IV
290 LA XÎUERRE.
rempli ce devoir religieux, je donnerai le signal. Que les soldats pourvus de tout ce que j'ai ordonné se rendent auprès de leurs officiers dans le lieu indiqué: etvous, commandants, lorsque vos rangs seront formés, venez me trouver, pour apprendre quels postes vous occuperez. »
Les Perses, de même que les Assyriens, et tous les peuples orientaux, se servaient de chars de guerre, mais dont la forme était différente de celle des chars assyriens. Xénophon attribue cette transformation à Cyrus : a 11 se procura, dit-il, des chariots, tant parmi ceux pris sur l'ennemi que par d'autres voies ; mais il abolit l'usage des chars tels qu'étaient jadis ceux des Troyens, et tels que sont encore ceux des Cyrénéens. Jusque-là les Mèdes, les Syriens, les Arabes et tous les peuples asiatiques n'en avaient point d'autres. Comme ils étaient montés par les plus braves, Cyrus avait remarqué que des gens qui étaient l'élite de l'armée ne servaient qu'à escarmoucher, et contribuaient peu au gain de la bataille : d'ailleurs trois cents chars pour trois cents combattants exigeaient douze cents chevaux et trois cents cochers, choisis entre ceux qui méritaient le plus de confiance; encore ces trois cents hommes ne causaient aucun dommage à l'ennemi. Cyrus, en abolissant l'usage de ces chars, en fit construire d'une forme nouvelle plus convenable pour la guerre. Les roues en étaient fortes, par là moins sujettes à se briser; l'essieu long, car ce qui a de l'étendue est moins sujet à renverser : le siège, d'un bois épais, s'élevait en forme de tour, mais ne couvrait le cocher que jusqu'à la hauteur du coude, afin qu'il eût la facilité de conduire ses chevaux; chaque cocher, armé de toutes pièces, n'avaitque les yeux découverts; aux deux bouts de l'essieu étaient placées deux faux de fer, longues d'environ deux coudées, et deux autres par-dessous dont la pointe tournée contre terre devait percer à travers les bataillons ennemis. Cette nouvelle construction, dont Cyrus fut l'inventeur, est encore en usage dans les pays soumis au roi de Perse. » ,
Nous avons parlé ailleurs de la maison royale de Perse, des doryphores qui étaient les gardes du palais et des dix mille immortels qui formaient l'élite de l'armée (tOine 1, page 185). Mais Hérodote nous a laissé une description détaillée des soldats de toutes sortes et de toutes nations qui vinrent envahir la Grèce à la suite du roi Xerxès : « Le total de l'armée de terre, dit Hérodote, monta à dix-sept cent mille hommes; on le supputa comme il suit : on rassembla surun point dix mille hommes, en les serrant le plus que l'on put; autour d'eux, on traça un cercle ;
ce cercle tracé, les dix mille hommes en sortirent, et sur ce cercle môme on bâtit un mur à hauteur d'appui. Lorsqu'on l'eut terminé, on fit entrer dans Tenceinte une autre troupe, et Ton continua jusqu'à ce que, de cette manière, tous les hommes fussent comptés; leur dénombrement uni, on les organisa par nations.
« Voici ceux qui firent partie de cette expédition. Les Perses étaient ainsi équipés: ils portaient autour de leurs tètes des tiares, comme ils les appellent, feutres sans apprêt ; sur le corps des cuirasses à manches, composées de plusieurs pièces de fer, semblables par leur aspect à des écailles; autour des jambes des hauts-de-chausses ; enfin au lieu de boucliers, des écus d'osier, au-dessous desquels étaient suspendus leurs carquois. Ils avaient de courts javelots, de grands arcs, des flèches de roseau, des glaives attachés à la ceinture, s'appuyant sur la cuisse droite. Otanès, père d'Amestris, femme de Xerxès, les commandait; les Grecs autrefois leur donnaient le nom de Céphènes, eux-mêmes se nommaient Artéens et leurs voisins les appelaient ainsi. Lorsque Persée, fils de Jupiter et de Danaé, arrriva chez Céphée, fils de Bélus, il épousa sa fille Andromède et il en eut un fils auquel il donna le nom de Perse et qu'il laissa dans ce pays, car il se trouva que Céphée n'avait point d'enfant mâle; c'est de ce Perse que le peuple a pris le nom qu'il a porté depuis.
« Les Mèdes avaient le même équipement: car c'est là l'équipement des Mèdes, et non celui des Perses. Leur chef était Tigrane, de la famille des Achéménidcs. Tout le monde jadis les appelait Ariens ; mais Médée étant venue d'Athènes en leur contrée, ils changèrent eux-mêmes leur nom : c'est du moins ce que les Mèdes rapportent. Les Cissiens étaient équipés autrement que les Perses; au lieu de feutres, ils portaient des mitres. Leur chef était Anaphe, fils d'Otanès. Les Hyrcaniens, armés comme les Perses, étaient commandés par Mégapane, qui, après ces événements, fut gouverneur de Babylone.
ce Les Assyriens portaient des casques d'airain entrelacés d'une façon barbare et qu'il est impossible de décrire; leurs boucliers, leurs javelines, leurs glaives étaient assez semblables à ceux des Égyptiens; ils avaient en outre des massues de bois garnies de fer et des cuirasses de lin. Les Grecs les nommaient Syriens, et les barbares Assyriens; dans leurs rangs marchaient les Chaldéens;il8 avaient pour chef Otaspe, fils d'Artachée.
« Les Bactriens étaient ceux dont la coiffure se rapprochait le plus de celle des Mèdes; ils avaient des arcs faits de roseaux de leur pays et
de courtes javelines. Les Saces, de race scythique, portaient sur leurs têtes des tiares raides et droites terminées eu pointes ; ils avaient des hauts-de-chausses, des arcs indigènes, des glaives, et en outre des haches que l'on appelle sagaris. Ce sont des Scythes-Armyrgiens et on les appelait Saces, car les Perses donnent le nom de Saces à tous les Scythes. Hystaspe, fils de Darius et d'Atossa, ûlle de Gyrus, était à la tête des Bactriens et des Saces.
« Les Indiens portaient des vêtements de coton ; ils avaient des arcs de bambou et des flèches de roseau, avec des pointes de fer. Pharnazathre, ûls d'Ârtabathe, les commandait.
(( Les Ariens étaient armés darcs médiques, et du reste, comme les Bactriens. Leur chef était Sisamne, fils d'Hydarne. Les Parthes, les Corasmiens, les Sogdes,les Gandoriens et les Dadices, avaient le même équipement que les Bactriens. Ils étaient commandés, les Parthes et les Corasmiens, par Artabaze, ûls de Pharnace ; les Sogdes, par Azane, fils d*Artëe ; les Gandoriens et les Dadices, par un ûls d'Artabane, nommé Artyphie.
« Les Caspiens marchaient vêtus de poil de chèvre, armés d'arcs de roseaux de leur pays, et de cimeterres; tel était leur équipement. Ariomarde, frère d'Artyphie, les commandait. Les Saranges se faisaient remarquer à cause de la teinture de leurs vêtements; ils portaient des brodequins montant jusqu'au genou ; leurs arcs et leurs javelines étaient médiques. Phérendate, fils de Mégabaze, les commandait. Les Partyices, vêtus de môme, portaient des arcs indigènes et des glaives; leur chef était Artynte, ûls d'itamatre.
« Les Uties, les Myces, les Paricaniens, étaient équipés comme les Pactyices et commandés, les Uties, les Myces, par Artamène, ûls de Darius, les Paricaniens, par Siromitre, fils d'Œobaze.
