‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883Chapitre 16 sur 30 · IV · texte numérisé non relu

IV

série do chamiëros traversées par une tige mobile, de façon que les deux plaques pouvaient être écartées ou rapprochées assez prompteinent, lorsqu'on voulait mettre ou ôter l'armure : les boucles et les agrafes ne paraissent que du cdté gauche. Ce genre de cuirasse est celle que portaient généralement les oOiciers supérieurs, et quand on la posait par terre, les deux pièces qui la composaient dcmeuraîeat unies et la cuirasse vide so tenait debout. Dans cette armure, l'abdomen, les cuisses et les épaules étaient protégés par des bandes de

cuir adaptées dans de petits trous pratiqués autour de la cuirasse.

Un cavalier romain est représenté sur la figure 37i. Dans la colonne Trajane, d'où il est tiré, ce soldat fait partie d'un groupe de cavaliers qui repousse les Parihcs envoyés au secours de l'ennemi.

Pour empocher les manœuvres de la cavalerie ennemie on employait des chausses-trapcs, boules de métal garnies de pointes, que l'on di^ simulait dans l'herbe des prairies et qui blessaient à Timproviste les pieds dos chevaux : la forme de cet engin explique d'ailleurs son usage (fig. 375),

u Les armes de la cavalerie, dit Polybe, sont à peu près les mêmes

que celles des Grecs; mais anciennemeat les cavaliers n'avaient poiot de cuirasses, ils combattaient avec leurs amples vêtements : cela leur donnait beaucoup de facilité pour descendre proœptement de cheval et pour y remonter de même. Comme ils étaient dénués d'armes défensives, ils couraient de grands risques dans la mêlée. D'ailleurs, leurs lances leur étaient fort inutiles pour deux raisons : la première, parce que, étant minces et branlantes, elles ne pouvaient être lancées juste, et qu'avant de frapper l'ennemi, la

plupart se brisaient par la seule agiCaiioo des chevaux. La seconde raison, c'est que ces lances n'étant point ferrées par le bout d'en bas, quand elles s'étaient rompues par le premier coup, le reste ne pouvait plus leur servir en rien. Leur bouclier était fait de cuir de bœuf et assez seml)lable à ces gâteaux ovales dont on se sert dans les sacrifices. Cette sorte de bouclier n'était d'aucune défense dans aucun cas, il n'était pas assez ferme pour résister, et il l'était encore beaucoup moins, lorsque les pluies l'avaient amolli et gâté. C'est pourquoi leur armure ayant bienlùi déplu, ils la changèrent contre celle des Grecs. En effet, les lances de ceux-ci se tenant raides et fermes portent le

LA GUEHRE.

premier coup juâte et violent, et servent également par l'exlrétnità inférieure qui est ferrée. De même leurs boucliers sont toujours durs et fermes, soit pour se défendre, soit pour attaquer. Aussi les Romains préférèrent bientôt ces armes aux leurs, car c'est de tous les peuples

Pig. SIS. - (D'sprti une tUtut

celui qui abandonne le plus facilement ses coutumes pour en prendre de meilleures.

u Après avoir pourvu i l'équipement et à la composition de l'infanterie, Servius forma douze centuries de chevaliers, tous pris parmi les citoyens les plus distingués. II en ajouta six autres, qu'il attacha aux trois centuries de Romulus, sous les mêmes noms que celles-ci avaient reçus à leur inauguration. L'État fournit un fonds de dix mille as pour

LES ARMÉES ROMAIKES. 3H

l'achat des chevaux et pour kiir nournluro on imposa sur les veuve» iine taxe annuelle de deux mille as Toutes ces opérations soulagèrent le pauvre en faisant retomber toutes les charges sur les riches.

(D'iprti

u A l'égard de la cavalerie, les mouvements que Scipion croyait les plus utiles en tout temps et auxquels il fallait qu'elle s'exerçât étaient de faire tourner le cheval à gauche, puis ii droite, ensuite de le faire reculer. Pour les manœuvres d'escadrons, il les instruisait à faire face en arrière par escadrons en une seule conversion et à revenir ensuite à leur première position, ou à faire des mouvements circulaires par deux conversions, el enfin aux mouvements circulaires

par trois conversions, à se porter en avant au trot des ailes ou du centre, un ou deux pelotons ensemble, à revenir k leur poste sans se désunir et sans perdre leurs rangs, à se ranger à l'une ou l'autre aile. Il exerçait

Plg. 375.

LA GDERRE.

aussi ses troupes à se ranger cd batailla, soit en intervertissant l'ordre des rangs, soit en les faisant placer les uns derrière les autres. Il les exerçait encore à avancer sur l'enoeoii el à faire retraite de manière que marne en courant on ne quittât pas ses rangs, et que le mâtne intervalle se trouvât toujours entre les escadrons; car rien n'est plus inutile et plus dangereux que de faire charger une cavalerie qui a rompu ses rangs, a Des armées aussi considérables que celles des Romains devaient nécessairement emporter avec elles un matériel de guerre considérable. Les chariots consacrés à ces transports sont représentés sur plusieurs monuments. Sur la colonne Trajane, on voit un petit chariot à

Fig. 37S. — Cluclal i blgaijai.

