SS
le culte syriea d'Aslarté, qui de 1 ilc de Chypre s'est répandu dans les lies de la Grâce et ensuite dans l'Occident. Ce fait s'est traduit mytiiologiquement dans la fable : la déesse, sortie de l'écume des flots sur le rivage de Chypre, navigue ensuite vers la Grèce et aborde à Cythère. Tout le monde est aujourd'hui d'accord pour attri- , buer à l'Asie l'origine non-sculcment de l'art grec, mais encore d'une partie des fables de la mytiiologie. Mais, pour ne parler que d'AphroJite, il ne faut pas oublier que c'est en Grèce seulement qu'elle est devenue belles les images phéniciennes et cypriotes en sont la démonstration la plus évidente. Une peinture antique montre la déesse au moment où elle accomplit sur une coquille son voyage de Chypre à Gythére (flg. 557).
Aphrodite paraît avoir été à l'origine une divinité marine, mais l'esprit grec l'a coinpiétejnent transformée. En même temps que l'art en faisait le type le plus complet de la beauté féminine, la croyance populaire voyait dans cette déesse une pcrsonniflcation de l'attrait irrésistible qui subjugue l'univers en lui imposant pour loi la perpétuité des races. Les (leurs naissent sous les pas de la déesse, dont l'union avec Adonis est un syfflboledu printemps. Adonis est une divinité syrienne; car les fables de plusieurs contrées différentes sont venuessegreffersuccessivemcntsurlaconception primitive d'Aphrodite, et ont enrichi sa légende d'une foule de traditions, peu concordantes entre elles pour le récit, mais toujours conformes à l'idéal populaire. Son unique raison d'être étant la beauté, nous la voyons tantôt protectrice du mariage, tantât invoquée par les courtisanes comme leur divinité spéciale. Épouse d'Héphaistos (Vulcain) dans certaines contrées, d'Ares (Mars) dans d'autres, amante d'Adonis, ou d'Anchise, elle parait toujours avec les dehors les plus séduisants, sans montrer jamais la retenue d'une jeune fille, ou la gravité d'une matrone. Son culte trahit souvent son origine asiatique par les désordres qui l'accompagnent.
Les figures de style archaïque représentant Aphrodite sont toujours drapées. C'est ainsi que la déesse se montre sur l'autel des douze
Pig. 55».
dieux au Louvre {fig, 558). Coiffée de la stijphanè, elle a le corps enveloppé (l'une ample draperie et tient dans la main gauche une colombe, oiseau qui lui est consacré,
riiiie raconte que le sculpteur Praxitèle, à qui les habitants de Cos avaient commandé une Aphrodite, leur donna le choix entre degx statut'S. dont l'une était vêtue, tandis que l'autre était nue. Ils préférèrent la premii^re, et Praxitèle vendit l'autre aux habitants de Cnide qui se féliciièreut de l'avoir achetée, car elle fit la réputation et la
Flg. iSl. — Véaia nutlD». (Ptiotata it Potnpéi.}
richcase du pays; tous les amateurs de ta belle sculpture venaient à Cnide pour voir ce chef-d'œuvre. En général, la nudité n'était admise que pour les déesses marines, et Aphrodite avait droit ù ce titre, puisqu'elle était née de l'écume de la mer. C'est pour justifier ce titre que les sculpteurs placent souvent un dauphin à cftié de la déesse, comme on le voit dans la Yinus de Mèdicis, célèbre statue antique du musée do Florence, qui passe d'ailleurs pour être une imitation de la Vénus de Praxitèle.
Aphrodite n'est pas toujours debout, lorsqu'elle sort de l'eau ; les sculpteurs aimaient aussi à la représenter au moment où elle va se
lever, comme dans la Tigure 529. Mais la nudité complète de la déesse implique chez l'artiste rinlentian de la représenter au moment où elle vient de naître ou bien où elle sort du bain.
Lorsque Aphrodite est considérée comme la mère féconde des êtres, elle est vêtue d'une légère draperie qui retombe jusqu'aui pieds en laissant un sein découvert, pour expliquer qu'elle est la nourrice universelle. Elle prend alors le nom de Vénus génitrice. Mais lorsqu'elle symbolise la puissance irrésistible de la beauté, elle reçoit le nom de Yéntts victorieuse. Elle est alors à demi vêtue, pose un pied sur ud casque pour montrer qu'elle est plus puissante que le dieu de la guerre, ou sur un rocher, pour exprimer sa domination sur le monde. Dans ce râle, la déesse prend les allures fiëres d'une héroïne et semble trop sûre d'elle-même pour daigner sourire. La Vénus de Milo est, dans cette catégorie, la statue la plus célèbre parmi celles qui sont parvenues jusqu'à nous.
La figure 560 représente une statue du Louvre, qui, par son attitude, se rattache aux figures qu'on désigne sous le nom de Vénus victorieuses, et par sou vêtement aux Véuus géniirices. " Celte sculpture, dit le catalogue du musée, est remarquable à plusieurs points de vue, d'abord parce qu'elle représente un sujet unique, ensuite à cause des interprétations ridicules auxquelles elle a donné lieu. On y reconnaît généralement une Vénus vulgaire, déesse du libertinage, qui foule aux pieds un fœtus pour rempficher de naître Mais le prétendu fœtus sur lequel la déesse pose le pied droit n'est autre chose qu'une coquille d^ûs laquelle on peut voir l'embryon de l'amour. En effet, Vénus étant la fille de l'onde, c'est une idée on ne peut plus poétique que de faire naître lamour dans une coquille, u Vénus préside à la naissance de tous les êtres, cç qui explique le mouvement de Vénus vicloricuse, donné par la jambe droite. Quant au bras tenant une aile et à i'Amour placé sur un cippe, ce sont des additions modernes qui ne peuvent rien ajouter à la signification du groupe.
11 est certain que les courtisanes avaient pour Vénus une dévotion spéciale, mais la déesse avait plusieurs attributions, suivant la manière dont on voulait lui rendre hommage. Les écrivains anciens
Fig. 558. — AphlodiU.
'ap[Hr>Dl<lii«
distinguent la Vénus vulgaire et la Vénus Uranie ou céleste» Pausanias, dans sa description de Thèbes, signale plusieurs statues de Vénus qui étaient de la plus haute antiquité, puisqu'elles avaient été faites avec le bois des vaisseaux de Gadmus et consacrées par Harmonie elle-même, a La première, dit-il, est Vénus Céleste, la seconde Vénus la Vulgaire, et la troisième est nommée Préservcarice^
Fi;. 559. — Aphrodite. (Véaus accroupie ) (D'après uoe statue du Loarre.)
Cest à la Vénus présentatrice que Ton adressait des vœux pour être préservé des désirs coupables. »
La tortue, emblème de la chasteté des femmes, était consacrée à Vénus céleste, et le bouc, symbole contraire, éiait consacré à la Vénus vulgaire. Nous ne connaissons aucune représentation de la Vénus préservatrice; mais on peut en trouver un curieux exemple dans une décision du sénat romain, qui, d'après les livres sibyllins consultés par les décemvirs, avait ordonné qu'il serait dédié une statue à Vénus rerticordia (convertissante) comme un moyen de ramener les filles débauchées à la pudeur de leur sexe. C'est Valère Maxime qui raconte ce fait.
Les images de la déesse, qui se trouvaient dans toutes les maisons, «laient souvent accompagnées d'inscriptions qui en indiquaient lu caractère.
« Cette Vénus n'est point la Vénus populaire, dit Tbéocrile, c'est la
Vénus Uranie. La chaste Chrysogone l'a placée dans la maison d'Amphiclès, à qui elle a donné plusieurs enfants, gages touchants de sa tendresse et de sa fidélité. Tous les ans, le premiersoin de ces heureux époux est de t'invoquer, puissante déesse, et en récompense de leur piété, tous les ans tu ajoutes à leur bonheur. Us prospèrent toujours, les mortels qui honorent les dieux, h
INSTITDTIOrfS RELICIECSES.