« Les Arabes portaient des manteaux assujettis par des ceintures, et à leur droite de longs arcs recourbés. Les Éthiopiens, revêtus de peaux de panthères et de lions, avaient des arcs faits avec des rameaux de palmier, longs de quatre coudées, sur lesquels ils posaient de courtes flèches de roseau dont la pointe, au lieu de fer, était un caillou aiguisé. Ils avaient en outre des javelines, armées de cornes de gazelles aiguisées, et des massues garnies. Ils marchaient au combat le corps frotté moitié de plâtre, moitié de vermillon. Arsame, fils de Darius et d'Artystone, fille de Cyrus, commandait les Arabes et les Éthiopiens qui demeurent au-dessus de TÉgypte. Les Éthiopiens de l'Orient (car les uns et les autres faisaient panie de l'armée)
étaient incorporés avec les Indiens; ils ne diffèrent en rien des autres par l'apparence et les habitudes, seulement ils n*ont ni le môme langage ni la môme chevelure ; car les Éthiopiens du levant ont les cheveux droits, et ceux de la Libye sont les plus crépus de tous les mortels. Les Éthiopiens d'Asie étaient donc, pour la plupart, équipés comme les Indiens, mais ils se coiffaient de peaux de fronts de chevaux, écorchés avec oreilles et crinières; ces crinières pendantes leur tenaient lieu d'aigrettes, et les oreilles des chevaux étaient dressées au-dessus; ils étendaient devant eux des peaux de grues en guise de boucliers.
« Les Libyens marchaient vêtus de cuir, armés de javelots durcis au feu; leur chef était Massage, fils d'Oaris.
a Les Paphlagoniens portaient des casques de mailles, de petits boucliers, de longues lances, et en outre des épieux et des glaives; ils étaient chaussés de brodequins montant jusqu'à mi-jambe. Les Ligyes, les Matianes, les Mariandyniens, les Syriens, étaient équipés comme les Paphlagoniens. Les Syriens sont ceux que les Perses appellent Capdociens. Les Paphlagoniens et les Matianes avaient pour chef Dotus, flis de Mégasidre; Gobryas, fils de Darius et d'Ariystone, commandait les Mariandyniens, les Ligyes et les Syriens.
a Les Phrygiens avaient à peu près le même équipement que les Paphlagoniens; la différence était légère. Les Macédoniens rapportent qu'on les appela Eriges, aussi longtemps qu'ils furent Européens, et habitèrent avec eux la Macédoine, lis émigrèrent en Asie, et, changeant de contrée, ils changèrent leur nom en celui de Phrygiens. Les Arménien^', colons de ces derniers, étaient équipés comme eux. Artochme, gendre de Darius, commandait les uns et les autres.
« L armement des Lydiens était celui qui se rapprochait le plus de Tarmement des Grecs ; les Lydiens autrefois s'appelaient Méoniens ; ils changèrent de nom et prirent celui de Lydus, fils d'Atys. LesMysiens portaient des casques d'une espèce particulière et de petits boucliers; ils se servaient d'épieux durcis au feu ; ce sont des colons de la Lydie.
« Les Thraces étaient coiffés de peaux de renard; ils portaient des tuniques et, par-dessus, des manteaux bariolés ; autour des pieds et des jambes, ils avaient des brodequins de peau de cerf; ils se servaient de javelines, de petits boucliers et d'épées courtes.
« Les Chalybiens avaient de petits boucliers de peaux de bœuf non préparées; chacun d'eux tenait à la main deux dards de fabrique lycienne. Ils étaient coiffés de casques d airain, sur le devant desquels
su l'A GDERRE.
S'élevaient des cornes, el îles oreilles de bœuf en airain, surmontées
i'ig. 3i9. — Ouenier pane. (Tirt do la moulque ds Ponpéi.)
d'une aigrette. Leur chaussure était un rouleau d'étoffe telnto en pourpre.
a Les MilyeDS portaient de courtes javelines et des vêtements agrafés. Quelques-uns des leurs avaient l'arc lycien et sur leurs tfites des casques de cuir. Les Hoscbiens portaient des casques de bois, de petits
boucliers, de courtes javelines à longue pointe. Les Tibarénes, les MacroDS, les Mosynèces, étaient équipés de même que les Moschiens.
« Les Marcs portaient des casques enlrelacéa à la manière de leur pays; de petits boucliers de cuir et des épieux. Les Colchiens, descasques de bots, de petits boucliers de peaux non préparées, et de courtes javelines; ils avaient eu outre des glaives.
• Les natiODS insulaires qui étaient venues de la mer Ronge et des iles oCi ie roi envoie les bannis, avaient des vêtements et des armes, à peu près comme les Mèdes. Ils étaient commandés par Mardonte, fïts de Basée, qui, dans la seconde année, péril à la bataille de Mycale, où il tftjil l'un des généraux. »
Les monuments graphiques font malheureusement défaut pour appuyer ce récit d'Hérodote. Cependant la figure 329, tirée de la grande mosaïque de Pompéi, montre un guerrrier persan que le roi de
Fi g. 333.
Macédoine vientdc transpercer avocsa lance, cl qui a son cheval tué sous lui. Son costume est très riche ; on y retrouve la mentonnière que nous avons dùjà signalée tomell(fig. 303 el30i).Son bonnet est jaune et son manteau ronge ; Jo vStement de dessous est brodé de différentes couli^urs. Le pantalon collant est onriclii de galons d'or, et couvert de grilTons blancs aux ailes d'or. Les chaussures sont blanches avec des cordons rouges. Ce guerrier est en train de saisir la lance qui vient de le frapper et qu'il cherche à arracher ; son épée, qui est restée dans le fourreau, a une poignée d'ivoire en forme d'oiseau et elle est soutenue par un baudrier rouge et vert. Son cheval noir est couvertd'une housse rouge avec des têtes de griffons aux angles et des ornements blancs.
t'écuyer du roi a coname les autres la tôle enveloppée de jaune, et porte ud manteau rouge bordé de blanc. Sa lèvre est ombragée d'une petite moustache, mais la barbe est complètement rasée, disposition qui parait contraire à tous les usages de l'Orient, mais qui n'est pas isolée ici, car on la retrouve encore mieux caractérisée sur la figure 330, qui représente un officier de la maison du roi. Celui-ci porte, comme le souverain, le collier à serpenls, dont les deux têtes se rejoignent sur sa poitrine. Son bonnet est jaune avec bandeau vert, et sa tunique rougeàtre avec des dessins blancs.
[«pigui, i Xanthe.
Les figures 331 et 332 représentent également des gens de la suilo du roi, toujours caractérisés par le menton enveloppé.
Les Grecs d'Asie au service du roi do Perse conservaient leur costume national, suivant un usage qu'on retrouve chez tous les peuples de l'antiquité qui ont employé des soldats auxiliaires. Un bas-relief découvert en Asie Mineure nous montre un guerrier qui porte le casque et l'équipement des soldats grecs ; mais sa lance est à deux pointes, et, au lieu de l'épée droite, il lient un petit sabre dont ta courbure très prononcée rappelle les armes employées en Orient {fig. 333).
Nous avons peu de renseignements sur les forteresses des Perses, On sait pourtant que les angles des murailles étaient toujours garnies do lours. La figure 33îi montre des restes de fortifications; il parait résulter de ce document que les créneaux employés en Aiie Mineure n'avaient pas la même forme que ceux des Assyriens.
LES ARMÉES GRECQUES L'agi BÉaoïgni. — L'ase aisTORiQDi. — Lu HACiDORuns.
