuées sur cette enceinte et mangèrent toute la farine.
Alexandre était troublé de ce prodige; mais les devins le rassurèrent en lui disant que
la ville qu'il bâtirait serait abondante en toutes sortes de fruits et nourrirait un grand nombre d'habitants divers; il ordonna donc aux architectes de commencer sur-le-champ l'ouvrage. »
La médaille (ftg. 61), que nous donnons ci-dessus, est une allusion à la fondation d'Alexandrie. Le fondateur, debout et tenant son sceptre, tend le bras en signe de protection vers la ville personnifiée, qui a pour coiffure la dépouille d'un éléphant et tient en main un bouquet d'épis.
6i L'EGYPTE.
Description d'âlexan^drie. — Alexandrie fut fondée par Alexandre, Tan 331 avant notre ère, sur remplacement d'une obscure bourgade nommée Rhakotis. L'aspect d'Alexandrie, telle qu'elle existe aujourd'hui, ne peut donner en aucune façon Tidée de ce qu'était cette ville au temps des Ptolémées. Le terrain même où repose le quartier qu'on appelle la ville turque n'existait pas au temps d'Alexandre. L'ancienne cité était élevée dans un espace compris entre la rade et le lac Maréoiis. Parallèlement à la côte s'élevait l'île de Pharos, sur laquelle fut élevé le monument qui, de Pharos, prit le nom de phare. Un intervalle de 1,000 mètres environ séparait l'île de la côte, à laquelle elle fût réunie par une jetée sous les premiers Ptolémées ;cette jetée, séparant la partie orientale et la partie occidentale de la rade, établit ainsi les deux ports qui communiquaient entre eux. Cette simple chaussée s'est élargie peu à peu par les atterrissements : elle est devenue avec le temps Pisthme d'un demi-kilomètre de large où est maintenant la ville turque-, mais, dans l'antiquité, il n'y avait là qu'une jetée conduisant de la ville au phare.
Le phare était une tour de marbre blanc à plusieurs étages, œuvre de Tarchitecte Sostrate de Cnide, et passait pour une des merveilles du monde. Il n'en reste rien. Le phare d'Alexandrie était particulièrement célèbre dans l'antiquité. Il était fort utile en signalant par son feu aux navires, dans leur marche nocturne, les bas-fonds et l'entrée du port qui passait pour assez dangereuse. 11 avait coûté 800 talents, (3,936,000 francs) : l'architecte Sostrate de Cnide, qui l'avait bâti, avait été autorisé par Ptolémée à inscrire son nom sur l'édifice, ce qui était considéré comme un très-grand honneur.
Les seuls monuments de l'Egypte pharaonique qu'on trouve à Alexandrie sont deux obélisques en granit rose, connus sous le nom d'aiguilles de Cléopâtre. Ils étaient originairement placés devant un des pylônes du grand temple d'Héliopolis et portent les cartouches de Touthmès 111, de la XVIII' dynastie (entre 1625 et 1517 avant Jésus- Christ). On suppose que Cléopâtre les a fait apporter là pour être placés devant le temple qu'elle éleva en Thonneur de César et de son fils Césarion : c'est ainsi, du moins, qu'on explique le nom traditionnel donné à ces Qbélisques.
Les Ptolémées embellirent leur capitale d'édifices de toutes sortes dont il ne reste plus aucune trace aujourd'hui. Les Romains en élevèrent de nouveaux, dont le sort ne fut pas plus heureux. Le seul
monument qui subsiste de leur domination est la colonne de Pompée, qui ne justifie en rien le nom qui luia été donné. On croit qu'elle fut érigée au temps de Diocléticu, mais, d'après les historiens arabes, elie aurait fait origioairemcni partie d'un portique de /|00 colonnes où se trouvait la fameuse bibllotliùque. Il faudrait en conclure qu'ello appartenait au Sérapéum, dont il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige.
Le Sérapéum, un des leuiptes les plus resommés de l'antiquité, était placé sur une éminence dans la partie occidentale de la ville. Une vaste bibliothèque était annexée à ce temple, auquel on montait par un escalier monumental de plus de cent degrés.