Éros(Cupi<]on), l'Amour on à proprement parler le Désir, apparaît daasIathéogonied'UésiodecommeuD des grands principes de Tuaivers. La légende qui en fait le fils d*Apbrodite n'a prévalu que plus tard : elle est d'ailieurs aisée à comprendre, puisque la beauté fait naître l'amoar. Ce dieu, qui n'a jamais eu dans la religion des Grecs une bien grande importance, était pourtant honoré d'un culte particulier dans la ville de Thespies. Son plus ancien simulacre était une pierre brute. Dans la grande époque de l'art, l'amour a pris les traits d'un adolescent
et ensuite ceux d'un enfant potelé et pourvu d'ailes (fig. 561 et 562). L'arc, les ilèchcs, le carquois et le (lambeau sont les attributs ordinaires de l'Amour.
Vénus voyant qu'Éros [l'amour) ne grandissait pas et restait toujours enfant en demanda la raison' à Thémis. La réponse fut que l'enfant grandirait quand il aurait un compagnon pour l'aimer. Vénus lui donna pour camarade Anléros (l'amour partagé). Quand ils sont ensemble, l'Amour grandit; mais il redevient enfant dus qu'Antéroa le quitte. C'est une allégorie dont le sens est que l'affection a besoin d'être partagée pour se développer. Éros et Anléros, que l'on voit ensemble sur la figure 563, na diffèrent pas l'un de l'autre et font l'effet de deux frères jumeaux.
L'Amour est souvent représenté à côté de Psyehè, dont le nom veut dire &ine et qui en est en effet le symbole. Psyché a les traits d'une jeune fille et est caractérisée par ses ailes de papillon.
Les Grecs admettaient que les âmes étaient des parcelles du feu céleste. De la sphère supérieure où elles vivaient avant leur existence
Fig, 565.
brûlant Fifcbé.
terrestre, elles ont été attirées vers la terre par une sorte d'ivresse, par un désir qu'elles n'ont pas su dompter, et, en prenant un corps, elles ont perdu la notion du parfait, dont elles ne garde nt plus qu'un vague souvenir. Dans la légende do Psyché, on voit l'invincible curiosité qui pousse Psyché, c'est-à-dire l'âme humaine, à connaître la réalité
su
INSTITDTIO.NS RELIGIEUSES.
des choses. Die en est aussitôt puaie et commence une vie d'épreuves et de travaux jusqu'au jour oii, purifiée par la douleur, elle retrouve dans le ciel la place qu'elle y a conquise. En étudiant les sarcophages, on y voit l'histoire de Psyché reproduite sous toutes les formes, mais toujours avec la même pensée.
Toute la fable de Psyché n'est qu'une allégorie des joies et des douleurs que l'àme éprouve dans ses rapports avec l'amour. De trèsnombreux monuments montrent cette allégorie soos les formes les plus multiples. Dans notre figure 56^, l'Amour et Psyché apparaissent sous la forme de deux enfants : Psyché, qui a des ailes de papillon, porta des bracelets aux bras et aux jambes; l'Amour la tient embrassée.
Des roses cueillies sont à terre : un miroir, un rosier, un arc avec un carquois fermé, complètent la composiLion, La devise latine qu'on lit autour signifie : Chère âme, jouissons sans amertume. On remarquera que le dernier mot est grec, bien qu'écrit en caractères latins. Cette composition nous offre l'image de l'union parfaite et sans nuages. Mais sur la figure 565, l'Amour tient au coniraire Psychiï par les cheveux et s'apprête à la brûler avec son flambeau : c'est l'emblème des tortures de l'âme dominée par la passion.
La même pensée se trouve reproduite sous une autre forme sur la figure 566. Mais l'Amour pleure et semble déplorer l'acte qu'il est obligé d'accomplir. 11 tourne la tête pour ne pas voir un malheureux papillon, symbole de Psyché, ou Tàme, qu'il tient suspendu au-dessus de la flamme de son flambeau. La figure qui est devant l'Amour est
TEspérance qui nourrit dos désirs, et celle qui est derrière est Némésis, qui les modère. Creuzer voit dans cette curieuse composition « un emblème de T&me qui, dans la lutte des passions contraires, s'altère et se consume, jusqu'au jour où, purifiée et retrempée par leurs flammes mêmes, elle passe dans le trani[uille Elysée, pour jouir de ses délices et aplanir aux hommes les voies salutaires de l'initiation ».
Les Grflices sont trois sœurs qui se tiennent enlacées. Le terme de
Pig. 5in.
grâce signifie à la fois bienfait et élégance, et les anciens l'ont toujours entendu dans les deux sens. Les modernes ont négligé le premier pour ne s'attacher qu'au second ; mais il faut bien revenir à l'idée de grâce accordée, si l'on veut comprendre la signification de certains monuments antiques. Ainsi, dans un bas-relief du Vatican, nous voyons un malade remercier Esculape des grâces que le dieu lui a accordées, et le sculpteur a placé les trois sœurs dans leur pose traditionnelle, à côté du diGu de la mijdccine. Les Spartiates, avant le combat, avaient I habitude de sacrifier aux Grâces, ce qui, à leurs yeux, signifiait assurément demander aux dieux la victoire.
Si le fuite des Grâces était si répandu en Grèce, cela tient surtout
UG
INSTITDTIOHS BEL1GIED5ES.
à ce qu'on Teatendait presque toujours dans le sens de grâce accordée. Par la même raison, ou ne voit pas que des temples spéciaux aient été élevés bien souvent en l'honneur de ces divinités; mais elles avaient des ^apelles dans la plupart des temples des autres dieux.
LesGrâcesse tiennent enlacées pour indiquer les services réciproques et l'aide fraternelle que les bommes se doivent (Gg. 507) ; elles sont jeunes parce que la mémoire d'un bienfait ne doit pas vieillir. Le symbole de ces trois sœurs inséparables exprimait l'idée de service rendu, eileur rOle était de présider à la reconnaissance. li est plus difficile d'expliquer la nudité des Grâces, et cette nudité n'existe pas sur les plus anciens monuments. <i Quelques recherches que j'aie faites, dit Pausanias, je n'ai pas pu découvrir quel est le premier statuaire ou le premier peintre qui a imaginé de représenter les Grâces toutes nues. Dans tous les monuments de l'antiquité, les Grâces sont vêtues-, je ne sais donc pas pourquoi les peintres et les sculpteurs qui sont venus depuis ont changé cette manière; car aujourd'hui, et depuis longtemps, les uns *et les autres représentent les Grâces toutes nues. » Nous savons que les Grâces sculptées par Socrate étaient vêtues, ainsi que celles qu'Apelle avait peintes. Il est donc probable que ce n'est que postérieurement à la Fig. 5S8. domination macédonienne que l'usage s'est
Hetinii criophow. introduit de les dépouiller de leurs vêtements,
Hermès, divinité grecque, identifiée plus tard avec le Mercure des Latins, parait avoir élè à l'origine une pcrsonniHcation de la puissance productrice de la nature, u Hermès, dit M. Alfred Maury, était figuré primitivement par un morceau de bois surmonté d'une tête. A ce tronc d'arbre, qui simulait son corps, était fixé le symbole de la génération et de la production à laquelle il présidait. Telle fut l'origine des hermès, ou statues en gaine et ithyphalliques, que la tradition hiératique renouvela à une époque où l'art était cependant bien loin de ces informes simulacres. Population pastorale, les Arcadiens devaient prêter à leur divinité favorite les traits et les habitudes qui leur étaient propres; car, à toutes les époques et chez toutes les
nations, les dieux ont toujours été faits k l'image de rhomme. C'est à cette circonstance qu'Hermès dut son caractère de divinité pastorale et son sumom de Criophore. »
Ce caractère pastoral disparut d'ailleurs assez promptement, mais il se trouve caractérisé sur quelques monumeols de style archaïque, ou le dieu porte sur ses épaules le bélier, emblème de la fécondité du troupeau (fig. 568).