(D'ipiit un b*i-nlis[ d* b coloiuie Tnjai

deux roues traîné par deux bœufs et transportant deux petits tonneaux qui renferment probablement du vio ou des subsistances (fig. 376). Ces chariots, qui accompagnaient l'armée dans toutes ses marches, étaient toujours escortés par des soldats. Une autre espèce de chariot, qui, cette fois, est traîné par des chevaux, est représenté sur la colonne Anlonine (Cg, 377), Celui-ci ne porte pas des vivres, mais des Iwucliers et des armures. Il est également escorté par un soldat qui tient la bride des chevaux.

LES ARMÉES ROUAINES. 343

IndêpendammeDt des équipages qui accompagnent toujours aoe armée en marche, chaque soldat portait avec lui tes bagages qui lui étaient personnellement nécessaires. Ces bagages étaient reliés ensemble et fixés au bout d'un bâton comme le montre la figure 378, On remarquera la même disposition sur les soldats qui traversent on pont sur la figure suivante.

(Dap il un ba>-nj cf d< lu colonne Anloaiue)

Pour faire traverser à un corps d'armée une rivière considérable, on y jetait un pont de bateaux, comme on le voit sur la figure 379, qui est tirée Ce la colonne Antonine. On ie construisait en attachant sur, les deux rives du fleuve, l'un a cûté de l'autre, autant de bateaux qu'il en fallait pour soutenir un chemin de planches allant d'un bord à l'autre.

Jules César fournit sur ce sujet quelques renseignements. « Voici sur quel plan il fit construire le pont; on joignait ensemble, à deux pieds d'intervalle, deux poutres d'un pied et demi d'équarrissage, un peu aiguisées par te bas, d'une hauteur proportionnée à celle du fleuve. Introduites dans l'eau à l'aide de machines, elles y étaient fichées et enfoncées à coups de masse, non dans une direction verticale, mais en suivant une ligne OD marche. oblIque et inclinée selon le fil de l'eau. En face

et en descendant, à la distance de quarante pieds, on eu plaçait deux

Kg, uns.

Ht LA GCEMBE.

antres, assemUêes de b nftfme Baniére et loarDées contre la violeoce et l'dbn àa coannl. Sar ces qaatre poains m eo posait ane de deux pïetla d*éqiiarrâsa^ cpi s'eaclaTait dans leur intervalle et était fixée à chaqoe boci par deos cberilles. Ces qaatre pilotis, lâmis par one traTCfse, oCraient ca oaTrage si solide, que plus la T^iditâ do cooniu élaît grande, plus elle OMisolidait cette constmctioa. Ou jeta ensuite des solives d'âne traverse à l'aotre, et on couvrit le tout de fasdoes et de claies. De plus, des pieux obliquement fiches ven la partie inférieure du fieine s'appuyaient oxitre les pilotis en forme de cooire-fans et savaient à Imser le oHiranL Enfin, d'autres

Pig. mt. — Patugs d'un poi (lyapTt* un bU-ieUat de U colonns AntoniDe.)

pieux étaient placés en avant du pont, à peu de distance, afin que, si les barbares lançaient des Iroacs d'arbres ou des bateaux pour abattre CCS constructions, elles tussent ainsi protégées contre ces teniatives et que le pout n'en eût point à souffrir, a

Les habitudes des Romains se modifièrent sensiblement vers la fin do l'ompirc, quand les armées furent presque complètement composées do barbares. Le costume des soldats se transforma également. Un soldat dalmatc, sculpté sur un monument du musée de Bonn, porte un costumo assez curieux qui s'arrondit en draperie devant les cuisses.

SoQ glaive du c6té droit et «)n poignard du c6tè gauche sont suspendus à des ceintures ou baudriers qui lui entoureul le corps : la main droite porte une lance, et la tôle est dépourvue de casque (Gg. 380).

La Jiçure 381 mouire un soldat de l'empire d'Orient et peut ainsi nous faire connaître la physionomie que pouvaient présenter lesarmées de Théodose ou d'Hèraclius. Ls bouclier est rond et d'une convexité très -prononcée. Ce guerrier, qui est probablement un officier, porte une longue chevelure, qui se bifurque au-dessus du front et retombe

3W LA 'ICESBE

«n band«^ rar les -îniii^ acûis inie les siiiais nanaina partait toniouis les dumar '!aans.

On reiiian{iieia 'Çie <x OBnnne ea -aJai aras lequel on a représsaié iûm MidieL ie chef k La siiiŒ ■yit-=ip. psulaot me grande parâe <la moyi^n âge. La raison -en 'SC me 'a plopan des noon^ metus (les premiers sêdes ie Pare ■:hp-riwtnf aoiu dns à d«s aniales by^Loûos. «pii namrsileaKnE itmiiBaifflit aox aiots et ans

personnages célestes les costumes qu'ils avaient habituellement sous les yeux.

