IV
ta
fois placée borizonlalemeDt, mais beaucoup plus souvent elle était verlicak*.
Od voit aussi des boucliers d*une très grande dimension et qui
couvraient presque enlièrement le personnage : ils difTëraient des
autres en ce qu'ils avaient le sommet pointu au lieu d'être arrondi. Cette espèce de bouclier parait avoir été en usage dans une très-
LES ABHES. 251
haute antiquité, mais on le rencontre beaucoup plus rarement que le bouclier ordinaire (6g. 28/i).
Od trouve quelquefois sur les monuments égyptiens des bou-
cliers ronds ou même carrés. Mais les soldats qui les portent ont toujours, dans leur coiffure ou leur accoutrement, quelque chose qui dénoie leur origine étrangère {fig. 285 et 286). Cet armement était, en effet, celui des soldats auxiliaires, qui ont toujours été fort nombreux dans les armées égyptiennes.
Le bouclier rond représenté sur la figure 288 est celui que portait rinfanteric pesamment armée des Grecs. Sa forme est tout à fait circulaire, mais il est creux à l'intérieur, ei sa circonférence est assez vaste pour qu'il puisse ouvrir entièrement la poitrine, et mt'me descendre quelquefois jusqu'aux mollets. Ce bouclier se composait habituellement de peaux de bœuf superposées et recouvertes de plaques de métal; quelquefois aussi le cuir et le métal étaient étendus sur des brandies d'osier entrelacées. A l'intérieur du bouclier, il y avait une bande de cuir dans laquelle le bras était passé. Quelquefois le centre du bouclier présente à l'exlérieur une saillie en forme de cône comme on le voit sur la figure 288,
Le bouclier que représente la figure 289 a été découvert dans io tombeau du dit Guerrier à Tarquinies (Corncto) ; il est en bronze. Co
=• LA GOERRE.
:i^rT::f7je boucli-^r montre quel luxe et tftielte délicatesse de traTailles Lir..--;.f^ apportaient dan^i Jours armes. Celui qu'où voit sur la figure ^>. -->i ïsn caractère toui dillérent. Ce sont des flgures disposées en r.crr. -ru; ea constituciit le caractère dûroratif. Le stjle de ces figures i.-iijtî d'ailleurs une influence crieniale qu'on retrouve bien souvent
-fr~
d.mB K's ouvviigos iJirusquos. Au centre, soni des animaux qui rappelloMl ccii\ dos nionumoiiis de la l'erse. Un taureau est aux prises avec di'ux lioiiB el ;ui-ili'ssus d'eux plane un vautour aux ailes éployÉes, La seconde zinii- représente des cliasseurs poursuivant des lions et d'antres NMes ipii [rappartienuent pas à l'Éirurie, non plus que les palmiers nui li(îurenl diuis la môuic sciînc. Li deruière zone, qui forme le bord extiVicur du bouclier, montre une niarclie de combattants qui ont tous 6 lu iiiaiu un houclier, et deux javelots. Chaque groupe de guerriers
LES ARMES. S53
marchant en file] est sépara de l'autre groupe par ud cavalier, et dans un seul endroit par un char.
Le bouclier d'une forme si particulière que l'on voit sur la ûeurc. 291 est également de travail étrusque, ou touL au moins italien. Cependant la plupart du temps les boucliers des Étrusques sont ronds comme
ceux des Grecs, et il en a été de môme pour les Roioains sous les rois et pendant la plus grande partie de la pôriode républicaine.
A l'époque oii la solde fut introduite dans les armées romaines, l'ancien bouclier rond fut remplacé dans l'infanterie par un grand bouclier oblong qui avait environ 1"',20 de longueur sur 0",80 de largeur. Ce bouclier était fait avec dos plancboltes en bois solidement jointes et recouvert d'une enveloppe extérieure on cuir, entourée d'un rebord en métal (fig. 292). Chaque légion avait des boucliers peint»
d'une couleur didéreote, et ils étaient eo outre charj^ës de symboles distiactirs. C'est ainsi que la figure 293, tirée de la colooce Trajane,
nous montre trois boucliers, dont l'un est décoré d'un foudre, le second d'une guirlande, et le troisième d'un foudre avec les ailes étendues.
F g £03 Bou
(Jn passage de Jul s César montre que les boucl ers des Gaulois u'Élaieut pas excelleols sous le rapport de la fabr cation puisque les
javelots romains en transperçaient deux à la fois lorsqu'ils les rapprochaient pour s'en faire un rempart. « Les Gaulois, dit J. César, éprou-
vaient une grande gêne pour combattre, en ce que plusieurs de leurs boucliers se trouvaient, du même coup des javelots, percés et comme
cloués ensemble, et que !c fer s'Otant rccourbù, ils ne pouvaient ni l'arracher ni se servir dans la mêlée de leur bras gauche ainsi embar-
rassé. L'n grand nombre d'entre eux, après de longs efforts de bras, préfèrent jeter leur bouclier et combattre à découvert. »
Les ûgures 294 et 295 représentent les deux côtés d'un bouclier celtique, dont le décor consiste en deux rangées de cercles formant une calotte hémisphérique saillante.
Les armes des Francs ne sont pas communes dans nos collections. On en a pourtant retrouvé [quelques-unes; les ûgures 296 et 297 montrent un bouclier franc découvert en Normandie.
L*0ltGA?CIS4TI0!l MILITAIRE. — LbS FORTERBSSBS. — L'ARM<B NAVALB.
Lbs prison?iiers.
L'organisation militaire. — L^armée égyptienne comprenait la grosse infanterie, l'infanterie légère et les combattants en char. Tous ces corps avaient une destination différente.
La grosse infanterie était composée de soldats dont la tête et le corps, jusqu'à la ceinture, sont protégés par un grand bouclier. Elle porte comme arme offensive une lance dans la main droite et comme costume une tunique courte. Cette infanterie marchait en colonnes serrées, et avec une précision et une ré^'ularité qu'eùt enviées Frédéric le Grand. 11 est présumable qu'elle formait le corps principal de rarinéc ég>ptienne (fig. 298).
Les troupes légères sont de deux sortes : d'une part, on voit des soldats armés d'un sabre recourbé et portant de la main gauche un petit bouclier; leur tête est coiffée d'un casque, généralement orné à son sommet. Les autres sont des archers, vêtus de longues tuniques et portant un arc triangulaire avec un carquois sur Tépaule, comme on le remarque sur la figure 299, dans laquelle une troupe d'archers semble attendre un ordre pour commencer l'action. La figure 300 nous montre une autre catégorie d'archers qui ont, au contraire, une jupe très-courte. Ceux-ci sont en marche : ils n'ont pas le carquois sur l'épaule. Leur arc, d'une forme très-différente de ceux que nous avons vus dans la figure précédente, est dans une espèce d'étui qu'ils tiennent dans la
liétçs t Tmxis : £a mLsiz stf^ tsiâjc î- .-->ir^ =^ Mes '-i* ocùs
menacés, enattcndam que les Tonos coloDoes du ceuire aient eu le temps des'êbranleret de se meure en mouvenaem. Les archers coniri- Imaient graodement aui succès des armes é^piieunos : les unscombai- Uieat à pied, les auiref daos les chars, mais tous avaienc pour mission
de protéger l'infanterie, qui dans les batailles occupait toujours le centre.
