IV
taient des pierres qui ne pesaient pas moins de six cents livres, les autres des masses de plomb d'une égale pesanteur. Quand les sambuques s'approchaient, on tournait avec un câble les becs de ces machines où il était nécessaire, et par le moyen d'une poulie que Ton lâchait, on faisait tomber sur la sambuque une pierre, qui ne brisait pas seulement cette machine, mais encore le vaisseau, et jetait ceux qui s'y trouvaient dans un extrême péril.
« 11 y avait encore d'autres machines qui lançaient sur les ennemis qui s'avançaient, couverts par des claies, des pierres d'une grosseur suffisante pour faire quitter la proue des navires à ceux qui y combattaient. Outre cela, on faisait tomber une main de fer attachée à une chaîne, avec laquelle celui qui dirigeait le bec de la machine comme le gouvernail d'un navire, ayant saisi la proue d'un vaisseau, abaissait l'autre bout du côté de la ville. Quand, soulevant la proue dans les airs, il avait dressé le vaisseau sur la poupe, alors liant le bras du levier pour le rendre immobile, il lâchait la chaîne par le moyen d'un moulinet ou d'une poulie. Il arrivait nécessairement alors que ces vaisseaux ou bien tombaient sur le côté, ou bien étaient entièrement culbutés; et, la plupart du temps, la proue retombant de très-haut dans la mer, ils étaient submergés au grand effroi de ceux qu'ils portaient. Marcellus était dans un très-grand embarrsts ; tous ses projets étaient renversés par les inventions d'Arthimôde ; il faisait des pertes considérables, les assiégés se riaient de tous ses efforts. Cependant il ne laissait pas que de plaisanter sur les inventions du géomètre.
« Cet homme, disait-il, se sert de nos vaisseaux comme de cruches pour puiser de l'eau, et il chasse ignominieusement nos sambuques à coups de bâton, comme indignes de sa compagnie. »
Les signaux. — Les pays voisins des frontières où Ton pouvait redouter des incursions et les côtes de la Méditerranée étaient garnis de petites tours d'observation, qui s'échelonnaient de distance en distance, et qui autant que possible étaient placées sur de petites éminences. Les gardes qui veillaient dans ces tours étaient chargés de surveiller les environs et de transmettre les signaux. Une peinture de Pompéi montre une côte sur laquelle sont représentées plusieurs de ces tours d'observation (ûg. 391).
La figure 392 montre une autre construction entourée d'une palis* sade carrée. Une balustrade en bois fait le tour du premier étage, el
on voit à la fenêtre une longue torche allumée qui servait à faire des signaux aux troupes éloignées.
Un fragment de Polybe nous fournit de curieux renseignements sur les méthodes employées dans l'antiquité pour les signaux. « De toutes les inventions, dit Polybe, aucune n'est plus utile que les signaux par le feu. Que les choses viennent de se passer ou qu'elles se passent actuellement, on peut par ce moyen en instruire à trois ou quatre journées de là, et quelquefois même à une plus grande distance, de sorte qu'on est surpris de recevoir le secours dont on avait besoin. Autrefois, cette manière d'avertir était trop simple, et perdait par là beaucoup de son utilité. Car pour en faire usage, il fallait être convenu de diiïérenis signaux, et comme il y a une infinité de différentes affaires, la plupart
Fig. 391. — Tour d'obsenration.
(D'après uno peinture de Poropéi.)
ne pouvaient se connaître par des fanaux. Il était aisé, par exemple, d'avertir ceux avec qui l'on en était convenu; mais des événements qui arrivent sans qu'on s'y attende, et qui demandent qu'on tienne conseil sur-le-champ, et qu'on y apporte du remède, comme une révolte, une trahison, un meurtre ou autre chose semblable, ces sortes d'événements ne pouvaient s'annoncer par le moyen des fanaux. Car il n'est pas possible de convenir d'un signal pour des événements qu'il n'est pas possible de prévoir.
Énée, cet auteur dont nous avons un ouvrage de tactique, s'est efforcé de remédier à cet inconvénient, mais il s'en faut de beaucoup qu'il l'ait fait avec tout le succès qu'on aurait souhaité. On en va juger. Ceux, « dit-il, qui veulent s'informer mutuellement par des fanaux de ce qui se passe n'ont qu'à prendre des vases de terre également larges, profonds et percés en quelques endroits : ce sera assez quïls aient trois coudées de hauteur et une de largeur; qu'ils prennent
ensuite des morceaux de liège un peu plus petiw que l'ouverture des vaisseaux, qu'ils fichent au milieu de ce liège un bikton distingué par quelque enveloppe fort apparente, et qu'ils écrivent sur chacune de ces enveloppes les choses qui arrivent le plus ordinairement pendant une guerre. Sur l'une, par exemple, n il est entré de la cavalerie ; » sur lauiro, « il est arrivé de l'infamerie ; » sur une troisième, de l'infanterie légère; sur la suivante de l'infanterie et de la cavalerie. Sur une autre encore, des vaisseaux ; ensuite des vivres, et de même sur
^rsi,w4.^^.^>rr^
Fig. 3M. — Corps de gJ
toutes les autres enveloppes, tous les autres événements qu'ils pourront prévoir à juste titre devoir arriver, eu égard à la guerre qu'on aura à soutenir : que de part et d'autre on attache à ces vaisseaux de petits tuyaux d'une exacte égalité, en sorte qu'il ne s'écoule ni plus ni moins d'eau des uns que des autres, qu'on remplisse les vases d'eau, qu'on pose dessus les morceaux de liège avec leurs bâtons, et qu'ensuite on ouvre les tuyaux. Cela fait, il est clair que les vases étant égaux, le liège descendra et les bâtons s'enfonceront dans les vases à proportion que ceux-ci se videront; qu'après avoir fait cet essai avec une égale promptitude et de concert, on porte tes vaisseaux aux endroits où l'on doit donner et observer les signaux et qu'on y mette le liège, et à mesure qu'il arrivera quelqu'une de ces choses qui auront été
écrites sur les bâtons, qu'on lève un fanal et qu'on le tienne élevé jusqu'à ce que, de Tautre côté, on en lève un autre; qu'alors on baisse le fanal et qu'on ouvre les tuyaux ; quand l'enveloppe ou la chose dont on veut avertir est écrite et sera descendue au niveau des vases, qu'on lève le flambeau, et que de l'autre côté, sur-le-champ, on bouche les tuyaux et qu*0D regarde ce qui est écrit sur la partie du bâton qui touche à l'ouverture du vaisseau ; alors, si tout a été exécuté de part et d'autre avec la même promptitude, de part et d'autre on lira la même chose.
« Mais cette méthode, quoique un peu différente de celle qui employait, avec les fanaux, des signes dont on était convenu, ne paraît pas encore suffisante. Car on ne peut pas prévoir toutes les choses qui peuvent arriver, et quand on pourrait les prévoir, il ne ferait pas possible de les marquer toutes sur un bâton.
*i La dernière méthode a pour auteur Cléoxène et Démoclite, mais nous l'avons perfectionnée. Elle est certaine et soumise à des règles fixes; par son moyen on peut avertir de tout ce qui se passe. Elle demande seulement beaucoup de vigilance et d'attention, la voici: Que l'on prenne toutes les lettres de Talphabet et qu'on en fasse cinq classes en mettant cinq lettres dans chacune. Il y en aura une qui n'aura que quatre lettres, mais cela est sans aucune conséquence pour le but que l'on se propose- Que ceux qui seront désignés pour donner et recevoir les signaux écrivent sur cinq tablettes ces cinq classes de lettres, et conviennent ensuite entre eux que celui qui devra donner le signal lèvera d'abord deux fanaux à la fois, et qu'il les tiendra levés jusqu'à ce que de l'autre côté on en ait aussi levé deux, afin que de part et d'autre on soit averti que Ton est prêt. Que les fanaux baissés, celui qui donnera le signal élèvera des fanaux par sa gauche pour faire connaître quelle tablette il doit regarder; en sorte que si c'est la première il n'en élève qu'un, si c'est la seconde il en élève deux et ainsi du reste, et qu'il fera de même par sa droite, pour marquer à celui qui reçoit le signal quelle lettre d'une tablette il faudra qu'il observe et qu'il écrive. Après ces conventions chacun s'étant mis à son poste, il faudra que les deux hommes chargés de donner les signaux aient chacun une lunette garnie de deux tuyaux, afin que celui qui les donne voie par l'un la droite, et par l'autre la gauche de celui qui doit lui répondre. Près de cette lunette, ces tablettes dont nous venons de parler doivent être fichées droites en terre, et qu'à droite et à gauche, on élève une palissade de dix pieds de largeur et environ de la hauteur d'un homme, afin que les fanaux élevés au-dessus donnent par leui* lumière un signal
indubitable, et qu'en les baissant elles se trouvent tout à fait cachées ; tout cet apprêt disposé avec soin de part et d'autre, supposé , par exemple, qu*on veuille annoncer que quelques auxiliaires, au nombre d'environ cent hommes, sont passés dans les rangs de Tennemi, on choisira d* abord les mots qui expriment cela avec le moins de lettres qu'il Hora possible, comme cent Krétois (Cretois) ont déserté, ce qui exprime la môme chose avec moitié moins de lettres. On écrira donc cela sur une petite tablette, et ensuite on l'annoncera de cette manière. La première lettre est un K, qui est dans la seconde série des lettres de Talphabet et sur la seconde tablette : on élèvera donc à gauche deux fanaux pour marquer à celui qui reçoit le signal que c'est la seconde tablette qu'il doit examiner,' et à droite cinq qui lui feront connaître que c'est un K, la cinquième lettre de la seconde série qu'il doit écrire sur une petite tablette ; ensuite quatre à gauche pour désigner la lettre R, qui est dans la quatrième série, puis deux à droite pour l'avertir que cette lettre est la seconde de la quatrième série. Celui qui observe les signaux devra donc écrire une R sur sa tablette. Par cette méthode, il n'arrive rien qu'on ne puisse annoncer d'une manière fixe et déterminée. Si Ton y emploie plusieurs fanaux, c'est parce que chaque lettre demande d'être indiquée deux fois; mais d'un autre côté, si l'on y apporte les précautions nécessaires, on en sera satisfait. L'une et l'autre méthode ont cela de commun qu'il faut s'y être exercé avrnt de s'en servir, afin que l'occasion se présentant, on soit en état, sans faire faute, de s'instruire réciproquement ]de ce] qu'il importe de savoir. »
La flotte. — Pendant longtemps les Romains s'occupèrent fort peu de leur marine. Dans les premiers temps, ils n'avaient que des bateaux fort grossiers, semblables à ceux que portait le Tibre, et c'est seulement à partir des guerres puniques qu'ils sentirent la nécessité d'un armement naval. Les vaisseaux de guerre qu'ils construisirent alors ne se distinguaient des autres que par leur dimension qui était généralement plus grande. Les monuments, et notamment la colonne Trajane, en offrent plusieurs représentations. La proue, c'est à-dire Tavant, est représentée sur la figure 393, et la poupe, c'est-à-dire l'arrière, sur la figure 394.
Dans la première, on voit sur le rivage un autel avec la flamme sacrée et un bœuf qui va être immolé. C'était, en effet, l'usage d'offrir un sacrifice au moment où une expédition navale se mettait en route.
LES ARHËRS ROMAINES. 367
La disposition géoérale d'un navire est très visible sur la figure 31)5, I qui représente l'empereur Trajau quittant le port d'Ancône. On remar- I quera la cabine du commandant placée à la poupe du navire. C'est près . Ide là qu'on mettait les drapeaux et enseignes militaires, ainsi que la 1 lanterne destinée à éclairer le bMiment. Mais ce qui distingue surtout I les bâtiments destinés à la guerre, c'est le roslrum ou saillie en forme
Ide pointe qui forme l'avant d'un navire, et qui ici est décoré d'un œilf On donne le nom de rostrum à une sorte d'éperon, qui faisait saillie I Bur la proue des bâtiments de guerre et se terminait par une pointe en t bronze ou en fer. Dans la marine primitive c'était une simple poutre, [ dont l'extrémité était en métal et représentait habituellement la tels I d'un animal : c'est dans ce genre qu'est le roslrum antique trouvé au ' fond du port de Gênes. Mais plus tard, le rostrum fui formé de plusieurs poutres en saillie, dont une dominant toutes les autres, et au lieu d'apparaître en saillie au-dessus de la ligne de llottaison, il fut placé plus bas, de manière à ouvrir une terrible voie d'eau au navire endom- ' Oagé.
Les Romains se servaient aussi dans les armées navales d'une machine de guerre appelée corbeau, qui servait à l'abordage du vaisseau ennemi et dont Polybe donne la description suivante :
o Comme les vaisseaux romains étaient mal construits et d'une extrême pesanteur, quelqu'un suggéra l'idée de se servir de ce qui fut depuis co temps appelé des corbeaux. Voici ce que c'élait : Une pièce de bois ronde, longue de quatre aunes, grosse de trois palmes de diamètre, et autour, une échelle clouée à des planches de quatre pieds de lai^ur sur six aunes de longueur, dont on avait fait un plancher, percé au milieu d'un trou oblong, qui embrassait la pointe h deux aunes de
l'échelle. Des deux côtés de l'échelle, sur la longueur, on avait attaché un garde-fou qui couvrait jusqu'aux genoux. 11 y avait au bout du mât une espèce de pilon de fer pointu, au haut duquel était un anneau, de sorte que toute cette machine paraissait semblable à celles dont on se sert pour faire la farine. Dans cet anneau passait une corde avec laquelle, par le moyen de la poulie qui était au haut de la poutre, on élevait les cordages lorsque les vaisseaux s'approchaient et on les jetait sur les vaisseaux ennemis, tantdl du c&té de la proue, Untftt sur les côtés, selon différentes rencontres. Quand les corbeaux accrochaient un navire, si les deux étaient joints par leurs côtés, les Romains sautaient dans le vaisseau ennemi d'un bout à l'autre; s'ils n'étaient joints que par la proue, ils avançaient deux à deux au travers du corbeau. Les premiers se défendaient avec leurs boucliers des coups qu'on leur portait par devant ; et tes suivants, pour parer les coups portés de c6té, appuyaient leurs boucliers âur le garde-fou. »
Outre les rameurs el les matelots chargés do la manœuv avait toujours, sur les navires romaÎDs, des soldats exercés à combatli
(TsmplD ds la Fortung.)
sur mer et qui répondaient à ce que sont aujourd'hui nos soldats de
marine.