Le CAirp. — a Quand le temps de camper approche, dit Polybe, un tribun et quelques centurions prennent les devants. Après avoir examiné l'endroit où le camp doit être assis, ils commencent d'abord par choisir un teirain, pour la leole du conseil, et l'aspect ou le côté do ce terrain où l'on devra loger les légions. Cela fait, on mesure rttendue do terrain que doit occuper le prétoire; ensuite, on tire la ligne sur laquelle se dresseront les tentes dos tribuns, au côté opposé, une autre ligne pour le logement des légions, et enfin on prend les

LES ABMÉES ROMAINES.

dimensions de l'aulre c6lii du prétoire. Comme toutes les distances sont marquiies et connues par od long usage, ces mesures sont prises en fort pou de temps; après quoi on plante le premier drapeau à l'endroit ou sera logé le consul, le second au côté que l'on a choisi, la troisième au milieu de la Wnne sur laquelle seront les tribuns, le quatrième au logement des légions. Ces drapeaux sont de couleur pourpre, celui du consul esl blanc. Aux autres endroits, on fiche de simples piques ou des drapeaux d'autre couleur. Les rues se forment ensuite, et l'on plante des piques dans chacune; en sorte que quand les légions en marche approchent et commencent à découvrir te camp, elles en

I connaissent d'abord toutes les parties, le drapeau du consul leur servant à distinguer tout le reste; et comme d'ailleurs chacun occupe toujours la même place dans le camp, chacun sait aussi dans quelle rue et en quel endroit de celle rue il doit loger, à peu pri^s comme si un corps de troupes entrait dans une ville où il aurait pris naissance, i» La fipure 382 se rattache à rélabUasemenl d'un camp romain; on y

348 LA CnERRE.

TOit des soldats romains qui vont déposer leurs bagages; ils sont accompagnés de leurs chevaux.

Sur la ligure 383, on voit charger des bagages sur le dos des mulets; c'est encore un sujet se rattachant à la rotmaiion des camps.

C'est à Polybe qu'il faut néccasairenieni recourir quand on veut connaître la disposition d'un camp romain ; quoique sa description soit un peu étenduo nous n'avons pas cru devoir en rien retrancher. « Voici, dit-il, de quelle manière campaient les Romains : le lieu choisi pour y asseoir le camp, on dresse la tente du général dans l'endroit d'où il pourra le plus Tacilement voir tout ce qui se passe et envoyer ses ordres. On plante un drapeau où la teoto doit être mise, et autour l'on mesure un espace carré, en sorte que les quatre côtés soient éloi-

Fig. 383. — Cbargeincut de* bagago.

gnés du drapeau de cent pieds et que le terrain que le consul occupe soit de quatre arpents. On loge les légions romaines à l'un des côtés le plus commode pour aller chercher de l'eau et des fourrages. Pour chaque légion, il y a sis tribuns, et il y a deux légions pour chaque consul; ilaont donc l'un et l'autre chacun douze tribuns, qui sont tous li^és sur une ligne droite, parallèle au cdté qu'on a choisi et distante de ce côté de cinquante pieds. Cest dans ccl espace que sont les chevaux, les bêles de charge et tout l'équipage des tribuns. Leurs tentes sont tournées de façon qu'elles ont derrière elles le prétoire (fig. 384 E), et devant, tout le resto du camp. C'est pourquoi nous appellerons désormais le front, cette ligne qui regarde le camp ; les tentes des tribuns, également distinctes les unes des autres, remplissent en travers autant de terrain que les légions. On mesure ensuite un autre espace de cent pieds, le

long des tentes des tribuns, et ayant tiré une ligne qui, parallèle à ces & tentes, ferme la largeur du terrain, on commence à loger les légions.

« Pour cela on coupe perpendiculairement la ligne par le milieu ; du point où elle est coupée on tire une ligne droite, et à vingt-cinq pieds de chaque côté de cette ligne on logo la cavalerie des deux légions vis-à-vis Tune de l'autre et séparées par un espace de cinquante pieds. Les tentes, soit de Tinfanterie, soit de la cavalerie, sont disposées de la même manière, car les compagnies et les cohortes occupent un espace carré et sont tournées vers les rues : la longueur de cet espace est de cent pieds le long de la rue, et pour la largeur on fait en sorte ordinairement qu'elle soit égale à la longueur, excepté au logement des alliés. Quand les légions sont plus nombreuses, on augmente à proportion la longueur et la largeur du terrain, La cavalerie ainsi logée vers le milieu des tentes des tribuns, on pratique une sorte de rue qui commence à la ligne dont nous avons parlé, et à la place qui est devant les tentes des tribuns. Tout le camp est ainsi coupé en rues, parce que des deux côtés les cohortes sont rangées en longueur.

« Derrière la cavalerie sont logés les triaires, une compagnie derrière une cohorte, l'une et Tautre dans la même forme. Ils se touchent par le terrain, mais les triaires tournent le dos à la cavalerie, et chaque compagnie n'a de largeur que la moitié de sa longueur, parce que pour l'ordinaire ils sont moitié moins nombreux que les autres corps. Malgré cette inégalité de nombre, comme on diminue de la largeur, ils ne laissent pas d'occuper en longueur un espace égal aux autres.

« A cinquante pieds des tiiaircs, vis-à-vis, on place les princes sur le bord de Tintervalle, ce qui fait une seconde rue, qui commence, aussi bien que celle de la cavalerie, à la ligne droite ou à l'espace de cent pieds qui sépare les tribuns et finit au côté que nous avons appelé le front du camp.