On a beaucoup discuta la questioi^ de savoir si la cavalerie était
employée dans l'armée ^yptienne. « Les Égyptiens, dit H, Cbabas,
furent de grands appréciateurs du cheval ; ils l'employaient aux mêmes
Pig. SW. — Arcben «gj-pUent.
usages que nous; quoique l'usage des chars l'emport&t sur celui de l'équitation, celle-ci, néanmoins, n'était pas négligée; pour un grand
Pig. M». — iDtUteria Ugérs.
personnage, c'était un mérite remarqué que la bonne tenue à cheval. Il existait, à l'époque pharaonique, des établissements publics où les chevaux étaient élevés et dressés surtout en vue de leur service à la guerre. Un grand nombre d'oOiciers y étaient préposés. » D'un autre c6té, on ne voit jamais de cavalerie dans les représentations de bataille. Quelquefois, il est vrai, on voit dans les bas- reliefs un cavalier isolé; mais en étudiant le moaument, on trouve que ce cavalier porte un
costume étranger et fuit devant les E^pUens, ou bien c'est un courrier qui va porter uoelettre ou transmettre un ordre. Les peintures nous montrent, au contraire, que les chars avaient une très-grande importance daas les manœuvres miliUires, et Champollion-Figeac conclut de là qu'eu parlant de cavalerie la Bible veut simplement désigner les hommes qui ne combattent pas à pied, mais sur des chars traînés par des chevaux. Habituellement, les chars de guerre se distinguent par les carquois qui sont placés sur les côtés, et forment pour la décoration une ligne oblique très-gracieuse (Gg. 301). Les plus beaux chars, ceux qui appar-
tiennent aux chefs des guerriers, ont des carquois beaucoup plus ornés que les autres. Le char que montent les Pharaons est en outre décoré d'un lion placé de chaque celé.
Les chars de guerre contenaient habituellement deux personnes : un cocher qui tenait les rênes pour diriger les chevaux, et un combattant qui est presque toujours un archer, bien qu'on en voie aussi qui portent le javelot, la hache ou le sabre receurbé. Quelquefois, mais jamais à la guerre et seulement dans quelques cérémonies, on voit trois personnages montés sur un char.
Le cocher se plaçait à gauche et le combattant à droite.
Dans les batailles, les chars avaient pour mission de porter le désordre dans les troupes ennemies et ils étaient certainement montés
260 LA GDERRE.
par des soldais d'élite. Le roi est presque toujours sur un char : les artistes le représentent d'une taille démesurément grande, armé de pied en cap et lançant des flèches contre les ennemis ou les frappant de sa hache. On voit souvent un lion qui suit ou précède le roi et parait être mis là comme emblème de sa force.
Pig. 304.
Forte-entaiiiii».
La bannière royale d'Egypte est une espèce d'étendard surmonté d'un épervier. L'épervier est l'oiseau consacré à Horus, symbole des renaissances du soleil et emblème du soleil levant. Les Pharaons étant considérés comme fils du soleil avaient adopté naturellement les insignes du dieu avec lequel ils étaient ideniiliés. Chaque roi inscrivait sur sa bannière une devise particulière, mais dont le sens indiquait toujours son assimilation avec Horus.
Outre la bannière royale, chaque bataillon avait un étendard particulier sur lequel était ordinairement représenté quelque emblème vénéré, comme ie cartouche du roi, la barque symbolique, ou des têtes de divinités, apparaissant soit sous leur forme humaine et avec leur coiffure caractéristique, soit sous la forme de l'animal qui leur est consacré, comme Tépervier, le lion, Pibis ou le chacal. Pour être visibles à tous les yeux, ces enseignes se plaçaient à l'extrémité d'une grande hampe. Elles étaient regardées par les troupes avec un respect religieux et devaient, par l'enthousiasme qu'elles excitaient universellement, contribuer beaucoup aux succès des armes égyptiennes (ûg. 302 à 306).
Le porte-enseigne était toujours un personnage important; celui que nous représentons figure 304 tient un étendard orné de rubans et
Pig. JOô. Pig. 306.
Emblèmes égyptiens.
surmonté d'une coupe au-dessus de laquelle est placé un oiseau, il est coiffé d'une calotte noire et vêtu d'une jupe brun foncé.
Les armées ég)'ptiennes étaient accompagnées de musiciens, qui dans les marches précédaient lescorps. Onen trouve des représentations figurées sur plusieurs monuments, notamment sur ceux qui passent pour être contemporains de Sésostris. Les instruments dont on se servait pour la musique militaire étaient la trompette et les tambours. (Fig. 307.)
Les Égyptiens avaient deux sortes de tambours. Le tambour employé dans Tarmée était oblong et on le frappait avec la main, comme le tympanon. Il se portait en bandoulière et se plaçait sur le dos pendant les marches. La caisse de ces tambours était en bois ou en cuivre, et les peaux étaient en cuir ou en parchemin. Nous en avons au Louvre un spécimen (salle civile, armoire H).
Depuis les temps les plus reculés, les Égyptiens ont fait usage de la trompette. C'est avec cet instrument qu'on appelait les troupes, comme nous le voyons dans une peinture de Thèbcs, où les hommes qui jouent
«s LA GCEKBS.
Ae i» trompette restent en place, tandis qne les troupes m nlljent au son d« rînsinimeDt qu'elles enteodeot Puni les instruments de musique conservés au musée égyptien du Loune. noos arons une bompeua ta bronxe (salle dnle. annoire H).
La trompette droite paraît avoir été sortoot employée ponr transmettre les ordres des chefs; les monuments antiques nous montrent la trompelie comme nn instrument étroit dans tonte la longueur du tube, jusqu'à l'embouchure où elle ^évase (fig. 308).
Le roi, qui était le chef suprême de l'armée, payait toujours de sa personne; il distribuait à ses Gis ou à ses grands (aciers les commande-
Fig. acr;. — unuqi
nionis partiels. Les soldats étaient divisés en régiments subdivisés eux- UH^mcs on bataillons et en compagnies: les officiers étaient hiérarchisés et )>ossédaiont chacun un commandeineDl particulier. Nous trouvons de curieux dûlails sur les fatigues du métier des armes et les misères altaoliéos à la vie d"un officier dans un papvTus de la XIX' dynastie, dont M. Lenormant a reproduit un fragment, a Quand tu recevras cet écrit de prose cadencée, ah ! puisses-tu trouver agréable l'œuvre de Técrivain.
<i Je veux te dépeindre les nombreuses tribulations de l'offider d'iuranleric.
« Tout jeune encore, il est renfermé dans la caserne.
« Une armure qui le serre entoure son corps, une pièce défensive descend sur ses yeux ; la visière est sur ses sourcils ; sa tête est protégV-tï contre les blessures.
n 11 se trouve serré comme un rouleau de papyrus, et ses mouve-
L'ARHÉE EGYPTIENNE. 203
ments sont gfinés dans le combat. Te dJrai-je ses expéditions en Syrie, ses marches vers lea répons lointaines?
« Il doit porter son eau sur boh épaule, comme les ânes leur charge.
a Son dos est enflé comme celui d'une béte de somme et son écbine est ployée.
« Quand il est désaltéré par une eau corrompue, il faut qu'il retourne à la garde de nuit. S'il arrive à l'ennemi, il est comme une oie prise au filet, et ses membres n'ont aucune vigueur.
■ Quand il revient vers l'Egypte, il est comme le bois rongé des vers.
« Si la maladie arrive et le force à se coucher, on le charge sur un âne.
a Ses effets sont pillés par les voleurs et son serviteur l'abandonne.»
