IV
est inscrit sur une série de papyrus, auxquels op donne le nom de rituel funéraire. Le rituel funéraire ou livre des morts est une réunion de prières divisées en 165 chapitres. Le rituel constituait un véritable catéchisme que tout Égyptien devait savoir imperturbablement, aûn de pouvoir répondre aux questions qui devaient lui être adressées après sa mort. Pour venir en aide à sa mémoire on enfermait dans le cercueil un exemplaire abrégé ou tout au moins des fragments du rituel funéraire. Quoique la pensée générale soit toujours la même dans les exemplaires que nous possédons, la forme et l'ordre des idées ne sont pas toujours présentés de la même manière. Néanmoins» on peut y suivre à peu près pas à pas les croyances des anciens Égyptiens sur les migrations que Tâme devait accomplir et les épreuves qu'elle devait subir après la mort. Nous avons, au musée égyptien du Louvre» dans la salle funéraire, à côté de la cheminée, un grand rituel du style de la XVlll* dynastie. « Ce beau manuscrit , dit M. de Rougé, est une véritable édition de luxe; il avait été préparé d'avance dans quelque librairie, et on avait laissé en blanc le nom du défunt à chaque endroit où il devait être écrit. Ces blancs étaient remplis quand le manuscrit avait été acheté; mais il arrive quelquefois, comme id, qu'on s'est dispensé de cette formalité et que le nom du défunt est resté en blanc. Dans d'autres manuscrits volés sans doute à quelque tombeau, on a effacé par endroits le premier nom et on a attribué le rituel à un nouvel acheteur, en écrivant son nom en surcharge. »
tf Les légendes sacrées, dit ailleurs M. de Rougé, racontaient qu'Osiris éiaiît mort sous les coups de son frère Set ou Typhon, avait été ressuscité par les soins d'Isis. Orisis était devenu le type de tout Égyptien qui avait payé son tribut à la mort, et cette assimilation était la garantie de son immortalité finale. L*embaumement le plus complet durait soixante-dix jours, pour se conformer aux rites suivis par Horus dans Tembaumement de son père Osiris. Le corps ainsi conservé, l'âme du défunt, que l'on nommait régulièrement VOsiris un tel, subissait des épreuves et parcourait les sphères célestes de la région des âmes, à la suite de Tàme d'Osiris, laquelle était censée résider dans une constellation qui répond aux étoiles d'Orion. Les parties du rituel qui énumèrent les principaux actes de ce pèlerinage de Tâme ne sont pas écrites dans un ordre constant, surtout dans les rituels anciens. Mais il semble qu'il y ait eu, vers le temps des rois saïtes, une sorte de révision ou rédaction plus officielle du rituel ; car aux dernières époques, on a tracé les manuscrits funéraires dans un ordre à peu près constant.
qui doit être pris en considération, parce qu'il indique certainement Tordre dans lequel les prêtres comprenaient les diverses idées auxquelles se rapportent les chapitres successifs de ce livre. »
Le mort monte d'abord sur la barque du soleil, où il est conduit par Anubis, et revêt successivement différentes formes pour éviter les embûches des démons. Mais quand il arrive au bord du lac qu'il faut traverser pour arriver aux enfers, il est interrogé par la barque elle-même et par chacune de ses parties. Ainsi la barque demande : « Quel est mon nom? » et le défunt répond : a Le Seigneur de la terre dans une boîte. » Le timon demande à son tour : « Quel est mon nom? » et le défunt répond : « Celui qui foule le Nil. » Puis ce sont les avirons, les poulies, les voiles, qui Tinterrogent tour à tour, et quand il est admis dans la salle de vMté, il ne lui faut rien omettre du rituel, car il ne saurait plus reconnaître sa route et s'égarerait infailliblement s'il avait oublié quelque chose.
Le mort doit aussi, pendant une certaine période de temps, cultiver les champs célestes et recommencer en quelque sorte les travaux qu'il a faits sur la terre. C'est à cette croyance que nous devons les nombreuses scènes agricoles qui figurent dan^ les peintures des hypogées.
« Dans le ker-neter, nom mystique de l'autre monde, dit Mariette, existent de vastes champs entrecoupés de fleuves et de canaux, que le défunt doit cultiver. C'est une nouvelle épreuve imposée à l'àme avant son entrée définitive dans le séjour éternel. Le chapitre ex du rituel lui est consacré. Le chapitre vi porte pour titre : Chapitre pour faire les schabti pour les travaux dans le ker-neter. Ces schabti sont, comme on sait, les statuettes funéraires elles-mêmes : quoique représentant le défunt dont elles portent invariablement le nom, elles semblent des aides qu'on lui aurait donnés pour le seconder dans le travail difficile de la culture des champs célestes. Aussi sont-elles toujours extrêmement nombreuses , soit qu'on en ait parsemé le sal de la chambre mortuaire, soit qu'on les ait disposées dans des boîtes spécialement affectées à cet usage. »
Quatre génies spéciaux, sous la forme de cynocéphales, étaient chargés de purifier complètement l'àme du juste en effaçant dans un bassin de feu les souillures dentelle se serait rendue coupable : c'est ce qu'on appelle le bassin expiatoire. Mais c'est surtout en arrivant dans la salle de vérité que le défunt aborde le moment le plus solennel, la confession qui doit être suivie du jugement définitif.
Dans notre figure 454, on voit au-dessus de la scène du pèsemcnt de l'àme deux rangées de petites figures, assises dans une pose identique et pourvues d'une plume d'autruche sur la tête. Ce sont les quarantedeux juges devant lesquels Tâme est obligée de faire sa confession. Elle fait à chacun d'eux une invocation pour se justifier d'un péché contre la morale ou le culte établi. Les lois morales sont à peu près les mêmes chez tous les peuples et on n'est pas surpris de voir dans le rituel la condamnation du meurtre, du vol, de Taduitère, Tobligation de Taumône, de la charité, etc.
Au chapitre cxxv du rituel (cité par Mariette), le mort, admis en présence du juge suprême, s'écrie : « Je me suis attaché Dieu par mon amour; j'ai donné du pain à celui qui avait faim, de l'eau à celui qui avait soif, des vêtements à celui qui était nu ; j'ai donné un lieu d'asile à l'abandonné... » Les monuments égyptiens, ajoute Mariette, font un si fréquent emploi de ces paroles, que nous sommes presque autorisés à y voir une sorte de prière d'un usage pour ainsi dire quotidien.
Mais il y a aussi des prescriptions qui se ressentent de la nature du sol, par exemple, le respect des droits acquis sur les cours d^eau, et d'autres qui nous semblent assez bizarres, comme la défense de dire des paroles trop nombreuses; il paraît qu'en Egypte le bavardage était un gros péché! Mais ce qui est surtout bien remarquable, ce sont les prescriptions relatives aux privilèges du sacerdoce et au maintien de l'ordre de choses établi. On peut en juger par l'extrait suivant qui fait partie de la justification du défunt dans le rituel de Turin :
« Je n'ai pas alTamé les autres, dit le défunt.
« Je n'ai pas changé les institutions du pays.
(( Je n'ai pas volé les vêtements des morts.
« Je n'ai pas pris le lait de la bouche des enfants.
« Je n'ai pas pris au filet les oiseaux sacrés.
« Je n'ai pas péché les poissons sacrés.
« Je n'ai pas barré le fleuve à l'époque de l'inondation pour détourner une portion des eaux à mon profit.
« Je n'ai pas éteint les lampes (sacrées) quand elles devaient brûler.
« Je n'ai pas chassé les bestiaux des dieux, etc. » Toutes les justifications du défunt à l'égard des institutions du pays, des oiseaux sacrés, des poissons sacrés, se rattachent évidemment aux privilèges sacerdotaux que la loi religieuse voulait maintenir intactes.
La scène du jugement de Tâme est reproduite sur un très grand nombre de monuments. Elle apparaît sur les peintures des hypogées» sur les sculptures des sarcophages, et forme \u plus importante des vignettes qui sont figurées sur le rituel. Quoique présentant quelques différences dans les détails, les scènes du jugement de Tâme se ressemblent toutes par les points essentiels, et en étudiant Tune d'elles on a la clef de toutes les autres. Cette étude est d'autant plus essentielle qu'elle démontre, au point de vue moral, toute la doctrine religieuse des anciens Égyptiens.
La figure k^k nous introduit dans le palais de l'Amenti, décoré de colonnes imitant un faisceau de lotus lié à son extrémité supérieure. Au fond de la salle, sur un trône couvert d'écaillés, est assis Osiris, le souverain juge des actions humaines et le dieu qui règne aux enfers. Dans ce rôle Osiris garde la figure humaine, avec la barbe tressée et rattachée aux oreilles ; il est de couleur verte et porte pour attributs le fouet et le pedum. Aux pieds de son trône est une table chargée d'offrandes: des fleurs, des oignons, divers fruits, deux oies, des pains sacrés, un vase sacré à encens. Deux longs vases à libation, posés sur des trépieds de bois, sont placés sous la table.
Devant la table, et Toeil fixé sur Osiris, dont elle attend l'arrêt, se tient la dévorante de Venfer, sorte de cerbère égyptien, monstre composé avec des parties du crocodile, de l'hippopotame et du liofi : inerte, si le défunt doit prendre place parmi les élus, elle est prête à le dévorer si sa condamnation est prononcée.
A l'autre extrémité de la salle, le défunt est introduit par la déesse Tmeï,^ la Thémis des Grecs, personnification de la justice. Coiffé du cône funéraire, le sein nu, les jambes recouvertes d'une tunique rattachée à l'épaule par une bandoulière, le mort lève les bras pour implorer la miséricorde du grand justicier, qui le ^h'Q d'un œil scrutateur et impassible. La déesse qui l'accompagne n'a pas de tôte, mais elle porte en place une plume d'autruche, symbole de la justice chez les anciens Égyptiens.
Entre le mort et le juge suprême est placée la balance infernale, dont les plateaux pendent au bout de deux cordes : sur l'un d'eux est le cœur du défunt, renfermé dans une urne, sur Tautre, on retrouve la déesse Tmeï, la justice personnifiée. Au sommet de la balance est le cynocéphale assis, symbole d'équilibre et d'équité des jugements. Le mort voudrait bien faire pencher le plateau en sa faveur; mais Horus, le dieu à tête d'épervier, et Anubis, le dieu à tête de chacal, se tien-
nent debout sous la balance et vérifient, Tun, le poids régulateur, l'autre la corde qui soutient le plateau du cœur.
Quand ils ont pesé le cœur du mort, les deux divinités communiquent le résultat à Thot, le dieu à tête d'Ibis, scribe d'Osiris et secrétaire de la justice divine. Celui-ci inscrit le résultat sur une tablette qu'il va présenter au juge suprême pour prononcer en dernier ressort. L'équité du jugement ne peut être révoquée en doute par le mort, qui avant le pèsement de son cœur a dû s'expliquer devant les quarantedeux juges que nous voyons figurer en haut de la composition.