Ce temple célèbre fut détruit par les chrétiens. La divinité qu'on y adorait était d'origine égyptienne : c'était simplement Oiiris-Apis, dont les Grecs ont fait Sérapis, par abréviation. Seulement, comme il lui fallait une légende, Ptolémée Philadelphe eut un rêve, dans lequel il lui était ordonné d'envoyer chercher à Sinope une statue renfermée dans le temple de Jupiter infernal ou Pluton. Les prêtres ayant refusé de livrer la staluc, celle-ci quitta cilemëme le temple pour venir sur le vaisseau qui devait la conduire à Alexandrie. Sérapis a pris, sous l'empire romain, le caractère d'une
Fig. m. — Sénpu el lei p[j
'éphigd.
divinité suprême. Une médaille d'Anlonin (fig. 62) montre le dieu entouré des planètes, qui sont elles-mêmes encadrées dans un cerch où sont les signes du Zodiaque. Mais, malgré ce caractère universel, Sérapis était considéré par les habitants d'Alexandrie comme leur dieu national, el leur union avec les Éphésiens est caractérisée sur un médaillon de Gordien le Pieux par une image de Diane d'Éphèse unie à celle de Sérapis (fig. 63).
Alexandrie a été bâtie sur un plan régulier et avec des rues se coupant à angles droits comme dans les villes d'Ionie. Pline le naturaliste donne de cette ville célèbre la description suivante :
« On louera à juste titre, dit-il, sur le bord de la mer Égyptienne, Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand, dans le côté africain, à 12,000 pas de "embouchure canopique auprès du lac Maréotis, dans un lieu qui se nommait auparavant Rhalcotis; le plan en a été tracé par Dinocrate, architecte d'un génie remarquable à divers titres, qui lui donna une étendue de 15,000 pas, et la forme circulaire d'une chlamyde macédonienne frangée sur les bords, avec un prolongement anguleux à droite et à gauche; dès lors un cinquième de la ville fut consacré à l'emplacement du palais. Le lac Maréotis. au midi de la ville, provient de la bouche canopique par un canal qui sert au commerce de Tintérieur; il renferme plusieurs îles; il a 30,000 pas de longueur et 150,000 de tour, d'après lempercur Claude. »
La fameuse tradition arabe, d'après laquelle le tombeau de Mahomet serait en fer et demeurerait suspendu dans l'espace à cause de laimant que l'architecte avait placé tout autour, est empruntée à une r;^verie bizarre de l'architecte Dinocrate, le môme qui traça le plan d'Alexandrie, « L'architecte Dinocrate, dit Pline, avait entrepris de faire la voûte du temple d'Arsinoé, à Alexandrie, en pierre d'aimant, afm que la statue en fer de cette princesse parût y être suspendue en Tair. La mort de l'architecte et du roi Ptolémée, qui avait ordonné le monument en l'honneur de sa sœur, empocha ce projet d'être exécuté. )) Ce projet inexécutable avait paru merveilleux aux habitants d'Alexandrie, et les Arabes le reprirent plus tard en l'attribuant au tombeau du Prophète.
La ville d'Alexandrie était divisée en deux quartiers principaux ; le Rhakotis, établi sur l'ancienne bourgade du même nom, et le Bruchion, ville nouvelle, qui bordait le grand port et où étaient accumulés les palais, les temples et les monuments somptueux que les Ptolémées élevèrent à l'envi dans leur capitale. 11 y avait aussi, dans l'île de Pharos, une sorte de faubourg presque exclusivement habité par des pêcheurs.
Une rue d'un plèthre de large (30 à 35 mètres) traversait la ville dans toute sa longueur de l'est à l'ouest, depuis la porte de Canope jusqu'à la nécropole. Elle était entièrement bordée de palais et de constructions magnifiques. Une autre rue, de la même largeur,
coupait celte voie principale à angle droit et allait de la rade au lac Maréoiis. Sur le lac même, on avait établi un grand bassin intérieur, qui rt^evait par les canaux toutes les marchandises provenant de l'^ïpte et destinées à l'exportation.
D'immenses jardins publics, attenant au palais des Ptolémées, s'étendaient sur un espace de terrain équivalent au quart de la ville. Le palais s'élevait au fond du grand port, et on avait établi en face UD petit bassin spécial où restaient à l'ancre les galères royales.