Habituellement Hermès ou Mercure personnifie l'échange, la transition, le passage d'un état à un autre, et de ce rôle multiple sont sortis ses fonctions dans la mythologie aussi bien que ses attributs divers dans l'art. Messager céleste, il porte aux dieux les prières des hommes et aux hommes les bienfaits des dieux ; conducteur des ombres, il est la transition entre la vie et la mort; dieu de l'éloquence et des traités, il fait passer dans l'esprit des autres la pensée d'un orateur ou d'un ambassadeur. Il est le dieu des gymnases, parce que dans la lutte il y a échange de forces; il est le dieu du commerce et des voleurs, parce qu'un ' objet vendu ou volé passe d'une main dans une autre.
Sur les monuments de style archaïque, Hermès apparaît comme un homme dans la force de l'âge, avec une barbe épaisse et pointue; il tient en main le caducée, emblème des ambassadeurs (fig. 569). A la u «ii. Aii«ni.| grande époque de l'art, il prend la forme
d'un éphèbe, souple et svelte, presque toujours imberbe, portant les cheveux courts, et présentant le type accompli des jeunes gens qui fréquentent les gymnases (fig. 570).
Comme messager céleste. Mercure a des ailes aux pieds et à la tête, mais jamais au dos'; il porte le pétase des voyageurs, pour indiquer ses incessantes pérégrinations, La lorLue qu'on voit souvent près de lut rappelle qu'il est l'Inventeur de la lyre et le coq qui l'accompagne quelquefois indique le dieu des gymnases. Enfin la bourse qu'il tient à la main caractérise le dieu de l'échange-, toutefois cet attribut se voit surtout dans les monuments de l'époque romaine.
sas insTiTUTioiis religieuses.
Le caducée était diis une haute antiquité l'attribut distinctif et ta sauvegarde des hérauts, des envoyés et des ambassadeurs, dont la personoe était sacrée. Les suppliants voulant s'assurer un libre passage sur les terres de leurs eaoemts portaient aussi le caducée ; néanmoins cet insigne est plus particulièrement alTecté à ceux qui sont chargés de négocier les traités. C'est parce que Mercure remplit en quelque sorte celte fonction parmi les dieux qu'il porte le caducée : en effet, c'est
pig. STO. — Bcrmii (Uctcun).
lui qui est chargé de transmettre les ordres de Jupiter et qui sert ordinairement d'intermédiaire entre les hommes et les divinités. Le caducée de Mercure consiste en un bâton autour duquel sont enroulés deux serpents.
Les dieux de la terhe. — DÈmÈter(Cérès)csIIaterreperBonnifiée; sa tète est couronnée de feuillages et plus habituellement d'épis. Son culte se rapporte primitivement à ragricullurc et elle est la première et la plus importante des divinités champêtres. Un bas-relief sculpté sur un auiel de la ville Albani montre la déesse vêtue d'une tunique à
manches et d'un péplos ; elle porte un sceptre dans la main droite, des épis et des pavois dans la main gauche (Gg. 571). Les épis expriment la fécondité de la terre. La signification du pavot est plus obscure ; suivant certains philosophes, la rondeur de la tête de pavot représente le inonde, ses inégnlilés les montagnes et les vallées ; la multitude de ses grains est un emblème de fertilité. Mais d'autres y voient, peut-être avec plus de raison, la plante salutaire dont la vertu soporiGque endort les chagrins les plus cuisants. En effet toute la légende mythologique de Dèmèter repose sur la douleur qu'elle éprouve en apprenant le rapt de sa Tille Cora.
Quelquefois Dâmëter porte la torche qu'elle alluma aux feux de l'Etna, pour rechercher sa fille Cora, que Hadès (Ptuton} avait ravie. C'est ainsi qu'elle est représentée 3ur une célèbre peinture d'Herculanum (fig. 572). Dans ses recherches la déesse apparaît quelquefois sur unchar attelé de deux serpents aiiés, comme nous l'avons montré déjà sur une monnaie d'Eleusis, au revers de laquelle se voit une truie, emblème de fécondité (tome I, fig. 429 et liZO). Quelquefois aussi, mais surtout dans les monuments d'une date plus récente, ce sont des taureaux qui traînent le char de la déesse {fig. 573). Enfin, même lorsqu'elle est au repos, Dèmèter conserve encore le flambeau qu'elle avait en main lorsqu'elle 'MÎIiii7urJdB"u^TiiirÂib»oi7) poursuivait le ravisseur de sa fille (fig. 57îi).
Dèmèter est la terre productrice, la mère de l'agriculture et de la civilisation. Cora ou Perséphone (Proserpine), la femme de Hadès (Pluton), la reine des ténèbres, représente la végétation qui revient tous les ans du royaume souterrain à la lumière du jour, « Proserpine, dit Cicéron, est la graine des plantes. » Elle est enlevée par un dieu souterrain, parce que les graines disparaissent sous la terre pendant l'hiver. Son retour à la lumière était regardé comme un symbole de l'immortalité de l'àme et on la rangeait à cause de cela parmi les divinités qui président à la mon. Un homme ne pouvait cesser de vivre que lorsque cette déesse, par l'entremise d'Alropos, avait coupé le cheveu fatal qui le retenait à la vie. De là venait la coutume de couper quelques cheveux do la tête d'un mourant et de les jeter à la porte
SiO INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
de la maison, comme une offrande à Perséphone. Lee Grecs adoraient
avec reconnaissance la déesse qui les avait arrachés à la vie sauvage des forêts en leur apprenant l'art de semer le blé. Le sanctuaire principal de Dèmëter était à Eleusis ; tout le pays environnant était couvert de monuments en l'honneur de la déesse et qui rappelaient ses principales aventures.
C'est dans les champs d'Rnna, eo
Sicile, qu'avait eu lieu le rapt de la fiUe
de Dèmèter, qui fut entraînée par Hadès
dans les enfers, mais lorsque Dèmèter
Pis- ->'3- l'eut retrouvée et eut obtenu du roi des
LBch«d8DôiD6ter. ^jj^^^^ ^^ permissiou de garder sa GUe
pendant six mois de l'année, elle vint a Eleusis et y. fonda son culte-
Triptolème, l'inventeur de la cbarrue, en fut le premier grand prêtre.
LE CULTE EN GRÈCE. Sil
De nombreuses représentations )e font voir assis sur le char ailé de la dëessc, qui lui enseigne la manière de semer et de récolter le blé, pour qu'il puisse aHer par toute la terre faire part aux hommes des bieufaits de Oëmèter, qui se tient devant lui avec son flambeau (fig. 575).
Dionysos (Bacchus) est ie vin personnifié. Son cullo, moins ancien en Grèce que celui des autres dieux, a pris de l'importance à mesure que la culture de la vigne s'est étendue. Il a subi d'ailleurs d'importantes transformations, et après avoîrconsisté dans l'origine en farces joyeuses, il a pris vers la fin du monde romain un caractère presque exclusivement funèbre, comme le prouve la présence de représentations bachiques sur une foule de sarcophages. C'est que le dieu du vin associait dans du môjuc sjmbole, la boisson ardente d'où naU l'ivresse
INSTITUTIONS RELIGIKDSES.
el l'idée mystique de la mort et de la résurrection. Dionysos on Bacchus apparaît daos l'art bous deux formes différentes. Sous sa forme la
Fig. STB. — TTiploliniB et D (D"ïprt« nno peinhirB di
plus ancienne, c'est un homme dans la force de l'&ge et pourvu d'une
Fig STB — DionTiol
longue barbe. Les figures qui répondent à ce t)pe sont désignées sous le nom de Bacchus barbu ou Bacciius onental (Gg 576).
« Quant au costume, dit Creuzer, il est vrai que Bacchus barbu et à l'attitude royale porte d'ordinaire l'ample et longue baasaride; mais souvent aussi, sur les vases, il est vêtu de la aëbride ou d'une courte peau de bête. Une couronne de lierre, rarement de laurier, ceint sa tête. Quelquefois il a la mitre, c'esl-à-dire un simple bandeau dontles deux bouts retombent de chaque câté. Dans une main il tient une lai^e coupe, ou UD vase profond d'une forme particulière, appelé canlhare.