Les méchants étaient condamnés à l'anéantissement ; mais ils n^y arrivaient qu'après avoir subi divers châtiments, par exemple celui de voir leur àme passer dans le corps d un animal immonde comme le porc (fig. 455). Le juste^ au contraire, arrivait aux régions célestes,
Fig. 455. — Un méchant condamné à prendre la forme d'an animal impur.
toujours représentées sur les monuments sous une forme emblématique. Ainsi l'espace céleste est quelquefois figuré par une femme couverte d'étoiles, qui se courbe au-dessus de la terre en prenant une forme démesurément longue, comme on peut le voir dans notre figure 456. Sur les barques qui naviguent au delà de cette figure céleste, on voit naviguer les âmes des justes qui^ étant assimilées à Osiris, en portent les efnblèmes.
Le catalogue du musée de Boulaq décrit ainsi un sarcophage : « Sur la partie supérieure du cercueil est l'image du ciel sous la forme d'une femme, les bras étendus sur la tête, nageant dans les espaces célestes. La partie inférieure est au contraire occupée parce que nous appelons l'enfer, représenté par une femme, les bras pendants, le signe hiéroglyphique de Yamenti sur la tête. Quand la dépouille mortelle était encore enfermée dans son cercueil, le défunt était ainsi comme suspendu entre le ciel supérieur qui représente la course
radieus(j du soleil, et le ciel inférieur que Tastre parcourt pendant la nuit. Toutes les croyances égyptiennes sont là. La vie est semblable au soleil qui accomplit au-dessus de nos têtes sa resplendissante carrière ; le soleil nocturne qui lutte silencieusement sous nos pieds contre les ténèbres est l'image de la mort. Ces épreuves accomplies, l'âme déclarée pure reparaît brillante à Thorizon oriental et commence pour l'éternité une seconde vie qui n'aura pas de mort. »
Le catalogue du musée de Boulaq décrit ainsi le cercueil de Mené!, prophète d'Osiris : « Sur la poitrine, on voit la représentation du défunt couché sur le lit funèbre, entre les deux enseignes, emblèmes d'Osiris. L'àme se rapproche du corps sur lequel elle plane les ailes éployées. Au-dessus de la scène, le soleil, soutenu par Isis et Nephtys, se lève à Thorizon. Cest le grand acte final des pérégrinations auxquelles le défunt vient d'être soumis. Meneï a sacrifié à toutes les divinités funèbres; il a subi toutes les épreuves; il a comparu devant le juge suprême et a été proclamé juste ; par sa vertu, il a mérité de commencer cette seconde vie qui n'aura pas de mort. L'âme va maintenant se réunir au corps, et au centre du disque solaire apparaît le scarabée comme emblème de cette résurrection. Les figures qui accompagnent cette scène sont celles des divinités inférieures, gardiennes des espaces célestes. »
L'âme du juste gagnait avec l'immortalité la certitude d'un bonheur sans mélange : les hommes dont la vie avait été approuvée d'Osiris vivaient dans le ker-mter qui équivaut à notre paradis. Les aspirations vers le ker-neter sont nettement exprimées dans une hymne au soleil, inscrite sur une stèle funéraire du muséede Boulaq. « Salut, salut à toi, quand tu te lèves dans la montagne solaire sous la forme de/?a, et que tu te couches sous la forme de Ma! Tu circules autour du ciel, et tous les hommes te regardent et se tournent vers toi en se cachant la face! Tes rayons sur leurvi sage, on ne peut les décrire! L'or n'est rien, comparé à tes rayons! Les terres divines, on les voit dans les peintures; les contrées de l'Arabie, on les a énumérées; mais loi seul tu es caché!... Tes transformations sont égales à celles de l'océan céleste. 11 marche comme tu marches... Accorde que j'arrive au pays de l'éternité et à K: région de ceux qui sont approuvés. Accorde que je me réunisse aux beaux et sages esprits du ker-neter, et que j'apparaisse avec eux pour contempkr tes beautés le matin de chaque jour!... »
Bien que la croyance à la résurrection des corps fût très-générale en Egypte, il paraît qu'elle n'était pas envisagée par tout le monde
sons un jour bien consolant. C'est du moins ce qui résulte d'une trèscurieuse inscription traduite par M. Maspero : « 0 mon frère, ô mon ami, ô mon mari, dit une femme défunte, ne cesse pas de boire, de manger, de vider la coupe de la joie, d'aimer et de célébrer les fètes; SUIS toujours ton désir et ne laisse jamais entrer le chagrin en ton cœur, SI longtemps que tu es sur la terre! Car l'amenti est le pays du lourd sommeil et des ténèbres, une demeure de deuil pour ceux qui y restent. Ils dorment dans leurs formes incorporelles, ils ne s'éveillent
pas pour voir leurs frères, ils ne reconnaissent plus père et mère, leur cœur ne s'émeut plus vers leur femme ni vers leurs enfants. Chacun serassasiedel'eau vivifiante, moi seule ai soif. L'eau vient à qui demeure sur la terre : ou je suis, l'eau même me donne soif. Je ne sais plus ou je suis, depuis que je rentrai dans ce pays; je pleure après l'eau qui a jailli de là-haut. Je pleure après la brise, au bord du courant (du Nil), afin qu'elle rafraîcliisse mon cœur en son chagrin, car ici demeure le dieu dont le nom est Toule mort. Il appelle tout le monde à lui, el tout le monde vient se soumetirc. tremblant devant sa colère. Peu lui importent et les dieux et les hommes; grands et petits sont égaux pour loi. Chacun tremble de le prier, car il n'écoute pas. Personne ne
vieni lo louer, car il n'est pas bienveillant pour qui l'adore : il no regarde aucune olTrande qu'on lui lend. ■
Il faut croire pourtant que l'idée de la mort et de la résurrection se présentait d'une manière moins sinistre pour la plupart des ^yptiens, autrement on comprendrait bien dillicilement l'importance donnée au lotus et au scarabée, symbole de résurrection, ainsi que l'usage des ablutions et des repas funèbres qui se rattachent à la même pensée (fig. ^57). Le soin énorme qu'on apportait à la conservation du corps après la mort tenait à la certitude où l'on était généralement que le corps reprendrait un jour sa forme première.
Hepu (luiiUie.
Il Mettre les morts à l'abri de l'inondation, dit Mariette, a été le principe qui a toujours guidé les Égyptiens dans le choix de l'emplacement réservé aux nécropoles. Dans le Delta, les morts ont été ensevelis,soit dans l'épaisseur des murs des villes et des temples, quand ces murs étaient en briques crues, soil daus des lumuii élevés au milieu des plaines. La moyenne et la haute Égjpte ont profité des avantages que leur offraient les chaînes libyque et arabique qui, des deux c&tés, confment aux plaines cultivées, et les habitants uut pratiqué, dans le rocher qui forme ces deux montagnes, les grottes destinées h recevoir leurs morts. Rarement les morts ont été conGés à la terre nue... Les lombes ég\'ptiennc3 ne forment jamais un tout bien coordonné elon ne peut pas dire qu'elles aient été invariablement construites sur un type uniforme. Cependant, à quelque époque qu'il appartienne, un monument funéraire complètes! divisé en trois parties; la chapelle extérieure, le puits et les caoemix souterrains. "
La Chapelle extérieure se compose d'une ou de plusieurs chambres, accessibles en tout temps, au moyen de portes : les parents ou les prêtres venaient y accomplir des cérémonies funèbres en l'honneur des morts. La décoration consiste en scènes empruntées à la vie réelle et dans lesquelles le défunt est toujours présent. « On le voit entouré de sa famille, assistant à des scènes diverses; il chasse dans les roseaux; il préside aux travaux des champs; des serviteurs lui apportent les produits de ses fermes; d'autres immolent à ses pieds les bœufs de sacrifices. »
La statue du défunt était presque toujours placée dans la chapelle extérieure, mais non pas de manière à être visible, car on pratiquait dans l'épaisseur de la muraille une niche destinée à la contenir et on la refermait ensuite. Seulement on y ménageait quelquefois une petite ouverture rectangulaire; c'est par cet étroit conduit que les prières pouvaient être entendues de la statue et Todeur des parfums arriver jusqu'à elle. Il faut encore observer que dans les chapelles funéraires de l'ancien empire, les images des dieux sont extrêmement rares, tandis qu'elles sont prodiguées dans celles du nouvel empire. A partir de cette époque, le caractère des décorations change, et au lieu de scènes de la vie privée, on trouve surtout des sujets religieux traités symboliquement. Le nouvel empire commence à la XVIII" dynastie. Sous les Ptolémées l'usage des chapelles extérieures cesse peu à peu et tout le luxe des sépultures se réfugie dans les chambres souterraines.
Au-dessous de la chapelle extérieure se trouve le puits qui descend dans les caveaux mortuaires où étaient déposées les momies. Une fois le puits bouché et rempli de décombres, on regardait la tombe comme à l'abri de toute violation. C'est là qu'on déposait, près du sarcophage contenant la momie, des meubles, comme chaises, tables, tabourets, coffrets, vases, paniers contenant des provisions, etc. C'est dans ces caveaux qu'on retrouve ces armes, ces bijoux, ces scarabées, ces canopès, ces vases et ces innombrables statuettes qui enrichissent nos musées d'antiquités.
Les scènes représentées sur les sarcophages se rapportent généralement à la course nocturne du soleil dans les régions souterraines : sur les plus récents on voit quelquefois des légendes mythologiques relatives aux génies funéraires ou à l'histoire d'Isis ou d'Osiris : on voit souvent planer sur la poitrine l'épervier à tête humaine, symbole de l'âme. Les sarcophages, en forme de momie, appartiennent générale-
ment au nouvel empire, car les plus anciens sont de simples cuves eu pierre. « Les Égyptiens, dit M. de Rougé, si magnifiques dans tout ce qui regardait les sépultures, ont décoré ces monuments avec un soin tout spécial. Les sarcophages d'une très-anciennne époque sont fort simples et néanmoins d'un beau travail. Le sarcophage de la grande pyramide n*a aucun ornement. Celui du roi Menkéra([V« dynastie) présentait l'aspect d'un petit édifice. Il n'était décoré d'aucune figure; de simples lignes architecturales, disposées avec un goût infini, composaient seules son ornementation. Les musées de Leyde et de Boulaq possèdent chacun une cuve de granit du même style. Le sarcophage de Florence, qui appartient à la XII® dynastie, est en granit rose; la pierre est taillée avec' une grande précision, mais il n'est encore orné que d'une légende hiéroglyphique assez simple. Il est vrai qu'on ne connaît pas de sarcophage royal de cette époque.