Les vaisseaux de gnerre, lorsqu'ils étaient en route, ne marchaient
qu'a la voile, cl on n'employait la rame que pour la tactique. Des que l'ennemi était signalé les matelots carguaient les voiles, et amenaient les antennes, en môme temps que les soldats élevaient à la proue et à la poupe des tours de combat, dont on voit une représentation sur la Tigure 3%. Ces tours s'emportaient démontées, parce que pendant le trajet, elles auraient gâné la manœuvre. Les soldats combattaient avec leurs armes ordinaires, mais tes rameurs étaient généralement nus jusqu'à la ceinture, pour avoir plus de liberté dans
leurs mouvements. En général, les flottes romaines ne s'écartaient
guère des côtes qu'elles étaient chargées de défendre ou d'attaquer.
Pig. 307. — T*iuciu mjrriBD.
LES ARMÉES HOUAINES. 3T1
et (feat toujours à proximité du rivage que les eDgagemeota maritimes avaient lieu.
Après la bataille d'Actium ou adopta dans la marine militaire una forme de navire analogue à celle des bâtiments que montaient les pirates illyrieas (Gg. 397). C'était ua navire mince et allongé présentant une pointe à l'arrière comme à l'avant, et pouvant contenir quelquefois plusieurs bancs de rameurs. Le mat était placé au milieu du navire et on se servait de la voile levantine ou triangulaire, au lieu de la voile latine ou carrée qu'on employait pour les autres navires. Ces vaisseaux apparaissent quelquefois sur les médailles de Gaude ou de Domitien.
Lb TniOHPUE. — Le triomphe, cérémonie purement romaine et dont on ne trouve pas l'analogue chez les autres peuples de l'antiquité.
Fig. tM. — Cbu de Iriomphs.
avait pour but avoué d'offrir un sacrifice d'actions de grôce à Jupiter Capilolîn, mais le véritable but était de montrer au peuple toute la gloire qu'on avait acquise et tout le butin qu'on avait fait. Pour avoir droit aux honneurs du triomphe, il fallait avoir commandé en chef les armées romaines, remporté une grande victoire et tué au moins cinq mille ennemis dans une bataille rangée, avoir agrandi le territoire de la république et terminé la guerre sans avoir éprouvé de défaites. Celui qui avait obtenu le triomphe ne pouvait pas rentrer dans Rome avant la cérémonie, et le sénat qui décernait le triomphe devait se réunir dans un temple situé hors de l'enc-'inte de ta ville, pour entendre le candidat et examiner ses droits. Le costume du triomphateur était une
Li GCEBBB.
luaiqae bordée de palmes cl tue loge de pourpre à rosaces d'or, que l'oo conservait dîne le temple de Jupiter Capitolin. Il tenait à la main DD sceptre d'ifoire surmonté d'un aigle et conservait à perpétuité lo droit de porter en public une couroooe de laurier.
Le triomfdie était toujours accompagné d'un immense appareil militaire. Des poteaux placés le long da chemin triomphal portaient des écriteaux où étaient relatés les priucipaux faits d'armes de la campagne. Le butin était exposé sur des chariots et accompagné des prisonniers de guerre garrottés. Des couronnes d'or offertes par les villes alliées du peapie romain précédaient le char triumphai. Ce char, splendidement décoré, était tiré par quatre chevaux blancs, marchant de front et quelqueTois par des éléphants. Les figures 398 et 399 montrent ces
chars dans leur forme la plus habituelle. Mais cette furme n'était pas toujours la mëinQ. Aussi une médaille de Vespasien montre an char triomphal qui, au lieu de s'ouvrir par derrière comme les chars ordinaires, était complètement circulaire ei fermé de t3us les c&iés : les panneaux extérieurs étaient décorés de sculptures en ivoire. Enfin, la figure /|00 montre un char de triomphe de l'empire d'Orient.
Les clients et les amis du triomphateur, le sénat, les consuls et tous les grands magistrats suivaient à pied le char triomphal et les soldats venaient ensuite chantant leurs propres louanges qu'ils accompagnaient quelquefois de satires contre leur général. La pompe triomphale traversait le Champ de Mars, passait dans le Vélabre, dans le cirque Maxime, longeait le mont Palatin, prenait la voie Sacrée, traversait le Forum et montait au temple de Jupiter Capitolin. Là, le triomphateur
LES ARHÉ^S ROMAINES. 313
présentait au dieu une branche de laurier et lui adressait une prière d'acii>ns de grftces pour la république.
Les grands et sérieux triomphes ont été ceux de la république ; mais les plus pompeux ont été ceux de l'époque impériale. Sous l'eDipire, l'honneur du trioniphe fut réservé à l'empereur seul, parce que les autres généraux commandaient seulement à titre de lieutenants et les empereurs se sont souvent fait décerner des triomphes peu mérités.
Un des plus célèbres triomphes de la période républicaine a été celui de Paul Emile après sa victoire sur Persée roi de Macédoine. Plutarque en a laisse la description buivante a On avait dressé dans les
iptae. lEmpin d'Oii<
ihéàtres où se font les courses de chevaux et qu'on appelle cirques, dans les places publiques et dans tous les lieux do la ville d'où l'on pouvait voir la pompe, des échafauds, sur lesquels se placèrent les spectateurs, vêtus de robes blanches. On ouvrit les temples, on les couronna de festons, et on y brilla continuellement des parfums. Un grand nombre de licteurs et d'autres oHiciors publics, écariant ceux qui couraient sans ordre de cûté ei d'autre, ou qui se jetaient trop en avant, tenaient les rues libres et dégagées. La marche triomphale dura trois jours entiers; le premier suflit à peine à voir passer les statues, les tableaux et les figures colossales, qui, portés sur deux cent cinquante chariots, oiïraient un spectacle imposant Le second jour, on vit passer également sur un grand nombre de chariots les armes les plus belles et les plus riches des Macédoniens, tant d'airain que
374 LA GUERRB.
d'acier et qui, nouvellement fourbies, jetaient le plus vif éclat. Quoique rassemblées avec beaucoup de soin et d*art, elles semblaient avoir été jetées au hasard par monceaux; c'étaient des casques sur des boucliers, des cuirasses sur des bottines, des pavois de Crète, des targes de Thrace, des carquois entassés pêle-mêle avec des mors et des brides; des épèes nues et de longues piques sortaient de tous les côtés et présentaient leurs pointes menaçantes. Toutes ces armes étaient retenues par des liens un peu lâches, et le mouvement des chariots les faisant se froisser les unes contre les autres, elles rendaient un son aigu et effrayant; la vue seule des armes d'un peuple vaincu inspirait une sorte d*horreur. A la suite de ces chariots marchaient trois mille hommes, qui portaient l'argent monnayé dans sept cent cinquante vases» dont chacun contenait le poids de trois talents, et était soutenu par quatre hommes. D'autres étaient chargés de cratères d'argent, de coupes en forme de cornes, de gobelets et de flacons, disposés de manière à être bien vus, et aussi remarquables par leur grandeur que par la beauté de leur ciselure. Le troisième jour, dès le matin, les trompettes se mirent en marche ; elles firent entendre, non les airs qu'on a coutume de jouer dans les processions et les pompes religieuses, mais ceux que les Romains sonnent pour exciter les troupes au combat. Â leur suite étaient cent vingt taureaux qu'on avait engraissés, leurs cornes étaient dorées et leurs corps ornés de bandelettes et de guirlandes. Leurs conducteurs, qui devaient les immoler, étaient de jeunes garçons ceints de tabliers richement brodés, et suivis d'autres jeunes gens qui portaient les vases d'or et d'argent pour les sacrifices. On avait placé derrière eux ceux qui étaient chargés de l'or monnayé; il était distribué, comme la monnaie d'argent, dans des vases qui contenaient chacun trois talents {seize mille six cent quatre-vingts francs). Il y en avait soixante-dix-sept. Ils étaient suivis de ceux qui portaient la coupe sacrée d'or massif, du poids de dix talents (environ deux cent soixante^un kilogrammes) f que Paul-Émile avait fait faire, et enrichie qui était de pierres précieuses. On portait à la suite les vases qu'on appelait antigonides, séleucides, thériclées, et toute la vaisselle d'or de Persée; envoyait ensuite le char de Persée et ses armes surmontées de son diadème.
a A peu de distance, marchaient ses enfants captifs, avec leurs gouverneurs, leurs précepteurs et leurs officiers, qui tous fondaient en larmes, tendaient les mains aux spectateurs, et montraient à ces enfants à intercéder auprès du peuple et à lui demander grâce. Il y avait deux garçons et une fille; leur âge tendre les empêchait de sentir toute la
grandeur de leurs maux, et un si grand changement de fortune les rendait d'autant plus dignes de pitié, qu'ils y étaient moins sensibles. Peu s'en fallut môme que Persée ne passât sans être remarqué, tant la compassion fixait les yeux des Romains sur ces tendres enfants et leur arrachait des larmes! Ce spectacle excitait un sentiment mêlé de plaisir et de douleur, qui ne cessa que lorsque cette troupe fut passée. Persée venait après ses enfants et leur suite; il était vêtu d'une robe noire et portait des pantoufles à la macédonienne; on voyait \ son air que la grandeur de ses maux lui en faisait craindre de plus grands encore et lui avait troublé l'esprit. 11 était suivi de la foule de ses amis et de ses courtisans, qui, marchant accablés de douleur, baignés de larmes, et les regards toujours fixés sur Persée ♦ faisaient juger à tous les spectateurs que, peu sensibles à leur propre malheur, ils ne déploraient que Tinfortune de leur prince. Après cette dernière troupe, on vit passer quatre cents couronnes d'or, que les villes avaient envoyées à Paul-Émile par des ambassadeurs, pour prix de sa victoire. Enfin paraissait le triomphateur, monté sur un char magnifiquement paré; mais il n'avait pas besoin de cette pompe majestueuse pour attirer tous les regards ; vêtu d'une robe de pourpre brodée en or, il tenait dans sa main droite une branche d*olivier. Toute son armée en portait aussi et suivait son char, rangée par compagnies, chantant ou des chansons usitées dans ces sortes de pompes et mêlées de traits satiriques, ou des chants de victoire pour célébrer les exploits de Paul-Éraile, qui, admiré et applaudi de tout le monde, ne voyait pas un seul homme de bien porter envie à sa gloire. »
L'arc de triomphe est un édifice dont le caractère revient en propre aux Romains, et rien de pareil n'a existé en Grèce. On croit trouver l'origine de cette classe de monuments dans l'habitude qu'avaient les Romains de faire, dans les rues où devait passer le triomphateur, des décorations provisoires où Ton suspendait les dépouilles des vaincus. En général les arcs de triomphe des Romains n'étaient pas, comme ceux des peuples modernes, des monuments élevés à la gloire militaire d'une nation et représentant par conséquent une idée générale. C'était en quelque sorte de l'architecture historique, et un arc triomphal devait consacrer par des représentations non équivoques le souvenir du triomphe particulier qui avait motivé son érection. De là un style spécial dans la décoration de ces monuments, qui devaient rappeler d'une manière symbolique ou réelle les nations vaincues.
3Tt LA GDERRE.
)es Villes prises, les rois captifs, que chacun devait être eo mesure de
reconnaître.
Pendant longtemps l'arc de triomphe u'a été qu'un arc plein cintre
au-dessus duquel on pla<^it la statue du triomphateur et les trophées de la victoire. C'est ainsi qu'on les voit représentés sur plusieurs médailles : ces constructions n'étaient le plus souvent que provisoires, etàparl une colonne qui était placée de chaque c6té de l'arcade, ils étaient à peu près nus. Plus tard, l'édiGce forma un carré percé de trois arcades surmontées d'un atiique assez élevé. Le triomphateur passait par l'arcade du milieu et, au moment de son passage, de petites figures ailées que faisait mouvoir un ressort posaient une couronne
sur sa tête. C'est là, selon Quatremère de Quincy, l'origine de ces
victoires ailées qui figurent sur les arcs de triomphe.
Pig. 40!. — Guerrier toDiiun lUcoré da phiUi
Ce sont ces monuments, qui n'étalent d'abord construits que provisoirement, qui ont servi de types aux arcs de triomphe qu'on a élevés ensuite. 11 y en a encore d'une autre espèce qui présentent des arcs doubles. Mais ceux-ci n'avaient pas toujours de significatiDO parliculière et s'employaient surtout pour les portes des villes. Les deux arcades
LES ARMÉES ROHAINES. 377
«'employaient pour l'entrée et la sortie. Les arcs de Titus, de Scptime Sévère, de Constantin, à Rome, l'arc de Trajan, à Ancfine et i Bénèvent, et en France, l'arc d'Orange sont les plus célèbres monuments de ce genre qui nous aient été conservés.