Fig. STT. — Baccbut te
Ce vase est un de ses attributs spéciaux ; lui seul et lout au plus son assesseur Hercule le portent d'habitude. Dans l'autre main, il tient fréquemment la branche de lierre ou la fùrule. »
La figure 577, d'après une peinture de vase, représente Bacchus oriental, tenant d'une main le canthare et de l'autre une branche de lierre.
Quand le dieu est nu et imberbe, on le désigne généralement sous le nom de Bacchus Thébain. Sous cet aspect, le dieu apparaît sous les traits de la première jeunesse et dans tout l'éclat de la beauté. Sa che-
Ml
vclure est ornée de pampres et de lierre et le raisin est dans ses attributs (Bg. 578 et 579).
Thëbes est le lieu de naissance de Bacchus (Dion^-sos) ; Sémélé, fiUe de Cadmus, fut brûlée par la foudre de Jupiter, et le roi des dieux eut à peine le temps de tirer de son sein l'enfant qu'elle allait mettre au
Pig. S7S, — Bicchi
Vig. ttli. — Bacchtu ThibuB.
monde et de l'enfermer dans sa cuisse, où il resta jusqu'au jour désigné pour sa naissance.
Bacchus a été identifié de bonne heure avec le Bassareus Lydien, ou Bacchus oriental, caractérisé par sa grande barbe; mais le Baccbus Thébain est toujours jeune, imberbe et d'une forme presque féminine (Dg. 580). Son expression nonchalante indique un demi-sommeil, une rêverie langoureuse. Les satyres, les pans, les faunes, les bacchantes, les ménades, forment le cortège habituel du Bacchus Thébain aussi bien que du Bacchus orienta).
La vigne, le lierre et le tliyrse sont des emblèmes qui se rattachent à la fabrication du vin ou aux eiïets qu'il produit. Le lierre passait dana l'antiquité pour avmr la propriété d'empêcher l'ivresse, et c'est pour cela que, dans led festins, les convives étaient souvent couronnés de lierre. Cette plante paraît aussi enroulée autour du ihyrse, dont le
Pig. SSO. — Bicchiu
bout se termine par une pomme de pin. Dans beaucoup d'endroits, en eiïel, la résine qu'on lire des pins entrait dans la fabrication du vins c'est pour cela que la pomme de pin fltsure parmi les attributs de Bacchus.
Le ti^e, la panthère etle lynx accompagnentordinairementfiacchus dans les scènes où il est représenté triompliant. Leur présence suflirait pour affirmer le caractère oriental qu'on trouve dans toutes les fables qui constituent sa légende. L'âne sur lequel on metlait les outres
5M INiiTiTUTlONS RELIGIEDSES.
pleines de vin fait également partie du cortège bachique, où il sert habituellement de monture à Silène. Le houe est spécialement consacré îi Bacchus, et on donne de cela une raison mythologique. Le père de llacchus, Jupiter, voulant le soustraire aux persécutions de Junon, l'avait, selon certaines traditions, métamorphosé en chevreau dans sa jeunesse. Sur une médaille de Laodicée, en Phrjgie, on voit Jupiter tenant dans ses bras le petit Bacchus et à calé du roi des dieux paraît le jeune chevreau, dont l'eiifaut va prendre la forme. C'est pour cela
que les compagnons du dieu, les satjres et les sgipans, participent tous de la nature du bouc. EoQn, comme le culte de Bacchus est souvent associé à celui de Cérès, le taureau, animal généraieur qui personnifie la fécondité de la terre, apparaît dans lo coriégc du di^u, qui revêt même quelquefois sa forme. On attribue cet emblème à l'assimilation qui a été faite quelquefois entre le Bacchus des Grecs et Ostris, le dieu égyptien qui sincarnc sous la forme d'Apis.
Les vertus guérissantes du vin ont fait souvent placer le serpent d'Esculape 5 côté de la ciste mystique. La ciste mjsiique est la botte ou le panier dans lequel on renfermait les objets sacrés qui servaient au cuite de Bacchus. Le tympanon et les cymbales, dont on se servait
LE CDLTE EN GRËCE.
dans tes processions en l'honneur de Bacchus, font naturellement partie des nombreux attributs de BacchuR. Il en est de même des masques qui apparaissent fréquemment dans les monuments hacbique:) pour rappeler que ce dieu est l'inventeur de la comédie, qui a en effet pr& naissance dans les vendanges. L'association des masques tragiques -avec les fruits que Baccbus fait mûrir comme dieu de l'agriculture est frappante dans deux peintures de Pompéi où l'on voit deux masques placés sur un petit escalier, occupant le centre d'une niche qu'encadre uno guirlande de fruits et de feuillages {fig. 581 et 582).
'D'aprAi una ptiDlure do Pompéi,)
De tous les emblèmes de Bacchus, le plu^ curirux de beaucoup est la cx>upe, qui prend ici une signifn ation mystique, h Dans la doctrine du culte de Bacchus, dit Creuzer, le s\mbole du vase ou de la coupe avait une haute importance. Le vase s'appelait mystiquement « le réôpient des âmes », à quoi le fragment, mutilé par malheur, qui nous a conservé ce fait, ajoute cette légende sacrée qui l'explique : Lors de lu descente des âmes en ce monde, la Nature, la grande formatrice (par conséquent Proserpine) fabrique des vases et y renferme les âmes comme dans une prison. Ainsi le corps, en tant que récipient des âmes, est assimilé à un vase, et de môme le tombeau et le cercueil, comme récipients des corps, n
Les priacipaus attributs bachiques sont représentés sur une pein-
ture de Pompéi que nous reproduisons (ûg. 583). Ils sont disposés, avec un désordre qui n'est pas sans art, sur les marches d'un escalii-r de marbre. Les deux animaux de Bacchus. le serpent et la paathëre, jouent ensemble au bas de l'escalier. Des cymbales occupent le premier et le deuxième gradin : sur ce dernier, on trouve aussi une branche de laurier, arbre qui est quelquefois consacré à Bacchus, bien qu'il soit plus ordinairemeot cousidéré comme l'attribut d'Apollon. Un csla-
ihus, ou panier de joncs, d'où s'échappent une guirlande de feuillages, un thyrse, une coupe cl un rhyton, occupe le haut de l'escalier avec tni lympanon et un cantharc à deux anses.
Le plus célèbre canlhare qui soit parvenu jusqu'à nous fail partie de notre cabinet des médailles, où il est connu sous le nom do \a3e de Ptolémée (fig. 58îi et 585). Il est décoré d'atirihuts bachiques.
Ariadne, que Bacchus trouva endormie dans lile de ^axos, où Thésée l'avait abandonnée, semble représenter comme lui l'ivresso éternelle, et la somnolence de son visage est bien d'accord avec l'exprès-
LE CULTE EN CRBCE. U<t
sioii habiluelie du jetiiie dieu. La figure 586 nous montre une eélébrr siaïue do Vatican qui représente Ariadne, bicnqu'elleailélélonijlernps connup siitis le nom do ClùopfUre. Le» Bijures d'Ariadne se niellaienl souvent sur les tonilieaux, comme lout ce qui se rapporte au cycle bacliiqtie. Nous avons de la peine à comprendre avec nos idées modernra eommeui les aiicioiis pouvaient appliquer les scènes joyeuses des bacchanales sur des monuments funùraires. Mais pour les Grecs, c'était J
un symbole d'immortalité; on revient au bon sens après le délire de l'ivresse ; il était donc naturel qu'on assimilât l'idée de la mort à celles du sommeil et de l'ivresse.
Dans les sarcophages, où Bacchus apparat! si Tréquemment sur les bas-reliefs, il est quelquefois représenté sous les [rails du défunt, tandis qn'Ariadne ou Proserpine emprunte ceux de la défunte. Il y avait dans l'antiquité des fabriques de sarcophages qu'on préparait d'avance avec tous les aliribuis sculptés qui convenaient au monumerll. La lële de Bacc)ius et celle d'Ariadne étaient seulement dégrossies, afin qu'on pîlt y représenter le visage de ceux auxquels le tombeau appariiendrail. Apulée, dans ses Métamorphoses, parle dune veuve qui
•M INSTITUTIONS RELIGIBDSES.
fait scuipiur l'image de son mari avec les attributs de Bacchus. Nous
Pig oSd — Can huis bnchiqa* (Vise dt Ptu imce }
avons au I^uvre un exemple de cet usage dans un monument très
Fie. M6. — Ariidnc.
célèbre, qui est désignù sous le titre de Sarcophage de Bordeaux. Ariadne
est il demi couchée à côté de Bucchus, entouré de son cortège de satyres et de méaade3. La tSte d'ArJadne c'est que préparée. Dans un autre bas-relief du Louvre, ce sont deux centaures, faisant partie dti cortège de Bacchus et d'Ariadoe, qui tiennent en main le médaillon des défunts.