Malgré ces plaintes, il paraît démontré que Tarmée formait en
Fig. 308. — La ntliemeDl di»
Egypte une classe extrêmement importante et à laquelle se rattachaient d'importants privilèges. « Les guerriers, dit Hérodote, ret^ivent du peuple le nom de Calasirics et d'Hermotybies; ils habitent les nomes ci-aprés énumérés, et toute l'Egypte est divisée en nomes. Voici ceux des Uermolybies: Busiris, Sais, Chemmis, Papremis, l'tle de Prosopîtis, et la moitié de Natho; les Hermotybies ont leurs domaines sur ces nomes; leur nombre est de centsoixanle mille hommes, quand ils sont au grand complet. Nul d'eux n'a jamais rien appris des arts mécaniques, mais ils se consacrent au métier des armes. Voici les nomes des Calasiries:Thëbe3,Bubaste,Aphthis, Tanis, Mendës, Sébennys, Aihribis, Pbarbethis, Thmuis, Onuphis, Anysis, Myecphoris ; ce dernier nome occupe une lie en face de Bubaste ; les Calasiries ont leurs domaines sur ces nomes. Leur nombre est de deux cent cinquante mille quand ils sont au grand complet. Il ne leur est permis de cultiver aucun art mécanique, mais
wt
ils exercent les arts de la guerre et se les transmettent de pôreenûls... Le3privilëgessuivant3sontattachésausguerners,ethoraiislesprétre3,ils sont les seuls des Égyptiens ^ qui rien de semblable soit accordé : chacun d'euï possède, eiempts d'impôts, douze arpents d'excellente terre; l'arpent d'Egypte équivaut à un carré de cent coudées de côté, la coudée étant la même que celle deSamos. Ilsjpuissentlourà tour, et jamais les mêmes, de ces autres avantages: tous les ans, mille Calasiries et autant d'Hermotybies forment la garde du roi; à ceux-ci, outre leurs terres, on donne, chaque jour, cinq mines de pain cuit, deux mines de
chair de bœuf et quatre coupes de vin. Voilà ce qu'on donne aux
On voit que l'armée égyptienne, qui selon Hérodote présentait un effectif de quatre cent dix mille hommes en temps de guerre, constituait dans le pays une véritable aristocratie militaire, qui était en possession de terresqu'elle faisaitcultiver et pour lesquelles elle ne payait aucune redevance au fisc. En revanche, chaque homme était obligé de s'équiper lui-même, et de se présenter, avec ses armes offensives et défensives, chaque fois qu'il en était requis pour une campagne. Cela arrivait assez fréquemment, soil que le roi voulût envahir un pays étranger, soit qu'il y eût lieu de réprimer quelque rébellion dans une province. L'armée devait en outre fournir le nombre d'hommes jugés nécessaires pour le service des garnisons établies dans les villes fortiûées.
L'ARMÉE ËGYPTIENAE. 205
dont le!! principales étaient Péluse, Maréa, Hiéracompolls, Syëne, Éléphantine et quelques autres places.
Le privilège qu'avaient les guerriers de ne rien payer au fisc ne pouvait manquer de déplaire aux rois, qui croient souvent avoir plus besoin d'argent que de soldats : nous voyons en elTct un Pharaon tenter de l'abolir. « Séthos, dit Hérodote, néglige» beaucoup l'ordre des guerriers comme n'ayant aucun besoin de leurs services; et parmi un grand nombre de marques d'indidérencc, il alla jusqu'à les priver des douze aroures de terres labourables concédées à chaque individu de cet ordre par les rois ses prédécesseurs, et choisies dans les meilleures terres. Aussi lorsque peu de temps après une armée nombreuse,
commandée par Sennachérib, roi des Assyriens et des Arabes, vint attaquer lÉgypte, aucun des guerriers égjpiiens ne voulut marcher. Le prétre-roi, inquiet de ce refus et incertain du parti qu'il devait prendre, entra dans le temple de Vulcain et vint déplorer aux pieds de la statue du dieu les malheurs qui le menaçaient. Pendant qu'il exhalait ses plaintes, le sommeil s'empara de ses sens, et il vit en songe le dieu debout, prt'-s de lui, qui le rassurait et lut promettait qu'avec lo secours qu'il allait recevoir il naurnit rien à redouter de l'armée ennemie. Le roi, se confiant à celle vision, rassembla tous ceux qui consentirent à le suivre, et marcha vers Péluse, qui est le point par lequel on peut pénétrer en Egypte, n'ayant avec lui aucun soldat, mais seulement un ramas de marchauds,d'artisansetde journaliers. Iléiaità peine arrivé, qu'un nombre infini de rats champêtres se répandirent dans
le camp'ennemi, et, peDdaaIle cours d'une seule nuit, roDgèrent si bies les cordes des arcs, les carquois et jusqu'aux attaches des boucliers, que l'armée, privée de toute espèce d'armes, fut contrainte de prendre la fuite le lendemain. Poursuivie par les Égyptiens, elle perdit beaucoup de monde. En mémoire de cet événement, on éleva dans le temple de Vulcain une statue de pierre qui représentait Séthos tenant dans la main un rat avec cette inscription : En mé voyant, apprends à révérer les dieux. » Outre les troupes nationales, l'armée égyptienne comprenait des corps étrangers qu'on enrôlait parmi les nations alliées ou dans le» pays conquis (fig. 309 à 311). Ces corps étaient divisés en r^mcnts et disciplinés d'après les méthodes égyptiennes. Originairement, ces soldats
auxiliaires étaient peu nombreux, cl comprenaient seulement des tribus libyennes et éthiopiennes, qui aprf^s avoir élé vaincues par les Égyptiens prenaient du service. Mais plus tard les Pharaons trouvèrent plus commode de prendre de véritables mercenaires étrangers qui, n'ayant aucun intérêt dans les affaires du pays, étaient plus spécialement dévoués à leur personne. Les historiens signalent ce fait comme une des causes de t'artaiblisscmcnt militaire de l'Egypte, qui, après avoir éti pendant plusieurs siècles maltresse d'une grande partie de l'Asie, se trouva ensuite n'être pas en état de résister à l'invasion de Cambyse. Ces causes de l'affaiblissement de Tarmée sont très-bien exposées par M. Lenormant dans son histoire ancienne de rOricnt : « Les Égyptiens, pendant des siècles, se scrvirentprincipalement de troupes nationales, et chez eut le service militaire fut considéré comme un privi-
L'ARMÉE ÉGYPTIENNE. SflT
lége, comme une distinction. Les corps d'auxiliaires étrangers étaient tenus alors dans une situation très-inférieure à celle des corps indigènes; ils n'arrivaient à y être assimilés que lorsque leur existence, conservée hérédiiairement pendant plusieurs générations, avait fini par en faire de véritables citoyens de l'Egypte, comme les MaloI sous le Moyen Empire et les Maschouasch sous le Nouveau. Psamétik désorganisa toute cette constituiiou de l'armée en donnant aux mercenaires grecs qu'il engageait le pas sur les troupes nationales. La troupe des guerriers indigènes y vit une violation flagrante de ses privilèges, et deux cent mille guerriers quittèrent spontanément la garnison où le roi les avait à dessein relégués pour aller former des établissements au delà des cataractes. Dès lors, le nerf de la puissance militaire de l'Égj-pte fut brisé. Les mercenaires grecs et carions, dont se composèrent en majorité les années ég^-pliennes, devinrent plut&t les instruments des rois que les défenseurs de la nation, La rivalité s'établit entre eux et le reste des guerriers, et l'Égj'ptc fut livrée aux divisions inteslineset h l'anarchie. Le jour oii l'invasion persique arriva, le pays ne sut pas se défendre, et il suflit d'une bataille pour rendre Cambyse maître de toute la vallée du Nil. »
Les fohtebesses. — Les peintures des monuments nous font connaître la conformation des camps égyptiens, lia étaient entourés d'une
palissade dont un peloton de fantassins gardait l'entrée. La tente du roi ou du général, placée au côté opposé, était entourée de tentes plus petites, destinées aux officiers, et on voit à côté un lion apprivoisé
et suneillé par ua gardien armé d'un bftton. Les chevaux et les ânes ftont rangés arec une symétrie parfaite sur un des cdtés de l'entrée principale et les chars occupent l'autre côté en file régulière. Les har-
Pig. S13. -
t. (D'apM* UM ptiolun tgfptia
nais des chevaux occupent les intervalles, ainsi que ceux des ânes, qui consistent en un bât avec deux paniers et divers ustensiles pour le transport des vivres. Les exercices des chars et les manœuvres des fan-
^D'uptâ* lUâ pvmtum A)}f|>ii^;aut3.J
tassins s'exécutent à l'entour du camp, où]ron voit aussi des ambulances avec tout ce qui s'y passe. Avec la ponctualité si remarquable dans les peintures égj'ptiennes, rien n'csl omis : ainsi on voit des soldats malades auxquels le médecin administre une potion, et des ânes malades pansés par les vétérinaires. De l'autre côtii, parmi les recrues
L'ARHËB ÉGYPTIENNE. 869
qui B'exercent, od voit un soldat indisciplioé qui subit sa peine et des officiers qui font leur inspection.