« Dans le second empire, les sarcophages sont décorés avec une grande richesse. Ceux du roi d'Aï (XV11I« dynastie) et de Séti I»' présentent un résumé de toutes les scènes funéraires des tombeaux. La sculpture couvre toutes leurs faces; il en est ainsi du sarcophage de Ramsès III. Cette richesse de détails augmenta encore sous les Saïtes. Le sarcophage de Taho, au Louvre, est un chef-d'œuvre que les graveurs ne se lassent pas d'admirer. »
Nos musées égyptiens renferment beaucoup de stèles; elles sont généralement cintrées par le haut et leur sommet est occupé par divers symboles, notamment le disque ailé, les chacals ou le vase, tt Les inscriptions en Egypte, dit M. de Rougé (notice des monuments du Louvre), s'appliquaient à toutes sortes de sujets. Les stèles sont plus habituellement destinées à rappeler la mémoire d'un parent défunt. En dehors des grandes inscriptions historiques, les stèles font pénétrer dans l'intérieur des familles; elles nomment le père et l'aïeul avec toutes ses fonctions, et n'oublient ni la mère ni les enfants, La formule qui accompagne les figures est ordinairement une prière adressée à Osiris, le dieu des morts. Ces prières se développent quelquefois de manière à présenter un intérêt littéraire. Si le personnage principal a pris part aux charges de l'État, la stèle fournit souvent alors des dates ou des renseignements historiques. »
Ce qui augmente beaucoup le nombre des stèles, c'est l'habitude où étaient les Égyptiens de consacrer par un monument plus ou moins étendu le souvenir de leur passage en certains lieux réputés saints. C'est ainsi que sur les rochers qui bordent le Nil, on trouvo
quelquefois des inscriptions ou même des hymnes adressés au fleuve.
(( Le sommet des stèles, dit M. de Rougé, est presque toujours occupé par le disque ailé. Ce symbole représente le soleil^ considéré comme la divinité suprême. Dans sa course céleste, dirigée d'Orient en Ckxident, Tastre est soutenu par deux ailes dont l'une désigne le ciel du nord et l'autre le ciel du midi. Cette orientation est souvent reproduite par deux chacals, qui portent les noms de guides des chemins célestes du nord et du midi. Les autres symboles qui complètent ordinairement cette scùnc sont Tanneau» symbole de lorbite solaire et des périodes du temps, Teau ou Téther céleste, sur lequel étaient censés voguer tous les astres, et le vase, symbole de l'étendue.
L'âme» sur les monuments, est toujours représentée sous la forme d'un épervier à tête humaine. On la voit dans plusieurs représentations voltiger au-dessus du corps qu'elle a quitté et qu'elle doit reprendre (Voir t. 11, fig, 78). Quelquefois aussi on voit l'âme boire l'eau céleste qui doit donner à Thomme une nouvelle jeunesse. Pendant que l'âme fait ces pérégrinations, la momie reste sous la garde d'Ânubis, le dieu à tête de chacal. Isis et Nephtys, les deux sœurs d'Osiris, récitent les prières et les chants de résurrection, comme elles Font fait pour leur frère Osiris, lorsqu'après avoir réuni ses membres épars, elles lui ont rendu la vie par leurs incantations.
Les Temples. « Le temple n'est pas, comme nos églises, dit Mariette {Itinéraire des invités du khédive), un lieu où les fidèles se rassemblent pour dire la prière. On n'y trouve ni chambres d'habitation pour les prêtres, ni lieux d'initiation, ni traces de divination ou d'oracles, et rien ne peut laisser supposer qu'en dehors du roi et des prêtres une partie quelconque du public y ait jamais été admise. Mais le temple est un lieu de dépôt, de préparation, de consécration. On y célèbre quelques fêtes à l'intérieur, on s'y assemble pour les processions, on y emmagasine les objets du culte, et si tout y est sombre, si dans ces lieux, où rien n'indique qu'on ait jamais fait usage de flambeaux ou d'aucun mode d'illumination, des ténèbres à peu près complètes régnent, ce n'est pas pour augmenter par l'obscurité le mystère des cérémonies, c'est pour mettre en usage le seul moyen possible alors de préserver les objets précieux, les vêtements divins, des insectes, des mouches, de la poussière du dehors, du soleil et de la chaleur elle-même. Quant aux fêtes principales dont le temple était le centre et le noyau, elles consistaient sur tout en processions qui se répandaient au dehors, à la pleine clarté
du soleil, jusqu'aux limites de la grande enceinte en briques crues. En somme, le temple n'était donc pas tout entier dans ses murailles de pierre, et ses vraies limites étaient plutôt celles de Tenceinte. Dans le temple proprement dit, on logeait les dieux, on les habillait, on les préparait pour les fêtes i le temple était une sorte de sacristie où personne autre que les rois et les prêtres n'entrait. Dans l'enceinte, au contraire, se développaient les longues processions, et, si le public n'y était pas encore admis, au moins pensons-nous que quelques invités pouvaient y prendre place. »
Les temples étaient précédés d'avenues de sphinx qui ne suivent pas toujours des lignes absolument régulières. Gela tient à ce que les édiûces devant lesquels elles étaient placées ont été élevés à des époques différentes. Quand on a voulu ensuite relier ensemble tous ces monuments', on n'a pu le faire qu'en suivant des directions obliques.
Les grands édifices de l'Egypte sont construits sur un plan à peu près uniforme, en sorte qu'il est souvent diflQcile de distinguer s'il s'agit d'un temple ou d'un palais. De grandes salles supportées par de nombreuses colonnes, des cours entourées de portiques, de vastes portes et des murs extérieurs toujours inclinés qui donnent à l'ensemble l'aspectd'une pyramide tronquée, voilà les caractères essentiels qu'on rencontre partout.
Strabon nous a laissé des temples égyptiens une description que l'étude des monuments a pleinement justifiée : « On entre, dit-il, dans une avenue pavée, appelée drôme (ou le cours), selon l'expression de Callimaque ; ce drôme est comacré à Anubis. Dans toute la longueur de cette avenue sont disposés sur les côtés des sphinx en pierre, distants les uns des autres de vingt coudées ou un peu plus. Après les sphinx est un grand propylée, et, si vous avancez encore, vous en trouvez un second et même un troisième. Après les propylées vient le temple, la cella qui a un portique grand et digne d'être cité, et un sanctuaire de proportion relativement moindre; celui-ci ne renferme aucune sculpture, ou s'il en existe, ce ne sont pas des représentations d'hommes, mais bien celles de certains animaux. De chaque côté du pronaos, s'élèvent les ailes: ce sont deux murs de même hauteur que le temple, distants l'un de l'autre, à l'origine, d'un peu plus que la largeur des fondements du temple ; mais ensuite leurs faces se rapprochent Tune de l'autre, en suivant des lignes convergentes, jusqu'à la hauteur de cinquante ou soixante coudées. Sur les murs sont sculptées de grandes
ûgures, ouvrages semblables à ceux des Étrusques et à ceux qui ont été faits très-anciennement par les Grecs. »
Les propylées dont parle Strabon se composent de pylônes devant lesquels se dressent deux obélisques d'inégale grandeur et des statues colossales. L'intérieur du temple offre cette particularité que les pièces diminuent d'étendue à mesure qu'elles approchent du fond de l'édifice. Les nombreux supports ronds, quadrangulaires ou octogones, les vestibules peuplés de statues, les dessins hiéroglyphiques creusés sur les murailles, Timmense proportion de l'édifice, tout contribue à produire une impression grandiose et mystérieuse, que rend encore plus étrange l'emploi des couleurs les plus vives; car dans Tarchitecture égyptienne, tout est peint, les statues comme les bas-reliefs, les colonnes comme les murailles, l'intérieur comme l'extérieur; l'art s'est efforcé surtout d'agir sur l'imagination et de frapper l'esprit d'une profonde impression religieuse.
Les murs des temples sont presque toujours bâtis en talus à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur ils s'élèvent sur une ligne perpendiculaire, de sorte qu'ils sont beaucoup plus épais à leur base qu'à leur sommet. Mais on ne voit jamais, comme dans les temples grecs, des séries de colonnes formant des péristyles autour des monuments. Les colonnes égyptiennes ne se montrent que dans l'intérieur des cours où elles forment des portiques, ou dans des salles dont elles supportent le plafond. Ce n'est qu'à partir des Ptolémées qu'on voit des colonnes extérieures, et alors elles se rattachent les unes aux autres par un mur à hauteur d'appui. L'architrave, supportée par les colonnes, ne repose pas directement sur le chapiteau, mais sur une pierre cubique destinée à exhausser la colonne.
(( Les innombrables sculptures dont les temples étaient ornés, dit M.Paul Pierret {Dictionnaire d'archéologie égyptienne), ètz.ienid\sivih\xées méthodiquement. Sur les murailles extérieures étaient gravés le récit des conquêtes royales, les fastes de l'histoire égyptienne. Les murs intérieurs, les colonnes portaient des représentations religieuses ; sur les architraves, on mentionnait la dédicace de la construction. On choisissait pour les plafonds les scènes ayant un rapport direct avec les phénomènes célestes, tandis qu'on réservait pour les soubassements les sujets terrestres, c'est-à-dire les inscriptions géographiques, les défilés des nomes. »
Les divinités sculptées dans les temples sont constamment placées de telle façon que si on les supposait s'avançant horizontalement sur la
surface du mur) elles arriveraient à la porte principale du temple. Dans les scènes d'adoration, le prôtre est toujours représenté debout et la divinité assise ; mais celle-ci est placée sur un socîe dont la hauteur est calculée pour que les têtes se trouvent au même niveau. Quand on voit plusieurs divinités assises à la file, ce n'est pas pour indiquer un ordre hiérarchique, mais simplement par absence de perspective et il faut toujours les concevoir comme si elles étaient de front.
On appelle naos une espèce de chapelle ou châsse, fermée par une porte à double battant et dans laquelle se trouvaient des statues de dieux, des emblèmes religieux, ou même des images de simples particuliers, dont la famille voulait honorer la mémoire. Â certains jours on récitait des prières devant le naos : les temples en possédaient toujours un certain nombre, de toutes dimensions et de toutes matières. « Mais au fond du sanctuaire, dit M. Mariette, s'élevait le naos par excellence. Celui-ci était de granit ou de basalte, et de proportions colossales. Si l'on étudie le plan du temple qui le contient, on voit que ce temple a été bâti pour lui et qu'il en est comme une sorte de résumé. » On sait, par l'exemple du monolithe d'Edfou trouvé en place, que les naos étaient disposés au fond du sanctuaire.
Nous avons au Louvre (salle du rez-de-chaussée) deux naos en granit rose. Il y en a un dont une seule face a été décorée : trois disques ailés surmontent la porte et on lit sur les côtés la légende de Ptolémée Évergète II et de Cléopùtre sa femme. L'autre naos est beaucoup plus ancien puisqu'il appartient au roi Amasis (380 avant Jésus- Christ). Il est décoré de divers emblèmes, mais abîmé dans certaines parties, car les cartouches de ce roi, qui était un usurpateur, ont été martelés avec rage par ses successeurs.
La chapelle ou châsse contenant les emblèmes sacrés est fréquemment figurée sur une sorte de barque symbolique dédiée à une divinité. La figure 458 montre une barque d'Ammon caractérisée par la t^te de bélier qui décore Tavant et Tarriùre du bâtiment. Une autre barque symbolique est représentée sur la châsse qui occupe le milieu de celle-ci et on en voit encore d'autres parmi les offrandes et les emblèmes disposés de chaque côté de la chapelle. Un Pharaon, sur lequel plane le vautour divin, brûle Tcnccns devant la châsse, qui est décorée de ce côté par des mâts ornés de banderoles, comme on en mettait sur la façade des véritables temples. Ammon et Isis sont les deux divinités auxquelles les barques de ce genre étaient généralement consacrées : celle que représente la figure koO est une barque
4U INSTITUTIONS BELIGIECSES.
d'Isis, et la tèle de la déesse apparaît à l'avant et à l'arrière du bâtiment.