(c Au dos des princes on met les hastaires qui, tournés à Topposite, se touchent par le terrain, et comme chaque partie d'une légion est composée de dix compagnies, il arrive de là que toutes les rues sont également longues et qu'elles aboutissent toutes au côté qui est le front du camp, vers lequel sont aussi tournées les dernières compagnies.

« Les hastaires logés, à cinquante pieds d'eux et vis-à-vis campe la cavalerie des alliés, commençant à la même ligne et s'étendant jusqu'au même côté que les hastaires. Or, les alliés, après qu'on en a retranché les extraordinaires, sont en infanterie égaux en nombre aux légions romaines; mais, en cavalerie, ils sont le double plus nombreux, et on

en ôte un tiers pour faire la cavalerie extraordinaire. On leur donne donc en largeur du terrain à proportion de leur nombre, mais en longueur, ils n'occupent pas plus d'espace que les tégions romaines. Les quatre rues faites, derrière cette cavalerie se place Tinfanterie des alliés, en donnant à leur terrain une largeur proportionnée, et se tournant du côté du retranchement de sorte qu'elle a vue sur les deux côtés du camp.

« A la tête de chaque compagnie sont, sur les deux côtés, les tentes des centurions. Dans la disposition tant de la cavalerie que de l'infanterie, on fait en sorte qu'entre la cinquième et sixième cohorte, il y ait une séparation de cinquante pieds, laquelle fait une nouvelle rue qui, traversant le camp, est parallèle aux tentes des tribuns. Cette rue s'appelle la Quintaine, parce qu'elle se trouve au-dessous de cinq cohortes. L'espace qui reste derrière les tentes des tiibuns et aux deux côtés du la tente du consul, on en prend une partie pour le marché et l'autre pour le questeur et les munitions.

« A droite et à gauche, derrière la dernière tente des tribuns, près des côtés du camp et en ligne droite, est le logement de la cavalerie extraordinaire et des autres cavaliers volontaires. Toute cette cavalerie a vue, une partie sur la place du questeur et l'autre sur le marché. Elle ne campe pas seulement auprès des consuls, souvent elle les accompagne dans les marchés, en un mot elle est habituellement à portée du consul et du questeur pour exécuter ce qu'ils jugent à propos. Derrière ces cavaliers se loge l'infanterie extraordinaire et la volontaire. Ils ont vue sur le retranchement et font pour le consul et le questeur le même service que la cavalerie dont nous venons de parler

« Devant ces dernières troupes, on laisse un espace de cent pieds, parallèle aux tentes des tribuns, et qui, s'étendant sur les places du marché et du trésor, traverse toute l'étendue du camp. Au-dessous de cet espace est logée la cavalerie extraordinaire des alliés, ayant vue sur le marché, le prétoire et le trésor. Un chemin ou une rue large de cinquante pieds partage en deux le terrain de la cavalerie extraordinaire, descendant à angle droit depuis le côté qui ferme le derrière du camp jusqu'à l'espace dont nous parlions tout à l'heure et au terrain qu'occupe le prétoire. Enfin, derrière la cavalerie extraordinaire des alliés campe leur infanterie extraordinaire, tournée du côté du retranchement et des derrières du camp. Ce qui reste d'espace vide des deux côtés est destiné aux étrangers et aux alliés qui viennent au camp

pour quelque occasion que ce soit. Toutes choses ainsi rangées, on voit que le camp forme une figure carrée et que, tant par le partage des terres que pour la disposition du reste, il ressemble beaucoup à une ville.

« Du retranchement aux tentes, il y a deux cents pieds de distance, et ce vide leur est d'un très-grand usage soit pour l'entrée, soit pour la sortie des légions, car chaque corps s'avance dans cet espace par la rue qu*il a devant lui, et les troupes ne marchant point par le même chemin ne courent pas risque de se renverser et de se fouler aux pieds. De plus on met là les bestiaux et tout ce qui se prend sur Fennemî, et on y monte la garde pendant la nuit. Un autre avantage considérable, c'est que dans les attaques de nuit, il n*y a ni feu ni trait qui puisse être jeté jusqu'à eux, ou si cela arrive, ce n'est que très-rarement; et tttcore qu'en peuvent-ils souffrir, étant à une si grande distance et à couvert sous leurs tentes ?

(( Après le détail que nous avons donné du nombre des fantassins et des chevaux dans chaque légion, soit qu*elles soient de quatre ou cinq mille hommes; de la hauteur, longueur et largeur des cohortes, de rintervalle qu'on laisse pour les rues et pour les places, il est aisé de concevoir l'étendue du terrain qu 'occupe une armée romaine, et par conséquent toute la circonférence du camp.

« Si, dès rentrée de la campagne, il s'assemble un plus grand nombre d'alliés qu'à Tordinairc, ou que pour quelque raison, il en vienne de nouveaux pendant son cours, outre le terrain que nous avons marqué, on fait un logement à ceux-ci dans le voisinage du prétoire, dût-on pour cela, s'il était nécessaire, ne se servir que d'une place pour le marché ou pour le trésor. A l'égard de ceux qui ont joint d'abord l'armée romaine, des deux côtés du camp on leur fait une rue pour les loger à la suite des légions.