Les patrouilles circulaient coDlinuellemenl autour du camp et des
Pig. 315. — R«DCODtre ds deui piIroiiiUea.
forteresses. La Ggure 312 nous montre une patrouille, où les soldais sont annés de javelines. Elle est commandée par un officier qui porte
Pig. StU. — Patioailk do ai
un petit sabre recourbé. Le même sabre se voit sur des personnages représentés sur les ligures 313 et 3U, mais ici une partie des soldats qui forment la patrouille sont des archers.
La ftgure 315 montre la rencontre de deux patrouilles : on voit le»
officiers croiser leur ëpée en se demandant le mot d'ordre. Dans la figure 316 nous voyons une patrouille de nuit, circulant avec une lanterne que tient un des guerriers. Pour se faire une idée de la régularité qui présidait aux manœuvres, il suffît de regarder le carré d'infanterie pesante, assez semblable à la phalange macédonienne, que nous avons reproduit fig. 298.
M. Prisse décrit ainsi une forteresse située au nord du village de Kouban dans la Nubie : u Elle consistait en une vaste enceinte carrée, d'environ cent mètres de côté, formée par d'énormes murs en briques crues, bâtis on talus et soutenus, de distance en distance, par des éperons ou contre-forts assez saillants. Cette enceinte régulière était percée d'une porte au milieu de chacun de ses murs. Les portes du nord et du sud étaient protégées uniquement par le fossé sur lequel s'abattait probablement un pont-levis, à en juger par les massifs de maçonnerie qui bordent la berge du côté de l'entrée. La porte de l'est, qui débouchait sur le désert et se trouvait la plus exposée à rennemi, était plus large que les autres et défendue par une tour qui Qanquait le fossé. Enfin la porte de l'ouest, c'est-à-dire du côté du Nil, semble avoir été précédée d'une construction dont on voit encore quelques colonnes. Un fossé de huit mètres de large, séparé du mur par un terre-plein ou chemin de ronde, entourait les trois principaux côtés. Les fossés semblent avoir jadis communiqué avec le fleuve, et s'ils n'étaient pas constamment remplis d'eau, ils étaient susceptibles d'être inondés au besoin. On voit encore, à l'extrémité de la muraille méridionale, un conduit ou aqueduc souterrain bâti en grès, qui servait à conduire l'eau dans la place. Tout l'espace que renfermait cette enceinte est couvert de ruines de maisons bâties en briques, au milieu desquelles on remarque plusieurs tronçons de colonnes en grès et quelques portions de conduites d'eau. A l'angle oriental se voient les restes d'une rampe menant au sommet des murailles, qui, élevées d'environ dix mètres, présentent une longue plate-forme de trois mètres de large; elles étaient probablement garnies de créneaux. Cette forteresse, bâtie pour arrêter les incursions des nomades sous les rois de l'ancienne monarchie, est extrêmement remarquable sous tous les rapports. Elle présente, comme les meilleurs camps romains, un système de défense qui permettait de résister à une longue attaque. Bien conservée après tant de siècles de durée, elle offre le plus beau spécimen des fortifications permanentes des anciens Égyptiens. »
Parmi les nombreux monuments figurés qu'on a retrouvés dans les
L'ARUÉB EGYPTIENKB.
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ruines de Thèbes, il faut signaler le siège d'une ville dont on escalade les murs, au pied desquels sont des machines de guerre soutenues par des soldats qu'elles cachent de manière à n'en laisser voir que les pieds. Des soldats qui ont pu approcher la muraille à l'abri de ces machines gagnent une échelle appuyée contre la muraille; les combattants y montent, mais ils ne se servent pas seulement de Téchelle, car ils saisissent, pour se maintenir, les joints de pierres qui forment les murs du fort. On en voit môme dont les pieds reposent entièrement sur ces joints, ce qui est difficile à expliquer, à moins que les assises ne fussent en retraite les unes sur les autres. Le fort, qui comprend plusieurs tours, est couronné d'un étendard percé de flèches, et on voit que le combat est déjà engagé dans l'intérieur, car des corps d'hommes sont précipités du rempart. Une de ces tours parait être la tour malresse, car elle est beaucoup plus grosse que les autres. Les boucliers que portent les assiégeants sont arrondis seulement dans leur partie supérieure, tandis que les assiégés en ont qui sont complètement ronds, ou de forme rectangulaire. Au pied du fort, des soldats lancent des flèches sur les soldats qui le défendent, et la lutte, engagée partout, semble encore indécise. Mais le roi, de stature colossale, arrive sur son char et tout fuit à son approche : le roi égyptien est toujours représenté victorieux (fig. 317).
On voit en effet sur les monuments des représentations de citadelles entourées de fossés remplis d'eau. Le roi d'Egypte est presque toujours figuré à l'attaque des places fortes : c'est en vain que des hommes armés se défendent du haut des tours. Rien n'arrêtera Timpétuosité du Pharaon. Du haut de son char, il foule sous les pieds de ses chevaux les morts et les vivants et décoche sur la ville ses flèches meurtrières, et la fuite précipitée de ses ennemis ne les empêchera pas d'être atteints.
La même donnée se trouve reproduite avec diverses variantes, et le Pharaon paraît toujours comme l'invincible héros auquel rien ne peut résister. Des étrangers assiégés dans une forteresse, élevée sur une montagne, sont, malgré leur position, si vigoureusement atteints par le Pharaon, qu'ils ne songent plus qu'à demander grâce. Une femme placée sur le haut des remparts élève son petit enfant dans ses bras pour implorer la pitié du vainqueur, et le désespoir a paralysé partout la résistance. Cependant le Pharaon, d'une taille gigantesque et monté sur un char de guerre richement décoré, lance ses flèches impitoyables contre les assiégés (ûg.318).