L'agb HÉBOiQUE. — Les Grecs de l'ftge héroïque se servaient d'armes en bronze qui pouvaient être rehaussées d'or ou d'argent, mais
fï
dans lesquelles il est probable que le fer n'entrait pour rien. Lorsque Homère montre Vulcain forgeant les armes d'Achille, le dieu prépare le cuivre, l'étaiD, l'argent et l'or nécessaires à ses travaux, mais i! ne nomme pas le fer en cette occasion. Cependant il conaaissait ce métal, auquel il donne l'épithète de difficile à travailler, mais son silence quand il parle de la fabrication des armes montre qu'on ne l'appliquait pas à cet usage.
Toute la jeunesse s'exerçait à tirer de l'arc, comme le montre la figure 335. Néanmoins l'arc n'était pas l'arme préférée des Grecs, et
LES ARUËES GRECQUES. ÏQ»
les armes qu'Homère met le plus souvent aux maios des héros sont le javelot, la laaceel l'épée.
Des fragments de vases découverts à Mycënes par M. Schliemann (Gg. 336) peuvent fournir quelques renseignements sur le costume des guerriers d'Agamemnoo. Les guerriers qui sont ici représentés sont d'un travail extrêmement grossier, et il est difficile de dire si la longueur démesurée de leur nez est un caractère de race ou une marque de l'inexpérience de l'artiste. Ces guerriers, peints en rouge foncé, sur fond jaune clair, portent des cottes de mailles qui descendaient au-
Pil. 33B.
densons des hanches : elles sont assujetties à la taille par un ceinturon et bordées en bas par une frange de glands allongés. Ils portent de langues lances, auxquelles est fixé un appendice qu'il est difficile de distinguer nettement. Le bas du bouclier est échancré en croissant : la partie inférieure du casque fait saillie par devant et par derrière et un panache décore la partie supérieure.
Un assez grand nombre de scènes guerrières représentées sur les vases se rapportent aux Amazones, et aux lutLes qu'elles soutinrent contre les héros grecs. Nous avons déjà expliqué le costume et l'armement que la tradition attribuait aux Amazones (tome 1, page 257). Les guerriers qu'on voit dans les représentations qui concernent ces récits fabuleux nous donnent probablement l'image assez exacte des héros
900 LA GDBRRB.
grecs dans la période qui a précédé les Pisiatratides, car cette période a été celle de la fabricatioa des vases dont dous parlons. Le casque surmonté d'une grosse aigrette qui pend par derrière en queue de cheval, les botlines souvent agrémentées d'ornements, l'armure formée quelquefois de cottes de mailles, quelquefois de plaques de métal ou de cuir, la lance, l'épée courte et le bouclier rond constituent l'armement habituel de ces guerriers. Le bouclier est quelquefois orné de la représentation d'un animal, comme on le voit sur la figure 337. Deux miroirs étrusques, représentant jlcAtUa combattant Penlhisilée (Hg. 338) et Ajax
lu Auutanu. ID'(iji«i lU
emportant sur ses épaules le corps d'A(ÂUle (lîg, 339) montrent avec une grande précision les détails de l'armure d'un héros. Ces miroirs, comme un très grand nombre d'ouvrages de fabrication étrusque, appartiennent au style grec et les costumes qu'ils reproduisent sont très probablement ceux que portaient les guerriers dans les colonies grecques établies en Italie, ce qui n'a rien d'ailleurs de bien surprenant puisque les scènes représentées se rattachent aux tradilions héroïques de la Grèce,
Une forme de casque toute différente apparaît sur la figure 3/iO qui représente une patrouille en marche. Ce casque porte une visière poiuprotéger le visage et le grand panache qui le surmonte ne s'y attache
LES ARHËBS GRECQUES. 301
pas directemeot, mais s'élève au-dessus d'une pointe de métal. Cette
Fig. 338. — Achille combaïuot Psulbeûlé». [U'aprèi un miroir antique.)
forme est analogue à celle que nous avons vue dans les casques grecs de
PI;. S30. — AJii emporUnt la uiipi d'Achilla. (D'iprèi dd niroli nallqua.)
l'âge héroïque. Od la retrouve encore daos la figure 341 où deux cava-
30S LA GUERHB.
liersfOQt une ronde en compagnie de leurs cbiens.Ces deux monuments nous fournissent des renaeiguements extrêmement précieux, non-seulement sur le costume des guerriers, mais encore sur leurs allures et la nature des manœuvres qui s'exécutaient dans les guerres de l'âge héroïque. Il est bon de remarquer que la présence des cavaliers montés sur leurs chevaux indique une période relativement asssez avancée.car
Pig. 340. — PatrouiUs «a mucha.
dans les temps homériques le cheval sert bien plus pour traîner un char que pour porter un cavalier.
l'ig. S41. — CsTilie» »«
La figure 3/i2 représente un char de guerre dans l'époque héroïque ; c'était une petite voiture à deux roues dans laquelle on entrait par derrière et qui était fermée par devant. Le char de guerre ne pouvait contenir que deux hommes, le combattant et le cocher qui conduisait les chevaux. Ils étaient toujours debout et aucune représentation ne les représente dans une autre position. Les roues en étaient extrêmement
LES ARUÉES GRECQUES. 303
minces ; les chars, qui étaient très légers et qui étaient généralement attelés de deux cbevaux, devaient aller avec une très grande rapidité. Dans riliade le char d'Achille avait quatre chevaux, et c'est ainsi que
FIg. 34S. — Char ds gu«Tr«.
noos le voyons figuré sur la figure 343 qui représente les adieox d'Achille et de Patrocic.
Un char de guerre figuré sur un bas-relief en terre cuite, dans la collection du duc de Lu>ncs, rappelle par sa construction certains
chars assyriens (fig. 3I|I|). Celui-ci paraît fait avec des cannes entrelacées et devait être de la plus extrême légèreté. Au reste c'était là une condition essentielle pour les chars de guerre. Nous voyons que le cocher, uniquement occupé de la direction de ses chevaux, ne porte pas d'armes offensives, tandis que le guerrier placé à ses côtés est armé de pied en cap. L'oiseau qui semble descendre du ciel au moment oti
lechir passe est na présage d'heureux augure ; ua oiseau analogue est figuré sur le bouclier du héros.
La divisiOD décimale parait avoir-été adoptée par les Grecs dés la plus haute antiquité. C'est du moins ce qui parait résulter d'un passage d'Homère qui dit en parlant d'Achille : a 11 était venu avec cinquante vaisseaux dont chacun portait cinquante hommes. Il les avait partagés en cinq corps, que commandaient cinqcapilaines d'un courage éprouvé. D Ainsi les 2,500 Mirmydons amenés par Achille formaient cinq bataillons de 500 hommes chacun et il est probable que les corps de troupes commandés par les autres chefs grecs avaient une oi^oi-
satîon analogue. Le pouvoir des chefs par rapport à leurs subordonnés ne parait pas avoir été bien nettement déterminé. Ces chefs sont tous des rois, et c'est à titre de souverains plutùt que de commandants militaires qu'ils se (ont obéir de leurs soldats, qui. presque toujours, sont en même temps leurs sujets. Deux personnages extrêmement importants sont le devin, qui prédit le succès de la bataille ou la fait retarder si les dieux ne paraissent pas favorables, et le héraut qui fait les fonctions d'ambassadeur et interpose quelquefois son autorité pour faire cesser un combat ou pour en régler les conditions. Le héraut a pour insigne ua bâton de commandement et i! porte une longue robe, comme on le voit sur la figure 345, qui représente un cûmbat entre Achille etTélèphe, d'après un vase du Louvre. Achille est suivi de la Victoire qui s'apprête h le couronner.