Plusieurs espèces de couronnes honorlQques étaieot également décernées comme récompenses au mérite militaire. La couronne claus' trak ou vallaîre était décernée au soldat qui, le premier, avait pénétré dans le camp ennemi, en franchissant la palissade; elle était garnie de pointes simulant la palissade. La couronne civiqtie (&g. fiOl) était la récompense du légionnaire qui en avait ?auvè un autre; la couronne graminale était donnée par les soldats au chef de légion qui les
I^g 403 — PntooD «r D(ca
avait tirés d'un péril imminent-, la couronne muroît était donnée à celui qui, le premier, avait escaladé une muraille; la couronne obsidionale, considérée comme la plus importante, était la récompense d'un général ou d'un offlcier supérieur qui avait pu dégager une armée romaine bloquée par l'ennemi.
Outre les couronnes, les Romains honoraient le courage guerrier par des récompenses qui répondaient à peu près à la médaille militaire de l'armée franijaise, ou la décoration de la Légion d'honneur. 11 y en avaiL de plusieurs sortes : les soldats et oOiciers qui avaient fait quelque action d'éclat recevaient une phalère, ornement en pierre dure ou en métal précieux travaillé avec art et affectant généralement la forme d'un gros médaillon. On portait les phalères par-dessus l'armure ; elles étaient suspendues sur la poitrine au moyen de buflleteries qui pas- IV. 48
saient devant la cuirasse. Plusieurs moDuments représeotent des soldats romains pourvus de cette espèce de décoration militaire (fig. ^02). Dans une des vitriaea du musée des autiquitéa au Louvre, on peut voir plusieurs de ces phalères très bien conservées.
Tout soldat romain qui avait Tait prisonnier un soldat ennemi avait droit à une récompense spéciale. La Cgure /|03 représente un prisonnier dace qu'un soldat romain amène devant l'empereur, et la figure A04 deux cavaliers barbares qui sont également conduits par
ItV
Fig. 4D1. — PrùoDDisn daces,
un soldat romain; celui-ci porte le vexillum qui est le drapeau de la cavalerie.
Outre les récompenses spéciales affectées à certains actes de courage, le butta pris sur l'ennemi entrait pour une forte part dans les avantages qu'un soldat pouvait tirer de sa profession.
L'histoire offre plus d'un exemple d'une armée victorieuse qui, pendant qu'elle se livre au pillage, est exposée à un retour offensifde l'ennemi, ou qui, après la bataille, se mutine à cause de l'inégalité des parts faites à chacun. Les généraux romains avaient prévu cela et Polybe nous apprend comment se lit le partage du butin après la prise de Garthagéne. ii Le lendemain, tout le butin qu'on avait fait, tant sur la garnison que sur les citoyens et les artisans, ayant été rassemblé sur
la place publique, les tribuns le distribuèrent à leurs légions, selon l'usage établi chez les Romains. Or telle est la manière d'agir de ce peuple, lorsqu'ils prennent une ville d'assaut. Chaque jour, on tire des légions un certain nombre de soldats, selon que la ville est grande ou petite, mais jamais plus de la moitié. Les autres demeurent à leur poste, Boit hors de la ville, soit au dedans, selon qu'il est besoin. Ces troupes se dispersent pour butiner et on porte ensuite ce que l'on a pris, chacun à sa légion. Le buLin vendu à l'encan, les tribus en partagent le prix en parties égales, qui se donnent non seulement à ceux qui sont aux diflôrents postes, mais encore à ceux qui ont été laissés à la garde du camp, aux malades et aux autres qui ont été détachés pour quelque mission que ce soit. »
Les ÊNNEuts DES RouAiits- —Les petites peuplades Qui habitaient
Rg. *B.
le Latium, et qui étaient dans le voisinage immédiat de Rome, ont été naturellement les premiers ennemis que Rome ait eu à combattre. Mais tout ce qui concerne l'époque des rois est tellemout légendaire qu'il est mpossible de rien préciser sur celte période. On peut du moins pré-
3S0 LA GCERHE.
sumer que ces luttes devaient ressembler passablement à celles des héros grecs de la même époque. II semble que la guerre ait consisté en luttes individuelles dont le fameux combat des Horaces et des Curiaces présente certaioement le récit le plus curieux.
Mais c'est un duel plutôt qu'une bataille, et pour tout ce qui concerne l'organisation militaire des populations primitives de l'Italie, les textes fournissent en somme bien peu de renseignements. Néanmoins les Étrusques nous ont laissé, à défaut de documents écrits, quelques monuments qui, s'ils ne nous éclairent pas beaucoup sur les grandes
divisions d'une armée, et sur les manœuvres qu'on pouvait lui faire exécuter, nous montrent du moins l'équipement du guerrier et les armes qu'il avait à sa disposition.
Le soldat de style archaïque que montre la figure I|05 porte un casque peu différent de celui des Grecs de l'âge héroïque ; il tient en main deux javelots et n'a pas de bouclier. La poitrine est entièrement préservée des coups de l'ennemi par une forte cuirasse, mais les jambes semblent tout à fait à découvert. Mais il n'en est pas de même delà très curieuse statuette représentée sur la ligure /|06, qui est pourvue de jambards, mais dont les pieds sont entièrement nus, particularité que l'on remarque assez fréquemment sur les monuments étrusques. Quant
aux cavaliers étrusques représentés sur un bas-relief (figure Ii07). qui rappelle sous une forme plus barbare ceux de la grande cavalcade du PartbénoD, ils sont remarquables par la coiiïure et par la tunique serrée à la ceinture, mais ils fournissent en somme peu de renseignements sur Tarmement des Étrusques.
Le personnage représenté sur la figure 403 est probablement un chef plutôt qu'un simple soldat : c'est du moins ce qui paraît résulter de son équipement qui montre un certain luxe. La léle de ce guerrier est coilTée d'un casque surmonté d'un grand panache qui retombe jusqu'au milieu du dos, comme le montre la figure 409, qui représente le même guerriar vu de dos. Ce casqtie est garni d'ailerons pour protéger les oreilles. La poitrine est garantie parun corselet, serré par une cein-
LA CCEBBL
C£R et «sTStoosé de detn tptaîtm» <pî reJeaeenfcnt ai poime par dmai. Sa» ce cnselet «s oik tuifiae coorie. «bol le bas est *pp»nm scr le baat des caisses. Des jambt'ëiTs, qui caorreni enûèremait le sEDOa et desceadeu jusqa'aox cfaeTilIa, eoreloppeu les membies
Fi(. «».
inférieurs en laissant à découvert une partie du mollet. Ce Renier porte un bouclier rond, analogue à ceux qu'on trouve chez tous les peuples de l'Italie primitive et qui est également la forme du bouclier romain des premiers âges.
Un vase peint du Louvre nous donne la représentation d'un guerrier samnite (fig. dlO). Il a le corps protégé par une espèce de cuirasse, garnie d'une ceinture; un manteau court Qxé sur le devant de la poirioe flotte eurses épaules. Son casq'ie est garni de plumes; il tient un
LES ARU£ES romaines. 383
javelol dans sa main droite et porte aa bras gauche UD bouclier. Les figures iill à kih, d'après des peintures découvertes dans ud tombeau de l'œstum, montrent également des guerriers de l'Italie méridionale, (i Les Samnites, dit Tite-Live, avaient imaginé de frapper les regards par l'éclat d'une nouvelle armure. Il y avait deui corps d'armée ; l'un avait ses boucliers ciselés en or, l'autre en argent. Le bouclier avait uoe tonne particulière : plus évasé vers l'endroit qui couvre les épaules et la poitrioe, il oOrait dans toute sa parUe supérieure une largeur
égale, tandis que vers le bas il s'amincissait en coin pour être plus maniable; la poitrine était garantie par une coite de mailles tissue en éponge et la jambe gauche par une bottine de fer; les casques étaient rehaussés par un panache, qui donnait à la taille un air gigantesque. L'uniforme du corps aux boucliers dorés était bigarré de dilTérenies couleurs; celui du corps aux boucliers d'argent était blanc. Ceux ci formaient l'aile droite, les autres l'aile gauche, n
Un cavalier samnite est représenté sur la figure ùlS, d'après une peinture de vase. Son costume ne diffère pas beaucoup de celui des fantassins : le cheval n'a pas de selle ni le coussinet ou le tapis qui la remplace habituellemeat dans la cavalerie antique.
384 LA GDERRE.
Si la lutte contre les Samnile'? a établi la prédominance des Romains en Italie, ce sont les guerres puniques qui marquent l'avènement de leur grande puissance.
Carthage entretenait, surtout à l'époque des guerres puniques, des armées considérables. Elles se composaient en grande partie de soldais mercenaires levés en différents pays. Cependant il y avait toujours dans une armée un corps spécial formé de Carthaginois, mais il était peu nombreux, et il semble avoir été destiné plutôt à former des officiers
capables de commander qu'à constituer un véritable corps d'armée. Ainsi dans un ensemble de soixante-six mille hommes, il n'y en avait pas, suivant Diodore de Sicile, plus de deux mille cinq cents qui fussent de Sicile. Les peuples tributaires d'Afrique formaient la plus grande partie du contingent. Il y avait aussi un assez grand nombre de Gaulois et d'Espagnols : ceux-ci formaient habituellement la grosse infanterie, car les Africains étaient plutôt cavaliers. Les frondeurs des Baléares formaient un corps trës-redouté.
Les Grecs, les Campaniens et les Liguriens figuraient aussi en assez grand nombre dans les armées cartliagvnoises. Quelques statuettes
duo travail trës-grossier, découvertes dans la Campanie et )a Grande- Grèce, passent pour représenter des soldats au service de Carthage. Telles sont les deux figurines en bronze trouvées près de Capoue, que reproduisent les figures Iilô et Iil7. Ces deux cavaliers cauipanieos portent une coifTure en forme de capuchon, une tunique fermée par une large ceinture et un pantalon collant à carreaux avec des genouillères. Une autre statuette en bronze trouvée près de Gnimentum, eu
Lucanie, représente un cavalier qui en porte un autre en croupe. On attribue également à ce groupe une origine carthaginoise, sans toutefois qu'il y ait beaucoup de preuves à l'appui; le travail en est extrêmement grossier et rappelle les images phéniciennes de 111e de Sardaigne (ûg. 418).
Les cavaliers numides, qui sont probablement les ancêtres dff nos Kabyles d'Afrique, étaient très-redoutés des Romains. « Quand nos coiiortes se détachaient, dit J. César (Guerre civile), les Numides évitaient leur choc par la fuite, puis, revenant les envelopper dans leur mouvement de retraite, les empûchaient de rejoindre l'armée. Ainsi elles ne pouvaient, sans péril, ni garder leur poste et leur rang, ni se porter en avant et tenter les hasards. L'armée ennemie, à laquelle le
roî M eesim ftataia 4e» r^ofiïs. p^i^sû à Bn Domeni ; les dAct» umbacnu île Eaa!>ici<le: tes blessés ae pixmûai ni se retirer ia combat, m 4tre tmaportés en liai sir. â casae <je la oTalerie Damide qai 0409 etiT«bjfi|iait de tontes parts. ■ €a \jmiii'is à ndoaiés des Romains famaâesu ea paoïie partie la araterû l<§^re de l'année
Les él^lmts guidés par les ÉifaîapiaB bcBnïeot utsaî hd appoîoi
Fig. 415. — Ciiatier
Important de l'armée carthaginoise; mais dans les guerres lointaines ils sont souvent cause de sérieux embarras pour la difficulté du transport.