Fig. SS7. — BiliuD.
Silène est l'outre personnifiée; il fait naturellement les fonctions de père nourricier de Bacchus qui est le vin. Les formes grossières et obâses de Silène contrastent avec rélégance de son nourrisson, comme sa lenteur contraste avec la légèreté habituelle des satyres et des ménades. Sa perpéiuellc ivresse a besoin d'un guide. Dans les scènes bachiques, on le voit monté sur un &ne, qui semble alTaissé sous le poids énorme de son mattre ventru, et soutenu par des satyres qui l'empêchent de tomber d'un côté ou d'un autre. L'âne est l'attribut
U! INSTlTCTIO\â RELIGIEESES.
oalorel de Silène dans le on-t^ bachiqae. Cet iat esi d'aiUeim cë)^ bre par l« rdie qu'il a joué dans la eitterre des dieux CDntre les Béanls; car, ayant aperçi' l'année ennemie rangée en bauille, U se miii bnire de telle façon que tAos les géants prirent anssilAt la fuite.
Les statues de Silène sont fort nwnbreoses, comme cdles de loas
les compagnons de Bacchus, car le corti*ge de ce dieu plaisait singulièrement aux artistes, qui l'on! représenté sous toutes ses formes. Tantôt il est seul (fig. 587), tantûi le père nourricier de Bacchus apparaît à cAlé du jeune dieu (fig. 588).
Les satyres soot les compagnons de Bacrhus ; ils représentent d'une manière allégorique la vie joyeuse et déréglée des adorateurs du vin. Le satyre participe à la fois de la nature de l'homme et de celle de
l'animal. L'animalité est marquée chez eux par une queue de bouc et des oreilles pointues, mais ils ont souvent des formes charmantes, quoique toujours dépourvues de noblesse (fig. 589). Les jeunes satyres avec leur petit nez cainard, leurs Ludiments de cornes, et les loupes qu'ils ont souvent sous le menton comme des chevreaux, ont toujours une expression de gaieté très caractérisée. Les satyres se mêlent souvent avec les pans et les œgipans, qui participent de leur nature et
sont en outre pourvus de pieds de chèvre. L'art les confond également avec les faunes, qui sont des divinités latines de la même famille.
Toute cette troupe bondissante qui accompagne partout Bacchus, est adonnée à l'ivrognerie et passionnée pour la musique. Les satyres dansent en jouant des cymbales, courent après les nymphes, se reposent en faisant entendre avec leur (lûte des accords joyeux. La création de ces types appartient surtout à la sculpture; ce sont de purs caprices; rien de philosophique n'a donné naissance à leur légende, et ils n'ont
d'autre mission que d'égayer le jeune dieu, toujours à demi endormi dans les vapeurs du vin. Les attributs des satyres sont la flûte, le thyrse, le syrinx, la houlette, les coupes, etc. Ils sont vêtus de peaux de bêtes et souvent couronnés de branches de vigne ou de lierre, les deux plantes consacrées à Bacchus. Ils sont la personnification des plus anciens vignerons et on les voit souvent portant les amphores qui contiennent la divine liqueur (fig. 590).
a Sans cesse, dit Nonnos, la troupe connue des satyres s'enivre de coupes pleines jusqu'au bord; toujours menaçante dans le tumulte, toujours fuyants à la guerre; lions loin de la mêlée, lièvres dans le combat, habiles danseurs, plus habiles encore à épuiser à longs traits le vin des plus larges amphores. Peu de capitaines parmi eux apprirent, sous les ordres du valeureux Mars, Part si varié de la guerre et surent faire manœuvrer les bataillons. Dans Tarmée de Bacchus, les uns se revêtaient de peaux de bœuf toutes brutes, les autres se fortifiaient sous les peaux hérissées des lions; ceux-ci s'entourent de la formidable enveloppe des panthères, ceux-là s'arment des plus longues massues ; tantôt ils passent autour de leurs reins des peaux de cerfs aux bois rameux, et s'en font une ceinture diaprée à l'égal du ciel étoile; tantôt, sur leurs tempes, autour de leurs fronts, s'allongent les pointes aiguës de leurs cornes ; de rares cheveux croissent sur leur tête raboteuse et viennent finir à leurs sourcils tortueux. Quand ils marchent, les vents ailés soulTIent contre leurs oreilles raidies et le long de leurs joues velues; une queue de cheval s'étend sur leur dos, s'arrondit autour de leurs reins et se dresse. »
En Grèce, les hommes fabriquaient le vin et le piétinaient dans les cuves, mais c'étaient les femmes qui faisaient le plus souvent la cueillette du raisin, et les scènes de vendanges étaient accompagnées de farces la plupart du temps fort libres. Ce sont ces jeux que reproduisent sous une forme allégorique les innombrables bas-reliefs qui représentent des satyres poursuivant les nymphes. Ces nymphes prennent quelquefois la forme de satyresses, mais le plus souvent ce sont des bacchantes ou ménades, suivantes du dieu, qui sont caractérisées par leurs mouvements désordonnés, leur chevelure en désordre, et les serpents qui vivent familièrement avec elles. Le poëte Nonnos nous a fait connaître les habitudes des bacchantes qui ont accompagné le dieu dans la conquête des Indes.
(( Parmi les bacchantes, dit le poëte Nonnos, celle-ci a entouré sa tête d'un bandeau de vipères; celle-là retient ses cheveux sous le
licrro parfumé; l'une fait vibrer dans sa inaiu fr^nùtiquc un ihyrse armii de fer ; l'autre, plus furieuse encore, laisse tomber de sa tête dégagée de voiles et de bandeaux sa longue chevelure ; et les vents se jouent dans les boucles déployées des deux eûtes de ses épaules. Tantût
Pig 5S1 U«uds dus! la dél n basblqoo ( D «ptii DU bat-nl sf du Lonm )
elles agitent le double airain des cymbales en secouant sur leurs lâtes les anneaux de leurs clievcux; tantôt, en proie à des accès de rage, elles multiplient sous la paume de leurs mains les roulements des tambourins tendus; et le bruit des combats gronde répercuté. Les thyrses deviennent des piques; et l'acier que cache le feuillage est la pointe de celle lance ornée de pampres, n
Les vapeurs du vin produisaient chez les mènados une sorte
Mie j
délire qui se manifestait par des coiiloreioiis que les inoniiments de l'art reproduisent frt'rquemmeni (Gg. 591). II est très (lifficile deilislin- ^icr, dans les récitij dfs auteurs anciens concernant li-s bncchanies, ce qui appartient à la m>t)ioIo;;ic et ce qui appartient ù l'histoire, car le terme de bacclianic signifie simplement une prêtresse de Ilacchus. Les poètes les montrent parcoumni les rues pendant la nuit, demi-nues et simplement couvertes de peaux de tiêies lixées aux reins par des ceintures de lierre. Portant des lli\rscs ou des flambeaux, elles se précipitaient dans la campagne, échevclée^, et se livraient à des courses saos lin el à des danses désordonnées, au son de la flôte et du tambourin. Les monuments nous montrent (luelquescérémonies bachiques. Sur
une peinture de vase, nous voyons deux baccliunles échevelées dansjhH autour d'une idole très grossière en .igilant des lliirses et des rtumhiMUX. lue bacchante joue du tambourin et une autre semble meurt' des .innnates dans un vase placé devant l'image du dieu. Cette imx0' <*' exinHiiemenl rurieuso, parce qu'elle nous fait connaître la ftvme primitive des représentations de Bacchus. Le dieu, dont la lêlc «s î»»^^»e et c.Mir>)nnée, c,-t une sorte de matnioquin dépounu de wvinici'* et ri*!^**""' *'""'"* P*^'**^"' devant lequel est une table qui *a!«».-«rTo le* ^s*« «en^? C'g- j^-'-
;« «r.iXS'.vnsai'rè» à Bacchus étaient très nombreux dans toutes çs oiftNtffï^fS^ Vno pi'inturc de Pompéi en montre un auprès d'un »^-:; ■**,"« *J. ■''W^ Le tbyrso et le timpanon ne laissent aucun jgMC <a- '41 jqnJfication bachique de ce petit moniunent.