Les combats homériques sont toujours des luttes corps à corps qui ressemblent k une succession de duels bien plus qu'à une véritable
bataille. Fidèle observateur des mœurs de son temps, le po€te nous montre toujours des épisodes ou la tactique d'ensemble n'existe pas, parce que tout repose sur la force et le courage individuel des combattanis. Le combat qui s'engage autour du corps de Patrocle résume très bien le genre de guerre qui caractérise les temps héroïques. <i Les défenseurs d'Ilîon, dit Homère, repoussent d'abord les Grecs aux terribles regards : ceux-ci, remplis d'eiïroi, abandonnent le corps de Patrocle. Les Troyens, malgré leur désir, n'immolent aucun guerrier; ils se b&taient trop d'entraîner le corps de Patrocle. Les Grecs, qui ne devaient pas être éloignés du cadavre de leur brave compagnon, reviennent aussitôt, conduits par Ajax, qui, par sa taille et par sa force, l'em-
TALApbe. (D'ipcii DD Tiu peint.)
portait sur les Daoaens, aprôs l'irréprochable fils de Pelée, Ajax s'élance aux premiers rangs des combattants, semblable au sanglier furieux qui, sur une montagne, dissipe aisément une troupe de chiens et de jeunes chasseurs en se précipitant li travers les vallons. Tel Ajax, fïls illustre deTélamon, attaque, dissipe facilement les Troyens, qui, entourant lo corps de Pairoclc, espéraient l'emporter dans leur ville et se couvrir do gloire. Déjà llippothoûs, entraînait Patrocle par les pieds loin de cetto mêlée terrible, après lui avoir lié les jambes près des chevilles au moyen d'une courroie. Hippothoiis voulait plaire à Hector ainsi qu'aux Troyens; mais le malheur fond aussitôt sur lui et nul, malgré son désir, ne peut l'en préserver. Le fils de Télamon sort de la foule, marche contre Hippothoiis et lui brise son casque d'airain à l'épaisse crinière; la pointe di3 la lance le traverse entièrement, car ce casque venait d'être percé par un énorme javelot lancé par un bras vigoureux : la cervelle sanglante jaillit le long de la lance. Les forces aban-
donnent ce guerrier, ses mains laissent échapper les jambes de Patrode, et le malheureux Hippothoûs tombe le front sur le cadavre, loin des plaines fertiles de Larisse. Hélas ! il ne put rendre à ses parents chéris tous les soins qu*ils lui avaient prodigués; sa vie fut de courte durée; il mourut jeune, dompté par la lance du magnanime Âjax! — Hector dirige aussitôt contre le filsdeTélamon un brillant javelot; mais Ajax, qui l'aperçoit, se détourne un peu, et le trait va frapper le fils du valeureux Iphite, Schédius, leplus brave des Phocéens. Schédius habitait un palais superbe dans la célèbre Panopée, et il régnait sur des peuples nombreux. Hector l'atteint à la clavicule ; le trait s'enfonce dans la gorge, et la pointe d'airain ressort au bas de Tépaule. Schédius tombe sur la terre, et autour de lui ses armes retentissent. Ajax ^e précipite sur le vaillant fils de Phénops, Phorcys, qui défendait Hippothoûs; il le frappe au milieu du ventre, et l'arme, en brisant la cavité de la cuirasse, pénètre jusque dans les entrailles. Phorcys roule sur le sol et presse la terre de ses mains. Hector et les premiers d'entre lesTroyens reculent en voyant cet exploit. Alors les Argiens, en poussant de vives clameurs, entraînent le cadavre de Phorcys et d'Hippothoiis et ils les dépouillent. »
Mycènes nous offre après trois mille ans d'existence le type le plus curieux d'une place forte aux temps héroïques. Située sur une hauteur escarpée, elle commandait la plaine d'Argos et les contrées environnantes. La ville s'étageait sur un mamelon de rocher au pied duquel coulait un torrent. L'acropole était de forme triangulaire; les remparts qui subsistent presque en entier montrent des murailles cyclopéennes. C'est à l'époque où ont vécu les héros dont la poésie a conservé le souvenir qu'on rattache ces grandes constructions.
Les murs de Tirynthe, que l'on fait remonter à l'an 1380 environ avant notre ère, sont les plus anciennes constructions que l'on connaisse sur le sol de la Grèce. A cette époque, on choisissait pour y résider les lieux qui semblaient le plus propices pour la défense, et les acropoles s'élèvent au sommet des montagnes ou sur la cime des rochers les plus escarpés. On arrachait des blocs énormes du sein des carrières et on en formait d'épaisses murailles.
Pausanias trouvait les murailles de Tirynthe aussi étonnantes que les pyramides d'Ég)T)te. C'est dans l'épaisseur de ces murailles que sont pratiquées ces célèbres galeries qui menaient sans doute à d'autres constructions aujourd'hui disparues. Leur voûte ogivale est formée d'assises horizontales disposées en encorbellement.
Dans la grande épnque de la Grèce, un grand nombre de cités avaient conservé les murailles cyclopéennes élevées dans les temps héroïques. Mais ceilesque Ton construisait pourfortilîcr les villes avaient naturellement un tout autre caractère,
Messëne, qui fut rebâtie parÉpaminondas, peut nous fournir un exemple du système employé à cette époque. La muraille se terminait supérieurement par des créneaux, et des tours carrées ou demi -circulaires étaient échelonnées de distance en distance. Deux leurs étaient placées de chaque cdté de la porte sur laquelle était représentée une figure de Minerve, d'après un usage commun à beaucoup de villes grecques. Les murs des tours étaient percés de meurtrières allongées par lesquelles on lançait des flèches.
Les villes grecques avaient quelquefois une double muraille environnée de fossés, et la terre qu'on relirait du fossé élait accumulée contre le rempart à l'intérieur, de manière à former un talus qui en rendit l'accès facile aux assiégés. Les murailles étaient quelquefois très larges pour les nécessités de la défense. Les richesses considérables qui affluèrent a Athènes après les guerres médiques furent employées d'abord aux fortifications de la ville. Les murs duPiréo, aussi colossaux que les murs cyclopécns, présentaient une grande régularité dans la construction. La largeur élait telle que deux voitures chargées de pierres pouvaient y marcher de front. Les pierres étaient jointes sans mortier au moyen de crampons en fer.
La guerre avait, dans les temps héroïques, un caractère atroce qui presque nulle part ne laissait de place à la pitié. La mort ou le plus rude esclavage était le sort inévitable du vaincu. Aussi le départ d'un guerrier avait-il quelque chose de solennel, et de nombreuses représcn la tiens se rattachant à des scènes funèbres montrent des scènes d'adieux (fig. 3/|6), Virgile a décrit d'une manière sai3is!:aQl& le sac du palais de Priaro.