Polybo raconte la manière qu'employa Annibal pour faire passer le Rh&ae à ses éléphants : « Après avoir fait plusieurs radeaux, d'abord on en joignit deux l'un à l'autre, qui faisaient ensemble cinquante pieds do largeur et on les mit au bord de l'eau où ils étaient retenus avec force et arrêtés à terre. Au bout, qui était hors de l'eau, on en attacha deux autres, et l'on poussa cette espèce de pont sur la rivière. II était
à craindre qae la rapidité du fleuve n'emportât tout l'ouvrage. Pour prérenir ce malbeiir, on retint le c6té exposé au courant par des cordes
!T^:Hll|j|lll^v■'^■'^.,,■:,lllili||;lv;a' 'Ii|l!j
Fig. 410. — Cnaliei ompinisn.
attachées aux arbres qui bordaient le rivage. Quand on eut porté ces
|P:'Ji'Sil()jfii/*JT/imi;M)*^)V((iJ.îM[j::/.n'!î|i(;(iiji|
Pig. 411. — CaTalisT cuopulen.
radeaux à la longueur d'enviroa deux cents pieds, on en consiruisil d:ux autres beaucoup plus grands que l'on joignit aux dcruiers. Ces
388 LA GDBRRE.
deux furent liés fortement l'un à l'autre ; luais ils oe le furent pas tellement aux plus petits qu'il ne fût aisé de les détacher.On avait encore attaché beaucoup de cordes aux petits radeaux, par le moyea desquelles les nacelles destiuées à les remorquer pussent les affermir contre l'impétuosité de l'eau et les amener jusqu'au bord avec les éléphants. Les deux grands radeaux furent ensuite couverts de tertre et de gazon, afin que ce pont fût semblable en toat au chemin qu'avaient à faire
Fig. 418.
les éléphants pour en approcher. Sur terre ces animaux s'étaient toujours laissé manier par leurs conducteurs; mais ils n'avaient pas encore osé mettre les pieds dans l'eau. Pour les y faire entrer, on mit à leur téle deux éléphants femelles, qu'ils suivaient sans hésiter. Ils arrivent sur les derniers radeaux, on coupe les cordes qui tenaient ceux-ci attachés aux deux plus grands; les nacelles remorquent et emportent bientôt les éléphants loin des radeaux qui étaient couverts de terre. D'abord ces janimaux, effrayés, inquiets, allèrent et vinrent de côté et d'autre. Mais l'eau dont ils se voyaient environnes leur fit peur elles retint en place. C'est ainsi qu'Annibal, en joignant des radeaux
deux à deux, trouva le secret de faire passer le Rhône à la plupart de ses éléphants. Je dis à la plupart, car ils ne passèrent pas tous de la même manière. Il y en eut qui, au milieu du trajet, tombèrent de frayeur dans la rivière. Mais leur chute ne fut funeste qu'aux conducteurs. Pour eux la force et la longueur de leurs trompes les tira du danger. En élevant ces trompes au-dessus de l'eau, ils respiraient et éloignaient tout ce qui pouvait leur nuire, et par ce moyen ils vinrent droit au bord malgré la rapidité du fleuve. »
Les vaisseaux des Carthaginois étaient mieux bâtis que ceux des Romains, et leurs marins beaucoup plus expérimentés. Cesi ce que
Fig. 419. — Sanglier, onseigne des Gaulois.
démontre clairement le récit d un combat naval dans Polybe. « Les Carthaginois eurent pendant tout le combat bien des avantages sur les Romains : leurs vaisseaux étaient construits de manière à se mouvoir en tous sens avec beaucoup de légèreté ; leurs rameurs étaient experts, et enfin ils avaient eu la sage précaution de se ranger en bataille en pleine mer. Si quelques-uns des leurs étaient pressés par Tennemi, ils se retiraient sans courir aucun risque, et avec des vaisseaux aussi légers, il leur était aisé de prendre le large. L'ennemi s avançait-il pour les poursuivre, ils se tournaient, voltigeaient autour ou lui tombaient sur le flanc et le choquaient sans cesse, pendant que le vaisseau romain pouvait à peine revirer à cause de sa pesanteur et du peu d'expérience des rameurs; ce qui fut cause qu'il y en eut un grand nombre de coulés à fond, tandis que, si un des vaisseaux carthaginois
306 LA GGEBBE.
était en péril, oa pouvait eo sûreté palier à son secours, en se glissant derrière la poupe des vaisseanx. »
Ooelqae» mODDmeDts'peu Dombreox, il est mi, et des textes trèspréds, dos ans deux grands écrivains militaires de l'anliquiié, Polybe et Jules César, nous font connaître la manière de combattre des Gaulois et nons initient k leurs habitudes militaires.
L'enseigne militaire des Gaulois était un sanglier. Un bas-relief de l'arc de triomphe d'Orange nous montre comment cette enseigne était disposée sur son manche. Nous la reproduisons figure lil9.
IJIM sculpture d'nn sarcophage de la vigne Ammendola représente
- Sdldll ginloit.
un Gaulois qui tombe en arrachant l'arme qui vient de lui transpercer la poitrine. Il a les bras et les jambes nues ; le corps est recouvert par une tunique sans manches (Cg. k^O).
Un fragment de bas-relief encastré dans le piédestal de la Melporoène, au musée du Louvre, représente un Gaulois défendant sa maison contro les soldats romains. Le bras du Gaulois est recouvert d'une manche qui descend jusqu'au poignet. La maison, ou plutôt la hutte qu'on voit au fond, parait construite avec des joncs et des roseaux {Ûg. (.21.)
La bravoure des Gaulois était proverbiale et leur élan était irrésiitible : leurs armes étaient mauvaises. Telle est à peu près l'impression que nous donne Polybe.
« Les Romains, dit Polybe, voyant les Gaulois serrés entre deux armées et enveloppés de toutes parts, ne pouvaient que bien espérer
LES ARMÉES ROMAINES. jg|
du combat; mais, d'un autre côté, la disposition de ces troupes et le bruit qui s'y faisait tes jetaient dans l'épouvante. La multitude des cors et des Irompeiles y étaient innombrable, et toute l'arméo ajoutant à ces instruments ses cris de guerre, le vacarme était tel que les lieus voisins qui le renvoyaient semblaient d'eux-mômes joindre des cris au bruit que Taisaient les trompettes et les soldats, lia étaient effrayés aussi de l'aspect et des mouvements des soldats des premiers rangs, qui, eu effet, frappaient autant par la beauté et la vigueur de leurs corps que par leur nudité; outre qu'il n'y en avait point dans les pre-
mières compagnies qui n'eussent le cou et les bras ornés de colliers et de ' bracelets d'or. A l'aspect de cette armée, les Romains ne purent à la vérité se défendre de quelque frayeur, mais l'espérance d'un riche butin enflamma leur courage... Les archers s'avanct;rent sur le front de la première ligne, selon la coutume des Romains, et commencèrent l'action par une grêle épouvantable de traits. Les Gaulois des derniers I rangs n'en souffrirent pas extrêmement, leurs braies et leurs saies les en défendirent; mais ceux des premiers, qui ne s'attendaient pas à ce prélude et n'avaient rien sur leur corps qui les mit à couvert, en furent
très-incommodés. Ils ne savaient que faire pour parer les coups. Leur bouclier n'était pas assez large pour les couvrir; ils étaient nus, et plus leurs corps étaient grands, plus il tombait de traits sur eux. Se venger sur les archers mômes des blessures qu'ils recevaient, cela était impossible, ils en étaient trop éloignés ; et d'ailleurs comment avancer au travers d'un si grand nombre de traits? Dans cet embarras, les uns, transportés de colère et de désespoir, se jettent inconsidérément parmi les ennemis, et se livrent involontairement à la mort; les autres pâles, défaits, tremblants, reculent et rompent les rangs qui étaient derrière eux... Si les armes des Gaulois eussent été les mômes que celles des Romains, ils remportaient la victoire. Ils avaient à la vérité comme eux des boucliers pour parer, mais leurs épées ne leur rendaient pas les mômes services. Celles des Romains taillaient et perçaient, au lieu que les leurs ne frappaient que de taille.
« Cette bataille est célèbre par l'intelligence avec laquelle les Romains s'y conduisirent. Tout l'honneur en est dû aux tribuns qui instruisirent l'armée en général, et chaque soldat en particulier, de la manière dont on devait combattre. Ceux-ci, dans les combats précédents, avaient observé que le feu et l'impétuosité des Gaulois, tant qu'ils n'étaient pas entamés, les rendaient à la vérité formidables dans le premier choc; mais que leurs épées n'avaient pas de pointes, qu'elles ne frappaient que de taille et d'un seul coup; que le fil s'en émoussait, et qu'elles se pliaient d'un bout à l'autre ; que si les soldats, après le premier coup, n'avaient pas le temps de les appuyer contre terre et de les redresser avec le pied, le second n'était d'aucun effet. Sur ces remarques, les tribuns donnent à la première ligne les piques des triaires qui sont à la seconde et commandent à ces derniers de se servir de leurs épées. On attaque de front les Gaulois, qui n'eurent pas plutôt porté les premiers coups, que leurs sabres leur devinrent inutiles. Alors les Romains fondent sur eux l'épée à la main, sans que ceux-ci puissent faire aucun usage des leurs, au lieu que les Romains» ayant des épées pointues et bien affilées, frappent d'estoc et non. pas de taille. Portant alors des coups et sur la poitrine et au visage des Gaulois, et faisant plaie sur plaie, ils en jetèrent la plus grande partie sur le carreau. »
Jules César a jugé les Gaulois sous un tout autre point de vue : «A la valeur singulière de nos soldats, dit-il, les Gaulois opposaient des inventions de toute espèce, car cette nation est très-industrieuse et très-adroite à imiter et à exécuter tout ce qu'elle voit faire. Ils détour-
LES AHHËES ROMAINES.
Inaient nos faux avec des lacets, et lorsqu'ils les avaient saisies, ils les Attiraient à eux avec des machines. Ils ruinaient notre terrasse, en la IfDinant avec d'autant plus d'habilclé qu'ayant des mines de fer consi-
dérables, ils connaissent cl pratiquent tomes sortes de galeries souterraines. Ils avaient de tous cùtés garni leurs murailles de tours recou-
, Tcrtes de cuir. Faisant de jour et de nuit de fréquentes sorties, tanli^t [, ils mettaient le feu aux ouvrages, lanlût ils tombaient sur les travailleurs. L'élévation que gagnaient nos tours par l'accroisse ment journalier , de la terrasse, ils la donnaient aux leurs en y ajoutant do longues poutres liées ensemble; ils arrêtaient nos mines avec des pieux aigus.
brûlés par le bout, de la poix bouillante, d'énormes quartiers de roches, et nous empêchaient ainsi de les approclier des remparts.
u Voici quelle est à peu près la forme des murailles dans toute la Gaule : à la distance régulière de deux pieds, on pose sur leur longueur des poutres d'une seule pièce, on les assujettit intérieurement entre elles et on les revêt de terre foulée. Sur le devant, on garnit de grosses pierres les intervalles dont nous avons parlé. Ce rang ainsi disposé et bien lié, on en met un secondcn conservant le même espace de manière
que les poutres ne se touchent pas, mais que dans la construction elles se tiennent à une distance uniforme, un rang de pierres entre chacune. Tout l'ouvrage se continue ainsi, jusqu'à ce que le mur ait atteint une hauteur convenable, Non-soulcmcnt une telle construction, formée de rangs alternalifs de poutres et de pierres, n'est point, à cause de celle variété même, désagréable à l'œil, mais elle est encore d'une grande utilité pour la défense et la sùrcié des villes; car la pierre protège lu mur contre l'incendie, et le bois contre le bélier ; et on ne peut renver- . ser ni même entamer un enchaînement de poutres de quarante pieds de long, la plupart liées ensemble dans l'intérieur. »
On voit que le général romain semble apprécier vivement les Gau-
LES ARMËES ROHAIKES. 395
lois pour toat ce qui concerae l'attaque et la défense des places. DaDs un autre endroit, Jules César parle iJes chariots que les Gaulois employaient à la guerre; o Voici, dit Jules César, leur maDière de combattre avec ces chariots : d'abord ils les font courir sur tous les points en lançant des traits; et par la seule crainte qu'inspirent les chevaux et le bruit des roues, ils parviennent souvent à rompre les rangs. Quand ils ont pénétré daus les escadrons, ils sautent à bas de leurs chariots et combattent h pied. Les conducteurs se retirent peu à peu de la mêlée et placent les chars de telle façon que si les combat-
tants sont pressés par le nombre, ils puissent aisément se replier sur eux. C'est ainsi qu'ils réunissent dans le5 combats l'agilité du cavalier à la fermeté du fantassin; et tel est l'effet de l'habitude ot de leurs exercices journaliers, que, dans les pentes les plus rapides, ils savent arrêter leurs chevaux au galop, les modérer et les détourner aussitôt, courir sur le timon, se icnir ferme sur le joug et de là s'élan:er précipitamment dans leurs chars. )>
Nous avons déjà parlé des Germains, des Daccs et des Sarinates (t. II, p. 218). Mous n'avons donc pas à revenir sur ces peuples. La figure k22 représente un soldat dace combattant les Romains. Voici maintenant, figure (|23, les archers daces avec leurs casques coniques. Remarquons en passant combien ces archers daces ressemblent
395 LA GOERRE.
par leur tournure el leur costume à tout ce que les écrivaios nous ont rapporté sur les Pdrtties.
Les royaumes grecs fondés en Asie subirent la lot commune et
■71Iiii\.jv,:-ï^i;i:'S^;-."ji;,l7li|i;'''(||^^7:V'nM||ll^(;y;."''V Fig. 41IB. — C«Talian wuaiudA
lombërent tour à tour sous la domination romaine. Mais les Parthes,
les Sarmates et en général tous les peuples onginaires de Scythie, avaient conservé les mœurs belliqueuses des ïiociens barbares, et an*-
LES ARMÉES ROHAIAES. 397
tèrenf (es Romains dans leur marche conquérante. Rome oc put jamais s'étendra bieo loin du côté de l'Orient, et les frontières de l'empire romain furent au contraire exposées à de continuelles dévastations. Les Partîtes étaient renommés comme cavaliers et comme archers; ils vivaient presque toujours à cheval et c'était en fuyant qu'ils étaient les
f ig- 428. — C»v«liet pcne do l'époque m (Sur un bii-ielicrdo Tikr BasUm,
plus redoutables, attirant l'ennemi sur leurs iraces et luidécochautdes flèches en courant.
Les cavaliers parthes ou sarmates représentés' sur la colonne Trajane sont revôtus, ainsi que leurs chevaux, d'une cotte de mailles qui les protège entièrement (fig. 42fi et /|35}. On distingue ici l'agencement de leur casque qui est un bonnet de cuir de forme conique, entouré de cercles de métal et garni de mentonnières.
Nous avons parlé plus haut des Perses sassanides (t. I", p. 31(i). La figure I|26 montre des cavaliers de Sapor et la figure It27, des fantassins de la même armée. L'allure de ces personnages a encoro
398 LA GCERRE.
un peu du caractère antique ; mais la figure !i28, qui représente un cavalier sculpté sur le rocher de Bisoutoun, quoique de la période sassanide, présente déjà une allure complètement moyen âge.