Avant d'être emportée dans les processions solennelles qui circu-
laient autour du temple, la barque sacrée était disposée sur un autel {ùg. Utd). C'est ainsi que nous la voyons figurer sur un grand bas-
relief du temple d'Eléphantine. La barque sacrée, ornée de lOtcs do béliers, est posée sur un autel moins haut que large, ayant une base et une corniche, mais nu et sans hiéroglyphes. Au centre de la barque est l'image d'un petit temple, en partie voilé, et qui p ralt ûxé par
trois anneaux sur un châssis à quatre pieds^ servant â poser l'arche ; celle-ci se portait sur les épaules, au moyen de leviers aussi longs qu'elle : on voit sur 1 autel un de ces leviers.
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Pig. 401. Fig. 462.
Vases de la forme la plus ancienoe.
Fig. 403.
Les vases sacrés formaient une partie importante du mobilier des temples. Ils sont d'une forme qui varie selon Tusage auquel ils étaient
Fig. 464
Fig. 465.
Vases d'ancien style
destinés et aussi suivant l'époque où ils ont été employés. Les vases de Tanclen empire sont en général d'une forme très-simple (ûg. 461 à46i).
Fig. 466.
Fig. 467.
Seaux eu bronze pour les libations.
Fig. 468.
Ces vases apparaissent quelquefois sur la main des personnages qui
font une invocation aux dieux : ils contenaient généralement de Tencens.
Plusieurs de ces vases portent le nom d'une panég^Tie célébrée par
IMSTITDTIONS RELIGIEUSES.
un roi, et portent pour cette raison le nom de vases panègyriqu» : ceux-ci sont habituellement en albâtre. La légende qui les accompagne
SuDi pou Ifli Sbilioni
roule presque toujours sur rassimilalion des rois avec une divinité. On sait que les rois d'^ypte étaient considérés comme fils du soleil.
Fif. 471. Fll. 4». Fig. 413.
et leur bannière porte pour cette raison l'image d'Horus, personniricatioD du soleil levant. Nous avons au musée égyptien du Louvre (salle historique, armoire C) plusieurs vases panégyriques, accompagnés de la légende royale d'un Pharaon.
Tous les vases de cette forme n'étaient pas destinés à renfermer de l'encens. Il y en a quelques-uns dont l'oriGce est pourvu d'un bec
Fig. 474.
pointu par où le liquide s'écoulait. Mais, en général, on n*y voit ni anses ni couvercle (fig. 465).
Fjg. 4'75.
Fig. 4-6.
Les seaux à libation sont des vases de bronze pourvus d'une anse mobile, placée au-dessus de l'oriQce (fig. 466 à 470).
Ces seaux étaient destinés à porter Teau du Nil dans les sacrifices
et quelqaes-uns sont d'assez grande dimension. Quelqaes-uns sont enrichis de légendes ou de représentations mythologiques tracées à la pointe. Le musée du Louvre possède un vase remarquable dont la décoration Ggure un prêtre d'Ammon recevant les honneurs funèbres que lui rend son ûls : la prière qu'il récite est gravée à côté de cette scène. D'autres fois on voit la déesse du ciel versant sur le mort le breuvage régénérateur dont Teau du Nil est le symbole.
Une autre catégorie de vases se voit assez fréquemment dans les mains des prêtres : ceux-ci sont arrondis par le haut, qui est muni d'une ouverture assez petite et accompagnée d'un bouchon. Le liquide
Fig. 477.
qu'ils contenaient s*échappait par un bec extrêmement mince, et d'une forme légèrement serpentine (Gg. 471 et suiv.).
Les prêtres employaient pour les cérémonies du culte un grand nombre d'instruments qui sont fréquemment Ggurés dans les peintures
Fig. 4-8.
des tombeaux et dont nos musées renferment de nombreux échantillons. On brûlait les parfums sur des espèces d'encensoirs en bronze dont la forme est assez variée : le manche est quelquefois en bois sculpté et se termine habituellement par une poignée présentant la tête d'un épervier ou d'un autre animal sacré. Le corps de reiicensoir formait une coupe posée sur une main sortant d'une tête de lotus. Les parfums destinés à être brûlés dans les cérémonies pieuses se renfermaient dans des coffrets de bronze incrustés d'ivoire, et on les prenait avec des cuillers faites de bois de couleur variée, d'ivoire ou de terre émaillée. Ces cuillers étaient décorées de feuillages, de fleurs de lotus, d'animaux ou de figures diverses formant d'ingénieux arrangements (flg. 477 et 478).
Les figures &79 et i|80 représentent un Pharaon offrant le sacriQco avec les instruments décrite plus haut.
On faisait des oQrandes aux dieux ou aux ancêtres. Les monuments qui représentent des scènes d'offrandes se trouvent donc dans les tombeaui aussi bien que dans les temples, o Dans les tombeaux, dit Uariette, les dons funéraires sont présentes selon un certain ordre
PIg. 470.
qui a peu varié. Les listes les plus anciennes comprennent l'ean, l'encens, les sept huiles, les deux collyres, le linge. Plus tard, une nouvelle série, bien plus longue que la première, a été ajoutée. Elle débute par le vase pour l'eau, le vase pour l'encens, l'autel, deux sortes de tables, la chaise, et elle termine par rénuméraiion de tous les dons proprement dits, où l'on trouve les parties d'animaux, les oiseaux, les cinq espèces de vin, les deux espèces de bière, les fruits, les légumes, etc. a Les scènes d'offrandes représentées sur les sculptures sont presque toujours des monuments commémoratifs destinés à rappeler quelque fondation pieuse.
Le musée de Boulaq renferme uoe curieuse scène d'offrandes représentée sur uae stèle, u Ce monument, dii le catalogue, a été gravé pour perpétuer la mémoire d'Eutef, perdonnaga qui vivait au commencement de la XII* dynastie. Les lois religieuses de T^ypte obligeaient les familles à venir à certains jours de l'année présenter des offrandes aux parents morts. Notre stèle n'est que la représentation d'une de ces
stèles funèbres. Entef siège à cAté de sa femme ; ses fila, ses filles se présentent devant lui. Les uns prononcent les prières consacrées; les autres apportent des victuailles, des parfums. Au dernier registre, la scène est curieuse à étudier par la variété des tableaux. Outre des parties d'animaux déjà sacrifiés, des serviteurs amènent des animant vivants. »
■ Les tables d'offrandes, dit M. Mariette, sont les monuments commémoratifs d'une fondation pieuse faite par les personnages dont elles portent le nom. On en trouve d'assez nombreux exemplaires dans les
temples. Elles portent le plus souvent, sculptés sur leur face supérieure, les dons que le dédicateur s'engageait à fournir en nature. Quelquefois, elles n'ont que la forme du caractère hiéroglyphique qui sert à écrire leur nom. Karnak possède encore quelques-unes de ces dernières, qui sont d'énormes blocs d'albâtre ou de granit pesant près de huit mille kilogrammes. »
Il y a des tables d'offrandes de toutes les grandeurs, et quelques-
Fig. 481.
Tables d'ofTrandos.
Fig. 48^.
unes sont fort petites. La plupart sont d'une forme très simple, comme on peut le voir aux figures kSl à 484, mais il y en a aussi qui extrêmement riches.
Nous avons au Louvre plusieurs de ces tables à libation , décorées de plusieurs objets d'offrande sculptés et portant sur le pourtour des prières au nom du dédicateur. Il y en a une qui, outre les offrandes de pain et de viande, renferme quatre bassins destinés à contenir des liqueurs. On voit de même au musée de Boulaq une table en grès {u? 95 du catalogue) sur laquelle sont disposés vingt godeis symétri-
quement rangés. La disposition du monument montre qu'il était destiné à recevoir en nature des dons présentés aux dieux, et la légende rappelle, en effet, une fondation d'offrandes à faire au nom d'un roi dans le temple de Karnak.
Le même musée possède un autre monument du même ordre (n*»93 du catalogue), mais bien autrement précieux par sa haute antiquité. Il est en albâtre : deux lions sont debout, côte à côte, et regardent en face. Leurs queues sont pendantes et ramenées de manière à enserrer un vase placé à la partie postérieure des deux quadrupèdes. Sur leur dos est posée une table inclinée. Une rigole y est tracée et devait conduire
Fig. 483.
Fig. 481.
Tables d'offrandes.
jusqu'au vase le liquide qu'on y versait. Ce magnifique morceau, dit le catalogue, a été trouvé au fond d'un souterrain situé dans Tcnceinte de la grande pyramide de Saqqarah. 11 est malheureusement dépourvu d'inscriptions. Nul doute .cependant qu'il n'appartienne à l'ancien empire.
Les prêtres. — L'Egypte, si admirée des philosophes et des écrivains de l'antiquité, si étrange dans ses gigantesques et mystérieux monuments, apparaît dans l'histoire comme une énigme qui, après avoir défié tous les siècles passés, commence à peine à être comprise aujourd'hui. Une élite d'hommes chargés de la direction des affaires importantes, vénérés comme les interprètes des dieux, des prêtres à côté ou môme au-dessus des rois, propriétaires d'un des pays les plus richement dotés, cultivant toutes les sciences et tous les arts : naturalistes, médecins, astronomes, architectes, au milieu d'un peuple tout entier
consacré aux travaux manuels, telle nous apparaît TÉgypte sous la période sacerdotale.
Nous avons dit que les rois étaient chefs suprêmes du sacerdoce. Néanmoins, il paraît positif que dans plusieurs circonstances, le pouvoir politique s'est trouvé en lutte avec le pouvoir sacerdotal, qui voulait bien un chef, mais non un maître. Les immenses privilèges dont jouissait le sacerdoce ont dû plusieurs fois inquiéter le monarque, qui a pu alors entrer en lutte avec une classe dont la puissance lui portait ombrage. Il y a eu, en effet, des Pharaons qui, bien loin de se dire fils d'Ammon, se sont hautement déclarés les ennemis du dieu et ont tenté d'abolir son culte. Un grand nombre de monuments où le nom d'Ammon a été mutilé avec rage se rattachent à cette époque.
D*un autre côté, les prêtres d'Ammon se sont trouvés assez puissants pour renverser une dynastie et faire monter sur le trône des rois de leur choix. Le pouvoir royal semble même avoir été quelque temps électif, sinon dans TÉgypte elle-même , au moins dans TÉthiopie , et c'est encore par les prêtres d'Ammon qu'il devait être nommé. Il résulte même des renseignements donnés par Diodore de Sicile^ que, malgré la tou\e-puissance dont il était en apparence revêtu, le roi d'Ethiopie faisait en réalité Toffice d'une espèce de pouvoir exécutif, agissant sous l'influence immédiate du sacerdoce.