<i Périphas à la haute stature,
Antomédon l'écuyer, qui fut conducteur des coursiers d'Achille, et tous les jeunes Grecs venus de Scyros, lancent au faite du palais la flamme
Fig. 340. — Lo) tdioiu d'
dûvorante, Pyrrhus, qui les excite, saisît lui-même une hache & deux traDchants, et frappe les portes qu'il arrache de leurs gonds d'airain. Déjà le fer a traversé le chêne robuste, et fait, dans son épaisseur, une large ouverture ; alors apparaît aux regards l'intérieur du palais, dont les longs portiques se déploient ; on aperçoit l'auguste demeure de Priam et de nos anciens rois. Debout, sur le seuil même, des guerriers veulent en défendre l'entrée. Cependant des gémissements et un tumulte lamentable s'élèvent confusément dans l'intérieur du palais, et les femmes font
retentir de leurs cris de désespoir la profondeur des voûtes : ce bruit affreux monte jusqu'aux astres. Les mères éplorées errent sous les longs portiques, tiennent les portes embrassées et les couvrent de baisers. Alors, plein de cette fureur qui animait son père, Pyrrhus presse l'attaque, et ni les barrières ni les gardes ne peuvent l'arrêter. Le bélier, il coups redoublés, enfoQce les portes : elles tombent avec fracas, arrachées de leurs gonds. La violence ouvre un passage : les Grecs s'élancent, forcent l'entrée, massacrent les guerriiTS qui la défendent, et le palais est rempli de soldats. Tel un fleuve en fureur, qui a rompu ses digues, se précipite écumant à travers leurs débris, roule dans la campagne ses flots amoncelés, et entraîne au loin Ie& troupeaux avec leurs
étables. J'ai vu moi-même, sur le seuil du palais, Pyrrhus avec les deux Âtrides, s'enivraut de carnage ; j'ai vu Hécube et ses brus, et, devant les autels de nos dieux, Priam souillant de son sang les feux sacrés qu'il avait allumés lui-môme. Les cinquante couches nuptiales, espoir d'une nombreuse postérité, et ces superbes portiques, enrichis de l'or des barbares et des dépouilles des vaincus, tout est tombé I Ce qu'épargne la flamme est la proie des Grecs. »
La figure 347 montre une captive emmenée en esclavage. Le sort de ceux que la furie du vainqueur avait épargnés n'avait rien d'enviable. Les femmes étaient les plus malheureuses. Euripide nous peint la vieille Hécube se lamentant au milieu des autres captives, a J'étais reine, dit-elle, je devins Tépouse d'un roi, et je donnai le jour à de nobles enfants, non pas seulement d'un mérite vulgaire, mais les premiers des Phrygiens, et tels qu'aucune femme, troyenne, grecque ou barbare, ne peut se glorifier d'en posséder de pareils. Je les ai vus périr sous la lance des Grecs, et j'ai coupé ma chevelure sur leur tombeau. Et Priam, leur père, ce n'est pas sur le récit d*autrui que je l'ai pleuré; je l'ai vu de mes yeux égorgé au pied de Tautel de Jupiter Hercéen, et, avec lui, j'ai vu tomber son empire; et mes filles, que j'élevai pour d'illustres hyménées, c'est à d'autres qu'elles sont échues; on les arrache de mes bras ; il ne me reste plus l'espoir d'être jamais revue par elles, et moi-même je ne les reverrai plus jamais. Enfin pour mettre le comble à mon malheur, je deviens, dans ma vieillesse, esclave des Grecs ! Ils m'imposeront les services les plus humiliants pour mon âge; moi, la mère d'Hector, on me chargera de veiller aux portes et de garder les clefs, ou de faire le pain; je serai réduite à coucher sur la terre mon corps épuisé, qui fut habitué à la couche royale, et à revêtir mes membres des lambeaux déchirés de la misère! Ahl malheureuse! que de revers l'amour d'une seule femme a-t-il attirés sur moi, et quels maux il me réserve encore ! 0 ma fille Cassandre, qui partages les transports des dieux, quelle calamité a flétri ton innocence I... Et toi, infortunée Polyxène, où es-tu? De toute ma postérité si nombreuse, ni un fils ni une fille ne peut soulager mon infortune. Pourquoi me relever? Dans quelle espérance ? Conduisez mes pieds, jadis si délicats au temps de Troie et esclaves aujourd'hui, conduisez-les sur la terre qui doit me servir de couche, et sur le bord d'un rocher, pour y tomber et mourir épuisée par les larmes. Apprenez aussi à ne donner à aucun des plus fortunés le nom d'heureux avant sa mort. »
3(0 LA GDERRE.
L'ace historique. — A l'époque des guerres médiqnes, la compo- »tion des armées aussi bien que les maDŒUvres militaires ne sont plus du tout ce qu'elles éiaicnt dans la période héroïque. La tactique prend de rimportance et un combat n'est plus comme au temps d'Homère une série de duels d'homme à homme. Les chars de guerre ont complètement disparu et la cavalerie se montre partout à cdté de l'infanterie. L'ensemble d'une armée présente une organisation régulière.
Pig. S4B. — UapUIa gnc (l>'aprit
Dans l'infanterie, on distingue les hoplite!!, les psilitcs et les peltasfes. Les hoplites, ou soldats pesamment armés, ont pourarmes défensives un casque, une cuirasse, un bouclier rond et des bottines garnies de fer, pour armes offensives une longue pique et une épèe (fig. 3Z|8).
Les psilites sont des fantassins légers se servant du javelot, de l'arc et de la fronde. Les peltasies forment une sorte d'infanterie miite qui tient le milieu entre les deux corps qui précèdent.
Hérodote, Thucydide, Xénophon, Arrien et Polybe nous ont laissé de précieux renseignements sur l'organisation et les manœuvres des
armées de la Grèce. « Ces armées, disait le général Lamarque, étaient peu nombreuses, mais elles ont fait de grandes choses ; et si, comme l'a dit avec dédain un auteur moderne, à qui il n'a manqué que de vivre quelques années plus tard pour parvenir à une haute renommée militaire, un bon major conduirait aujourd'hui la manœuvre de Leuctres et de Mantinèe atissi bien qu*Épaminondas lui-même, il est à présumer qu'Épaminondas eût conduit la bataille de Lissa, donnée sur les mômes principes, aussi bien que le grand Frédéric, qui imita sa manœuvre {Encyclopédie moderne), »
Sparte et Athènes ayant tour à tour eu la prépondérance en Grèce, l'organisation de leurs armées a nécessairement servi de modèle à celle des autres républiques grecques. A Sparte, tous les citoyens devaient le service depuis vingt jusqu'à soixante ans ; mais ils étaient classés d'après leur âge, et on ne les appelait que successivement, suivant la nécessité du jour. Ainsi les hommes de vingt à trente-cinq ans avaient seuls servi à Leuctres, mais après la bataille on appela ceux de trentecinq à quarante ans. Cette armée était divisée en plusieurs corps, qui se subdivisaient eux-mêmes en plusieurs compagnies : ces cadres ne représentaient pas toutefois un nombre fixe de soldats, et les corps aussi bien que leurs subdivisions pouvaient être plus ou moins nombreux suivant les circonstances.
Dans Torigine, les deux rois de Sparte marchaient à la tête des armées, mais on sentit bientôt les inconvénients de ce partage du pouvoir militaire et on le concentra sur une seule tête. Dans les batailles le roi devait combattre au premier rang : cent guerriers qui ne le quittaient jamais avaient pour misssion de le défendre ou de mourir avec lui. Les Spartiates avaient du rouge dans leur vêtement, afin qu'on ne vît pas le sang couler : chacun d*eux avait un emblème particulier sur son bouclier, qu'il devait rapporter sous peine d'infamie. Les marches se faisaient au son des fiûtes : les armes des Spartiates ne différaient pas essentiellement de celles des autres Grecs, mais ils se servaient principalement de la lance. Les limites de la Laconie sont au bout de nos piques! disait fièrement Agésilas.
Outre les citoyens, l'armée de Sparte comprenait des auxiliaires qui formaient presque toujours la partie la plus nombreuse, les véritables Spartiates étant considérés comme un corps d'élite. Ainsi sur 45,000 hommes qui combattaient à Platées sous les ordres du général Spartiate, il n'y avait que 5,000 citoyens. Ces auxiliaires se recrutaient parmi les pays soumis, comme les Messéniens ou les ilotes, mais on
31S LA GDBRRE.
«mployait aussi des soldats alliés, par exemple les archers crétois, qui recevaient comme paye une darique par mois (environ 60 centimes par jour). Nous n'avons pas de renseignements particuliers sur le costume des archers, mais nous croyons qu'on peut s'en faire une idée assez exacte d'après la figure 3/|9, tirée du fronton du temple d'^ne.
Le personnage représenté est le héros Teucer, mais l'armure que le sculpteur lui a donnée est celle qu'on portait à l'époque où fut élevé le temple d'^ne, qui est précisément celle dont nous nous occupons.