Ce cavalier porte une cotte de mailles qui retombe sur les genoux et remonte sur le casque de manière à masquer complètement le visage. Il tenait une lance de la main droite qui est brisée; le bras gauche porte un petit bouclier rond. De riches vêtements décorés avec la profusion ordinaire aux Sassanides sortent de cette cotte de mailles. Le cheval, qui est fort endommagé, est couvert d'un chanfrein et de tout un harnachement de guerre : les glands très-nombreux qui décorent son poitrail paraissent avoir été un ornement depuis longtemps goûté dans le pays, puisqu'on en retrouve déjà dans le harnachement des chevaux assyriens.
Les dieux. — Les eudlèmes religieux. -^ Les aniuaux sacrés. Les destinées de l*aue. — Les temples. — Les prêtres.
Les cérémonies du culte.
Les dieux. — Le rapport que les Égyptiens avaient trouvé entre la vie humaine et la marche du soleil forme le fond de leur religion. Le soleil, personnifié dans Ra, passe alternativement de la lumière aux ténèbres, c'est-à-dire à la mort, et des ténèbres à la lumière, c'est-àdire à la vie. II engendre la vie, car c'est à sa chaleur que tous les êtres doivent leur existence; mais lui-même n'a jamais été engendré, donc il s'engendre lui-même, en sorte que le père et le fils, c'est-à-dire le soleil dans sa force et le soleil levant, sont aussi anciens l'un que l'autre.
A côté de ces deux personnages figure une divinité féminine, portant habituellement des cornes de vache, et qui paraît être une personnification de la terre; elle remplit le rôle d'épouse et de mère. Mais, quoique mère, elle demeure toujours vierge. « Je suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été, dit la déesse dans une inscription rapportée par Plutarque; personne n'a relevé ma tunique et le fruit que j'ai enfanté est le soleil. »
Le soleil se conçoit lui-même dans le sein de la déesse. Pour comprendre ce symbolisme en apparence assez obscur, il faut se rappeler les impressions qu'ont dû éprouver les hommes primitifs en face du spectacle de la nature. Le soleil levant qui apparaît à l'horizon leur semblait sortir de la terre; il est donc enfanté par elle, mais il n'est pas engendré, puisque le soleil de jour, sm père, ne touche jamais à la terre.
400 IMSTITSTIONS RELIGIEUSES.
Ces trois divinités constituent ce qu'on appelle une triade : tous les temples de l'Egypte sont dédiés à une triade qui porte un nom dilTéreat selon le pays oîi elle est adorée, mais qui représente toujours la môme pensée. La religion égyptienne est en effet un mélange de cultes locaux, divers dans leurs apparences, mais se rattachant au même symbolisme.
Ainsi à Thébes, la triade se compose du dieu Ammon-Ba (Ra est le soleil personnifié), de la déesse Maut et du jeune dieu Ghans; à Hemphis, le dieu qui représente le soleil levant est fils de Pbtah, l'éner-
— iiiilaun'paoro p (Uiuéa du t^uvrs.)
gie créatrice, et de Pacht, la déesse à tète de lionne qui punit les crimes des hommes. Mais de toutes les triades égyptiennes la plus importante est celle d'Osiris, Isis et Horus, dont le culte était répandu dans toute lÉgyptc,
La triade égyptienne apparaît sur un assez grand nombre de monuments; on la voit figurer, entre autres, sur un petit autel que porte un personnage agenouillé; c'est une statue en basalte noir, découverte au dernier siècle sur la voie Flaminienne, à environ dix lieues de Rome. L'inscription de cette statue la reporte au règne de Psammitiqae 11, o'est-à-dire vers le vi* siècle avant Jésus-Christ (fig. /|29).
Le dieu suprême, bien qu'unique dans son principe, se dédouble en
une foule de qualités qui se personnifient sous différents noms. Ainsi la puissance féconde du dieu sera Ammon, sa bonté seraOsiris, son intelligence sera Thoth ; mais la forme que le dieu prend alors pour se faire reconnaître est presque toujours empruntée à l'animalité et c'est assurément là un des points les plus curieux de la doctrine égyptienne.
« La division de l'Egypte en nomes ou provinces, dit Mariette, a pour base sa division antérieure en districts religieux. Chaque nome reconnaissait en effet un dieu qui n*était pas le protecteur des nomes voisins, tandis que chaque ville accueillait à son tour une divinité à laquelle elle rendait plus particulièrement ses hommages. C'est ainsi qu'Osiris est, dès la plus haute antiquité, le dieu local d'Abydos. Osiris dut pourtant à son caractère propre de ne pas rester cantonné dans le district qui, à une époque inconnue, lui avait été assigné, u Tous les « Égyptiens, dit Hérodote, n'adorent pas les mêmes dieux; ils ne a rendent tous le même culte qu'à Osiris et à Isis. » Ce passage est à remarquer pour sa netteté. Thèbes, Memphis, Éléphantine, reconnaîtront séparément Ammon, Phtah, Chnouphis pour les représentants de Tôtre invisible, et de nomes en nomes, les dieux égyptiens se succéderont dans une perpétuelle révolution. Mais Osiris, protecteur des âmes, sera, de la Méditerranée aux cataractes, le dieu de tous les Égyptiens. »
Osiris, dieu solaire, Isis, sa sœur et son épouse, et Horus, son fils, ont une légende mythologique, dont les auteurs grecs nous ont transmis le récit, et qui symbolise la lutte de la lumière contre les ténèbres. Osiris, personnification du soleil, est tué par Set, le Typhon des Grecs, personnification des ténèbres. Isis, qu'on a pour cette raison assimilée à la lune, recueille ce qu'elle peut de sa lumière, et Horus, le soleil levant, venge son père en dispersant les ténèbres. Mais si le soleil est la manifestation visible d'Osiris, le^bien est sa manifestation morale. Quand le soleil meurt, il reparaît à Thorizon sous la forme d'Horus,fils d'Osiris; de même le bien, quand il a succombé sous les coups du mal, reparaît sous la forme d'Horus, fils et vengeur d'Osiris. C'est parce qu'Osiris représente le soleil nocturne ou disparu, qu'il préside dans les régions inférieures au châtiment des coupables et à la récompense des justes. C'est parce qu'il est la divinité bienfaisante, qu'il a enseigné aux hommes l'agriculture, et qu'il s'incarne dans le bœuf Apis, symbole de l'animal qui féconde la terre par son travail.
Toute cette conception doit être égyptienne par le côté théologique, mais la forme qu'elle prend dans la mythologie nous a été rapportée
par les Grecs, qui appliquaient volontiers les légendes forgées par leurs poètes aux divinités des pays étrangers.
L'histoire d'Orisis présente de grands rapports avec la légende mystique de Bacchus. Osiris tué par Set ou Typhon est placé dans un coffre : Isis ayant découvert le coffre, Typhon craint une résurrection et coupe le corps en petits morceaux qu'il dissémine en des endroits différents pour qu'on ne puisse plus les rejoindre. Cependant les soins d'Isis Tont rendu à la vie et la victoire d'Horus lui a rendu sa puissance. Bacchus a été de même coupé par morceaux, seulement c'est Gérés qui remplit ici le rôle d'isis. En effet, pendant la guerre des Titans, Bacchus avait été tué, et pendant trois jours il avait subi la loi de mortalité. Sa tête palpitante et ses membres disséminés furent apportés à Gérés, qui lui rendit la vie et fut ainsi pour lui comme une seconde mère.
Osiris porte quelquefois la tête de taureau pour indiquer son identification avec Apis. Plus habituellement il apparaît sous la forme humaine, avec la couronne Atew, coiffure sacrée, composée de la mitre blanche, de deux plumes d'autruche, de cornes de bélier, d'urœus et parfois compliquée de quelques autres ornements. Son corps est souvent emmaillotté comme celui d'une momie; son attribut ordinaire est le crochet ou le fouet, symbole de domination et la croix ansée que portent toutes les divinités égyptiennes.
« Osiris, dit M. Paul Pierret dans son Dictionnaire d'archéologie égyptienne, avait été tué par Set, qui avait dispersé son cadavre. Isis, femme et sœur d'Osiris, avait réuni ses membres, et, par ses incantations, l'avait ramené à la vie. Osiris ressuscité s'appelle Horus, et Isis est, par suite, considérée comme la mère d'Horus ; dans ce rôle, elle
se confond avec Hathor et est représentée allaitant son jeune dieu. De la légende que je viens de résumer en deux mots découlent les fonctions funéraires d'Isis, représentée tantôt pleurant Osiris, tantôt le couvrant de ses ailes ou veillant au pied du sarcophage. Nephtys l'avait aidée dans ToeuNTe de résurrection d'Osiris; les deux déesses sont appelées, dans les textes, les deux pleureuses et les deux couveuses. La coiffure ordinaire Hathor. d'Isis est le disque uni aux cornes de vache. Quelques auteurs ont cru quMsis était une déification de la lune, parce qu'ils ont pris ce disque pour un disque lunaire, tandis que t'est le disque du soleil sortant des cornes de la vache, allusion au rôle d'Isis, mère d'Horus, le soleil levant. »
Si le bœaf Apis, symbole de l'agriculture, est une incarn^tioa cTO^ris, la yache, symbole de fécondité, est consacrée à la déesse mère, Hatbor ou Isîs, allaitant l'eafant divin Horus. Aussi cette déesse est ft^quemment représentée avec des cornes de vache, qui forment sur sa tôle comme un croissant lunaire. Quelquefois aussi elle est caractérisée simplement par une figjire humaine pourvue d'oreilles de vache (fig, /i30). C'est ainsi qu'elle parait sur le dé qui couronne les chapiteaux du temple de Philé. L'image do la déesse est surmontée d'un petit temple ou autel que nous trouvons également sur les enseignes sacrées.
L'image d'Isis ne pouvait manquer de s transformer sous rinfluenco des idées gréco- ' romaines. Elle est alors caractérisée par le sistre, l'bydrie et le nœud que son manteau à franges forme sur sa poitrine. Noire figure 431 représente une Isis du musée de Naples, C'est une bonne sculpture de l'époque romaine, montrant exactement la physionomie que prit alors la déesse.
La figure £i32 appartient à la même époque malgré l'allure archaïque que le sculpteur lui a donnée.
Le sistre, dont nous avons expliqué plus haut l'usage (t. II, p. 5â6), a toujours été l'instrument de musique spécialement consacré à Isis; mais, à partir des Plolémces, cette yj^. 431. !,„. déesse, dont lecuUe s'est promptcment répandu en Grèce et ensuite dans l'empire romain, s'est absolument transformée. Les théologiens ont modifié du tout au tout son principe, en même temps que les artistes ont altéré sa forme. A Corinlhe, elle était surtout considérée comme déesse de la navigation. C'est sous cet aspect qu'Apulée la montre dans la description fort curieuse qu'il en a donnée dans sa Métamorphose.
Lucius voit CQ apparition la déesse Isis dont il décrit ainsi le costume : « D'abord elle avait une épaisse et longue chevelure dont les anneaux, légèrement bouclés et dispersés çà et là sur son cou divin, flottaient avec un mol abandon. Une couronne formée de diverses fieurs posait délicatement sur le sommet de sa tête. Elle avait au-dessus du front une plaque circulaire en forme de miroir, laquelle jetait une
40* INSTltCTIONS RELIGIEUSES.
lumière blanche et indiquait que c'était la lune. A droite et à gauche, cet ornement était retenu par de souples vipères dont la tfite se dressait, et ausâi par des épis de blé qui venaient se balancer au-dessus de son front. Sa robe, faite d'un lin de la dernière finesse, était de couleur cliangeante et se nuançait tour à tour de la blancheur du lis, de l'or du safran, de l'incarnat de la rose. Mais ce qui frappe le plus vivement naes regards, celait un manteau si parfaitement noir qu'il en était éblouissant. Ce manteau, jeté sur elle en travers, lui descendait de l'épaule droite au-dessous du cAlé gauche, comme eût fait uo bouclier. Un des bouts pendait avec mille plis artistcment disposés, et 11 se terminait par des nœuds en franges, qui flottaient do la manière la plus gracieuse.
Tout le bord ainsi que le fond étincelait d innombrables étoiles, au centre desquelles une lune dans son plein brillait de sa radieuse et vivante lumière : ce qui n empêchait pas que dans la longueur de ce manteau sans pareil ne régnât sans interruption une guirlande de broderies représentant toutes sortes de fruits et de fleurs. La déesse portait en outre plusieurs attributs bien différents les uns des autres; dans sa main droite, elle avait un sistre d'airain, dont la lame mince et courbée en forme de baudrier était traversée de trois petites verges qui agitées toutes ensemble rendaient par le mouvement de son bras un tintement aigu De sa main gauche pendait un vase d'or en forme de gondole, lequel, a la partie la plus saillante de son anse, était surmonté d'un aspic à la tête droite et au cou démesurément gonflé. Les pieds divins étaient recouverts de sandales tissues avec les feuilles de palmier, cet arbre de la victoire, »
Horus, comme personnification du soleil levant, a pour emblème l'èpervier, parce que les anciens croyaient que cet oiseau était doué de la faculté de regarder le soleil en face. Horus apparaît dans l'art, soit
comme le dieu à tète d'épervier, soit sous la forme d un enfant portant le doigt à sa bouche. Ce geste, qui exprime simplement son état d'enfance. Ta fait prendre longtemps pour le dieu du silence : les Grecs lui donnaient le nom d'Harpocrate, emblème du renouvellement incessant de la divinité. Uorus était représenté sur le temple d'Hermouthis, au moment de sa naissance. 11 sort d'une fleur de lotus avec les cheveux en tresse et le fouet sur l'épaule. Sa mère Isis lui tend la main, et une autre divinité s'apprête à lui remettre la croix ansée, emblème par excellence des dieux de TÉg^pte. Isis, dans plusieurs monuments, est représentée allaitant son fils Horus qui, dans cette situation, prend toujours la forme humaine, môme lorsqu'il est encore adolescent.