Si nous nous en rapportons aux historiens grecs, la classe sacerdotale aurait constiiué, dans l'ancienne Egypte, une sorte d'aristocratie dont les privilèges étaient transmissibles par voie d'hérédité : il faut en rabattre un peu sur cette opinion, qui présente la chose sous un aspect certainement exagéré. Le sacerdoce représente avant tout la classe des lettrés, et les connaissances assez étendues qui étaient exigées des grands fonctionnaires montrent assez qiie l'hérédité n'a jamais pu avoir le caractère absolu qu'on lui prête. Évidemment, un membre de la classe sacerdotale devait faire tous ses efforts pour voir son fils lui succéder dans ses fonctions, mais si l'enfant ne possédait pas les connaissances requises, il fallait nécessairement le remplacer par un autre, et un scribe, plus intelligent ou plus laborieux que les autres, pouvait par conséquent s'élever beaucoup plus haut que son père dans la hiérarchie administrative. Or le titre de scribe n'implique aucunement un privilège de naissance, mais représente simplement une sorte de diplôme. En sorte que la classe sacerdotale de l'ancienne Egypte peut, en quelque sorte, être assimilée à la classe des lettrés de Chine, mais no doit l'être en aucune façon à la caste des brahmanes de l'Inde.
Les connaissances requises pour exercer les fonctions sacerdotales ont été nettement déOnies par saint Clément d'Alexandrie. « Les Ég;^'ptiens, dit-il, suivent une philosophie particulière à leur pays ; c'est dans leurs cérémonies religieuses surtout qu'on s'en aperçoit. On y voit d'abord, marchant le premier, le chanteur, portant un symbole musical; il est obligé de savoir deux des livres d*Hermès, l'un contenant les hymnes en l'honneur des dieux, l'autre les règles de vie pour les rois. Après le chanteur vient l'horoscope; il porte dans ses mains une horloge et une palme. 11 faut qu'il ait toujours dans l'esprit les quatre livres qui traitent des astres : Tun des astres errants, Tautre de la conjonction du soleil et de la lune, les derniers de leur lever. Vient ensuite le prêtre hiérogrammate, reconnaissable aux plumes qui ornent sa tête ; il a dans ses mains un livre et une palette garnie de l'encre et des joncs nécessaires pour écrire. L'hiérogrammate doit posséder les connaissances qu'on appelle hiéroglyphiques (ou interprétatives des anciens livres) et qui comprennent la cosmographie, la géographie, les phases du soleil et de la lune, celles des cinq planètes, la chorographie de l'Egypte, le cours du Nil et ses phénomènes, Tétat des possessions des temples et des lieux qui en dépendent, les mesures et tout ce est utile à l'usage des temples. Le stoliste vient ensuite, portant la coudée, emblème de la justice, et le vase de purification. Celui-ci sait tout ce qui concerne l'art d enseigner et Tart de marquer du sceau sacré les jeunes victimes. Dix livres sont relatifs au culte des dieux et aux préceptes de la religion; ils traitent des sacrifices, des prémices, des hymnes, des prières, des pompes religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres marche le prophète, portant le sceau sacré, suivi de ceux qui portent des pains ; comme le supérieur des autres prêtres, le prophète apprend les dix livres qu'on appelle sacerdotaux, où est contenu ce qui concerne les lois et l'administration de l'État et de la cité, les dieux et la règle de Tordre sacerdotal. Il y a en tout quarante-deux livres d'Hermès, dont trente-six, dans lesquels se trouve exposée toute la philosophie des Égyptiens, sont appris par les prêtres des classes qui viennent d'être désignées; les six autres livres sont étudiés par lespastophores, comme appartenant à Tart de guérir, et ces livres parlent, en effet, de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments, des yeux, enfin des maladies des femmes. » On voit que les connaissances qu'on demandait à la classe sacerdotale comprenaient à peu près tout ce qui constituait la science dans ces époques reculées. Naturellement, il y avait des écoles sacerdotales plus
OU moins fameuses, et Tinstruction qui se donnait dans les temples n'était pas partout poussée au même degré.
Les temples étaient munis d'une bibliothèque : « Une chambre du temple de Denderah, dit M. Paul Pierret, est nommée Bibliothèque; sur la porte est gravée la palette des scribes. Cette salle contient un catalogue des manuscrits qu'elle renfermait, lesquels étaient écrits sur peau et serrés dans des coffres. Voici quelques-uns des tiires de ces ouvrages à Tusage de la classe sacerdotale :
« Liste de ce qu'il y a dans le temple.
« Livre de conduite du temple.
(( Livre des attachés du temple.
« Protection du roi dans sa demeure.
tt Chapitre pour détourner le mauvais œil,
a Instructions pour les processions d'Horus autour de son temple.
« Protection d'une contrée, d'une ville, d'une maison, d'un tombeau.
« Formules pour la chasse des bêtes féroces, des reptiles, pour les offrandes, etc. »
C'est la déesse Sarvekh qui présidait aux bibliothèques. »
Le sacerdoce embrassait tous les rouages administratifs. Les titres que portent les fonctionnaires de l'État sont extrêmement variés. Aussi nous trouvons dans les inscriptions un chef des pays méridionaux, un gardien des canaux d'Ammon, un intendant des troupeaux, un prêtre du taureau blanc, eic. Le service religieux proprement dit comprenait les prophètes, les purificateurs, les simples prêtres, les desservants, etc.
La peau de panthère est le signe des plus hautes dignités sacerdotales eten particulier des prophètes (fig. h^b). Toutefois, ce n'est que dans les grandes cérémonies que cette peau de panthère figure dans le costume des prêtres. Sous le premier empire, le vêtement des hauts fonctionnaires était de la plus extrême simplicité, comme nous le voyons dans la statue de Sépa au Louvre. Ce personnage, qui était prophète et prêtre du taureau blanc, est simplement vêtu d'une courte jupe de lin ; seulement, il porte à la main le bâton qui, en Egypte, est le signe caractéristique du commandement.
Les prophètes égyptiens n'étaient pas, comme les prophètes juifs, des orateurs inspirés, mais des prêtres élevés en dignité et en savoir, qui étaient chargés de diriger les cérémonies et de régler les rites sacrés. Le titre de premier prophète répondait à la plus haute dignité sacerdotale. Cette dignité se transmettait quelquefois de père en fils. C'est
45i INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
ce qui est arrivé à Abydos, sous la XIX' dynastie, où plusieurs génératiODS, appartenant à la famille d'Onuffre, ont porté le titre de premier prophète d'Osiris. Nous avons au Louvre la statue d'OnulIre, représenté debout et dans le costume de aa dignité (o" 66, salle du rez-de-chaussée), n Onulire, dit le catalogue, a la peau do panthère, comme tous lesprê- Ires de son rang, et un long bitton ou sceptre simple, signe du commandemeut.sur lequel sont gravés les cartouches de Ramsès II ; on les retrouve également sur les broderies de l'espèce d'écharpe qui retombe sur la robe, au milieu de la ceinture. Une longue inscription, gravée derrière la statue, est relative aux fonctions sacerdotales exercées ù Abydos par
Plg. 483.
ce personnage. Cette Statue imite la forme d'un pilier carré et semble avoir été destinée à servir de cariatide (XIX' d\ naslie). n
Noua avons aussi au Louvre (n" 67} une slalue en granit rose qui représente le fils d'Oiiuffre. Il exerçait comme son père la profession de premier prophète d'Osiris à Abydos. Celui-ci est agenouillé et tient devant lui un naos, ou châsse, dans lequel est une staïue d'Osiris.
Il y avait un prophète pour chaque divinilé. Les prophètes d'Ammon, qui occupaient le premier rang dans l'ordre judiciaire, Tinirent, vers la fin de la XX' dynastie, par s'emparer du pouvoir royal, 11 y avait également des prophétesses qui, dans le sacerdoce féminin, avaient U mCme importance que les prophètes parmi les prélres.
Une autre catégorie de prêtres occupait certaincmeni un rang élevé Oans la hiérarchie sacerdotale ; ce sont ceux qu'on désigne sous le nom d* paslophores. Préposés à la garde des temples, ils avaient, en outre, nour mission de porter dans les grandes cérémonies le naos, petit édif^ portatif contenant l'image de la divinité. Les sculptures des tem-
LÉGYPTE. 4Sa
pies noue offrent plusieurs exemplej do pastophores, dont le costume, au reste, parait avoir éié assez varié.
Habituellement, l'image du dieu est mystérieusement cachée dans sa châsse (fig. f|S6), mais cet usage, qu'on trouve h une époque fort ancienne, a dii être en partie abandonné avant l'époque des Ptolémées.'car CD trouve même dans les dynasties nationales des petits édiculcs tenus par des pastophores et montrant à tous les regards l'image do la divivinité. La statue que nous reproduisons (Qg. Ii87) porte une inscription
qui la fait remonter au règne de Psamméliquo M, sous la XXVl" dynastie, c'est-à-dire de C16 à 770 avant Jésus-Christ. Elle a au cou un collier auquel pend un pciit sachet et tient devant clic une figure d'Osiris. Culte siaïue fait partie du musée du Louvre, et l'cmblémc dont elle est chargée l'a fait classer par Clarac dans les pastophores, appelés aussi thalaniopliores. Elle a été trouvée dans les fondations de l'é^^lise Saint- Eustache, à Paris,
Une statue en basalte noir, découverte h la villa Adriana et faisant pariic du musée duCapitole.nous montre un prêtre portant une tablette
tSQ ISST!TDTIONS HELIGIEDSES.
Bur ses deux mains étendues (fig. fi88). Celte tabletto représente le livre contenant la connaissance des choses saintes. Bien que la statue appartienne à l'époque romaine, elle nous fournit un document parfaitement authentique, puisqu'elle n'est qu'une reproduction littérale des monuments d'une date beaucoup plus ancienne.
Les costumes des prêtres présentent d'ailleurs une assez grande variété, comme on peut le voir sur les peintures des hypogées de Thébea. Notre Qgure I|89 montre trois personnages appartenant à la classe sacer-
dotale, mais dont le vêtement indique une fonction dilTùrente. Celui qui marche-en télé parait être hiérarchiquement supérieur auï deux autres : vêtu d'une longue robe, il tient d'une main la cassolette à encens, tandis qu'avec l'autre il verso la libation sacrée.
Les prétresses apparaissent également dans les monuments figurés, mais le rôle qu'elles remplissaient dans le culic n'a pas encore été bien ' nettement défini. Elles semblent n'avoir occupé, en général, qu'une position assez subordonnée : les prétresses d'isis sont caractérisées par le sistre qu'elles tiennent à la main dans les cérémonies en l'honneur de la déesse (ûg. /idO et tt^l}.
On remarquera également la fleur du lotus qu'elles portent habituellement sur la têle. Aii reste, quoique le sistre soit plus spécialement consacré à Isis, on le trouve également quelquefois dans les mains des prfitres dont le service est consacré à d'autres divinités.