Un renseignement assez curieux nous est fourni par Aulu-Gelle sur la manière employée pour expédier les dépêches, u Jadis à Lacédémone, dit Aulu-Gelle, quand l'État adressait à ses généraux des dépêches secrètes qui devaient r<!Ster inintelligibles à l'ennemi au cas ou elles seraient inlerccptées, on recouraitàce gtratagème:0R avait deux bâtons ronds, allongés, de même grosseur et de même longueur, polis et préparés de la même manière; l'un était remis au généra! à son départ pour l'armée, l'autre restait conQé aux ma^'istrats avec les tables de la loi et le sceau public. Quand on avait à écrire au général quelque chose de secret, on roulait sur ce cylindre une bande de médiocre largeur et de longueur suDisanle, en manière de spirale ; les anneaux de la bande ainsi roulés
devaient être exactement appliqués et unis l'un à l'autre. Puis on traçait des caractères transversalen^ent, les lignes allant de haut en bas. La bande ainsi chargée d'écriture était relevée du cylindre et envoyée au général au fait du stratagème; après la séparation, elle n'offrait plus que des lettres tronquées et mutilées, des corps et des têtes de lettres, divisés et épars : aussi la dépêche pouvait tomber au pouvoir de l'ennemi sans qu'il lui fût possible d'en deviner le contenu. Quand elle était arrivée à sa destination, le général, qui connaissait le procédé, roulait la bande sur le cylindre pareil qu'il avait, depuis le commencement jusqu'à la fin. Les caractères, que ramenait au même point Tégalité de volume du cylindre, correspondaient de nouveau et présentaient l'ensemble d'une lettre complète et facile à lire.
A Athènes, le service militaire n'était obligatoire que pour les citoyens jouissant d'une certaine aisance. Les pauvres, les étrangers domiciliés et les esclaves étaient rarement admis dans les armées. Les dix tribus d'Athènes fournissaient chacune un général ou stratège, qui commandait l'armée à tour de rôle ; système vicieux qui fit dire ironiquement à Philippe que les Athéniens étaient bien heureux de trouver chaque année dix hommes en état de commander, tandis que lui n'avait encore pu trouver que Parménion. Ces fréquents changements de direction militaire, si bien d'accord avec la démocratie inquiète et jalouse des Athéniens, faillirent plusieurs fois perdre la république, par Fabsence de continuité dans le commandement et la direction de l'armée. Chacun des dix stratèges avait sous ses ordres dix taxiarques, chargés des détails du service. Des hérauts, dont la personne était sacrée, portaient aux généraux les ordres du commandant en chef de l'armée et les transmettaient aux officiers subalternes, par le moyen d'un corps de coureurs organisé à cet effet.
Quand une armée se mettait en campagne, elle emportait des vivres pour un nombre de jours déterminé, et le général devait ensuite veiller à ce qu'elle ne manquât de rien dans le pays qu'il lui faisait traverser. Au moment de la bataille les soldats entonnaient un hymne militaire. L'infanterie se composait d'hommes pesamment armés ou hoplites et de troupes légères qui se trouvaient derrière les grandes lignes et lançaient de là des flèches ou des pierres.
Un bas-relief archaïque découvert aux environs de Marathon et qui
fait aujourd'hui partie du musée d'Athènes dans le temple de Thésée
nous donne l'idée exacte du costume militaire des Athéniens au temps
des guerres médiques (fig. 350). Nous avons moins de renseignements
lY. 40
Bur la cavalerie atbénienDe ; on sait seulement qu'elle se composait, en général, des citoyens les plus riches.
De même que pour l'infanterie, il y avait dans toutes les armées grecques une cavalerie pesante et une cavalerie légère; mais à part la Thessalie qui avait la réputation de former d'excellents cavaliers, c'étaient presque partout les fantassins qui faisaient la principale force des armées grecques. Xénophon nous a fourni quelques rensei- ! gnemenis sur la manière dont la cavalerie était ' armée.
a Nous croyons devoir marquer, dit Xénophon, I comment il faut être armé pour faire la guerre à j cheval. D'abord nous dirons que la cuirasse doit ' être faite à la taille : quand elle joint bien, c'est I tout le corps qui la porte; mais lorsqu'elle est trop 1 large, les épaules seules en sont chaînées; trop ' étroite, c'est une prison, non pas une défense. Et comme les blessures du col sont dangereuses, nous dirons qu'il faut le défendre au moyen d'une pièce tenant à la cuirasse et de la même forme que le col; car, outre rornemcni qui en résultera, cette pièce, si elle est bien faite, couvrira quand on voudra le visage jusqu'au nez. Le casque de Béotie nous parall !e meilleur; car, s'unissant au collet, il couvre tout ce qui est au-dessus de la cuirasse et n'cmpéche point de voir. Que la cuira-ïse, au reste, soit faite de manière à n'empêcher ni de se baisser ni de s'asseoir. Pour couvrir les parties délicates, on aura des pennes {lames circulaires couchées les unes sur les autres comme une queue d'écrovisse) en nombre et en grandeur suffisante; et attendu qu'une blessure au bras gauche met le cavalier hors de combat, nous apirouvons fort la défense qu'on a invenlée pour cette partie et qu'on appelle brassard. Ce brassard couvre l'épaule, le bnis, i'avant-bras et la main de la bride, s'Étend et se plie à volonté, en même temps qu'il pare au défaut de la cuirasse sous l'aisselle. Soit pour lancer, soit pour frapper de pr6s, il faut lever le bras droit : on ûtera donc de la cuirasse ce qui s'oppose à ce mouvement, et on le remplacera par des
Boldat ds UualliaD,
LES ABUËES GRECQDES. 315
pennes à charnières qui puisseot 3'ôter etse remotire, et qui, dans l'action de lever le bras, se déploieront, dans celle de le baisser, se serreront. Cette pièce, qui se met autour du bras comme une bottine, doit être séparée plutôt que fixée à la cuirasse. La partie qui demeure à nu quand on 16ve le bras droit doit Sire couverte près de la cuirasse avec du cuir de veau ou du cuivre; autrement on serait sans défense dans l'endroit le plus dangereux, Comme le cavalier court un péril extrême quand son cheval est lue sous lui, le cheval aussi doit être armé d'un chanfrein (fig. 351), d'un poitrail et de garde-llancs qui, en môme temps, serviront de garde-cuisses aux cavaliers; mais surtout que le ventre du cbeval soit couvert avec le plus grand soin, car cette partie, où les blessures sont le plus à craindre, est outre cela une des pig. 351.
plus faibles. On peut le couvrir avec la housse cbinfreio de chwïL même. 11 faudra que le siège soit construit de manière à donner au cavalier une assiette plus ferme, sans blesser le dos du cheval. Ainsidoivent être armées ces parties du corps de l'homme et du cheval ; mais les garde-cuisses ne couvriront ni te pied ni la jambe de l'homme, qui seront bien défendus si l'on a des boues du même cuir dont se font les semelles. Ces bottes servent en même temps de défense à la jambe et de chaussure.