Le palais des Ptolémées était placé dans le quartier du Bruchion : là aussi étaient le Musée, où l'on allait entendre les leçons des professeurs les plus renommés dans toutes les sciences, et la fameuse bibliothèque fondée par les Ptolémées. Une partie du palais, appelée Sema, renfermait les tombeaux des rois et celui d'Alexandre, qu'y avait élevé Ptolémée Soter.
L'eau potable était fournie à la cité par un canal dérivé de la branche canopique du Nil qui venait aboutir non loin de là : il y avait en outre, dans tous les quartiers de la ville, un très-grand nombre de citernes.
Un vaste fauboui^, du côté de l'est, renfermait l'hippodrome et conduisait de la porte de Canope à Nicopolis; du côté de l'Orient, un autre faubourg reliait ta ville à la nécropole. Les Juifs occupaient dans Alexandrie un quartier spécial, qui, sous l'empire romain, formait une partie importante de la cité. La population totale de la ville s'était élevée dans une proportion trèsrapide. Sous Auguste, elle comptait plus de 900,000 babitanis.
Cette prospérité était due à l'immense commerce d'Alexandrie, qui devint bientôt l'entrepôt de toutes les marchandises du Levant avec la Grèce et l'Italie.
C'est surtout par le commerce des grains que la capitale des Ptolémées acquit une si grande importance; aussi voyons-nous, sur une médaille antique (Gg. 6h), la ville d'Alexandrie personnifiée par une femme assise tenant .des épis dans la main, tandis que d'autres épis paraissent croître sur son pied. Outre son commerce, Alexandrie possédait une industrie considérable. Ses fabriques de tissus et ses teintureries, par exemple, occupaient un 'lombre immense
d'ouvriers. « Alexandrie, dii Pline, a inventé lart de tisser à plusieurs lisses les étoffes qu'on appelle brocarts. » Les fabriques de verreries et de papier étaient aussi pour la ville une très-grande source de richesse.
Alexandrie devint en même temps un foyer scientifique et philosophique .c'est là que se développa ce grand mouvement intellectuel qui ne devait s'arrêter qu'après le triomphe du christianisme. Les Ptolémées, successeurs d'Alexandre, firent faire la traduction grecque des livres sacrés des Hébreux, connue sous le nom de version des Septante. Le nom de ces princes se rattache encore à la formation du Musée qu'on peut regarder comme la première académie du monde, et à la création de cette fameuse Bibliothèque qui renfermait toute la littérature connue.
11 y avait en réalité deux bibliothèques à Alexandrie . l'une, celle du Bruchion, fut brûlée pendant le siège de la ville, par Jules-César; l'autre, annexée au temple de Sérapis, fut détruite par les chrétiens en même temps que ce temple. La tradition, d'après laquelle la fameuse bibliothèque d'Alexandrie aurait été brûlée par le khalife Omar, apparaît pour la première fois dans un écrivain arabe du xiii* siècle, et est aujourd'hui considérée comme erronée.
Si Alexandrie était une ville absolument grecque, le r.^ste de rÉgypte resta à peu près ce qu'il était auparavant. En encourageant les études philosophiques dans leur capitale , les Ptolémées respectèrent les croyances et les usages des anciens habitants et ils adoptèrent môme leur culte, au moins pour la forme : ils se firent Égyptiens sans cesser d'être Grecs. Aussi les édifices bâtis de leur temps, le fameux temple d'Edfou, par exemple, conservent -ils le vieux style pharaonique.
L'art égyptien ne subit pas de modifications bien sensibles sous les Ptolémées, seulement il suit une tradition et ne crée plus : la force d'impulsion imprimée par la vieille civilisation avait été trop forte pour s'arrêter ou changer tout d'un coup. Les temples de Philœ et de Denderah sont, avec celui d'Edfou, les monuments les plus importants que nous ait laissés l'époque des Ptolémées.
L art, qui depuis longtemps avait cessé de progresser, commence son mouvement rétrograde à partir de la domination romaine. Les empereurs pourtant continuaient à Esneh, à Edfou, à Denderah, l'œuvre commencée par leurs prédécesseurs. Hadrien bâtit même toute une ville : Antinoé. 11 éleva également pour son favori, Antinous,
un tombeau digne des anciens rois et orné de sphinx et d'obélisques. C'est de là que vient l'obélisque Barberini, è Rome.