Mais dès qu'Uorus arrive à l'âge d'homme, c'est-à-dire quand le soleil a déjà pris sa force, il reprend sa tête d'épervier. Au reste comme le panthéon égyptien a plusieurs divinités solaires, la tète d'épervier, quoique appartenant plus spécialement à Horus, peut quelquefois personnifier d'autres dieux, ou plutôt la môme divinité sous des noms différents, et elle est assez fréquemment coiffée du disque solaire. L'épervier figure sur la bannière des Pharaons, parce qu'ils sont au moment de leur avènement assimilés à Horus.
C'est à Horus qu'il faut rattacher Vœil mysiiquey si fréquent sur les monuments. « L'œil mystique, dit Mariette, est un emblème qui est répandu à profusion dans toutes les tombes, particulièrement depuis la XXVI* dynastie. On rappelle tantôt Tœil d'Horus, tantôt l'œil du Soleil et de la Lune. Dans le grand combat d'Horus et de Typhon, celui-ci arrache l'œil de son ennemi, l'avale, puis le rend au Soleil. C'est l'éclipsé passagère delame succombant sous le péché; mais Pâme ne sort que plus brillante des ténèbres qui l'ont un instant enveloppée; ses épreuves sont maintenant accomplies; elle va jouir de la plénitude des biens célestes. L'œil mystique semble ainsi signifier le terme resplendissant de la période de justification que l'on doit traverser avant d'être admis dans le sein du dieu supérieur. »
Set, le Typhon des Grecs, a été autrefois une divinité solaire, qui figurait parmi les grands dieux d'Âbydos. 11 a même combattu le serpent Apophis, génie du mal et des ténèbres. Mais plus tard son culte a été aboli et ses images détruites par suite de revirements politiques. Quand le culte d'Osiris vint à prévaloir, il reparut de nouveau, mais pour personnifier le mal et tuer Osiris, le principe du bien, qui fut vengé par son fils Horus. Nephtys est la femme de Set et la sœur d'Isis.
L'animal symbolique de Set est un quadrupède carnassier, pourvu d'un museau long et de deux oreilles droites et larges du bout.
« Entre les animaux privés, dit Plutarque, on a départi à Typhon, celui qui est le plus stupide, Tàne, et entre les sauvages, ceux qui sont les plus féroces, le crocodile et Thippopotame. Nous avons exposé déjà ce qui est relatif à Tàne. Pour ce qui est de l'hippopotame, on montre à Uermopolis une image de Typhon, sous la forme de cet animal. Il a sur le dos un épervier qui se bat contre un serpent... Dans les sacrifices qu'on lui fait le septième jour du mois de Tybi, jour appelé c( retour d'isis de la Phénicie», on figure sur les gâteaux sacrés un hippopotame chargé de chaînes. Dans ApoUonis une loi oblige chaque citoyen, sans exception, à manger du crocodile. A un jour fixé, ils en prennent à la. chasse autant qu'ils peuvent, et après les avoir tués, ils les jettent devant le temple de Dieu. Ils donnent pour motif, que Typhon échappa à Horus en prenant la forme' d'un crocodile. Ainsi tout ce qu'il y a de mauvais dans les animaux, dans les plantes, dans les passions, ils le regardent comme l'œuvre de Typhon, comme faisant partie de son être et comme étant le produit de ses mouvements. » Eusèbe nous parle également de la forme d'hippopotame que prend Typhon dans sa lutte contre Horus. « Horus, dit-il, a pour symbole un homme à tôte d'épervier, armé d'une pique et poursuivant Typhon représenté sous forme d'un hippopotame. »
a Dans les idées égyptiennes, dit Mariette, le sable était impur, à cause de sa couleur fauve qui est celle de Typhon. Pour le purifier, on le parsemait de petites images de divinités, toutes les fois qu'il devait servir de sol à un édifice sacré. Le Sérapcum deMemphis, bâti en plein désert, devait moins que tout autre échapper à cette loi. Les statuettes de divinités, en bois, en pierre, en bronze, en porcelaine, y ont été en effet répandues par milliers. Le plus souvent elles portent, inscrit sur leur base, le nom de celui qui, pour se rendre Apis favorable, déposait ainsi dans le sable ce témoignage de sa piété. »
L'ibis est consacré à Thoth, la raison suprême, le dieu que les textes appellent seigneur des divines paroles, seigneur des écritures sacrées, Thoth personnifie l'intelligence divine qui a présidé à la création : c'est par son inspiration que le soleil, vainqueur des ténèbres et du chaos, a organisé le monde et maintient son œuvre chaque jour. 11 avait gratifié Osiris du don de persuader toujours en disant la vérité. Or les morts étant assimilés à Osiris jouissent du même privilège; c'est pour cela qu'en parlant d'un défunt, les textes accolent à son nom l'épithète
de véridique. Thoth, l'inventeur des sciences et des lettres, est caractérisé dans le panthéon égyptien par la tête d'un ibis. L'étendue du pas de Pibis formait l'étalon des mesures usitées en Egypte.
Le cynocéphale, animal également consacré à Thoth, et qui a la forme d'un singe, était pour les anciens Égyptiens le symbole de l'équilibre. Ils avaient probablement été frappés de la manière dont les singes savent garder leur équilibre sur les branches des arbres et cette raison est suffisante pour expliquer ce singulier emblème. Sur les balances du jugement de Tàme, on voit habituellement le cynocéphale accroupi, pour exprimer la justesse des plateaux. Le cynocéphale prend pour cette raison un caractère funéraire. Cet animal était réputé connaître la valeur des lettres et on le représente quelquefois tenant dans ses pattes une tablette d'écrivain. La haute opinion qu'on avait de ses
Fig. 433 — Libis «acre Fig. 431. — Cjniocéphalo.
connaissances explique suffisamment pourquoi le cynocéphale est consacré à Thoth.
Le cynocéphale apparaît le plus souvent dans son rôle funéraire : les enseignes nous le montrent supportant un mort déjà enseveli, dont les pieds reposent sur une tête d'Isis (fig. i34).
Mais la divinité qui veille spécialement sur les morts est Ânubis. Le chacal, qui affectionne les réduits souterrains, est Tanimal consacré à Anubis, dieu de Tensevelissement. C'est pour cela que le chacal est représenté accroupi sur un coffret funéraire, tenant en main le fouet et le sceptre. 11 est quelquefois surnommé le guide des chemins, et ja barque sur laquelle le soleil parcourt les espaces célestes est remorquée par des génies à tête de chacal. Le chacal apparaît trèssouvent dans les emblèmes ég>T)tiens, tantôt assis, tantôt debout, et quelquefois il est accompagné du serpent. Anubis lui-même porte la tête de chacal (fig. /135), mais sous la domination gréco-romaine, cet emblème fait souvent place à une tête de chien.
Uoe Statue du musée capitolin (fig. Ii36) nous montre la façon gingulièro dont les divinités égyptiennes se transformèrent .soua le ciseau des artistes grecs, à l'époque des Antonins, c'est-à-dire quand la dévotion aux dieux de l'Égipte eut sa grande vogue dans tout l'empire romain. Anubis, le dieu à tête de chacal, qui préside à l'embaumement et à la conservation des momies, a été d'assez bonne heure assimilé par les Grecs à leur Hermès et ils ont en eiïet quelque rapport puisqu'une des fonctions principales d'Hermès consiste à conduire aux enfers les âmes
des défunts. Aussi l'artiste peu versé sans doute dans la Ibéologie égyptienne a confondu les attributs; le sceptre à tête de lévrier que portent les dieux égyptiens a été remplacé par le caducée d'Hermès et en place du ihau ou crois ansée, il a mis un sistre dans les mains de son Anubis.
Or le sistre est particulier au culte d'Isis, tandis que le thau est un attribut commun à toutes les divinités du panthéon égyptien. La t€te de chacal a été remplacée par une tète de chien. Cette sutue représente donc le dieu que les Grecs ont appelé Hermanubis (Hennés-Anubis) et peut nous donner une idée de la confusion absolue qui régnait dans les emblèmes religieux des païens, à l'époque de l'apparition du christianisme.
AmmoD est le dieu suprême dans le culte thébaio. Son nom veut dire caché, mais il devient visible sous le mom de Eta, k soleil; de là vient qu'on l'appelle souvent Ammoa-Ra. Quand il eat le soleil, Ammon garde en général la forme humaine. Dans ce cas, il est caractérisé par le disque solaire et par deux grandes plumes qu'il porte sur sa tête.
Mais Ammon est aussi la personnification du Nil, qui féconde la terre; il prend alors le nom d'Ammon KnouGs et a pour emblème le bélier, symbole de l'ardeur génératrice. C'est sous cet aspect que le dieu apparaît le plus souvent sur les monuments, et il est habituellement peint d'une couleur bleue ou verte pour exprimer la teinte de l'eau. A Thébes, une grande avenue" de béliers monolithes reliait les temples de Louqsor à ceux de Karnak, placés tous les deux sous l'invocation d'Ammon,
Au reste, les divers emblèmes du dieu sont fréquemment mêlés, et dans ce cas, le bélier a la tôle surmontée du disque solaire (fig. Ii37).
Le Dictionnaire mythologique de Jacobi définît le rôle d'Ammon ou Amoun dans le panthéon égyptien : « Le nom d'Anioun signifie VOcculte, ou bien, suivant Jamblique, la manifestation de ce gui est caché dam les ténèbres. Amoun est le plus grand des dieux; il embrasse toutes choses; est l'esprit vivant, l'àme suprême qui pénètre et vivifie tout [Manéilion). Les attributs généraux qui caractérisent son essence sont le disque, image du soleil, les cornes et le fléau. Sur les monuments égyptiens, il est représenté, tantôt sous la forme d'un homme criocéphale ou à tête de bélier, tantôt sous une forme toute humaine. Dans ce dernier cas, sa tête est surmontée d'un disque et de deux grandes plumes ; les carnations sont peintes en bleu ou en vert, couleurs consacrées à Ammon : une bandelette partant de la coiffure tombe en arrière; d'une main il tient le sceptre, de l'autre la croix ansée. Le bélier, conducteur du troupeau, et suivant Champollion le jeune, symbole de l'esprit de vie, lui était consacré. Non-sculement on représentait le dieu avec une télé de bélier ; mais, de plus, on nourrissait à Thébes un véritable bélier qui était vénéré comme le représentant symbolique d'Ammon et son image
Fig. 436. -~ Uenuuubli
{D'ipcèi usa >Ulue da
l'époqaa Tomaiiie.l
vivante. Le principal siège de son culte était Thèbes : des monuments dont les ruines colossales se voient encore, le temple et le palais de Karnak, auquel conduisait une immense avenue de béliers, lui étaient consacrés dans cette ville. »
Le bélier est l'animal qui féconde et conduit le troupeau; il représente par conséquent la puissance créatrice et dirigeante du dieu. Mais la germination des plantes et leur développement présentent une autre face de la divinité, que les Égyptiens exprimaient par un personnage
Fig. 437.
Fig. 438.
Emblèmes d'Âmmon.
Fig. 43a
humain dont la tête est surmontée d'un bouquet d'iris ou de glaïeul, symbole du fleuve à l'époque de l'inondation. On peut voir par ce qui précède combien, chez les Égyptiens, une même idée pouvait revêtir de formes différentes, exprimant les qualités diverses du dieu qu'ils adoraient ; mais comme sous ses divers aspects le dieu prend un nom particulier, on comprend aisément la confusion qui a dû se produire à la longue dans le panthéon égyptien.
Nous avons dit que la triade thébaine se composait d'Ammon, le dieu suprême, de Chons, son fils, et de Maut, le personnage féminin qui lui est associé. Chons paraît avoir eu pour mission principale de s'occuper de l'homme ; c'est lui qui chassait les mauvais esprits et guérissait les maladies. Chons, le soleil guérisseur, prend chez les Égyp*
tiens un rôle analogue à celui d'Esculape chez les Grecs : Esculape est ûls d'Apollon, personniûcation du soleil dans la mythologie classique. Le dieu Ghons apparaît sur les monuments, tantôt avec la tête humaine coiffée du disque solaire avec les cornes, tantôt avec la tête d'épervier.
Avant d'entreprendre une guerre on invoquait les dieux. Le bélier surmonté du disque solaire, symbole d'Ammon-Ra, était placée sur un mât et précédait le char du roi. Il est bon d'observer que ce bélier servait d'enseigne (ûg. 437 à /iSQ). Outre ses cornes naturelles, on lui voit quelquefois au-dessus de la tête deux autres cornes qui semblent appartenir au bouc plutôt qu'au bélier, et c'est sur ces cornes qu'est placé le disque solaire.