L'armée navale. — La mer, émanation stérile de Typhon, le mau-
L'ARMÉE ÉGYPTIEMNR.
£i LA GCERBE.
ncs pdiKâpe, était pour les Egyptiens on sajet dliorreur. Cependant le b^soia de défendre les côtes a dû leur înqMrer de bonne heure le désir d';iTocr une flotte capable de porter des combattants. « Sésostris, dit Diiodore de Sicile, fît équiper une flotte de quatre cents voiles, et fut le premier prince de ces contrées qui fit cooscruire des vaisseaux longs. »
Les vaisseaux égyptiens que nous voyons figurer sur les monuments se distinguent par leurs proues décorées d'une tête de lion : ils sont pourvus d*un rebord assez élevé dans lequel on a pratiqué des trous pour laisser passer les rames. Les mâts et les voiles qu'on voit sur ces navires prouvent qu'on ne se contentait pas de l'action des rameurs. Tout en haut du mât, qui se termine en fleurs de lotus, on voit un personnage qui, placé dans un poste où il peut apercevoir au loin, a sans doute mission de signaler les écueils, ou de surveiller les mouvements de la flotte ennemie. La forme de ces bâtiments est d'ailleurs très diffère nie d(; celle des barques d'eau douce qu'on voit naviguer sur le Nil.
Dan» les plus anciennes barques égyptiennes, Taviron-gouvemail est remplace; h Tarriùre par des matelots qui dirigent la marche au moyen de longues rames (fig. 319). Les rameurs ont été de tout temps très nombreux sur les navires égyptiens, mais cela n'empêchait pas la voilures Les barques de guerre sont pourvues d'un seul mât portant une longue vergue sur laquelle est carguée la voile. Au-dessus de la voile est quelquefois une espèce de niche en forme de cône renversé, où se tient une vigie pour faire les signaux. Ces navires, qui ne semblent pas avoir été en état de supporter une navigation au long cours» étaient munis de cordes à crochets pour saisir les embarcations ennemies. C'est ce qu'on voit dans la représentation d'un combat naval, où les soldats égyptiens recueillent les prisonniers échappés des barques renversées ou tombées à l'eau pendant la lutte. Des officiers postés à Tavant et à l'arrière du navire commandent aux soldats armés de glaives, de javelots, et surtout d'arcs et de flèches. Les rameurs obéissaient à un chef pourvu d'un bâton de commandement; ils étaient protégés par un plat-bord.
Parmi les peintures de Médinet-Abou, une des plus curieuses assurément est celle où Ton voit une escadre égyptienne aux prises avec une flotte ennemie, et vigoureusement secondée d'ailleurs par une armée de terre; ce qui semblerait indiquer que la scène se passe sur la côte d'Egypte, et que les soldats de terre et de mer commandés par le Pharaon sont occupés à repousser une invasion. Les Égyptiens se reconnaissent de suite à leurs airs de tète, à leurs costumes, à leurs
longs boucliers cintrés par le haut, à leurs petits coutelas. Trois de leurs navires sont placés l'un au-dessus de l'autre sur les monuments, disposition qui tient à l'ignorance où étaient les artistes des lois de la perspective. Une quatrième barque a déjà doublé et coupé la flotte ennemie: elle la prend en arrière et s'avance pour agir de concert avec les trois autres.
Les bâtiments égyptiens ont peu soulTcrt dans le combat : ils ont conser\'é leurs mâts, leurâ voiles, leurs pilotes et leurs rameurs. Les soldats, dans leurs attitudes les plus animées : les archers décochent
?lg. 319. — ViJtHiu '
leurs flèches de toutes parts, tandis que d'autres guerriers brandissent leurs massues en attaquant l'ennemi, ou bien parent lcscoupsderri6ro leurs grands boucliers. On remarque dans ce combat un abordage : un soldat égipticn, portant son bouclier attaché derrière l'épaule, est monté sur la partie la plus avancée de la proue du navire, et saisit par le bras un Indien qu'il s'apprête à frapper.
An reste, la bonne tenue des vaisseaux égyptiens fait déjà présager la victoire, et deux de leurs barques sont déjà remplies de prisonniers ennemis dont les mains sont liées et qu'on a placés parmi les rameurs. La (lotte ennemie, au contraire, est dans un état qui annonce sa défaite: elle est toute désemparée. Les bâtiments, privés de rameurs et de
pilotes, semblent errer au hasard. Le vaisseau indien, qui le premier a débarqué ses troupes, va être pris par les Égyptiens : ceux qui le défendent n'opposent plus aux flèches du Pharaon qui les attaque en personne que les petits boucliers ronds dont ils sont armés ; d'autres, tout à fait sans défense, paraissent implorer la clémence du vainqueur. Partout règne le plus grand désordre : plusieurs navires ont perdu leurs ^grès; l'un d'eux a sombré sous voiles. La configuration de ces navires est d'ailleurs peu différente de celle des vaisseaux égyptiens : le Pharaon, placé sur le rivage, est comme toujours de taille gigantesque, et c'est autour de lui que l'action est le plus animée. On y voit les Indiens pêle-mêle, percés de flèches et morts ou mourants. Quelques-uns tombent de leurs barques et sont précipités dans l'eau, tandis que d'autres font de vains efforts pour les en retirer. On sent enfin que toute résistance est inutile pour cet ennemi envahisseur, qui a tenté une descente sur le rivage égyptien sans compter sur le Pharaon, fils du soleil.
Le bulletin de l'Institut égyptien nous donne la description suivante des bas-reliefs peints qui consacrent les victoires de la reine Hatasou dans le pays de Pount : « La scène de débarquement nous montre les poissons de la mer Rouge, et la scène finale, car le tableau de la bataille est perdu, nous fait voir les types des habitants et les productions du pays. Le chef de Pount est représenté avec un bâton recourbé, comme en portent encore les Nubiens d'aujourd'hui. Il a la peau foncée; il est armé d'un poignard et vêtu d'un caleçon jaune ; sa femme et sa fille raccompagnent; elles sont toutes deux atteintes d'une espèce d'éléphantiasis. On voit égalemeat le butin enlevé par l'armée; il consiste en girafes, dents d'éléphants, énormes lingots peints en rouge et qui sont probablement de cuivre (car le mot est resté illisible), des arbres emmaillottés dans des couffes, etc.
Les prisonniers. — Les combats livrés par les rois d'Ég^'pte sont fréquemment représentés sur les monuments. Le Pharaon est reconnaissable à sa taille colossale : c'était pour les artistes égyptiens une manière naïve d'exprimer la supériorité de son rang et de son courage. Le plus souvent, le char du roi passe sur le corps des ennemis qu'il a étendus à ses pieds, tandis que d'autres implorent leur grâce.
Les scribes, qu'on voit dans toutes les représentations figurées
L'ARHÉE ÉGYPTIENNE. 717
des ^ptiens, ne pouvaieDt manquer d'avoir ud r&le spécial daus les scènes militaires, lis ne combattent pas persoDnellement, mais on les voit enregistrer avec le plus grand soin les mains droites coupées aux ennemis morts ; car c'est ainsi qu'on faisait la statistique de ceux qu'on avait tués. La ponctualité des habitudes égyptiennes se retrouve jusque dans cet usa^e barbare. Dans les peintures de Medinet-Abou, on voit des officiers égyptiens levant la main comme pour commander le silence, pendant qu'on fait l'énumération des mains qui viennent d'être rapportées. Un homme courbé et vêtu d'une longue robe les compte luimême en les prenant une à une, tandis qu'un scribe, placé derrière lui, enregistre sur un rouleau de papyrus les cbifiresqui luisont dictés. On voit ici trente-huit mains : des scènes de ce genre se trouvent
reproduites sur plusieurs monuments. Les scribes notaient également le nombre des prisonniers, qu'on voit toujours déûler par colonnes nombreuses devant le Pharaon, aux pieds duquel on vient déposer les mains coupées, comme un trophée de victoire.