A Alexandrie, les artistes continuèrent longtemps à mêler les emblèmes Égyptiens elles emblèmes grecs. Ainsi, dans une médaille frappée en l'honneur d'Antinoiis, on voit, d'un côté (fig 65), le jeune favori d'Hadrien ponant au front la fleur de lotus, et, de l'autre ' côté (lig. 66), le même personnage figuré à cheval et tenant en main le caducée de Mercure.
ItiAÙSe frappa 1 Aleuii<Iri«,
La prospérité apparente de VÉgj'pie, sous l'empire romain, n'était pourtant que le dernier souffle d'une civilisation qui allait disparaître devant des idées nouvelles.
La grande école philosophique d'Alexandrie répond à la période romaine. Alexandrie était alors comme un vaste laboratoire où toutes les idées venaient se fondre et se mêler : les juifs, les chrétiens, les Grecs et les vieux Égyptiens s'y coudoyaient, et un chaos inextricable fut le résultat de ce conflit. L'industrie continuait d'ailleurs à être très-active et les discussions philosophiques n'arrêtaient aucunement le travail.
Le christianisme et les hérésies dissidentes prirent de bonne heure de l'importance dans une ville qui étail devenue le centre de toutes les idées et de toutes les discussions du monde antique. On se ferait difficilement une idée de la confusion qui s'éiablit au choc de ces sectes hostiles, disputant au milieu d'une population avide de nouveautés et mêlant souvent les doctrines les plus contradictLiires. Une curieuse lettre de l'empereur Hadrien peut nous faire soupçonner ce qu'était devenue Alexandrie sous la domination romaine :
L Egypte, dont tu me disais tant de bien, mon cher Servianus, je
l'ai trouvée légère, mobile, changeant de mode à tout instant. Les adorateurs de Sarapis sont chrétiens, ceux qui s'appellent évoques de Christ sont dévots à Sarapis. 11 n'y a pas un chef de synagogue juive, un samaritain, un prêtre chrétien qui ne soit astrologue, aruspice, fabricant de drogues. Le patriarche lui-môme, quand il vient en Egypte, est forcé par les uns d adorer Sarapis, par les autres d'adorer le Christ. Quelle race séditieuse, vaine et impertinente! La ville est riche, opulente, féconde; personne n'y vit sans rien faire. Les uns soufflent du verre, les autres font du papier, tous sont marchands de toile, et ils en ont bien lair. Les goutteux ont de Touvrage, les boiteux travaillent, les aveugles aussi; personne n'est oisif, pas même ceux qui ont la goutte aux mains... Pourquoi cette ville n'a-t-elle pas de meilleures mœurs? Elle mériterait par son importance d'être la tête de toute rÉgypte. Je lui ai tout accordé, je lui ai rendu ses anciens privilèges, et j'en ai ajouté tant de nouveaux qu'il y avait de quoi me remercier. J'étais à peine parti qu'ils tenaient mille propos contre mon fils Vérus; quant à ce qu'ils ont dit d'Antinous, tu dois t'en douter. Je ne leur souhaite qu'une chose, c'est de manger ce qu'ils donnent à leurs poulets pour les faire éclore ; je n'ose pas dire ce que c'est. Je t'envoie des vases irisés de diverses couleurs que m'a offerts le prêtre du temple; ils sont spécialement destinés à toi et à ma sœur pour l'usage des repas, les jours de fête ; prends garde que notre Africanus ne les casse*. »
La prospérité d'Alexandrie survécut peu au monde païen. Néanmoins, malgré les dévastations de tout genre qu'elle avait subies et la diminution sensible de sa population, Alexandrie, lorsqu'elle tomba au pouvoir des Arabes, était encore une ville singulièrement riche. Amrou, écrivant au khalife Omar pour l'informer de sa conquête, lui mande qu'il a trouvé dans cette immense cité 4,000 palais, autant de bains publics, iOO cirques ou places pour les divertissements et 12,000 jardins.
Les villes du littoral. — Pèluse, située à l'embouchure orientale du Nil, passait pour une ville malsaine à cause des marais dont elle était environnée. Boulevard de l'Egypte du côté de la Phénicic, elle était solidement fortifiée et toujours défendue par une garnison nombreuse. Le prophète Ézéchiel appelle Péluse « la force de