Une statue du Louvre nous montre une prêtresse d'Ammon, assise
et tenant en matn un sistre. Elle semble avoir été complètement peinte en blanc, sauf la coiffure, qui était peinte en noir. Cette prêtresse se nommait Alech, et on voit par sa légende qu'elle avait deux fils dont l'un était chef du temple d'Ammon et dont l'autre avait été porte^ïncensoir du roi.
Hérodote et Plutarquc nous ont laissé des renseignements assez complets sur les habitudes des prêtres égyptiens. « Ils se rasent le corps entier tous les trois jours, dit Hérodote, afin que ni pou ni autre vermine ne les souillent pendant qu'ils servent les dieux. Ils ne portent que des vêtements de lin et que des chaussures d'écorce de papyrus; il ne leur est point permis d'en porter d'autres. Us se lavent à l'eau fraîche, deux fois par jour et deux fois par nuit. Us accomplis- ^'*' '"'''■
, . . , , PtClrcsso Wai.M lo Milro.
sent encore d autres ri tes, presque innombrables. «
Plutarque, dans son traité d'Isis et d'Orisis, nous donne les raisons pour lesquelles les prêtres se rasent et ne portent pas de laine. « Tous ces usages, dit-il, s'expliquent par une même raison. Comme dit Platon, le contact de ce qui est pur est interdit à tout ce qui ne l'est pus. Le résidu des aliments, et en général tout ce qui est sécrétion, est immonde et impur, et c'est une si'crétiou qui donne la naissance et le
dâvcloppement aux laines, aux poils, aux cheyeux, aux ongles. Il serait donc ridicule que les prfitres d'Isis, se rasant les cheveux pour l'exercice du culte, et tenant leur corps parfaitement lisse, portassent, pour se vêtir, la dépouille des animaux. Le lin, au contraire, est un produit de la terre qui est immortelle ; il fournit un vêtement simple et propre, qui couvre sans alourdir, qui est commode en toute saison, et qui, dit-on, n'engendre jamais la vermine. Les prêtres d'fsis ont tant de répugnance pour toute nature de sécrétions, que non-seulement ils s abstienoeot piesque généralement de légumes, ainsi que de la chair des brebis et de celle des porcs, lesquelles donnent lieu à beaucoup de résidus, mais qu'encore au temps de leurs dévolions ils s'interdisent le sel dans les aliments. «
Les prêtres s'abstenaient également de poissons de mer et étaient d'une exlrCme sobriétépourle vin et les boissons. Un membre du sacerdoce était censé n'avoir aucun des vices du vulgaire, et il devait, en outre, être exempt de toute difformité corporelle.
Le costume, fréquemment renouvelé, était de la plus complète blan- ■ cheur et d'une propreté ricoureuse.
(D'.pre, un. p otu« do Tbèbo.) ^^ P'*"'''^ ^™«°» quelquefois des
images de divinités suspendues à leur cou, et dans leurs mams ils portaient des enseignes sacrées ou d'autres emblèmes religieux Ainsi le prêtre qui fait les fonctions de scribe tient habituellement un roseau taillé en plume, une palette ou ud papyrus roulé ou déroulé Leur vêtement habituel était une courte tunique (le schenlî) sur laquelle était une robe plus ample (le catasiris). Cest une peau de panthère jetée sur la tunique qui, avons-nous dit, caractérise les prêtres d'un rang élevé. Li'aulres portent sur la poitrine le scarabée sacré, la barque symbolique (6(iri)ou des embiémes de vie. Les riches colliers à plusieurs rangs, les bagues qui ornent les doigts, les chaussures de papyrus, attachées sur lecou-de-pied, et se terminant par de longues pointes recourbées, font également partie du costume sacerdotal.
Dans la décoration du temple d'Isis à Pompéi, on voit la représentation de prêtres égyptiens, tenant en main des ustensiles sacrés (Gg. A92). Le costume de ces prêtres dilfëre sensiblement de ceux que nous voyons dans les véritables monuments égyptiens, mais il figure très exactement celui des desservants du temple d'Isis dans une ville romaine. Après l'éublissement de la domination romaine, le culte des divinicés égyptiennes prit une très grande extension, et il est peu de Tilles dans l'empire qui n'aient eu leur temple d'Isis et d'Osiris. Ces temples étaient généralement dans un style pseudo-égj'ptien et desservis par
des prêtres qui, n'étant pas élevés dans les écoles égyptiennes, apportaient nécessairament des modilications dans les rites et dans le costume. Mais les artistes qui les ont représentés affectaient de leur donner toujours nne certaine raideur pour les mettre d'accord avec les peintures égyptiennes.
Les cérémonies.— Hérodote nous donne quelques détails sur les rites qui devaient accompagner le sacrifice. « Lorsqu'on a amené la bête marquée, dit-il, devant l'autel où l'on veut sacrifier, on allume le
feu ; ensuite on fait auprès d'elle des libatioDS de vin, et l'on invoque le dieu, puis on égorge la victime, et quand elle est égorgée on lui tranche la tète. On écorche le corps et après avoir chargé la tôle d'une longue imprécation, on la porte au marché s'il y en a un, et s'il s'y trouve quelque marchand grec trafiquant dans le pays, on la lui vend; s'il n'y a pas là de marchand grec, on la jette dans le fleuve. L'imprécation qu'ils, prononcent sur celle tête est ainsi conçue : « S'il doit (i advenir quelque malheur à ceux qui offrent ce sacrifice, ou à l'Egypte u enliôie, que le mal soit détourné et tomhe sur cette béle. » Tous les
Fig. 4IM. — Bwu[ prépare pauc la MCcUiuii.
Égyptiens observent les mêmes coutumes concernant les têtes des victimes et les libations de vin; dans tous les sacrifices on suit le même rite, et en conséquence de ces usages, jamais Égyptien ne goûte la tête d'aucun animal, ii
L'extraction des entrailles et la manière de briller les victimes variaient selon les sacrifices. Voici, suivant Hérodote, les cérémonies qu'on accomplissait dans les sacrifices à Isis t ii Lorsqu'ils ont écorché un bœuf, ils prient et retirent ses intestins creux, mais ils laissent dans Iccorp» les viscères et la graisse. Ils coupenl les jambes, l'extrémité do la queue, les épaules et le cou; cela fait, ils remplissent ce qui reste du corps de pains bien nets, de miel, de raisins secs, de figues, d'encens, de myrrhe et d'autres parfums. Quand il est ainsi rempli, ils le tirAIcnt sur l'autel, l'arrosant d'huile à grands fiots. Or ils sacrifient t^^s avoir jeûné, et tandis que la victime se consume, ils se portent
de grands coups; enfin, après s'être bien frappés, ils font un festin de ce qu'ils ont séparé de la bête immolée. »
Les bœufs, couchés et liés par les quatre jambes, rappellent, suivant Mariette, les sacrifices par lesquels, à certains anniversaires, on devait honorer les mânes des défunts. Ces sacrifices s'accomplissaient dans la partie extérieure des temples (fig. 493 et 494).
Dans les grandes solennités religieuses, le Pharaon occupait la place d'honneur en avant de la barque sacrée que les prêtres portaient sur leurs épaules, escortés de la procession et du peuple immense qui Tac-
Fig. 494. — Animal préparé pour un lacriiice i Isis.
compagnait. Pour ces occasions, le Pharaon était coiffé du casque et tenait à la main le sceptre et la cuiller aux parfums, comme nous le voyons sur la figure 495. Parmi les prêtres qui soutiennent la barque, les plus élevés en dignité sont ceux dont la robe est couverte d'une peau de panthère. Le petit autel posé sur le milieu de la nacelle est recouvert d'un voile qui en masque la décoration. Mais cette décoration est apparente sur d'autres monuments.
Dans un des temples de l'île de Philé, on voit un bas-relief représentant une barque symbolique dont Tavant et l'arrière sont décorés d'une tête d'Isis. La barque est portée par quatre prêtres vêtus de longues robes et précédés d'un personnage tenant une cassolette dans laquelle brûlent des parfums. On voit la flamme sortir du vase qui est à l'extrémité et le jeune homme y jette des grains d'encens. Malgré Texiguïté de sa taille, ce jeune homme doit être un Pharaon, car il porte la couronne de la haute Egypte, avec Turéus au front. A l'arrière
«tj 15STITUTI0-X5 RELIGIECSES.
de la barque, une rame est manœuTfée par un personnage à tête d'éper- Tier, qui eo meut l'exuémité au moyen de la queue d'un serpent dont
BtiBDt le corps dans sa main. Sur l'avant, un personnage portant une
OiMulnini'-, mais surmontée de la couronne de la haute Ëg^'pte, est
■HirïlA devant un petit autel en forme de cofTre qui occupe le centre
INSTITUTIONS tlELlGlBUSES.
de la barque. L'autel est décoré de deux figures qui étendent leurs ailes en signe de protection et ua disque solaire flanqué de deux grandes ailes plane sur le tout (fig. k^&).
Les objets sacrés qu'on portait dans le3 processions religieuses on
toujours un caractère symbolique, dans leur forme générale aussi bioD que dans l'ornementation qui les décore (fig, 197).
La lutte dusoleil contre les ténèbres était figurée dans une cirémonie qui se célébrait àPaprémls.au moment où le soleil se couche. Hérodote, qui assimile Set à Mars, raconte ainsi les combats qui avaient lieu dans cette féle singulière : a A Paprémis, dit-il, on observe les mômes cérémonies et on Tait les mêmes sacriGces que dans les autres villes ; mais, lorsque le soleil commence à baisser, quelques prêtres, en petit nombre, se donnent beaucoup de mouvement autour de la statue de Mars, tandis que d'autres, en plus grand nombre, armés de bâtons, se tiennent debout à l'entrée du temple. On voit vis-à-vis de ceux-ci plus de mille hommes confusément rassemblés, tenant chacun un bâton à la main, qui viennent pour accomplir leurs vœux. La statue est dans une petite chapelle de bois doré. La veille de la fête, on la transporto
dans une autre chapelle. Les prêtres qui sont restés en petit nombre autour de la statue placent cette chapelle, avec le simulacre du dieu, sur un char à quatre roues et se mettent à le tirer. Ceux qui sont dans le vestibule les empêchent d'entrer dans le temple ; mais ceux qui sont vis-à-vis, occupés à accomplir les vœux, venant au secours du dieu, frappent les gardiens de la porte et se défendent contre eux. Alors commence un rude combat à coups de bâtons ; bien des têtes sont fracassées, et je ne doute pas que plusieurs personnes ne meurent de leurs blessures, quoique les Égyptiens n'en conviennent pas (Hérodote). »
Le culte des divinités égyptiennes s'est promptement répandu dans toutes les provinces soumises à la domination romaine. Des modilications se sont nécessairement introduites dans les cérémonies religieuses en l'honneur d'isis et d'Osiris, lorsqu'elles avaient lieu en dehors de TÉgypte, où la tradition se maintenait beaucoup plus intacte. Mais ces modiflcations n'ayant eu lieu que successivement, nous devons croire que le cérémonial accompli pendant le premier siècle de noire ère était encore à peu près conforme aux rites usités en Égj'pte.