« S'il arrive que quatre légions et deux consuls se rencontrent en dedans du même retranchement, pour comprendre la manière dont ils sont campés, il ne faut que s'imaginer deux armées tournées Tune vers l'autre, et jointes par les côtés où les extraordinaires de lune et l'autre armée sont placés, c'est-à-dire par la queue du camp; et alors le camp fait un carré long, qui occupe un terrain double du premier et qui a une fois et demie de plus de tour. Telle est la manière de se camper des consuls lorsqu'ils se joignent ensemble; toute la différence qu'il y a, c'est que le marché, le trésor et les tentes des consuls se mettent entre les deux camps. )\

La figure 38^ reproduit le plan consulaire d'un camp romain, d'après Polybe. L'encadrement noir indique le fossé avec le retranchement qui entoure le camp, dont la forme est rigoureusement carrée.

■i- m ' ■iiiiiii

(D'ipiè* U detcription d« Folrbe.)

Le haut de ce fossé éiait défendu par une forte enceinte de palissades. Chacun des quatre c6tès du camp avait une entrée particulière marquée

par A. B. C. D. sur le plan. Une grande rue latérale allant de B à C, et appelée voie principale sépare le camp en deux parties de grandeur inégale. Dans la plus petite, qui forme la partie supérieure du plan, on trouve le prétoire ou tente du général, E, en dessous de laquelle

sont ÏDdiquées les tentes des tr buns roma ns et des généraux alliés,' raDgées en files le long de la vo e p ne pale L espace concédé au questeur et au comm ssar at p a e sous ses ordres est ad que en M, et la lettre N montre I emplaceme t de la place du marché Les autres

lettres de la partie supérieure indiquent le lieu de campement de quelques troupes d dite, romaines ou alliées, formant la garde consu-

laire et autre. La partie inférieure du plan comprend les soldats des deux légions qui consiituent le camp. Elles sont séparées par une rue centrale allant du prétoire à la porte D, cl sont disposées de telle fa(;on que les Romains occupent le centre et les alliés la partie extérieure.

Les tours que les Romains élevaient soit pour observer les mouvemeots de l'enuemi, soit comme fortifications dans les postes avancés,

étaient quelquefois bâties en pierre de taille; elles étaient pourvue» d'un toit pointu et entourées d'une palissade do pieux disposée circulairement autour de la construction. C'est ce que montre la figure 385» qui est tirée de la colonne Trajane. Il faut observer toutefois que celte tour, sculptée dans la partie la plus mince du bas-relief, et tout en bas de la spirale, a peut-être été raccourcie pour une nécessité de la sculpture ; car les tours qu'on voit sur d'autres monuments sont généralement plus élevées.

La figure 386 représente un bâtiment d'avant-poste et sur la figure 387 on voit un retranchement des Daces posé sur une colline : c'est une muraille crénelée, sur laquelle on aperçoit des têtes de prisonniers romains fixées sur des lances, ainsi qu'un vexillum (drapeau de la cavalerie romaine). On voit aussi des constructions en bois élevées sur des pieux et le dragon qui semble dominer le tout. Ce dragon était renseigne des Daces : sa gueule est fixée sur une longue perche et son corps, formé d'étoffes bariolées et enflé par le vent, imite les mouvements du serpent.

« Lorsque le camp est établi, dit Polybe, les tribuns assemblés reçoivent le serment de tout ce qu'il y a d'hommes dans chaque légion tant libres qu'esclaves. Tous jurent l'un après l'autre et le serment qu'ils font consiste à promettre qu'ils ne voleront rien dans le camp, et que ce qu'ils trouveront ils le porteront aux tribuns. Ensuite, on commande deux cohortes tant des princes que des hastaires de chaque légion, pour garder le quartier des tribuns; comme pendant le jour, les Romains passent la plupart du temps dans cette place, on a soin d'y faire jeter de l'eau et de la tenir propre. Des cohortes qui restent (car nous avons vu que dans chaque légion il y avait six tribuns et vingt cohortes de princes et de hastaires), chaque tribun en tire trois au sort pour son usage particulier. Ces trois cohortes sont obligées, chacune à son tour, de dresser sa tente, d'aplanir le terrain d'alentour et de clore, s'il en est besoin, ses équipages de haies pour la plus grande sûreté. Elles font aussi la garde autour de lui. Cette garde est de quatre soldats, deux devant la tente et deux derrière près des chevaux. Comme chaque tribun a trois cohortes, et que chacune d'elles est de plus de cent hommes, sans compter les triaires et les vélites qui ne servent point, ce service n'est pas pénible, puisqu'il ne revient à chaque compagnie que de quatre en quatre jours. (]ette garde est non-seulement chargée de faire toutes les fonctions auxquelles il plaît aux tribuns de l'employer; elle est destinée aussi à relever sa dignité et son autorité.