Les féles de Bacchus étaient, comme celles de Cérès, destinées k remercier les dieux des bleofaiis de la terre. Les rites observés pendant la procession se rapportaient à la légende du dieu. Une nombreuse troupe d'enfants, couronnés de lierre et tenant en main des pampres.
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D'iprèi nne ptinlun de Pampël.)
couraient et dansaient devant l'image du dieu, placée sous un berceau de pampres et entourée de masques tragiques ou comiques. Tout autour, on portait des vases, des tliyrses, des guirlandes, des tambours, des bandelettes; et derrière le char venaient les auteurs, les poètes, les chanteurs, les musiciens de tout genre, les diinseurs, tous ceux qui, dans l'exercice de leur art, ont besoin de l'inspiration, dont le via
était considéré comme la source féconde. Quand la procession était finie, on commençait les représentations théâtrales et les combats littéraires en riionneur de Bacchus, dont la fôte avait toujours lieu en automne.
Ces fêtes ont eu d'ailleurs un caractère 1res différent, suivant les localités où elles ont été célébrées. En Grèce, elles paraissent avoir eu à lorigine une allure exclusivement champêtre. « Autrefois, dit Plutarque, on célébrait les fêtes de Bacchus avec des formes simples, qui n'excluaient pas la gaieté : on portail en lêle une cruche pleine de vin et couronnée de pampres ; puis venait un bouc soutenant un panier de figues et enfin le phallus, symbole de la fertilité; mais aujourd'hui tout cela est tombé en désuétude et oublié. »
Un luxe effréné accompagna plus tanl les fêtes de Bacchus, qui dans plusieurs villes et notamment à Alexandrie, se célébraient avec la plus grande magnificence. Athénée nous a laissé une curieuse description de la grande procession bachi(iuo qui eut lieu dans cette dernière ville, sous le règne de Ptolémée Philométor. « Le cortège do Bacchus, dit-il, était précédé de silènes, les uns couverts d'une robe jMJurpre foncé, les autres de robes pourpre clair. Ils étaient suivis de sat\res portant des torches ornées de feuilles de lierre en or. Après eux s'avançaient des victoires ayant des ailes d'or. Elles portaient des foyers à brûler des parfums, hauts de six coudées, ornés de branches do liorro en or. Ces victoires avai(»ni des tuniques dont le tissu représentait diverses figures d'animaux et elles étaient ornées de la plus riche parure en or.
u A leur suite venait un autel double, de six coudées, garni d'un
fouillago de lierre en or, et autour duiiuel courait une guirlande de
panipro d or, attachée avec des bandelettes dune bigarrure blanche.
IVrrioro élaiont cent vingt enfants, couverts de tunique de pourpre,
{K^na:U do Toncens, de la myrrhe et du safran dans des bassins d'or.
\pr>* oux s avançaient quarante satyres ceints de couronnes de lierre
en iv\ lUa\aionl à la main une autre couronne également en or. Leurs
AVtt* cuiont points en pourpre, en vermillon, et en diverses autres
Av:^*:^ : doux silènes en chlamydes de couleur pourpre, avec des
^1^ X>çs b,xv$. l.un d oux avait un chaperon et un petit caducée d'or,
V^4v fc'^Nî:! XîWO UXMupette. Entre eux deux marchait un homme haut
^ o^*'S>î^'' CAft'V^vs* on habit d'acteur tragique et avec un masque, por-
«1L^ .n- ^\-iv ,r*N»danoe toute d*or.
V'v**^ \\xi xc^XMl une femme de très-belle taille, parée riche-
ment en or et en argent : dune main elle tenait une couronne de persœa, de l'autre une palme. Après elle, s'avançaient les quatre saisons, bien parées, portant chacune les fruits qui leur sont propres : à leur suite, on portait un autel en or. Alors passèrent d'autres satyres couronnés de lierre d'or et vôtus de pourpre. Ils portaient un vase d'or à verser le vin. Le poëte Philiscus, prêtre de Bacchus, et tous les gens attachés par leur profession au culte de ce dieu, les suivaient. On portait après eux des trépieds analogues à celui de Delphes, prix destinés aux athlètes. Celui qui était destiné aux adolescents avait neuf coudées de haut, et celui qu'on destinait aux hommes faits en avait douze.
(( Ensuite passa un char à quatre roues, traîné par cent quatre-vingts hommes ; il portait une statue de Bacchus, faisant une libation avea une tasse d'or. Ce Bacchus avait une tunique traînante, et, par-dessus, une robe d'un tissu transparent, et un autre vêtement de pourpre broché en or.
« Sur ce char, et devant Bacchus, étaient un cratère de Laconie,un trépied et des tasses en or. On avait formé autour du dieu un berceau avec des pampres, du lierre et autres verdures, d'où pendaient des couronnes, des guirlandes, des thyrses, des tambours, des bandelettes, des masques tragiques, comiques et satyriques. Sur ce char étaient aussi les prêtres, les prêtresses, et les femmes portant les vans. On vit passer ensuite des Macédoniennes, dites aimalones, bassares et lydiennes, ayant les cheveux épars, et couronnées les unes avec des serpents, les autres avec de Tif, de la vigne et du lierre. Celles-ci avaient des poignards à la main, celles-là des serpents.
« Après elles s'avançait un autre char à quatre roues, large de huit coudées, traîné par soixante hommes et portant assise la figure de Nysa, revêtue d'une tunique jaune brochée en or et d'un surtout de Laconie. Cette figure se levait artificiellement sans que personne y touchât : elle versait alors du lait d'une coupe et se rasseyait. Elle tenait de la main gauche un thyrse, autour duquel on avait roulé des bandelettes. Sa tête était couronnée de lierre et de raisins en or, enrichis de pierreries. Un feuillage l'ombrageait aussi. Aux quatre coins du char, on avait placé des torches d'or.
u Ensuite venait un autre char long de vingt coudées et traîné par trois cents hommes. On y avait construit un pressoir plein de raisins. Soixante satvres foulaient, chantant au son de la flûte la chanson du pressoir. Silène y présidait et le vin doux coulait tout le long du chemin.
« Ce char était suivi d'un autre, traîné par soixante hommes etpor-
tant une outre faite de peaux de léopards cousues ensemble. Il était accompagné de cent vingt satyres et silènes, tous couronnés et tenant en main des vases et des coupes d'or; à côté on voyait un immense cratère d'argent, orné d'animaux sculptés en relief et entouré d'un cordon d'or enrichi de pierreries. Puis venaient dix grandes bassines et seize cratères en argent, une grande table d'argent de douze coudées et trente autres de six coudées, quatre trépieds, dont un en argent massif, et les autres enrichis de pierreries, vingt-six urnes, seize amphores semblables à celles des Panathénées et cent soixante vases à rafraîchir le vin. Toute cette vaisselle était en argent, celle d'or venait ensuite : d'abord quatre cratères avec de belles figures en relief, de grands trépieds et un buffet enrichi de pierreries, des calices, des urnes et un autel.
« Seize cents enfants marchaient à la suite ; ils étaient vêtus de tuniques blanches et couronnés de lierre ou de pin. Ils portaient des coupes d'or et d'argent : les vins avaient été préparés de manière que ceux qui étaient présents dans le stade pussent en goûter la douceur. Ensuite venait un char contenant le lit de Sémélé, suivi d'un autre char, flgurant une grotte profonde couverte de lierre et entourée de nymphes couronnées d'or. Deux sources en jaillissaient, l'une de lait, l'autre de vin, et il en sortait par en haut des pigeons, des ramiers, des tourterelles, ayant des rubans attachés à leurs pattes, de manière qu'en tâchant de s'envoler, elles pussent être prises par les spectateurs.