Nous ne pouvons donc voir sans le plus vif intérêt les peintures conservées dans le temple d'isis à Pompéi, et nous croyons qu'on peut y trouver des renseignements exacts, au moins dans une très-large mesure.
Nous voyons d'abord un autel dressé en plein air, en face une chapelle à laquelle on monte par un escalier décoré de sphinx. Les assistants sont rangés en ûles sur les deux côtés de l'autel, près duquel sont les ibis sacrés; un desservant avive la flamme du sacrifice. En haut de l'escalier, le prêtre, vêtu d'une tunique talaire et d'un manteau à franges, présente le vase sacré aux fidèles assemblés, tandis que deux personnages, placés à ses côtés, agitent le sistre en l'honneur de la déesse. Le prêtre a la tête rasée, conformément au rite égyptien, (fig /i98).
La cérémonie en l'honneur d'Osiris présente un caractère difTérent, bien que la disposition générale soit la même. La flamme sacrée s'élève sur l'autel, près duquel on retrouve les ibis comme dans fe tableau précédent. Les assistants jouent du sistre et de la flûte autour de l'autel. En haut de l'escalier formant l'entrée du temple, un personnage barbu et portant un vêtement violet danse au son de la flûte et du tambourin : il paraît représenter Osiris. Une couronne de feuillage IV. 59
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cession en l'honneur d'isis, qui préseiile un caractère toul particulier. A celle époque, en eiïet, le culte égyptien avait perdu l'austérité des cérémonies primitives et séiaii imprégné d'une foule d'usages grecs empruntés pour la plupart au culte de Bacchus. Il n'en est pas moins curieux de voir comment, au m' siècle de notre ère, on honorait la déesse Isis. « Insensiblement les premières parties du cortège commencèrent à se mettre en marche. Le clioix des costumes adoptés par
L'ÉCÏPTE.
chacun, en raison de différents vœux y jetait une variété pleine d'agrément. Celui et ceint d un baudrier repr£.senlait un soldat ; celui-là, avec sa courte chlamjde son petit sabre au côté et ses épieux, figurait un chasseur. Un autre avait des brodequins dorés, une robe de soie et des atours précieux une chevelure postiche chai^eait sa tâte, sa
àt Pompé }
démarche était traînante : on aurait dit une femme. Un autre, chaussé de bottines, armé ûOrcment d'un bouclier, d'un casque et d'une épée, semblait sortir d'une arène de gladiateurs. Il y en avait un qui, précédé de faisceaux et vûlu de pourpre, jouait le magistrat ; un qui, par déguisement, portait lo manteau, le bâlon, les sandales et la barbe de bouc d'un philosophe. Quelques-uns étaient en oiseleurs et en pêcheurs.
avec différents roseaux enduits de glu ou garnis d'hameçons. Je vis aussi une ourse apprivoisée qu'on voiturait dans une chaise, habillée en dame de haut parage. Un singe coiffé d'un bonnet brodé, vêtu d'une cotte phrygienne de couleur de safran, représentait le jeune berger Ganymède et tenait une coupe d'or ; enûn, il y avait un âne, sur le dos duquel on avait collé des plumes, et que suivait un vieillard tout cassé ; ils parodiaient Pégase et Bellèrophon, et tous deux, du reste, formaient le couple le plus risible.
« Au milieu de ces mascarades plaisantes qui çà et là remplissaient les rues, la pompe spéciale de la déesse protectrice s'était mise en mouvement. Des femmes vêtues de robes blanches, couronnées de guirlandes printaniëres et tenant toutes d'un air joyeux différents attributs, jonchaient de petites fleurs le chemin par où s'avançait le cortège sacré. D'autres portaient, retournés sur leur dos, de brillants miroirs, afin qu'en avançant la déesse pût considérer devant elle l'empressement de la foule qui suivait. Quelques-unes portaient des peignes en ivoiï'e, et, par les mouvements de leurs bras, les inflexions de leurs doigts, elles faisaient le geste de peigner, d'ajuster les cheveux de leur reine. D'autres enfin, versant goutte à goutte un baume précieux et divers parfums, en arrosaient abondamment les places.
« En outre, une foule nombreuse, de l'un et de l'autre sexe, portait des lanternes, des torches, des bougies et autres espèces de clartés, dans le but de se rendre favorable par ces emblèmes lumineux la déesse des astres qui brillent au firmament. C'étaient ensuite des symphonies délicieuses, des chalumeaux et des flûtes qui faisaient entendre les plus doux accords. Puis venait un chœur de jeunes gens d'élite, vêtus de costumes blancs d'un très-grand prix, et qui répétaient alternativement une cantaie composée par un poëte habile, sous Tinspiration favorable des Muses. Dans cette cantate se reproduisaient par intervalle les préludes de vœux plus solennels. Parmi eux étaient des musiciens consacrés au grand Sérapis, qui, sur leur flûte traversière avançant du côté de l'oreille droite, jouaient différents airs appropriés au culte de ce dieu dans son temple. Enfin on voyait plusieurs officiers qui avertissaient de laisser le chemin libre et facile aux saintes images. A la suite, en effet, survenaient à flots et en troupes nombreuses les personnes initiées aux divins mystères : des hommes, des femmes de tout rang, de tout âge, couverts de robes de lin d'une blancheur éblouissante. Les femmes portaient un voile transparent sur leurs cheveux parfumés d'essences, les hommes avaient la tête entièrement
rasée, et le haut de leur chef éuit tout luisant : c'étaient ceux qui représentaient les astres terrestres de la grande religion ; et de leurs sistres d'airain, d'argent ou môme d'or, ils tiraient un tintement mélodieux.
« Quant aux pontifes sacrés, ces grands personnages étaient vêtus d'une longue robe blanche de lin, qui leur couvrait la poitrine, leur serrait la taille, et tombait jusque sur leurs talons. Ils portaient les symboles augustes de puissantes divinités. Le premier d'entre eux tenait une lampe de la clarté la plus vive, qui ne ressemblait en rien à celles qui éclairent nos repas du soir : c'était une gondole en or, jetant de sa partie la plus large une grande flamme. Le deuxième était vêtu d'un costume semblable; mais il tenait dans ses mains deux autels, appelés « les secours », en raison de la providence secourable de la grande déesse. Un troisième s'avançait en élevant un rameau d'or aux feuilles du travail le plus délicat, et aussi le caducée de Mercure. Le quatrième tenait en l'air le symbole de la justice, ûgurée par un bras gauche avec sa main ouverte : si on avait choisi la gauche, c'est qu'elle semble mieux que la droite représenter la justice, parce qu'elle est moins agissante, moins souple, et qu'elle est dénuée d'adresse. Le même avait aussi un petit vase d'or arrondi en forme de mamelle, et avec ce vase il faisait des libations de lait. Un cinquième portait un vase d'or, où étaient entassés des petits rameaux du même métal ; enfin, un dernier était chargé d'une amphore.
« Aussitôt après s'avancèrent les dieux, daignant marcher à l'aide de pieds humains.
« Le premier, image monstrueuse, était l'intermédiaire divin qui circule du ciel aux enfers, et dont la figure est tantôt sombre, tantôt resplendissante. Il élevait sa grande tête de chien, et de la main gauche il portait un caducée; de la droite il agitait une palme verdoyante. Immédiatement après lui venait une vache, dressée sur ses pieds de derrière, emblème de fertilité représentant la féconde déesse. Cette vache était soutenue sur les épaules d'un des saints prêtres, qui s'avançait d'un air plein de majesté. Un autre tenait la corbeille où étaient renfermés les mystères, et qui dérobait à tous les regards les secrets de la sublime religion. Un autre portait dans son sein bienheureux Teffigie vénérable de la toute-puissante divinité, effigie qui n'avait la forme ni d'un quadrupède domestique, ni d'un oiseau, ni d'une bête sauvage, ni même d'un homme. Mais on avait su, découverte ingénieuse, la rendre vénérable au moyen de sa nouveauté même ; et le
s^^mbole qui la représentait était, du reste, un indice ineffable du mystère qui doit présider à cette auçuste religion. Figurez-vous une petite urne d'un or éblouissant, très-artistement creusée, toute ronde à sa base, et au dehors enrichie des merveilleux hiéroglyphes des Égyptiens. Son orifice, peu élevé, s'étendait d'un côté de manière à présenter un long bec, tandis que de l'autre il y avait une anse à courbure très-développée, sur le sommet de laquelle se dressait en replis noueux un aspic à la tète écailleuse, au cou gonflé et au dos strié de mille raies. »
Les HÉBREUX. — Les pnéMcieNS. — Les assyriens. — Les perses.
Les phrygiens.
Les Hébreux. — « Les croyances des Israélites, dit M. Maspero, formaient avec les religions cananéennes le contraste le plus frappant. On trouve bien çà et là quelques traces confuses d'un paganisme primitif, des dieux (Élohim), des pierres sacrées, des idoles qui sont les dieux de la famille et liont les images font partie du patrimoine de la
tribu : mais en fait ils sont monothéistes Ils n'ont qu'un seul dieu
et ne confondent pas ce dieu avec l'univers, n'admettent pour lui ni la
subdivision ni le sexe Le tonnerre est sa voix; l'éclair, sa lumière:
la grôle et l'orage, son arme. Tonnerre, éclair, grêle ne deviennent jamais des êtres indépendants, ce sont des actes du dieu. Ce dieu unique, ce Javeh, est avant tout le dieu national d'Israël »
Pendant le séjour assez long que les Hébreux firent dans le désert. Moïse les constitua politiquement, leur donna des lois et organisa leur culte. Les rites qu'il institua sont en grande partie empruntés à l'Egypte, mais le fond môme du dogme diffère essentiellement. Le monothéisme se retrouve au fond de toutes les religions de l'Orient, mais le dieu suprême se dédouble dans ses qualités, qui, en se personnifiant,
deviennent des divinités distinctes quoique subordonnées. Cette hiérarchie des puissances divines ne se retrouve pas chez les Hébreux, dont le dieu national Javeh exerce sa toute-puissance par ses actes directs et non par des agents célestes. De là vient Timpossibilité pour chacune des tribus qui composent la nation d'invoquer un protecteur spécial, et la nécessité absolue d* obéir toutes au chef qui les commande au nom de la divinité unique. Aussi les Hébreux ne bâtissent pas plusieurs temples : ils n'en ont qu'un et toutes les cérémonies du culte israélite convergent autour de ce temple.
Le culte des patriarches était de la plus grande simplicité : ils paraissent n'avoir eu ni époques déterminées ni local spécialement choisi pour les actes de dévotion qu'ils adressaient à la divinité. Ce fut Moïse qui fixa les cérémonies du culte et détermina les ustensiles sacrés. Voici ce que dit l'Exode :
«« — Et rÉternel parla à Moïse, disant :
u Parle aux cnfans d'Israël, et qu'on prenne une offrande pour moi; vous recevrez mon offrande de tout homme dont le cœur me l'offrira volontairement.
« Et c'est ici l'offrande que vous recevrez d'eux ; de l'or, de l'argent, de l'airain.