« Pour les triaires, exempts du service des tribuns, ils font la garde auprès des chevaux, quatre par cohorte chaque jour pour la compagnre qui est immédiatement derrière eux. Leur fonction est de veiller sur bien des choses, mais particulièrement sur les chevaux, de peur qu'ils ne s'embarrassent dans leurs liens, ou que, détachés ou mêlés parmi d'autres chevaux, ils ne causent du trouble et du mouvement dans le camp. De toutes les cohortes d'infanterie, il y en a toujours une qui à son tour garde la tente du consul, tant pour la sûreté de sa personne que pour Tornement de sa dignité.

c( Pour le fossé et le retranchement, c'est aux alliés à les faire aux deux côtés où ils sont logés; les deux autres côtés sont pour les Romains, un pour chaque légion. Chaque côté se distribue par parties, selon le nombre des cohortes et à chacune il y a un centurion qui préside à Pouvrage; et quand tout le côté est fini, ce sont deux tribuns qui l'examinent et l'approuvent. Les tribuns sont encore chargés du soin de tout le reste du camp, où ils commandent deux tour à tour pendant deux des six mois que dure la campagne. Ceux à qui ce commandement échoit par le sort président à tout ce qui se fait dans le camp. Cette charge parmi les alliés est exercée par les préfets.

« Dès le point du jour, les cavaliers et les centurions se rendent aux tentes des tribuns, et ceux-ci à celle du consul, de qui ils apprennent ce qui (ioit se faire, et ils en font part aux cavaliers et aux centurions, qui le communiquent aux soldats quand Toccasion s'en présente.

« Le mot d'ordre de la nuit se donne de cette manière. Parmi les cohortes de la cavalerie et de Tinfanterie qui ont leurs logements au dernier rang, on choisit un soldat que Ton exempte de toutes les gardes. Tous les jours au coucher du soleil, ce soldat se rend à la tente du tribun, y prend le mot d'ordre qui est une petite planche où Ton a écrit quelques mots, et s'en retourne à sa cohorte. Ensuite, prenant des témoins, il met la planche et le mot d'ordre entre les mains du chef de la cohorte suivante. Celui-ci le donne à celui qui le suit, et ainsi des autres, jusqu'à ce que le mot d'ordre passe aux cohortes qui sont les plus voisines des tribuns, auxquels il faut que ce signal soit reporté avant la fin du jour; et c'est par ce moyen qu'ils savent que ce mot d'ordre a été donné à toutes les cohortes, et que c'est par elles qu'il leur est venu. S'il en manque quelqu'un, sur-le-champ il examine le fait, et voit par l'inscription quelle cohorte n'a point apporté le signal, et celui qui en est cause est aussitôt puni selon qu'il le mérite.

« Pour les gardes de la nuit, il y a une cohorte entière pour le général et le prétoire. Les tribuns et les chevaux sont gardés par les soldats que Ton tire pour cela de chaque cohorte, selon ce que nous avons dit plus haut. La garde de chaque cohorte se prend dans la cohorte même. Les autres gardes se distribuent au gré du général. Pour l'ordinaire, on en donne trois au questeur et trois à chacun des deux lieutenants. Les côtés extérieurs sont confiés au soin des vélites qui, pendant le jour, montent la garde tout le long du retranchement; car tel est leur service; et, de plus, il y en a dix pour chaque porte du camp.

« Des quatre qui sont tirés de chaque cohorte pour la garde, celui qui la doit monter le premier est conduit sur le soir par un officier subalterne au tribun, qui leur donne à tous une petite pièce de bois marquée de quelque caractère ; après quoi ils s'en vont chacun à son poste.

« C'est la cavalerie qui fait les rondes. Dans chaque légion, le capitaine de la première compagnie avertit le matin un de ses officiers subalternes de donner ordre à quatre cavaliers de sa compagnie de faire la ronde avant le dîner. Sur le soir, il doit encore avenir le capitaine de la seconde compagnie de faire la ronde le jour suivant. Celui-ci averti donne le môme avis pour le troisième jour et les autres de suite font la même chose. Là-dessus l'officier subalterne de la première compagnie en prend quatre cavaliers qui tirent au sort la garde. Ensuite ils se rendent à la tente du tribun, de qui ils apprennent par écrit quel corps et combien de gardes ils doivent visiter. Après quoi ces quatre cavaliers montent la garde à la première compagnie des triaîres, dont le capitaine est chargé de sonner de la trompette à chaque heure que la garde doit être montée. Le signal donné, le cavalier à qui la première garde est échue en fait la ronde, accompagné de quelques amis, dont il se sert pour témoins; et il visite non-seulement les gardes postées au retranchement et aux portes, mais encore toutes celles qui sont à chaque cohorte et à chaque compagnie. S'il trouve la garde de la première veille sur pied et alerte, il reçoit d'elle la petite pièce de bois; s'il la rencontre endormie ou si quelqu'un y manque, il prend à témoin ceux qui sont près de lui et se retire. Toutes les autres rondes se font de la même manière. A chaque veille on sonne de la trompette, afin que ceux qui font la garde soient avertis en même temps; et c'est pendant le jour une des fonctions des capitaines de la première cohorte des triaires de chaque légion.