« Pour se garantir des coups, avec l'aide des dieux, voilà les armes qu'il faut; mais pour frapper l'ennemi, nous préférons le sabre à l'épie; car dans la position élevée du cavalier, [le coup d'espadon vaudra mieux que le coup d'épée. La pique longue étant faible et embarrassante, nous approuvons davantage les deux javelots de cornouiller : on peut, sachant manier cette arme, en lancer d'abord un, et se servir de l'autre en avant, de côté et en arrière; ils sont, en un mot, plus forts et plus maniables que la pique. Darder le plus loin qu'on pourra, ce sera le mieux, à notre avis: car ainsi on a plus de temps pour se retourner et saisir le second javelot. Nous marquerons ici, en peu de mots, la meilleure manière de darder. En avançant la gauche, effaçant la droite et s'élevanl des cuisses, si on lâche le fer de manière que la pointe soit un peu tournée en haut, le coup partira avec plus de violence, portera le plus loin possible et le plus juste aussi, pourvu qu'en lâchant le fer on ait soin que la pointe regarde toujours
droit au but. Tout ceci soit dit pour rinstniction et Fexercice du cavalier. »
La grande puissance militaire des Athéniens était surtout fondée sur leur marine, dont l'entretien formait d'ailleurs la plus forte dépense de l'État. Nous avons déjà parlé des galères et nous avons montré plusieurs représentations de navires grecs (tome III, fig. 431 à 435), mais quand il s'agit des manœuvres d'une armée navale, on se trouve en face de grandes incertitudes, car les érudits invoquent souvent des textes qui font à leurs yeux autorité, mais que les marins repoussent comme étant contraires aux lois de la navigation. L'amiral Jurien de la Gravière, dans son livre sur la marine des anciens, s'exprime ainsi au sujet des flottes athéniennes : « 11 est à regretter que Thucydide ne nous ait pas transmis des détails plus précis sur la construction des navires que la guerre du Péloponèse allait faire entrer en lice; il aurait évité bien des veilles et bien des soucis à l'érudition moderne. Thucydide, par malheur, se borne à nous apprendre « qu'au « temps de la guerre de Troie, les flottes se composaient en majeure « partie de pentécon tores; que les tyrans de Sicile et les Corcyréens « possédèrent les premiers de nombreuses trières; que les Athéniens « en construisirent à leur tour, sur les conseils de Thémistocle, dans u l'attente de Tinvasion des barbares ». Plus propres au combat que les pentécontores, les trières de Salamine n'étaient cependant pas encore complètement pontées. Les trières qui prirent part à la guerre du Péloponèse se présentèrent au contraire sur l'arène pontées de bout en bout. Cent cinquante matelots composaient la chiourme, quelquefois mercenaire, le plus souvent nationale, de la galère grecque. De quelle façon, sur combien d'avirons avait-on distribué ces cent cinquante rameurs? Thucydide et Xénophon n'en disent rien. J'oserais peut-être essayer d'interpréter respectueusement leur silence, si l'on voulait seulement me permettre de raisonner, en pareille matière, par analogie. Quand nous armons les chaloupes de nos vaisseaux de douze avirons de chaque bord, et que nous leur donnons un équipage de quarante-huit rameurs, nous vient-il jamais à la pensée d'ajouter qu'on devra placer quatre hommes sur chaque banc et deux h'»mmes sur chaque rame? Les galères subtiles destinées par les Génois aux voyages de Roumanie et de Syrie avaient à peu près deux fois la longueur de nos chaloupes. Elles portaient, outre cent soixante- seize rameurs, dix arbalétiers, quatre pilotes et un sénéchal. Je gagerais fort que ces
navires à rames du moyen âge ne différaient pas beaucoup des trières de Thucydide.
« La trière nous embarrasse : que serait-ce donc s'il nous fallait expliquer, autrement que par le chiffre des rameurs affectés à chaque aviron, les noms de pentère, d'cxère, d'heptère, d'ennère, de décère? L'histoire ne fait-elle pas mention d'édifices plus gigantesques encore, de vaisseaux à seize rangs, à quarante rangs de rames. La foi la plus robuste ici s'épouvante. Tout Paris viendrait nous affirmer que les bains de la Samaritaine sont partis en course avec quatre mille rameurs et trois mille soldats, que nous serions vraiment tenté de croire, quoique nous ne fassions certes pas profession de scepticisme, que tout Paris se trompe , et cependant ce n'est pas à de mofûdres prodiges qu'on voudrait, textes en main, nous contraindre de donner créance. »
Les Grecs ne paraissent pas avoir élevé après leurs victoires de monuments comme les arcs de triomphe des Romains; la colonne Serpentine pourtant est un édifice commémoratif, qui, par sa destination, fait songer aux monuments du même genre élevés à Rome pour glorifier les victoires de Trajan. Cette colonne, dont la dîme du butin pris sur les Perses après la bataille de Platées avait fait les frais, était à Delphes et fut transportée plus tard à Constantinople où en voit encore des restes. Elle se composait de trois serpents entrelacés, mais elle a surtout de l'importance par les inscriptions qu'on y a trouvées. M. Isambert en donne la description suivante, dans son guide en Orient :
« Les noms des peuples Grecs sont encore presque tous lisibles, depuis le treizième repli du serpent d'airain jusqu'au troisième (les deux premiers n'en montrent aucune trace). Cette inscription constitue un des ornements épigraphiques les plus importants de l'antiquité, puisqu'on y trouvt3 le nom de trente et une cités grecques qui avaient combattu les Perses. C'est exactement le chiffre indiqué par Plutarque. .
« Le monument présente aujourd'hui un aspect singulier. L'on dirait d'abord une colonne torse. Mais un examen plus attentif y fait reconnaître le corps des trois serpents plus mince dans le bas, grossissant jusqu'au quinzième tour, et diminuant à partir du vingt-quatrième. La mâchoire supérieure a été déposée au musée de Sainte-Irène et montre une imitation exacte de la réalité : la tête allongée et aplatie, la bosse au-dessous de l'œil, les dents aiguës et rangées en forme de scie, les narines. Selon Gylli. qui décrivit ce monument en 1532, les têtes étaient écartées largement en forme de triangle. Les gueules
ouvertes étaient destinées à soutenir le trépied d'or. Le monument paraît avoir été fondu d'un seul jet, ouvrage qui montre combien cet art était avancé en Grèce en Fan 478 avant J.-C. »
Les Macédoniens. — La phalange macédonienne était un bataillon carré formé de dix corps. Chaque corps de 1,600 hommes, pesamment armés, présentait cent soldats de front, sur seize de pro fondeur. Ils étaient armés d'une très-longue pique appelée la sarisse. Les rangs étaient tellement pressés que les piques du cinquième rang dépassaient de trois pieds la première ligne. Les hommes étant très-serrés les uns contre les autres et toutes les piques s'avançant à la fois, les rangs étaient très-difficiles à rompre. La fuite des premiers rangs était rendue impossible, à cause des derniers qui avaient toujours la pique en avant, sans avoir égard à ceux qui les précédaient.