« De l'hyacinthe, de Técarlatc, du cramoisi, du fin lin, des poils de chèvres.
« Des peaux de mouton teintes en rouge, et des peaux de couleur d'hyacinthe, et du bois de Sittim.
u De l'huile pour le luminaire, des odeurs aromatiques pour l'huile de l'onction, et des drogues pour le parfum.
(t Des pierres d'onyx et des pierres de remplages, pour Téphod et pour le pectoral.
« Et ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux;
« Selon tout ce que je te vais montrer, selon le modèle du pavillon, et selon le modèle de tous les ustensiles, vous le ferez ainsi.
« Ils feront donc une arche de bois de Sittim ; sa longueur sera de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie.
u Tu la couvriras d'or très-pur; tu la couvriras par dehors et par dedans, et tu feras sur elle un couronnement d'or tout autour.
u Et tu fondras quatre 'anneaux d'or que tu mettras à ses quatre coins; savoir, deux anneaux à Tun de ses côtés, et deux autres à l'autre côté.
(( Tu feras aussi des barres de bois de Sittim, et tu les couvriras d'or.
(( Ensuite tu feras entrer les barres dans les anneaux aux côtés de larche, pour porter l'arche avec elles.
(( Les barres seront dans les anneaux de l'arche, et on ne les en tirera point.
« Et tu mettras dans Tarche le témoignage que je te donnerai.
c( Tu feras aussi le propitiatoire d'or pur, dont la longueur sera de deux coudées et demie, et la largeur d'une coudée et demie.
tt Et tu feras deux chérubins d'or; tu les feras d'ouvrage fait au marteau, aux deux bouts du propitiatoire.
« Fais donc un chérubin de chaque côté; vous ferez les chérubins tirés du propitiatoire, sur ses deux bouts.
« Et les chérubins étendront les ailes en haut, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et leurs faces seront vis-à-vis Tune de l'autre, et le regard des chérubins sera vers le propitiatoire.
« Et tu poseras le propitiatoire en haut, sur l'arche, et tu mettras dans l'arche le témoignage que je te donnerai.
« Et je me trouverai là avec toi, et je te dirai de dessus le propitiatoire, d'entre les deux chérubins qui seront sur l'arche du témoignage, toutes les choses que je te commanderai pour les enfants d'Israël.
« Tu feras aussi une table de bois de Sittim ; sa longueur sera de deux coudées, sa largeur d'une coudée, et sa hauteur d'une coudée et demie.
a Tu la couvriras d*or pur, et tu lui feras un couronnement d'or à l'entour.
« Tu lui feras aussi à l'entour une clôture de quatre doigts, et à l'entour de sa clôture tu feras un couronnement d or.
« Tu lui feras aussi quatre anneaux d'or, que tu mettras aux quatre coins qui seront à ses quatre pieds.
« Les anneaux seront à l'endroit de la clôture, pour y mettre les barres, afin de porter la table avec elles.
« Tu feras les barres de bois de Sittim, et tu les couvriras d'or, afin qu'on porte la table avec elles.
« Tu feras aussi ses plats, ses tasses, ses gobelets, et ses bassins avec lesquels on fera les aspersions ; tu les feras d'or pur.
« Et tu mettras sur cette table le pain qui sera exposé continuellement devant moi.
« Tu feras aussi un chandelier d'or pur; le chandeUer sera façonné
au marteau ; sa tige et ses branches, ses plats, ses pommeaux en sortiront.
(( Il sortira six branches de ses côtés ; trois branches d^un côté du chandelier, et trois autres de l'autre côté du chandelier.
c( Il y aura à une des branches trois plats en forme d'amande, un pommeau et une fleur; à l'autre branche il y aura trois plats en forme d'amande, un pommeau et une fleur. Il en sera ainsi aux six branches naissantes du chandelier. •
« Il y aura aussi un chandelier, quatre plats en forme d'amande, ses pommeaux et ses fleurs.
a Un pommeau sous chacune des six branches naissantes du chandelier.
« Leurs pommeaux et leurs branches en sortiront, et tout le chandelier sera une seule pièce faite au marteau, et d'or pur.
(c Fais aussi ses sept lampes, et on les allumera au-dessus, afln qu'elles éclairent vis-à-vis du chandelier.
« Et ses mouchettes, et ses petits plats, destinés à recevoir ce qui tombe des lampes, seront d'or pur.
« On le fera avec toutes ses parties d'un talent d'or pur.
« Regarde donc; et fais selon le modèle qui t'a été montré sur la montagne. »
Le rapport qui existe entre l'arche d'alliance des Hébreux et les chapelles portatives des Égyptiens a été constaté par les savants qui ont accompagné l'expédition française en Egypte. En efl*et, nous lisons dans le grand ouvrage publié sous les auspices du gouvernement : « Il serait possible de trouver quelque analogie entre cette barque et l'arche d'alliance des Israélites ; et cela n a rien qui doive surprendre, si Ion admet que le législateur des Hébreux ait été élevé au milieu des Egyptiens, et que ses idées se soient formées sur celles qu'il avait acquises dans leur pays. On ne doit pas s'attendre à trouver dans les objets que nous comparons une similitude complète ; mais on remarquera entre eux cette sorte de ressemblance qui tient aux réminiscences et à une imitation en quelque sorte involontaire. En comparant donc l'arche d'alliance avec la barque sacrée des Egyptiens, on pourra trouver que les prêtres vêtus de longue robe, qui portent celle-ci, sont les lévites vêtus de robes de lin qui portaient celle-là; que le petit temple est l'arche proprement dite et que les figures ailées qui sont tournées l'une vers l'autre, les ailes étendues sur le petit temple, sont les deux chérubins. De plus, le bateau égyptien est porté sur des m 00
barres, comme l'arche Tétait sur des barres de bois de Sittim. Quant à U pariie cintrée qui a la forme d'une barque, il n'en est point parlé dans TExoie ; et, en effet, une barque n'aurait eu aucun rapport avec la religion des Israélites, tandis qu'elle en avait de très-naturels avec celle des Égyptiens, dans laquelle le plus grand nombre des symboles doit être rapporté au Nil et à ses inondations. »
Suivant la Genèse, Tusage des sacrifices remonte aux premiers âges de Thumanité, puisque Caîn et Abel offrent à Dieu, l'un les fruits de la terre, l'autre la graisse de ses meilleures brebis. 11 y a toujours eu chez les Hébreux deux sortes de sacrifices : les sacrifices sanglants» qu'on faisait avec quatre espèces d'animaux, le mouton, le bœuf, la chèvre et la colombe, et les sacrifices non sanglants, qui consistaient en gâteaux de froment, huile, encens, ou libations de vins. Toutes ces cérémonies se faisaient suivant certains rites auxquels les prêtres attachaient une très-grande importance, mais qui paraissent en avoir eu beaucoup moins aux yeux des prophètes, personnages inspirés de Dieu, mais n'appartenant pas au sacerdoce.
La ville de Siloh a été, après la sortie du désert, le lieu central où les tribus devaient se réunir, aux époques fixées par la loi, pour les grandes cérémonies du culte. C'est là où Josué avait fixé le tabernacle, mais sous les Juges il semble que cet endroit ait été un peu délaissé. David et Salomon fixèrent le sanctuaire religieux à Jérusalem, où s'éleva le fameux lemple qui, après avoir subi bien des transformations, finit par être détruit par les Romains après le sac de la ville. Les lévites furent établis comme serviteurs et gardieus du sanctuaire, dont l'intérieur n'était accessible qu'aux prêtres. Les prêtres étaient chargés dans le parvis d'entretenir le feu perpétuel sur l'autel des holocaustes, et d'enlever ]i cendre chaque matin. Ils versaient l'huile dans les lampes, posaient les pains de proposition sur la table sacrée et faisaient toutes les cérémonies prescrites pour les sacrifices. En dehors du temple, ils avaient Tadminislration de la police sanitaire, notamment la visite aux lépriMix; ils faisaient l'estimation des objets consacrés par des vœux, et, dans quelques cas difliciles, ils étaient appelés à prononcer dans des questions juridiques. Le grand prêtre, dont la fonction paraît avoir été héréditaire, avait, dans la hiérarchie sacerdotale des Hébreux, une situation qui n'était pas sans analogie avec celle de pape dans l'église catholique.
L'historien Josèphe décrit ainsi le costume des prêtres Israélites :
« Avant que de faire les fonctions du saint ministère, ils devaient
être purifiés; car la loi leur recommande une grande pureté. Ils prenaient un vêtement que nous appelons michnefim. Ce terme signifie qui resserre. C'est une espèce de caleçon de lin, mais d'un double tissu de byssus; on le met autour des reins, en faisant entrer les pieds dedans comme dans une culotte. Il est fendu par en haut et va jusqu'aux reins, . où il est attaché. Ils prenaient ensuite une robe de lin d'un double tissu de byssus, que nous appelons chetoiieth, ce qui signifie du lin, car nous donnons ce nom à cette plante. Cette robe est juste au corps, et les deux manches sont serrées sur les bras. Elle se ceint sur la poitrine, un peu au-dessus du sein. La ceinture dont le prêtre se ceint est large de quatre doigts : comme son tissu n'est pas serré, elle a quelque ressemblance avec la peau d'un serpent qui s'est dépouillé. Le tissu de cette ceinture est de byssus, mais relevé par des fleurs de couleur d'écarlate, de pourpre, de bleu céleste et de byssus ; elle faisait deux tours en forme d^hélice, en commençant vers la poitrine, où on la nouait, de manière que pour la bonne grâce elle pendait jusqu'à la cheville du pied, quand le prêtre n'officiait pas : car quand il officiait, comme il était obligé de se donner alors du mouvement, il la rejetait sur son épaule gauche, afin qu'elle ne l'embarrassât pas en flottant. Moïse l'appelle abiut. a C'est des Babyloniens que nous a ons appris à l'appeler cmian, car c'est le nom qu'ils donnent à une ceinture. La robe des prêtres ne faisait aucun pli : on la resserrait par le collet sur les deux clavicules où elle est plus ample; on l'y resserrait, dis-je, avec des cordons qu'on laissait pendre sur la poitrine. Nous appelons celte robe maffabafane.
«Le prêtre porte sur la tête un bonnet rond, mais qui n'en couvre que la moitié. Nous l'appelons mitfnepliet^ et il est coupé de façon qu'il paraît une couronne. Il est fait d'une bande de lin très serrée, qu'on roule plusieurs fois et qu'on arrête par quelques points d'aiguille. Le prêtre met par-dessus un morceau de toile qui descend du haut de la tête, sur lequel on l'applique, jusque sur le front, et couvre ce que pourrait avoir de moins gracieux les difl*érents plis du bonnet de dessous. Ce morceau de toile est juste à la tête, afin qu'il ne tombe pas quand le prêtre oflicie. Voilà ce que nous pouvons dire pour donner quelque idée de l'habit des simples prêtres. »
Les Phéniciens. — Le culte des Phéniciens est peu connu et il règne une grande obscurité et de graves contradictions sur tout ce qui concerne les coutumes religieuses de ce peuple. « En Syrie, dit M. Maspero, les