C'est ainsi que les victoires de Bams6s sont représentées dans les peintures de Medinet-Abou, àTliébes.Le Pharaon, pendant ce temps-là, est assis sur son char, dont les chevaux sont retenus par ses ofllciers, et il adresse une .illoculion à ses guerriers. Plus loin, le roi victorieux, tenant en main le fouet, guide lui-même ses chevaux pour retourner en Egypte : son char est précédé par des prisonniers enchaînés, et les princes du sang portent près de lui de larges ombrelles.
L'usage de lier les mains aux prisonniers de guerre était universel dans l'antiquité. On emportait à ccl efTct des cordes: dans les peintures militaires de Medinet-Abou, on voit des archers qui portent enroulées
autour de la poitrine et par-dessous le bras gauche des cordes probablement destinées à cet usage. Dans une foule de peintures on voit des prisonniers attachés, et il semble qu'on se soit ingénié à fier les mains de ces malheureux dans une position aussi gênante que possible. Presque toujours une grande corde passée autour du cou des captifs les maintient à côté les uns des autres (ûg. 320). On les voit ainsi défiler en longues colonnes qui se suivent et présentent quelquefois deux, trois et môme quatre captifs de front. Les artistes égyptiens qui avaient besoin de montrer des prisonniers très nombreux, et qui ignoraient les lois de la perspective, en montrent quelquefois plusieurs rangées, les unes au-dessus des autres.
lies peintures qui représentent des captifs nous fournissent de précieux renseignements sur le costume des peuples avec lesquels les Égyptiens ont été en guerre.
Les HéBRECX. — Lp.s armées assyriennes. — Les Mèdes
ET LES Perses.
Les hébreux. — Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu d'armées permanentes chez les Hébreux, même après la constitution des royaumes do Juda et d'Israël. M. Munk, dans la Palestine, résume ainsi les renseignements éparsdansla Bible sur Torganisation militaire des Hébreux : « A Texception des lévites, tous les Hébreux étaient soumis au service militaire depuis Tàge de vingt ans, et selon Josôphe jusqu'à celui de cinquante ans; cependant, ayant égard à Tagriculture et aux intérêts privés, la loi admettait les exceptions suivantes : celui qui avait bâti une maison et ne l'avait pas encore habitée ; celui qui avait fait une plantation dont il n'avait pu encore recueillir les premiers fruits; celui
qui s'était fiancé ou qui était encore dans la première année de son mariage. Au reste, les levées en masse n'avaient lieu que dans les circonstances extraordinaires; ainsi tout le monde était appelé aux armes pour la guerre cananéenne, et les tribus déjà établies devaient aider celles dont les possessions n'étaient pas encore conquises. Pour les entreprises d'une moindre importance, on levait un certain contingent de chaque tribu, mais la loi ne nous dit pas quelle était la règle qu*on suivait dans ce cas ; probablement on tirait au sort. Du temps de Moïse et jusqu'à l'époque de David et de Salomon, l'armée n'était encore qu'imparfaitement organisée et ne se composait que de fantassins. Elle était divisée en bandes de mille et décent hommes, dont chacune avait son chef. Les hommes d'une même tribu marchaient ensemble sous le même drapeau. Le commandement suprême appartenait au chef de la république, qui formait avec les douze chefs de tribus le conseil de guerre. Dans des affaires moins graves le commandement pouvait être confié à une autre personne ; ainsi par exemple, Moïse, dans la guerre contre les Madianites, donne le commandement au prêtre Pinehas. L'ouverture de la guerre s'annonçait au son des trompettes. Avant l'entrée en campagne un prêtre devait prononcer un discours pour encourager les troupes et pour leur promettre le secours de la divinité. Quelques dispositions que donne le ^Deutéronome sur la police des troupes montrent que la propreté et les bonnes mœurs devaient régner dans le camp des Hébreux. Quant au butin de guerre, s'il en faut juger par ce que Moïse ordonna dans la guerre des Madianites, on le divisait en deux portions ; une moitié appartenait aux troupes, en déduisant 1 pour 500 pour les prêtres ; l'autre moitié appartenait à la nation, qui en donnait [la cinquantième partie aux lévites.^Cependant le butin des villes frappées d'anathème et notamment des villes cananéennes était voué à la destruction ; le métal seul était employé au profit du temple. »
Les armées assyriennes. — Les guerriers assyriens se servaient de boucliers ronds, et généralement formés de cercles concentriques, qui apparaissent quelquefois à l'œil. A l'extérieur, les boucliers étaient revêtus d'une lame unique, ou plus probablement d'une peau. Le vêtement habituel aux soldats était une tunique à poils longs, qui paraît avoir été faite avec des peaux de chèvre. Par-dessus cette tunique, on voit une espèce de cuirasse qui semble formée de cordelettes nattées. Le casque est une sorte de calotte souvent munie d'une corne. L'épée,
ÏS> LA GCERBB.
l'arc, U masse d'armes, la lance ou ie jarelot fonoaieDt les armes oITeiisives. L'épée était courte, lai^, aiguë et à deui traDCbauis. Elle K voletait sur le flanc gauche, mais elle était maintenue presque boriiottlal«ment par la large courroie dans laquelle elle était passée. Le Blanche n'a pas de garde, et le fourreau est souvent orné, à son extrémité inférieure, de petits lions couchés dans le sens de l'épée et d'une saillie assez prononcée. Cette épée, à en juger par les monuments, n'était pas d'un usage très fréquent, car on )a voit toujours au fourreau, même pendant la bataille.
La lance était à peu près de la longueur d'un homme, elle éuitpourvue d'un manche lisse et servait à la fois comme arme d'haste et
ilaDgo ui^rrimae.
comme arme de jet. La masse d'armes ne diffère pas beaucoup d'un sceptre : elle avait à l'extrémité du manche une courroie formant anneau, dans laquelle on engageait la main pour manier l'arme avec plus de sûreté. Mais de toutes les armes assyriennes, celte que l'on voit employée le plus commuDément est l'arc : il était d'une grandeur moyenne et, en dehors du champ de bataille, il était passé sur l'épaule et y demeurait appendu. Le carquois était mainteou au moyen d'une cordelette ou d'une tresse.
Tous ces caractères sont bien déterminés sur la figure 321, oii l'on voit, en même temps que l'équipement des soldats assyriens, leur disposition au moment du combat. Les premiers sont armés d'une lance et parent avec leurs boucliers ronds les flèches 'que leur a décochées l'ennemi. Ils mettent un genou en terre, ce qui permet aux archers placés derrière eux d'envoyer leurs flèches par-dessus leurs tètes.
Les soldats se ralliaient au sou de la trompette. La figure 322,
LA GUEBRB E^ ASIE. S81
tirée d'un bas^relief du Musée britannique, montre un archer assyrien portant le carquois sur l'épaule et sonnant de la trompette.