Polybe dit que tant que la phalange se maintenait dans son état naturel, rien ne pouvait lui résister de front ni soutenir la violence de son choc, mais il fait en môme temps de cette manœuvre une critique assez sévère. « Pour tirer parti d'une phalange, dit-il, il est nécessaire de lui trouver un terrain plat, découvert, uni, sans fossés, sans fondrières, sans gorges, sans éminences, sans rivières. Or, il est très-rare de rencontrer un terrain de vingt stades ou plus qui n'offre quelqu'un de ces obstacles. Quel usage ferez-vous de votre phalange, si votre ennemi^ au lieu de venir à vous dans ce terrain favorable, se répand dans le pays , ravage les villes et fait du dégât dans les terres de vos alliés? Ce corps restant dans le poste qui lui est avantageux, non seulement ne sera d'aucun secours à vos amis, mais il ne pourra se conserver luimôme. L'ennemi maître de la campagne, sans trouver personne qui lui résiste, lui enlèvera ses convois de quelque endroit qu'ils lui viennent. S'il quitte son poste pour entreprendre quelque chose, ses forces lui manquent et il devient le jouet des ennemis. »
Les Macédoniens ne paraissent pas d'ailleurs avoir porté des armes bien différentes de celles dont les Grecs s'étaient servis avant eux. Voici la description que Quinte-Curce nous a laissée de l'armure d'Alexandre :
u Alexandre se servait d'un petit bouclier reluisant ; il avait sur son casque de grandes plumes blanches qui pendaient de part et d'autre, et il portait une brigandine faite de plusieurs doubles de toile piquée. Véritablement son casque, qui était un ouvrage de Théophile, n'était que de fer, mais il était si reluisant et si poli qu'on l'aurait pris pour
de l'argent; son hausse-col n'était aussi que de fer, mais il était diversiûé de pierreries. Enfin, son épée était d'une trempe qui n'avait point de pareille; et ce qui en augmentait le prix, elle était légère et facile à manier. 11 mettait quelquefois par-dessus ses armes une sorte d'habit militaire, qu'on appelait en ce temps-là un sayon à la sicilienne. Mais il ne se servit de quelques-unes d'elles que quelque temps après ; car on trouva la brigandine dont nous venons de parler entre les dépouilles de la bataille qui fut donnée contre Darius auprès de la ville d'Issus; le roi des Ciliciens lui fit présent de cette excellente épée ; et les Rhodiens de sa cotte d'armes, qu'Hélicon, fameux et célèbre entre les anciens ouvriers, avait faite avec un artiûce incomparable. »
L'emploi des machines de guerre est un des caractères distinctifs de la période macédonienne. '
« Philippe, dit Polybe, lorsqu'il eut résolu d'attaquer Égine par les deux tours, ût placer devant chacune une tortue et un bélier. D un bélier à l'autre vis-à-vis Tentre-deux des tours, on construisit une galerie parallèle à la muraille. A voir cet ouvrage on l'eut pris luimême pour une muraille; car les claies qu'on avait élevées sur les tortues formaient, par la manière dont elles étaient disposées, un édifice tout semblable à une tour; et sur la galerie qui joignait les deux tours, on avait dressé d'autres claies où l'on avait pratiqué des créneaux. Au pied des tours étaient des travailleurs qui, avec des terres, aplanissaient les inégalités du chemin : là, étaient aussi ceux qui faisaient mouvoir le bélier. Au second étage, outre les catapultes, on avait porté de grands vai.-seaux contenant de l'eau et les autres munitions nécessaires pour arrêter tout incendie. Enfin, dans le troisième, qui était d'égale hauteur avec les toits de la ville, était un grand nombre de soldats pour repousser ceux des assiégés qui auraient voulu s'opposer à l'effort du bélier. Depuis la galerie, qui était entre les deux tours, jusqu'au mur qui joignait celles de la ville, on creusa deux tranchées, où l'on dressa trois batteries de balistes, dont l'une jetait des pierres du poids d'un talent et les deux autres des pierres de trente mines. Et pour mettre à l'abri des traits des assiégés, tant ceux qui venaient de l'armée aux travaux, que ceux qui retournaient des travaux à l'armée, on conduisit des tranchées blindées depuis le camp jusqu'aux tortues. »
Une innovation fort curieuse est l'emploi dans les armées macédoniennes des éléphants, dont la conquête de l'Asie avait introduit l'usage sous Alexandre. Le rôle des éléphants dans les armées de l'antiquité est assez iutéressant à étudier. Dans une bataille livrée
entre Âutiochos et Ptolémée, Polybe signale une différence sensible au point de vue de la guerre entre les éléphants de l'Inde et ceux de l'Afrique : a On se battit des tours, avec beaucoup de chaleur, les soldats combattant de près et se perçant les uns les autres de leurs piques. Mais ce qui fut le plus surprenant, ce fut de voir les éléphants môme fondre de front les uns sur les autres, et se battre avec fureur. Car telle est la manière de combattre de ces animaux. Ils se prennent par les dents, et, sans changer de place, ils se poussent l'un l'autre de toutes leurs forces, jusqu'à ce que l'un des deux, plus fort, détourne la trompe de son antagoniste; et dès qu*il lui a fait prêter le flanc, il le perce à coups de dents, comme les taureaux se percent avec les cornes. La plupart des éléphants de Ptolémée craignirent le combat, ce qui est ' assez ordinaire aux éléphants d'Afrique. Ils ne peuvent soutenir ni l'odeur ni le cri de ceux des Indes, ou plutôt je crois que c'est la grandeur et la force de ceux-ci qui les épouvantent et leur font prendre la fuite avant même qu'on les en approche. »
La déclaration de guerre. — La levée des hohmes. Organisation de l'armée. — Les camps. — Les machines de guerre.
La flotte. — Le triomphe.
La déclaration de guerre.— Les Romains ne commençaient jamais une guerre sans l'avoir solennellement déclarée par Tintermédiaire de prêtres nommés fèciaux. Ces prêtres faisaient l'office de hérauts et étaient revêtus du caractère sacré qu'ont toujours eu les ambassadeurs. Tite-Live rapporte ainsi le cérémonial qui s'accomplissait dans cette occasion :
(t Le fécial, arrivé sur le territoire du peuple contre lequel on a des sujets de plainte, se couvre la tête d'un voile de laine. 11 dit : « Entends-moi, Jupiter; entends-moi, contrée (il nomme le peuple qui l'habite), et vous, religion sainte. Je suis l'envoyé du peuple romain.
Chargé d'une mission juste et pieuse, je viens la remplir; qu'on ajoute foi en mes paroles. » Alors il expose ses griefs. Puis, prenant Jupiter à témoin : a Si j'enfreins, dit-il, les lois de la justice et de la religion^ en exigeant que tels hommes, que telles choses me soient livrés» moi, renvoyé du peuple romain, ne permets pas, grand dieu, que je puisse jamais revoir ma patrie. » Voilà ce qu'il dit en mettant le pied sur le territoire. Il le répète au premier habitant qu'il rencontre; il le répète aux portes de la ville, dans la place publique ; il le répétera quelques changements près, dans la formule et dans le serment. Si on ne lui donne point ce qu'il demande, au bout de trente-trois jours, car ce nombre est solennellement prescrit, il fait la déclaration suivante : « Entends-moi, Jupiter, et loi Junon, Quirinus, vous tous, dieux du ciel, de la terre et des enfers, entendez-moi. Je vous prends à témoin que ce peuple (il le nomme) est injuste, et qu'il se refuse à d'équitables réclamations. Au reste, le sénat de ma patrie, légalement convoqué, avisera au moyen de les faire valoir. »
Le fécial revenait ensuite pour attendre la décision du sénat, et si la majorité votait pour la guerre, il était chargé d'en informer définitivement l'ennemi. «L'usage était alors, continue Tite-Live,que le fécial se transportât aux confins du territoire ennemi avec une javeline ferrée, ou avec un pieu durci au feu et ensanglanté. Là, en présence de trois jeunes gens au moins, il disait : Puisque ce peuple (il le nomme) s'est permis d'injustes agressions, que le peuple romain a ordonné la guerre contre ce peuple, que le sénat du peuple romain Ta proposée, décrétée, arrêtée, moi, au nom du peuple romain, je la déclare et je commence les hostilités. » En disant ces mots, il lançait sa javeline sur le territoire ennemi.
La levée des hommes. — Les Romains formaient un peuple essentiellement militaire. Tout citoyen âgé de seize à quarante-six ans était inscrit sur les contrôles de l'armée et pouvait être appelé chaque fois qu'on avait besoin de lui. Nul n'était admis à remplir une fonction publique s'il n'avait préalablement servi dans les armées. Dans l'origine, comme les citoyens étaient tenus de s'équiper eux-mêmes, l'armement n'était pas le même pour tous les combattants, qui étaient répartis en plusieurs classes, déterminées par la fortune personnelle. Tite-Live décrit ainsi le classement de l'armée romaine au commencement de la République :
(I Tous ceux qui avaient cent mille as de revenu et au ''delà for-