Ammon rendait des oracles et les Grecs l'ont identifié avec leur dieu suprême. Alexandre, pour assurer sa domination sur l'Egypte, se fit reconnaître pour son fils, imitant en cela l'exemple des anciens Pharaons. Les Grecs ne pouvaient manquer de fabriquer une légende pour expliquer la forme de bélier sous lequel le dieu était adoré. Hercule, d'autres disent Bacchus, près de mourir de soif dans les déserts de la Libye, implora le secours de Zeus (Jupiter), qui lui apparut sous la forme d'un bélier et lui indiqua une source. Par reconnaissance le héros lui éleva un temple en ce lieu ; c'est par suite de cette fable que les attributs de dieu grec se trouvèrent mêlés à ceux du dieu égyptien. •
L'image de Jupiter-Ammon apparaît sur plusieurs belles pierres gravées : le dieu porte une tête ou au moins les cornes de bélier et est armé du foudre. Les successeurs d'Alexandre, les rois de Syrie, ceux de la Cyrénaïque, sont représentés sur les médailles avec les cornes d'Ammon, symbole de la domination sur la Libye.
Noum,dont le nom signifie le principe humide, est le mêmequ'Ammon, considéré comme fabricateur des dieux et des hommes. Son caractère essentiel est la tête de bélier, coiffée du diadème Atew, qui se compose de la mitre blanche avec deux plumes d'autruche et les cornes de bouc.
Les emblèmes religieux. — Quand la haute et la basse Egypte, après avoir formé des royaumes séparés, se trouvèrent réunies sous le même sceptre, un antagonisme religieux aurait pu se produire d'autant plus facilement que le pharaon régnant n'était que le représentant de la divinité sur la terre. Le chef-d'œuvre politique du sacerdoce égyptien
tlS INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
est peut-être l'arrangemeiit qui fut pris, très probablement dans un
but de conciliation. Mais les dynasties meraphitiqucs étaat remplacées
La diiqao lolaito <iiT la Mis d'un olieau uccé. La cioii uiés.
<ar les dynasties thébaines, le dieu de la basse tgypte, Oairia, eat
UÉGTPTE.
devenu le soleil couché, et par conséquent le dieu des morts et de la justice distributive, tandis qu'Ammon, le dieu de Thèbes, a continué à représenter le soleil dans sa puissance féconde et créatrice. C'est ainsi que le pharaon est tout à la fois proclamé fils d'Ammon, qui exprime ridée de puissance et assimilé à Orus, fils d'Osiris en qui résident toute bonté et toute justice.
Ces préliminaires étant posés, nous devons maintenant examiner les emblèmes religieux particuliers à chaque forme de la divinité ; mais il
Fig. 443.
Sceptre des dieux.
Fig. 444.
fcdptre des déesses.
faut d'abord signaler ceux qui expriment simplement l'idée du divin, en dehors de toute qualité spéciale.
Comme l'essence de la divinité est toujours le soleil, le disque est naturellement remblèmc le plus important. Sur la porte des temples, on voit le disque solaire accompagné de deux grandes ailes qui expriment la marche continuelle de Tastre lumineux à travers Tespace. On peut voir un exemple du disque ailé sur le frontispice de notre premier volume.
Le disque solaire apparaît également dans la coiffure des divinités, mais alors il n'est pas ailé et repose assez souvent sur deux cornes de vache (fig. I\k0). On le voit aussi sur la tête des animaux sacrés qui ne sont eux-mêmes que des emblèmes divins (fig. 4il).
Le Symbole de la vie éternelle est la croix ansée qu'on voit aux mains de toutes les divinités égyptiennes et quelquefois des Pharaons (Qg. 412). Cet emblème représente, suivant Creuzer» la clef du Nil; toutes les divinités doivent naturellement participer aux inondations périodiques du fleuve, d'où dépendent la prospérité et on pourrait presque dire l'existence de TÉgypte.
Le fouet et la crosse sont des symboles de domination. La crosse rappelle le bâton recourbé dont se servaient les pasteurs quand ils conduisaient leurs troupeaux. Le fouet, qui pour les Égyptiens est un insigne de puissance, est généralement pourvu de deux ou trois lanières.
Les dieux, étant rois d'Egypte, portent naturellement le sceptre, qui
F»g. 445. Fig. 446.
Emblèmes religieux.
est l'emblème royal. Le sceptre des dieux se termine par une tête de lévrier, celui des déesses par une fleur de lotus (ûg. /ilS et hhk)-
La figure 445 représente un aspic sacré ou urœus. Nous avons xpliqué plus haut (t. 1% p. 38) que les Égyptiens voyaient dans cette représentation un emblème de l'éternelle jeunesse du soleil et que les pharaons, qu'on assimilait au soleil, avaient adopté l'urœus comme insigne de leur puissance. On le voit souvent représenté sur les enseignes sacrées où il porte quelquefois la couronne de la haute et de la basse Egypte. Presque toujours il redresse la tète et la gorge, de manière à ne laisser poser sur le sol que les enroulements de sa queue. Sur une enseigne, on voit un personnage humain dont le corps a la forme d'un oiseau, et qui, outre Turœus qui paraît dans sa coiffure audessus de son front, en tient un dans chacune de ses mains (fig. &46). Enfin on voit assez souvent Taspic sacré enroulé autour d'une baguette.
La plume d'autruche, symbole de la justice et de la vérité, est pour cette raison placée sur la tête, non-seulement de la déesse Tureï qui
personDifie la justice, mais encore des quarante-deux personnages, dits maîtres de la vérité, qu'on voit dans les jugements de l'âme. /
La plume d'autruche placée au bout d'un long manche est un insigne qu'on voit porter en signe d'honneur autour des Pharaons (ûg* kkl)'
Pig. 447.
Pig. 448.
Emblèmes religieux.
Pig. 44SI
Souvent aussi, un oiseau sacré plane au-dessus de la tête du roi en étendant ses ailes et serrant dans ses pattes l'étendard de justice et de vérité, c'est-à-dire la plume d'autriche (fig. 450). Les mômes insignes apparaissent fréquemment dans la décoration des monuments.
INSTITDTIONS RELlGIEnSES.
Le vautour, emblème des reines d'É^pte, ainsi que nous l'avoDS expliqué plus haut (t. 1", p. 40), apparaît tantôt comme simple bijou(rig.A51). tantôt mêlé à l'ornementation. La figure /|52 nous montre une reine d'Étbiopie qui portesur sa robe des scarabées aux ailes dé-
Fig. 4U. — Lu oiieaui tacr^s-
ployées. Le scarabée est, comme on sait, un symbole d'immortalité.
Le scarabée, qui dans l'écriture hiéroglyphique signifie, à proprement parler^ devenir, se transformer, est tio emblème extrêmement important parce qu'il est le symbole de l'immortalité de l'âme et de la naissance nouvelle du détunt dans l'autre monde. Dans cet insecte,
né de la putréfaction, les Égyptiens voyaient la négation de la mort. Aussi nous voyons fréquemment des scarabées pourvus de tous les attributs de la divinité et munis de grandes ailes qui se développent comme celles du disque solaire (fig. I|53).
C'est comme symbole funéraire que le scarabée a de l'importance. On mettait souvent sur la poitrine des morts un scarabée, comme gage de résurrection ; quelquefois il était encastré dans un bijou en forme de petite chapelle.
A Memphis, depuis la XIX* jusqu'à la XXI' dynastie, on mettaitua scarabée dans le corps même de la momie. Les scarabées funéraires, au
temps des PtolémOes, se mettaient h la place du cœur, et le défunt ne pouvait reprendre cet organe qu'après le jugement d'Osiris, s'il lui était favorable. Les scarabées funéraires contiennent souvent des invocations que le défunt adresse à son propre cœur.
0 Les scarabées, dit M. Mariette, se trouvent le plus souvent aux doigts des momies, liés comme une bague, par un fil de lin, de cuivre, d'argent ou d'or qui les traverse. Les idées que les Égyptiens
cachaient sous le symbole do scarabée sont connues. Selon eux, cet insecte n'a pas de femelle. Il choisit un peu de limon, lui confie sa semence, roule ce limon jusqu'à ce qu'il l'ait façonné en boule et attend le reste du soleil. Pour les Égyptiens, le scarabée est ainsi l'animal qui s'engendre lui-même. Il devient par là le symbole de cette éternelle renaissance du soleil, qui, chaque malin, vainqueur des ténèbres et du mai, apparaît toujours radieux à l'horizon oriental. Placé au doigt des morts, il est le signe mystérieux de la vie nouvelle qui attend l'homme juste et de l'immortalité promise à son &me. »
Plutarque nous apprend que les Égyptiens adoraient le soleil levant sous la forme d'un enfant sortant du calice d'une fleur de lotus. Le lotus, en effet, contient en germe Horus ou Harpocrale, le vengeur d'Osiris, le régénérateur divin, qui personnifie à la fois le lever du soleil et la renaissance de l'àme. *
Xe lotus, la plante sacrée des Égyptiens, a une importance extrême dans la symbolique religieuse du pays. Elle renferme dans son calice les mystères d'Isis et d'Osiris, et représente à la fois leur lieu de naissance et leur lit d'hymen. Plante aquatique, le lotus représente le principe de l'humidité du Nil, par opposition à la sécheresse du désert : il est dans la même dépendance du soleil que le fleuve sur les rives duquel il croît, et son apparition est le pronostic certain de Tinonda- Uon qui va féconder le pays. Aussi il figure partout, tantôt dans son
Pig. 453. — Lo scarabée sacré.
ensemble, tantôt dans ses détails : sa tige, ses feuilles, son calice, se montrent dans les bas-reliefs et les peintures sous mille combinaisons différentes. Dans l'ornementation , le lotus apparaît fréquemment comme une tige autour de laquelle s'enroule un animal sacré, coiffé de la couronne d'Egypte.
Le lotus, en même temps qu'iP exprime une loi de la nature, est pour ThOxTfime un gage d'immortalité : « Pareil au lotus, dit une inscription, nous refleurirons, et des eaux rafraîchissantes viendront aussi récréer nos âmes dans le royaume des morts. » C'est en raison de cette croyance que les stèles représentent souvent le défunt respirant la Heur de lotus et que cette fleur est portée en tête des processions funèbres.
Les animaux sacrés. — Le caractère d'animalité est commun à presque toutes les divinités égyptiennes.
« Les sanctuaires, dit saint Clément d'Alexandrie, sont ombragés par des voiles tissus d'or; mais si vous avancez dans le fond du temple et que vous cherchiez la statue, un employé du temple s'avance d'un air grave en chantant un hymne en langue égyptienne, et soulève un peu le voile.
<^mme pour vous tnontrer le dieu ; que voyez -vous alors? Un chat, un crocodile, un serpent indigène ou quelque autre animal dangereux. Le dieu des Égyptiens paraît!... C'est une bête sauvage, se vautrant sur un tapis., de pourpre I » 11 y avait, en effet, dans les sanctuaires un animal vivant qui était non le dieu, comme l'ont cru les pères chrétiens, mais le symbole vivant du dieu auquel il était consacré.
Si bizarre que semble cette conception , si nous supposons un moment qu'un prêtre égyptien, vivant il y a trois mille ans, ait pu se transporter par la pensée dans notre société chrétienne, mais sans connaître un seul mot de notre langue et de nos croyances , voyons quelle aurait été son idée en visitant nos églises. Ce qui l'aurait frappé tout d'abord, c'est l'agneau divin toujours représenté sur la face de nos autels, et en voyant le prêtre s'incliner devant cette image, il n'eût pas manqué de s'incliner aussi, croyant retrouver là le bélier d'Ammon, c'est-à-dire la forme visible de son dieu. Si ensuite son regard s'était porté vers la colombe, emblème du Saint-Esprit pour les chrétiens, il se serait rappelé que Tibis ne vivait pas dans nos contrées, et il aurait pensé que nous l'avions par cette raison remplacé par un oiseau qui s'en rapproche : dans cette colombe, il aurait salué Thoth, le dieu à tête d'ibis, qui dans le culte égyptien représente Vintelligence divine. Pour peu que dans le jardin du presbytère il ait aperçu un agneau ou des pigeons vivants, il n'aurait pas douté que ce ne fussent les animaux sacrés élevés dans les collèges de prêtres pour figurer dans nos processions.
L'idée qu'un prêtre égyptien se ferait de notre culte s'il ne connaissait pas le sens des symboles n'est pas beaucoup plus étrange que celle qui est admise depuis quinze cents ans sur le culte égyptien. Faute d'avoir compris les hiéroglyphes qui accompagnent les images religieuses, nous n'avons vu qu'une idolâtrie grossière dans des emblèmes dont la signification nous était inconnue.
Ce qui nous étonne encore plus que la diversité des animaux qui servent d'emblème à la divinité, c'est l'inégalité qu'ils présentent dans le culte qui leur est rendu. Tandis que le crocodile et l'hippopotame sont demeurés des emblèmes divins dans quelques localités isolées, ces deux animaux sont exécrés dans tout le reste de TÉgypte et môme identifiés avec le principe du mal. Bien au contraire, le bœuf Apis ou le bélier d'Ammon semblent avoir été vénérés dans l'Egypte entière et avoir eu la prépondérance sur tous les autres.
Ce fait singulier trouve son explication dans la manière dont l'Egypte
s'est constituée politiquement. A rorigine, les populations répandues sur les rives du Nil formaient des tribus à peu près indépendantes, adorant la divinité sous la forme d'un animal particulier qui était représenté sur Pétendard de la tribu. Or, dès qu'une tribu est devenue la plus puissante, son animal emblématique a dû nécessairement devenir prépondérant en Egypte. Ainsi, quand Thèbes devient la capitale de la haute Egypte, l'emblème du bélier devient le plus important de tous, et il en est de même à Memphis pour le bœuf adoré sous le nom d'Apis dans la basse Egypte.