« On vit ensuite figurer tout l'appareil de Bacchus à son retour des Indes. Le dieu, assis sur un éléphant, était vêtu d'une robe de pourpre, couronné de lierre et tenait en main un thyrse en or. Devant lui et sur le col de l'éléphant était un petit satyre couronné de branches de pin. Cinq cents jeunes filles vêtues de tuniques de pourpre et la tête couronnée de pins marchaient à sa suite et étaient elles-mêmes suivies de cent vingt satyres armés de toutes pièces, les uns en argent, les autres en bronze. Cinq bandes d'ânes montés par des silènes et des satyres couronnés étaient suivis de vingt-quatre chars attelés d*éléphants; il y avait ensuite soixante chars attelés de deux boucs, huit attelages de deux autruches, sept de cerfs, et tous ces chars étaient montés par des enfants portant un thyrse et couverts d'habits de drap. d'or.
« Les chars attelés de "chameaux qui vinrent ensuite marchaient trois de file et étaient suivis de chariots attelés de mulets et portant
les tentes des nations étrangères. Des Teniroes indiennes, mises comme des captives, les accompagnaient et étaient suivies d'Éthiopiens portant les présents, six cents dents d'éléphant, doux mille troncs d'ébëne, et soixante cratères d'or et d'argent. Puis deux chasseurs, portant des lances d'or, ouvraient une marche de deux mille quatre cents chiens de l'Inde ou de l'Hyrcanie, conduits par cent cinquante hommes portant des arbres auxquels pendaient toutes sortes de bétes sauvages et
Fig. SU. — en. ( D-apcèi una bU
d'oiseaux : on vit porter dans des cages des perroquets, des paons, des pintades, des faisans et nombre d'autres oiseaux d'Ethiopie.
c Les troupeaux d'animaux venaient après : on y voyaitentre autres cent trente moulons d'Ethiopie, trois cents d'Arabie, vingt-six bœufe blancs des Indes, huit d'Ethiopie, un grand ours blanc, quatorze léopards, seize panthères, quatre lynx, trois oursons, une girafe, un rhinocéros d'Ethiopie.
« EnQn, sur un char à quatre roues, venait Bacchus, représenté ua moment où il se sauva à l'autel de Rhéa, lorsqu'il était poursuivi par JunoD. Priape était à ses côtés. Ce char était suivi de femmes riche-
Xi INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
ment vêtues et magaiflquement parées : elles persoaaiûaient les villes grecques des côtes d'Asie et portaient toutes des couronnes d'or, n
Pan, trés-ancienae divinité pélasgique spéciale à l'Arcadie, est le gardien des troupeaux qu'il a pour mission de multiplier. Dieu des bois et des pâturages, il est venu au monde avec des cornes et des jambes de bouc, ce qui fait souvent naître une confusion avecles satyres qui portent les mômes attributs. Nous avons au musée du Louvre une statue de Pan, très remarquable par le caractère d'animalité fortement prononcé dans des iraits-qui sont pourtant Jiumains. 11 y a dans ceUe
création fantastique, moitié homme moitié chèvre, une telle harmonie, qu'on al'idée d'un type mixte, bien plutôt que d'un monstre (Gg. 59Z|).
Les image* primitives de Pan étaient pourvues d'un symbole dont la crudité significative n'avait alors rien de licencieux. Son culte, qui depuis S'est effacé devant celui des grandes divinités del'Olympe, était extrêmement ancien en Arcadie et tréf-certainemenl antérieur à toute civilisation. « Quand l'éducation des bestiaux ne prospérait pas, dît Creuzer, les pasteurs arcadiens chargeaient de coups les idoles de leur dieu Pan, coutume qui atteste leur profonde barbarie en fait de religion. 11
Comme symbole de l'obscurité, Pan cause aux hommes les terreurs pontguM. c'est-à-dire non motivé.^s.A la bataille de Mrathoa, il
inspira aux Perses une de ces peurs subites; ce qui contribua beaucoup à assurer la victoire aux Grecs. G'efît en raison de ce secours que les Athéniens lui consacrèrent une grotte dans l'Acropole.
Pan a été considéré par quelques philosophes comme un symbole du dieu universel qui régit tout dans la nature. La flûte aux sept tuyaux, qui est son attribut, représente suivant eux les sept notes de rharmonie universelle, et la fusion des formes humaines répond au caractère multiple de la vie dans Punivers.
Sous le règne de Tibère, un navire étant en rade, on entendit une voix qui criait : « Le grand dieu Pan est mort! » Il est certain que son culte, qui était un des plus anciens de la Grèce, est un des premiers qui se soit effacé devant l'influence naissante du christianisme.
Le pasteur Aristée, fils d'Apollon et de la nymphe Cyrène, est aussi un grand éducateur de troupeaux, dont le culte était assez répandu dans les colonies grecques de la Cyrénaïque. Suivant les poètes, Aristée était surtout un éleveur d*abeilles, mais, dans les monuments de l'art, il apparaît toujours comme berger, et son attribut spécial est la brebis qu'il porte sur ses épaules (ûg. 595). Les artistes chrétiens ont adopté ce type, qui est devenu le bon pasteur ; et la représentation du berger Aristée devient pour eux une personnification de Jésus-Christ.
Divinités des eaux. — Neptune (Poséidon), frère de Jupiter, est un dieu des populations primitives de la Grèce, et la divinité nationale des Ioniens. Il a reçu en partage la mer, et pour les habitants des côtes il est le grand dieu qu'on invoque avant tous les autres. Il inspirait une terreur profonde, parce qu'on lui attribuait les commotions du sol, et quand il survenait un tremblement de terre, on cherchait à apaiser le courroux du dieu: un coup de son trident suffisait pour agiter toute la terre et la faire sentr'ouvrir. Le trident, qui n'était dans l'origine qu'un engin destiné à la pêche du thon, est devenu l'attribut ordinaire de Neptune (fig. 596 et 597).
Ce dieu, dont les représentations ne sont pas très-communes, n'a pas dans l'art de type bien particulier, et son visage ne se distingue de celui de Jupiter que par une expression moins calme, des cheveux plus en désordre, et un caractère plus sauvage en rapport avec la violence de la mer. Le cheval, qui depuis des temps immémoriaux se trouvait uni aux sources par un rapport symbolique diflicilc à expliquer, est l'animal consacré à Neptune, qui passe même pour l'avoir créé.
584 IKSTITUTIOSS RELIGIEUSES.
C'est pour cette raison qu'il figure sur quelques monnaies au revers de la tète du dieu (fig. 598 et 599). Il sert habituellement de monture à Amptiitrite, l'épouse de Neptune.
Amphitrite est la fille de Néroe. antique divinité marine qui personnifie plus spécialement la mer t^ée. De son union avec Neptune sont nés les Tritons et les Tritonidcs, êtres mixtes qui participent de l'homme et du poisson et glissent sur les eaux à l'aide de leur queue *' fourchue. Ces monstres aux formes fantastiques sont souvent repré-
(D'apT6) iiuD tUtuctto antique.)
aonlt^ soufHaut dans des conques marines. Les chevaux des tritons mxW UIous et armés de serres d'écrevisses.
UVst dans les profondeurs de la mer que Neptune a sa résidence ItAWtuolU- ; là, il lient sous le joug ses coursiers impétueux. Veut-il ^mthT «m humide séjour, « alors, dit Homère, se couvrant de son #WWV \l\i)', il prend un fouet industrieusemeni formé et, montant sur >»^ v'HAV't tl raao la plaine liquide. Les monstres sortis du fond des *J>«»h,vv MUtoDl autour de lui et reconnaissent leur roi. »
IftyiWS'*» lo iH'rger dos troupeaux de Neptune, qui consistent en h{>»^v'* -j^ 4«t(\^ Wlos marines. Personnification du mouvement 'W.t'otMMK A'« ()t^ «H ^t< la couleur changeante des poissons, il est sur-
tout fameux par ses nombreuses et rapides transformations. Il sait l'avenir, mais il ne le divulgue pas volontiers ; il faut l'y forcer.