« Pour lever le camp, voici la manière dont les Romains s'y

prennent : le premier signal donné, on détend les tentes et on plie bagage, en commençant néanmoins par celles des consuls et des tribuns; car il n*est pas permis de dresser et de détendre des tentes avant que celles-ci aient été dressées ou étendues. Au second signal, on met les bagages sur les bêtes de charge et au troisième signal les premières marchent et tout le camp s'ébranle. »

Les machines de guerre. — Les machines de jet étaient de trois espèces : les catapultes et les scorpions qui lançaient spécialement des traits, et les ballistes avec lesquelles on lançait des pierres. La catapulte, qui envoie de grosses flèches à des distances souvent considérables, est une machine composée d'un châssis de charpente à deux montants verticaux assemblés par deux traverses parallèles. Un écheveau de cordes de nerfs, faisant l'oflice de la corde d'un arc, est tendu à l'aide d'un moulinetmûp;rdeuxou quatre hommes et lance le trait qu'un servant pointe tandis qu'un autre fait partir la détente. Le trait vole avec une vitesse double de celle des flèches ordinaires et porte beaucoup plus loin. Tout lappareil, qui forme une sorte de batterie, repose sur une forte colonne de charpente que Ion peut faire pivoter pour tirer à droite ou à gauche. Le scorpion est une machine du même genre, mais beaucoup plus petite et par conséquent plus portative, et qui, au lieu d'envoyer un gros trait, lance une infinité de petits traits. Le rapport du scorpion avec la catapulte est donc à peu près le même que celui qui existe aujourd'hui entre la mitrailleuse et le canon de gros calibre.

La balliste, qui lance des pierres, est également mise en mouvement par un gros écheveau de nerfs. Un levier, maintenu verticalement par un crochet, s'abat horizontalement quand le crochet est défait par un coup de maillet et envoie le projectile dont la course décrit environ le quart d*un cercle. Des chariots attelés de mulets traînaient les catapultes toutes montées à la suite des cohortes, ainsi que les scorpioQS, mais pour les ballistes on employait des chariots plats traînés par des bœufs. Les engins envoyés par les machines de guerre pouvaient atteindre à six ou huit cents mètres de distance.

Les projectiles enflammés dont se servaient les anciens étaient de plusieurs sortes. César parle de boulets d'argile rougis au feu qu'on lançait avec la fronde et de darJs enflammés qui incendiaient les huttes couvertes en paille. 11 parle également de tonneaux de suif, de poix et do menu bois, que les défenseurs d une ville assiégée faisaient rouler

358 LA GCERRE.

sur les travaux des assaillants, afin de les incendier. Un fragment de Polybe décrit une machine à lancer du feu qui était employée sur les vaisseaux rhodiens. it Des deux côtés delà proue, dit-il,à l'inlèrieurdubàtiment, sur la partie supérieure, deux ancres étaient placées l'une près de l'autre et fixées par des coins, de mauiére que leurs extrémités s'avançaient assez loin dans la mer; de la tête d'un de ces coins pendait, à l'aide d'une chaîne de fer, un vase - portant une grande quantité de feuj

O de telle sorte qu'à chaque fois qu'ap- "% prochait, soit vis-à-vis, soit sur les côtés, un vaisseau ennemi, on se- - Béiiar couail sur lui ce feu qui ne pouvait

endommager le bàtimeot sur lequel il était placé, attendu que par l'inclinaison de la machine, il s'en trouvait fort éloigné, n

Le feu grégeois, qui a eu tant d'importance au moyen âge, ne

Pig. 3S».

parait pas avoir été employé avant le vu' siècle de notre ère; il n'y a donc pas lieu de s'en occuper ici.

Le bélier était une puissante machine dont les anciens se servaient dans les sièges, à peu près dans les mômes cas où nous employons aujourd'hui l'artillerie. Elle se composait d'une grosse poutre de bois, munie à l'extrèmiié d'une masse de fer en forme de tête de bélier (Qg. 388) : quand on voulait pratiquer une brèche conirc les murailles

LES ARMÉES ROUAIKES.

d'une place fortifiée, on poussait la poutre avec violence de manière que la tête du bélier allât heurter contre les pierres et les désagréger. Primitivement le bélier était porté par un grand nombre d'hommes qu n ava ent d a très ressources que le rs bras pour e fa re manœu V er Cest a ns que les Da es I en p o m sur un bas-rel ef de la colonne Irajane Plus eurs p rfec o men 3 fur nt apportés da s 1 emplo du be er le plus mpor an cons sta à 1 suspendre a une poutre placée sur des montants on le manœuvra t a s dans tous les Bens avec bea coup mo ns de fat gue corporc le et en même tempe

ïm^Mé'

avec beaucoup plus de force. Ensuite on imagina de le fiser sur un cliâssis monté sur des roues et on le couvrit de planches pour proléger les combattants contre les traits de l'ennemi.

L^ figure 389 nous montre un bélier en mouvement.

Comme toutes les villes assiégées étaient munies de fortes murailles crénelées et garnies do tours, l'assiégeant creusait devant la place une contrevallation renforcée aux angles de tours en charpentes, et s'il craignait l'arrivée d'une armée de secours, il traçait une circonvallation qui le protégeait lui-môme, de manière à pouvoir jouer à li fois le rùle d'assiégé et d'assiégeant, comme le fit César au siège d'Alise. Les Romains élevaient en outre de grandes tours roulantes, construites en charpentes, et dont la hauteur dépassait quelquefois celle dus tours qui défen-

(laient la place. Ces tours, nommées ambulatoires, parce qu'on les changeait de place en les poussant le plus près possible des murailles ennemies, avaient généralement huit étages. Elles étaient garnies de soldats et revêtues à Textèrieur de peaux mouillées, qui les préservaient de l'incendie qu'auraient pu causer les projectiles enflammés lancés de la place. Les tours ambulatoires contenaient presque toujours un bélier, qui sapait le bas de la muraille, tandis que les archers et les frondeurs placés en haut s efforçaient de dégarnir le rempart de ses défenseurs. En général, ce n'est qu'après plusieurs attaques réitérées qu'on pouvait donner l'assaut.