Les animaux sacrés étaient élevés dans le temple du dieu dont ils étaient l'emblème. A Thèbes, on avait des béliers, image du dieu Ammon. Mais de tous les animaux sacrés, le plus vénéré était le bœuf Apis, incarnation vivante d'Osiris. On le reconnaissait à certains signes, et les prêtres publiaient que la vache qui l'avait enfanté n'avait pas connu le taureau et avait été fécondée par un rayon de la lune.
Le bœuf Apis ne devait vivre qu'un nombre déterminé d'années; ce temps expiré, les prêtres le jetaient dans un puits, ou bien, suivant l'opinion généralement répandue, il s'y jetait lui-même. Mais s'il mourait de mort naturelle avant le temps prescrit, toute l'Egypte prenait le deuil et demeurait plongée dans la tristesse, jusqu'à ce que les prêtres eussent retrouvé un nouvel Apis, portant les signes divins qui pouvaient le faire reconnaître. Dos que celui-ci était découvert, le deuil faisait place à une allégresse générale et on lui construisait, dans l'endroit où on l'avait trouvé, une étable tournée vers l'Orient, dans laquelle on le nourrissait de lait. Au bout de quatre mois, un grand cortège de prêtres le menak solennellement au bord du Nil, où un vaisseau le prenait pour l'amener à Memphis. Là, il était placé dans le sanctuaire, où il avait à sa disposition de vastes prairies ; mais il ne pouvait pas boire Teau du Nil, et il avait pour l'abreuver un puits, dont Teau servait également aux prêtres attachés à son service.
Plutarque, dans son traité d'isis et d'Orisis, nous donne la raison de ce singulier usage :
« On dit que les prêtres ont un puits à part et qu'ils en abreuvent leur bœuf Apis; car ils se gardent de boire de l'eau du Nil, non qu'ils réputent l'eau du Nil immonde à cause des crocodiles qui sont dedans, comme quelques-uns l'estiment; au contraire, il n'y a rien .que les Égyptiens honorent tant que le fleuve du Nil, mais il semble que son eau engraisse trop et engendre trop de chair: or ils ne veulent pas que leur Apis soit par trop gras, ni eux aussi ; ainsi vealent que leurs
âmes soyent estayées de corps légers, habiles et dispos, et non pas que la partie divine qui est en eux soit opprimée et accablée par le poids et la force de celle qui est mortelle. »
« Dieu souverainement bon, dit Mariette en parlant d'Osiris, descend au milieu des hommes et s'expose aux douleurs de cette vie terrestre sous la forme du plus vulgaire des quadrupèdes. La mère d'Apis passait pour vierge, même après l'enfantement. Apis, en effet, n'était pas conçu dans le sein de sa mère par le contact du mâle. Phtah, la sagesse personnifiée, prenait la forme du feu céleste et fécondait la vache. Apis était ainsi uie incarnation d'Orisis par la vertu de Phtah. On reconnaissait qu'Osiris s'était manifesté quand, après une vacance de retable de Memphis, il naissait un jeune veau pourvu de certaines marques sacrées qui devaient être au nombre de vingt-huit. A peine la nouvelle de la manifestation s'était-elle répandue, que de toutes parts on se livrait à la joie, comme si Orisis lui-même était descendu sur la terre. Apis était dès lors regardé comme une preuve vivante de la protection divine. Quand Apis mourait de sa mort naturelle, il était enseveli dans les souterrains du temple (le Sérapéum), dont nous avons retrouvé les ruines à Saqqarah. Mais quand la vieillesse le conduisait jusqu'à l'âge de vingt-huit ans (nombre d'années qu'avait vécu Orisis), il devait mourir d'une mort violente. » La tête du bœuf Apis devait être noire avec un triangle blanc sur le front ; il fallait aussi qu'il eût sur le corps des taches noires d'une forme déterminée et régulière.
Les funérailles du bœuf Apis étaient célébrées avec un luxe extraordinaire et on Tinhumait dans des sarcophages magniûques. Le tombeau des Apis était appelé par les Grecs Sérapéum ou temple de Sérapis ; mais pour les Égyptiens Sérapis n'était pas autre chose que l'Apis mort, car chaque mort étant assimilé à Orisis. Apis mort prenait le nom d'Osiris-Apis, d'où les Grecs ont fait Sérapis, par abréviation.
Le culte d'Apis a duré aussi longtemps que l'ancienne Egypte ; mais il a subi de graves atteintes sous l'invasion persane, u Au moment oii Cambyse rentra dans Memphis, dit Hérodote, Apis, que les Grecs nomment Epaphus, apparut aux Égyptiens. A cette occasion, ils prirent leurs plus beaux vêtements et se mirent en fête. Le roi les vit et s'imagina qu'ils se réjouissaient de ses désastres; il appela donc les magistrats de la ville. « Pourquoi, leur dit-il dès qu'ils furent en sa présence, <c lorsque précédemment j'étais à Memphis, les Égyptiens ne faisaient- « ils rien de semblable, et choisissent-ils le moment où j'y reviens
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La vénération qu'in?pîraii le bxuf Apis et l'attribution des cornes de vache à la déesse Isis expliquent les singuliers usages dont parle Hérodote. « Si un bœuf ou une srênisse viennent à mourir, on leur fait des funérailles de cette manière : on jette les génisses dans le fleuve; quant aux bœufs, on les enterre dans les faubo^irgs, avec Tune des cornes ou les deux cornes hors de terre, pour servir d*indice. Lorsque le bœuf est pourri, et dans un temps déterminé , on voit arriver à chaque ville un bateau de Tile Prosopiiis. Cette île, située sur le Delta, a neuf scheires de tour : elle contient un grand nombre de villes; mais celle d'où parient les bateaux destinés à enlever les os de bœufs se nomme Atarbechis. »
A ces renseignements fournis par riiistorien grec, on peut ajouter ceux que nous puisons dans la science moderne.
« Quand un des animaux de Tespèce bovine mourait à Memphis, dit Mariette, on Tenterrait près du Sérapéum, soit dans le sable pur, soit dans une immense catacombe aujourd'hui comblée, ^.'embaumement ne parait pas avoir été pratiqué pour ces animaux dont on ne conservait que le squelette. Tantôt le squelette était maintenu par de fortes branches d'arbre nouées le long de l'épine dorsale ; tantôt les os étaient réunis en paquets et enfermés dans des linges nombreux auxquels on essayait de donner extérieurement la posture d'un bœuf accroupi. Quelquefois enfin, ce même paquet était enfermé dans un coffre de bois fendu par le milieu, auquel on donnait la même forme. »
Le bœuf sacré figure dans les processions qui se faisaient en l'honneur de l'agriculture. Elles étaient conduites par le Pharaon, pourvu de ses insignes militaires. L'une d'elles est représentée en détail sur les murs de Medinet-About. Le rapport de la commission des savants qui accompagnaient en Egypte le général Bonaparte en donne la description suivante : « Quatre personnages, qu'à leur tête rasée on reconnaît pour des prêtres, portent dans une caisse des arbres dont on a seulement figuré la masse, et qui ne se trouvent probablement ici représentés que parce qu'ils sont les plus beaux résultats de la végétation; c'est assurément un des attributs qui indiquent l'influence puissante de la divinité sur tout ce qui végète. Au-dessus, deux prêtres portent une grande tablette où devaient être inscrites les victoires du héros et son triomphe ; peut-être était-elle destinée à perpétuer le souvenir du sacrifice qu'il vient d'offrir. La statue du dieu est portée sur un brancard par vingt-quatre prêtres; elle a été tirée du lieu sacré où elle est renfermée ; elle est entourée de toute la pompe des cérémonies, de faisceaux, de tiges et de fleurs de lotus, d'étendards et de panaches. Une riche draperie, couverte de fleurons, enveloppe tous les prêtres qui portent le brancard, de manière qu'elle ne laisse voir que leur tête et leurs pieds. Deux petites figures sont aux pieds de la divinité. L'une d'elles, accroupie sur ses talons, lui fait l'ofi'rande de deux vases où sont probablement contenues les prémices de l'inondation. En avant, le triomphateur marche vêtu d'autres habits et coiffé d'un autre bonnet; il tient dans ses mains les attributs du pouvoir suprême. Au-dessus de sa tête plane un vautour portant sa devise. Le bœuf sacré s'avance lui-même au milieu du cortège ; c'est peut-être celui
qu'on nourrissait à Hermonthis» lieu tout voisin de Thèbes; son cou est orné des bandelettes sacrées ; il porte sur sa tête un disque surmonté de deux plumes; un prêtre brûle des parfums devant lui. On voit ensuite un personnage couvert d'un vêtement assez semblable aux chasubles de nos prêtres; il a les mains jointes et paraît être dans un recueillement profond. Au-dessus de ces figures est une prêtresse avec la coiffure d'Isis ;on voit devant elle un prêtre qui, sans doute, proclame les victoires du héros et annonce les sacrifices que Ton va faire aux dieux. Çn avant sont dix-sept prêtres ayant, les uns, les attributs de la divinité, tels que le crochet, le fléau, le bâton augurai ; d'autres des étendards formés de la figure dMsis et des têtes des animaux sacrés, tels que répervier, le bœuf, le chacal ; quelques-uns portent des vases et d'autres objets dont on ne reconnaît pas aussi bien la forme. D'autres prêtres tiennent élevé sur leurs épaules un brancard sur lequel on remarque d'abord une sorte de coffre où sont posés des vases d*une forme assez semblable à ceux dont on se sert encore aujourdliui en Egypte et ensuite trois petites figures debout. Les vases renfermaient sans doute la liqueur qui devait servir aux libations. Un second brancard à peu près semblable, porté par le même nombre de prêtres, se voit au-dessus de celui-là. A gauche est un personnage environné d'hiéroglyphes. En avant de ces deux groupes se ti'ouvent trois prêtres qui arrivent devant deux autels sur lesquels flottent des étendards sacrés. Le héros, accompagné de son génie tutélaire, est tourné en face du cortège, et c'est à lui que paraît maintenant s'adresser Tespôce de sacrifice que Ton voit ici représenté ; il consiste en deux tiges de lotus flétries avant d'être épanouies. Deux jeune > initiés, qui paraissent les offrir, se retournent du côté des prêtres, qu'ils semblent prévenir de l'action qu'ils vont faire ; des oiseaux qui s'envolent sont peut-être des emblèmes indiquant que le sacrifice s'élève jusqu'à la divinité. La marche continue et un personnage qui est tout entouré d'inscriptions hiéroglyphiques déroule un volume et semble proclamer les actions du héros. Mais la scène change bientôt, et le héros redevient à son tour sacrificateur : armé d'une faux, il coupe un faisceau de tiges et de boutons de lotus que lui présente un prêtre. Un autre prêtre suit et tient élevé dans ses mains un rouleau de papyrus, sur lequel il paraît lire; ce sont peut-être les prières que l'on devait réciter dans cette circonstance. Le bœuf sacré se voit dans cette scène, qui semble tout entière avoir trait à l'agriculture. Ce sacrifice n'est en quelque sorte que le prélude de celui que va faire bientôt le triompha-
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teur, en approchant plus près du sanctuaire où est déposée la statue de la grande divinité de Thèbes. Le héros fait, avec un vase qu'il tient de la main droite, des libations sur un autel couvert de fruits entourés de verdure, du milieu de laquelle sortent des fleurs de lotus. C'est ici que se termine cette grande procession religieuse et militaire, que l'on doit considérer comme la représentation fidèle de toutes les cérémonies qui s'observaient au triomphe d'un roi guerrier. Des sacrifices offerts aux dieux commençaient et terminaient la fête. »
D'autres animaux sacrés étaient, comme le bœuf Apis, Tobjet d*un culte réel, mais qui n'avait pas la même importance. « Si dans quelque maison, dit Hérodote, il meurt un chat de mort naturelle, quiconque l'habite se rase les sourcils seulement; mais quand il meurt un chien, on se rase la tête et le corps entier. On porte dans les maisons sacrées les animaux qui viennent de mourir et on les enterre à Bubastis. A l'égard des chiens, chacun leur donne la sépulture dans sa ville et les arrange dans des caisses sacrées. On rend les mêmes honneurs aux ichneumons. On transporte à Buto les musaraignes et les éperviers et les ibis à Hermopolis; mais les ours, qui sont rares en Egypte, et les loups (chacals), qui n'y sont guère plus grands que les renards, on les enterre dans les lieux mêmes où ils sont morts. »
L'historien grec nous donne encore quelques renseignements sur ceux qui étaient chargés d'élever les animaux. « La loi ordonne aux Égyptiens de nourrir les animaux sacrés; il y a un certain nombre de personnes, tant hommes que femmes, destinées à prendre soin de chaque espèce en particulier. C'est un emploi honorable : le fils y succède à son père. Ceux qui demeurent dans les villes s'acquittent des vœux qu'ils leur ont faits. Voici de quelle manière : lorsqu'ils adressent leurs prières au dieu auquel chaque animal est consacré, et qu'ils rasent la tête de leurs enfants, ou tout entière ou à moitié, ou seulement au tiers, ils mettent ces cheveux dans un des bassins d'une balance et de l'argent dans l'autre. Quand l'argent a fait pencher la balance, ils le donnent à la femme qui prend soin de ces animaux : elle en achète des poissons, qu'elle coupe par morceaux, et dont elle les nourrit. Si l'on tue quelqu'un de ces animaux de dessein prémédité, on est puni de mort ; si on l'a fait involontairement, on paye l'amende qu'il plaît aux prêtres d'imposer ; mais si Ton tue, môme sans le vouloir, un ibis ou un épervier, on ne peut éviter le dernier supplice. »
Les destinées de l'ame. — Tout ce qui concerne la vie future