Les chars étaient fort en usage, et ils se rapprochent beaucoup pour la forme de ceux dont se servaient les Grecs dans l'âge héroïque. Les Assyriens avaient aussi des machines pour les sièges : la plus fréquemment représentée est un chariot formé de claies et contenant des soldats que l'on poussait vers les murailles de la place assiégée. Une grosse pique sort par une fente pratiquée sur le devant du chariot et servait
sans doute à eafoacerles portes. Souventaussi, pour attaquer une place, on se servait de moyens incendiaires : les soldats plaçaient pour cela des matières inflammables au bout de leurs lances. Les monuments en représentent qui essayent de brûler une perle au moyen de ce procédé,
La Qgure 323 montre des guerriers assyriens combattant l'ennemt. Nous avons déjà vu des scènes de ce genre dans le premier volume de cet ouvrage et le lecteur peut se reporter aux figures 135 et 136.
Au reste la mise en scène des bas-reliefs assyriens est empreinte d'une influence égyptienne très-prononcée. Il y a pourtant certaines différences qu'il est utile de signaler, parce qu'elles se rattachent au prestige attaché à la personne royale. Ainsi les monuments ég^'ptieos
M2 LA GUEBBE.
montrent (otijours le Pharaon d'une taille démesurément grande : les enncinia qu'il combat semblent des pigmées à c6té de lui, et la disproportion est si grande que la lutte même semble impossible. C'est lui tout Beut qui remporte la victoire, sans aucune aide, car les soldats qui viennent après lui sont aussi petits que les ennemis qu'il a terrassés. Pour mieux accentuer leur idée, les artistes égyptiens ont soin que le roi soit absolument seul sur son char de bataille, se souciant fort peu du cocher, qui est cependant nécessaire pour guider les chevaux pendant que le monarque ajuste ses flèches irivincibleii.
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Fig. S». -
La figure 32Ii va nous donner une idée complète de la manière dont lo roi se comporte en Asie. L'oiseau sacré plane sur la tète du monarque, qui ajuste ses HÈclies, tandis que le cocher placé à ses côtés tient les runes des chevaux; et ce cocher est de môme taille que le roi. D'autres chars et d'autres combattants sout autour de lui, frappant des coups analoiîuus. et l'oiseau emblématique fait seul reconnaître le roi sur la lûto duquel il plane. Des morts dont la tête est coupée apparaissent çà et là sur le champ du bas-relief. Un fait qu'il est bon de noter dans cette représentation c'est que le roi combat nu-tète et qu'il n'est pas coiffé de la mitre conique.
Les bas-reliefs assyriens représentant des citadelles nous montrent descrénaux et dos tours. Dans celles de la figure 325 des espèces de cornes, dont il est très difficile d'expliquer l'emploi, couronnent la forteresse. Nous neconnaissons pas de description écrited'une citadelle assyrienne.MaissileBécrivaînsDOusfontdéfaut, les monuments abondeDt,au
184 LA GDERRE.
moins pour ce qui concerne Ninivc. Il faut, bien entendj, faire abatrao IJOD de la disproportion des personnages et de l'abseoce de perspective
Pig. 335. — PortgnBB iiiyi
qui frappe tout d'abord dans ta figure 326, mais on y voit très-bien le
Pis. sas. -
système de tours qui était alors admis dans toutes les constructions militaires.
Si imparfaite que soit cette représentaiion au point de vue plastique, il est aisé, en la comparant à la précédente, de se figurer à peu près quel aspect pouvait présenter une citadelle en Assyrie. On remarquera
que les assaillants, coolrairement à l'usage àes sculpteurs assyriens, sont de taille Irës-inégale, et il y en a deux qui sont de stature gigantesque. Nous avons déjà vu dans les monuments égyptiens que les Pharaons se distinguent des autres personnages par l'énormité de leur stature. Il est probable que les deux héros qu'on voit ici sont des rois ou tout au moins des personnages puissants, dont le sculpteur a voulu exprimer rimportance en employant le procédé habituel aux artistes égyptiens. On voit aussi dans cette figure l'emploi de machines de guerre qui vont frapper la muraille. Mais cette machine est beaucoup plus nette-
Pig. 3S7. - Siéga
ment déterminée sur la ligure 327. C'est un char à six roues, portant en avant une grosse poutre probablement garnie de métal, qui vient se heurter contre la tour dont elle produit l'écroulement.
11 faut distinguer les enceintes fortifiées et les citadelles. Pour ce qui est des enceintes forliliées, voici la description qu'Hérodote nous a laissée des murailles de Babylone. « La ville de Babylone est située dans une vaste plaine ; elle forme un carré parfait dont chaque côté est décent vingt stades ; l'enceinte totale est par conséquantde quatre cent quatre-vingts stades. Telle est la grandeur de Babylone, bùtic d'ailleurs avec une magniHcence qui l'emporte beaucoup sur toutes les autres villes que nous connaissons. Elle est entourée d'abord d'un fossé profond, très-large et rempli d'eau, ensuite d'un mur dont l'épaisseur est de cinquante coudées royales et la hauteur de deux cents. La coudée royale est de trois doigts plus longue que la coudée ordinaire. 11 faut
dire ici comment fut employée la terre retirée du fossé et de quelle manière on construisit le mur. A mesure que l'on creusait le fossé, la terre qui en sortait était immédiatement façonnée en briques ; et lorsqu'on en avait disposé un nombre convenable, on les faisait cuire au four. On bâtissait ensuite avec ces briques enduites d'une couche d'asphalte chaud, au lieu de simple chaux délayée, en les disposant par assises, et entre chaque troisième assise, on introduisait un lit de tiges de roseaux. On construisit par ce procédé, d'abord les parois du fossé, et ensuite le mur, en continuant d'employer le même genre de construction. Élevés au sommet du mur et sur ses bords, deux rangs de tourelles à un seul étage, contiguës et tournées Tune vers l'autre, laissaient entre elles l'espace nécessaire pour le passage d'un char attelé de quatre chevaux. Dans le pourtour de la muraille on comptait cent portes, toutes en airain, avec les jambages et les linteaux de même métal. L'asphalte qui servit à la construction de ces murailles était tiré de la ville d'Is, située à huit journées de marche de Babylone, sur une rivière du môme nom. Cette rivière, peu considérable, qui se jette dans TEuphrate, roule avec ses eaux une quantité de morceaux d'asphalte. C'est ainsi que Babylone fut entourée de murs. »
La férocité est le trait dominant des Assyriens et il n'y a pas de pays où dans aucun temps la guerre ait eu des conséquences aussi terribles. C'est en vain que les ennemis vaincus implorent le roi victorieux, surtout quand ce sont des rebelles. Quelques inscriptions, dont nous empruntons la traduction à M. Maspero, vont nous montrer les suites inévitables de toute guerre en Assyrie. «J'en tuai, dit un roi d'Assyrie, un sur deux... Je construisis un mur devant les grandes portes de la ville; je fis écorcher les chefs de la révolte, et je recouvris ce mur avec leur peau. Je fis assembler leurs têtes en forme de couronnes et leurs cadavres transpercés en forme de guirlandes. »
Les grands taureaux de pierre que nous voyons dans les musées ont assisté à de sanglantes boucheries, car c'est en face de ces témoins muets qu'on égorgeait les victimes. C'est ce que nous apprend le petitfils de Scnnachérib : « Ces hommes, dont la bouche avait tramé des complots perfides contre moi et contre Assour, mon seigneur, j'ai arraché leur langue et j'ai accompli leur perte. Le reste du peuple fut exposé vivant devant les grands taureaux de pierre que Sennachérib, le père de mon père, avait élevés, et moi, je les ai jetés dans le fossé, j'ai coupé leurs membres, je les ai fait manger par des chiens, des bêtes fauves, des oiseaux de proie, les animaux du ciel et des eaux. En accomplis-
sant ces choses, j'ai réjoui le cœur des grands dieux, mes seigneurs. » L'usage des maios coupées aux prisonniers, que nous avons déjà constaté en Egypte, se retrouve naturellement chez les Assyriens. <[ Sur la terre mouillée, dit un roi d'Assyrie, les harnais, les armes prises dans mes attaques, nageaient tous dans le sang des ennemis comme dans un fleuve; car les chars de bataille qui enlèvent hommes et bétes avaient dans leurs courses écrasé les corps sanglants et les membres. J'entassai les cadavres de leurs soldats comme des trophées, et je leur coupai les extrémités. le mutilai ceux que je pris vivants, comme des brins de paille, et, pour punition, je leur coupai les mains. »
Le transportement d'une population en masse était l'Issue inévitable d'une guerre. « J'emmenai captifs les hommes de Bet-Vakin, dit un roi
d'Assyrie, et leurs dieux, et les serviteurs du roi d'Élam. Je n'y laissai pas le moindre reste debout, et je les embarquai dans des vaisseaux, et les menai sur les bords opposés ; je fis diriger leurs pas vers l'Assyrie, je détruisis, les villes de ces districts, je les démolis, je les réduisis en cendres, je les changeai en déserts et en monceaux de ruines. »
Pour comprendre ces grandes émigrations, ces peuples entiers emmenés en captivité et transportés on masse dans des contrées lointaines, il faut se rappeler les scènes de désolation rapportées dans la Bible, ou bien encore les paroles concises des scribes assyriens que nous révèlent les inscriptions, ii Aidé par le feu, le massacre, les combats et les tours de siège, j'occupai les villes ; j'en lis sortir 200,000 personnes, grandes «t petites, mâles et femelles, des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, des bœufs, des moutons sans nombre, et je les pris comme capture, n C'est une scène de ce genre qui est représentée sur la figure d'après un bas-relief assyrien.