Un groupe de la colonne Antonine montre comment les soldats romains réunissaient leurs boucliers de manière à se préserver des projectiles que les assiégés pouvaient lancer sur eux. Il représente en effet des soldats se préparant à faire l'assaut d'une forteresse des Germains: on les voit s'avancer jusqu'au pied de la muraille, en élevant les boucliers au-degsus de leurs têtes et de leurs épaules (fig. 390). Ils sont trèsrapprochés, do sorte que les boucliers non-seulement se touchent, mais se recouvrent mutuellement par leur bord ; leur réunion forme une masse compacte comme Técaille d'une tortue ou la pente d'un toit et les projectiles glissaient dessus sans avoir blessé personne. Dans cette manœuvre une partie des soldats mettaient un genou en terre tandis que les autres se tenaient debout, de façon que l'inclinaison des boucliers rejetât promptement hors des rangs les projectiles qui tombaient.

L'historien Polybe, faisant le récit de l'attaque de Syracuse, que défendait Archimède, décrit ainsi les machines de guerre employées dans ce combat célèbre : a Lorsque Marcus Marcellus attaqua l'Achradine de Syracuse, sa flotte était composée de soixante galères à cinq rangs de rames, qui étaient remplies d'hommes armés d'arcs, de frondes et de javelots pour balayer les murailles. Il avait encore huit galères à cinq rangs de ram3s, d'un côté desquelles on avait ôté les bancs, aux unes à droite, aux autres à gauche, et que l'on avait jointes ensemble deux à deux par les côtés où il n'y avait plus de bancs. C'étaient ces galères qui, poussées par les rameurs du côté opposé à la ville, approchaient des murailles les machines appelées sambuques, et dont il faut expliquer la construction. C'est une échelle de la largeur de quatre pieds qui, étant dressée, est aussi haute que les murailles. Les deux côtés de cette échelle sont garnis de balustrades et de courroies de cuir qui régnent jusqu'à son sommet. On la couche en long sur les côtés des deux galères jointes ensemble, de sorte qu'elle

passe de beaucoup les éperons; et au haut des mâts de ces galères, on attache des poulies et des cordes. Quand on doit se secvir de cette machine, on attache les cordes à l'extrémité de la sambuque, et des hommes relèvent de dessus la poupe par le moyen des pouliea : d'autres sur la proue aident aussi à l'élever avec des leviers. Ensuite, lorsque les galères ont été poussées à terre par les rameurs des deux côtés extérieurs, on applique ces machines à la muraille. Au haut de l'échelle est un petit plancher bordé de claies de trois côtés, sur lequel quatre hommes repoussent en combattant ceux qui des murailles empêchent qu'on applique la sambuque. Quand elle est appliquée et qu'ils sont arrivés sur la muraille, ils jettent bas les claies et, à droite et à gauche, ils se répandent dans les créneaux des murs et dans les tours. Le reste des troupes les suit sans crainte que la machine leur manque, parce qu'elle est fortement attachée avec des cordes aux deux galères. Or ce n'est pas sans raison que cette machine a été appelée sambuque; on lui a donné ce nom, parce que Téchelle étant dressée, elle forme avec le vaisseau un ensemble qui a l'air d'une sambuque.

« Tout étant préparé, les Romains se disposaient à attaquer les tours; mais Archimède avait aussi, de son côté, construit des machines propres à lancer des traits à quelque distance que ce fût. Les ennemis étaient encore loin de la ville qu'avec des ballistes et des catapultes plus grandes et plus fortement bandées, il les perçait de tant de traits qu'ils ne savaient comment les éviter. Quand les traits passaient au delà, il en avait de plus petites proportionnées à la distance, ce qui jetait une si grande confusion parmi les Romains, qu'ils ne pouvaient rien entreprendre, de sorte que Marcellus, ne sachant quel parti prendre, fut obligé de faire avancer sans bruit ses galères pendant la nuit. Mais quand elles furent vers la terre à portée du trait, Archimède inventa un autre stratagème contre ceux qui combattaient de dessus leurs vaisseaux. Il fit percer à hauteur d'homme et dans la muraille des trous nombreux et de la largeur de la main. Derrière ces meurtrières, il avait posté des archers et des arbalétriers qui, tirant sans cesse sur la flotte, rendaient inutiles tous les efforts des soldats romains. De cette manière, soit que les ennemis fussent près, soit qu'ils fussent loin, non-seulement il empêchait tous leurs projets de réussir, mais encore il en tuait un grand nombre. Et quand on commençait à dresser des sambuques, des machines disposées au dedans des murailles et que l'on n'apercevait pas la plupart du temps s'élevaient sur les forts et étendaient leurs becs bien loin en dehors de remparts. Les unes por-

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