Les Mèdes et les Perses. — Un discours que Xénophoa place dans la bouche de Cyrus montre comment ce prince entendait les approvisionnements d'une armée en marche, et prouve en même temps qu'il y avait chez les Perses un corps spécial chargé à peu près des mêmes offices que le génie dans nos armées modernes. Ce discours fournit en outre plusieurs renseignements précieux sur Torganisation des armées dans l'ancien Orient. « Depuis longtemps, braves alliés, dit Cyrus, nos âmes, nos corps, nos armes, sont, grâce aux dieux, dans le meilleur état ; ne songeons maintenant qu'à nous pourvoir de vivres à peu près pour vingt jours, tant pour nous que pour les bétes de charge qui nous suivront ; car, à mon compte, nous mettrons plus de- quinze journées à traverser un pays où nous ne trouverons point de subsistances, parce que nous en avons enlevé, nous, une partie et les ennemis autant qu'il leur a été possible. Munissons-nous donc de provisions de bouche : elles sont nécessaires pour combattre etpourvivre.ATégard du vin, que chacun n'en prenne qu'autant qu'il lui en faut pour s'accoutumer à ne boire que de Teau pendant nos repas : ce changement nous sera peu sensible ; car ceux d'entre nous qui vivent de farine la délayent dans l'eau, pour en faire une pâte ; le pain dont les autres se nourrissent est de même pétri avec de l'eau : c'est avec l'eau qu'on fait cuire tout ce qu'on mange. Pourvu que nous buvions un peu de vin à la Gn du repas, nous ne nous trouverons pas mal de ce régime. On retranchera ensuite une portion de ce vin, jusqu'à ce que nous ayons l'habitude de ne boire que de l'eau. Tout changement qui s'opère peu à peu devient supportable pour tous les tempéraments.
« Emportez, au lieu de lits, un poids égal en choses nécessaires à la vie; il n'y a jamais de superflu en ce genre. Ne craignez pas de dormir moins tranquillement parce que vous n'aurez ni lits ni couvertures; si cela vous arrive, c'est à moi que vous vous en prendrez ; en santé comme en maladie, il suffit d'être bien vêtu. Il faut s'approvisionner de viandes salées et de haut goût; ce sont celles qui excitent l'appétit et se conservent longtemps. Lorsque nous arriverons dans des lieux non pillés, d'où nous pourrons tirer du blé, il faudra nous pourvoir de moulins à bras pour le broyer : de tous les instruments à faire du pain c'est le moins pesant.
« N'oublions pas non plus les médicaments pour les maladies; ils ne chargent pas beaucoup, et dans l'occasion ils serviront infiniment. Munissons-nous aussi dé courroies pour attacher une inûnité de choses que portent les hommes et les chevaux : qu'elles se rompent ou s'usent
sans qu'on puisse les remplacer, on reste les bras croisés. Ceux qui ont appris à faire des javelots feront bien d'emporter leur doloire; il est bon aussi de se munir d'une lime; en aiguisant sa pique, on aiguise son courage; on rougirait d'être lâche lorsqu'on a des armes affilées. Il faut encore avoir beaucoup de bois de charronnage, pour raccommoder les chars et les chariots. Aux matériaux on joindra les outils indispensables ; car on n*a pas des ouvriers partout : et cependant il en faut beaucoup pour le travail de chaque jour. On mettra sur chaque chariot une faucille et un hoyau ; sur chaque bête de charge, une hache et une faux; ces instruments sont toujours utiles aux particuliers, et souvent à larmée entière.
a Vous, commandants des hoplites, informez-vous si vos soldats ont une provision suffisante de vivres; ne négligeons rien de ce qui leur est nécessaire; ce serait nous négliger nous-mêmes. Vous, chefs des bagages, examinez si Ton a chargé sur les bêtes de somme tout ce que j'ai ordonné; et contraignez ceux qui n'ont point obéi. Vous, intendants des pionniers, vous avez la liste des acontistes, des archers, des frondeurs, que j'ai réformés : à ceux qui servent dans les acontistes, donnez une hache propre à couper du bois, aux archers un hoyau, aux frondeurs une serpe ; faites-les marcher, avec ces instruments, par petites troupes, à la tête des équipages, afin qu'au besoin vous aplanissiez les chemins difficiles, et que je sache où vous prendre lorsque vous me serez nécessaires.
« J'emmènerai des armuriers, des charrons, des cordonniers, tous de l'âge où Ton porte des armes et munis de leurs outils; ainsi l'armée ne manquera d'aucune des choses qui dépendent de leur métier. Ils feront un corps séparé des soldats, et auront un lieu fixe où ils travailleront pour qui voudra les employer en payant. Si quelque marchand Veut faire le commerce à la suite de l'armée, qu'il garde ses provisions durant le nombre de jours que je viens de fixer; s'il vend avant l'expiration de ce terme, ses marchandises seront saisies ; mais il pourra, le terme passé, les débiter comme il le jugera à propos. Au reste, les marchands les mieux approvisionnés seront honorés et récompensés des alliés et de moi. Si quelqu'un d'entre eux n'a pas de fonds suffisants pour faire ses achats, qu'il amène avec lui des gens qui le connaissent et me garantissent qu'il nous suivra, je l'aiderai de ce que je possède. Voilà ce que j'avais à dire : que ceux qui trouvent que je n'ai pas tout prévu m'avertissent. Allez rassembler les bagages; pour moi, je vais offrir un sacrifice pour mon départ: dès que j'aurai