Le culte de Neptune était répandu dans toutes les villes maritimes de l'antiquité, notamment à Corinthe, où il y avait en son honneur des jeux célèbres.
Les navigateurs et les commentants invoquaient Neptune oon-^eulenient pour leur donner une bonne traversée, mais encore pour favoriser leur trafic. C'est ce que nous voyons dans un hymne orphique : « Ecoute-moi, Neptune à la chevelure mouillée par les ondes salées de la mer, Neptune traîné par de rapides coursiers et tenant dans la main ton trident acéré, toi qui habites toujours les immenses profondeurs de la mer, roi des ondes, loi qui presses ta terre de tes eaux tumul-
Pig. 508. — Ncplune. Fig, S»». — AmphiUi
tueuses, toi qui lances au loin l'écume et qui conduis à travers les flots Ion rapide quadrige; dieu azuré, is qui le sort assura l'empire des mers, toi qui aimes le troupeau armé d écailles et les eaux salées de l'Océan, arrûte-toi sur les bords de la terre, donne un boa souffle aux navires et ajoutes-y pour nous la paix, le salut et les dons dorés des richesses.»
Dans la mythologie primilive, ta terre'est une vasie plaine ondulée, qui présente la forme d'un disque et qu'entoure de toutes parts le fleuve Océan, éeoux de la litaiiide Téthys, qui personnifie les profondeurs de la mer. Le fleuve Océan, qui n'a ni source ni embouchure. forme un orbe immense qui s'alimente lui-même et donne naissance à toutes les mers, à tous les fleuves et à toutes les rivières. Il a trois mille fils, qui sont les fleuves et autant de filles, qui sont les nymphes océanides. Dans l'art il ne diffère pas des autres fleuves, et apparaît sous la forme d'un vieillard à la chevelure humide, qui s'appuie sur son urne. On voit quelquefois des dauphins dans sa barbe,
Téthys, qu'il ne faut pas confondre avec la Thélis qui fut mère
566 I^STITCT10?IS RELIGIECSES.
d'Achille, est une irès-anlique diviniliS qui, de même que son cpod a été un peu délaissée durant la période tiisLorique de la Grèce. Auf OD ne sait rien de bien particulier sur le culte qui leur a été
P g BOD NfEopUe à Attuno
î-iBs fleuves, nés d'Océan et de Tûlliys, ont généralement la forme ■ vieillards bnrbus et couronnés de roseaux. I.a rame qu'ils liennent à main ou qui est placée [iris d'eux, indique qu'ils sont navigables, et j^ sont en outre caractérisés par un emblème particulier, comme 1 sphinx ou le crocodile pour le Mi, la louve pour le Tibre, etc.
En Grèce, les sources d'eau vivo avaient un caractère sacré. 1
anciens avaient pour elles une sorte de vénération religieuse, et considéraient le moindre filet d'eau comme le sanctuaire d'une divinité. Les nymphes en étaient la personnification, et leur vie se manifestait dans la nature par le murmure des ruisseaux et le mouvement perpétuel de leurs eaux. Aussi le culte des nymphes remonte à la plus haute antiquité et on les honorait par de fréquentes ablutions : c'est peut-être là qu'il faut chercher l'origine de l'importance énorme qu'ont eue les bains dans la société antique. ^
Chaque source était habitée par une nymphe, et la nymphèe, c'està-dire la grotte par où Teau s'échappait, était un lieu vénéré que l'art avait pour mission d'embellir. On décorait les grottes d'où s'échappait un filet d'eau et on les décorait habituellement de portiques et de statues. Cet usage se retrouve également dans l'Italie ancienne et particulièrement chez les peuples d'origine étrusque : la grotte de la nymphe Égérie est particulièrement célèbre dans l'histoire des origines de Rome. Lesnymphèes étaient très-fréquentées par les pèlerins et elles servaient également de rendez-vous de plaisir : on disposait à l'entour des bancs et des sièges de pierre pour ceux qui venaient y chercher la fraîcheur. Des colonnes, des niches sculptées, des bas-reliefs, des inscriptions pieuses ornaient presque toutes les sources.
Sur les bords du lac d'Albano, on trouve les restes d'une nymphée, sorte de constructions consacrées aux sources et généralement cretisées dans le flanc d'une montagne (Qj. 600). La pièce principale était couverte d'une voûte en berceau et décorée de niche. Ces sortes de bâtiments étaient très fréquentés en été à cause de leur fraîcheur : sous l'empire ils devinrent surtout un lieu de rendez-vous pour les amoureux.
Les nymphes ont été dans Tantiquité l'objet d'un très grand nombre de représentations plastiques. Habituellement elles sont vêtues jusqu'à mi-corps et ont seulement le torse et les bras nus comme on le voit sur la figure 601.
Quelquefois pourtant elles sont entièrement nues, surtout lorsqu'on les employait pour la décoration des fontaines. Ainsi dans la figure 602 on voit trois nymphes se levant sur la pointe des pieds et soutenant avec leurs bras la vasque d'où s'élevait probablement un jet d'eau.
Toutes les nymphes n'avaient pas les mêmes emplois. Les dryades et les hamadryades sont la sève vivante et l'humidité des arbres dont elles partagent le destin. Les naïadeSy qui expriment plus particulièrement le murmure de l'eau, reviennent fréquemment dans les légendes, et leur rôle comme principe du mouvement des eaux est très bien rendu dans cette petite pièce de VAnthologie grecque^ faite à propos de
568 INSTITUTIONS PELIUIEDSES.
l'iDvention des moulins à eau : « 0 vous qui ratigucz vosbras à moudre le blé, 6 femmes! reposez-vous maintcDant : laissez les coqs vigilants chanicr au lever de l'aurore ei dormez à voire aise : ce que vous faisiez de vos mains laborieuses, les naïades le feront, Cérès le leur a ordonné. Déjà elles obéissent; elles s'élancent au bout d'une roue el font louincr un essieu; l'essieu, par les rayons qui l'entourent, fait tourner avec violence la masse pesante des meules qu'il entraîne. Nous voilà donc revenus à la vie heureuse, paisible et facile de nos
Kig, eoi. — Nympho.
iD'iprii une ataluc du Le
Pig. 00!. — Nf Dipbn.
(D'après ud groupe du Lout
ancêtres : nous n'avons plus à nous inquiéter de nos repas, nous allons jouir enliii sans peine des doux présents de Cérùs. «
Les sources qui étaient réputées avoir des venus médicinales étaient en Grèce l'objet d'une vénération toute spéciale, et les chapelles qu'on leur consacrait étaient toujours remplies d'ex-\o[o et de peliles images pieuses, que venaient y déposer ceux qui avaient été guéris ou qui espéraient l'èlre. La figure G03 nous montre une dcceschapelles: on y voit des figurines sur le sol et des petites peintures contre la muraille, où sont les masques dont la bouche sert de fontaine.
Les Danaldes , personnifications des sources de lArgolide, sont
LE CULTE EN GRÈCE. sn
quelquefois représentées sur des vases trouvés dans les tombeaux, et Creuzer cherche à établir un rapport entre cette fable et l'initiation aux mystères. « L'urne brisée, dii-il, le vase fenduoule crible, avecleque]
Fig. 603. — Chapelle
les Danaîdes s'efforcent en vain de puiser de l'eau, sont les emblèmes de la vie misérable que mènent les non initiés. Leur existence est sans
Pi^.lHM. — Lei Dualdei.
(D'apcti ua bii-nlier iDlique.)
consolation, sans espoir et sans bui. Même après la vie actuelle, ils demeurent dans la sphère de la matière. Celte idée, mise en rapport avec les mœurs grecques, donna naissance à l'image de ces femmes infortunées qui se consument dans un travail, dans des elToris sans fruit, qui s'obstinent à remplir des vases sans fond (Dg. 6O/1). Tout concourt à prouver que le mythe des Danaîdes enfermait sous son enve-
loppe symbolique le dogme de la foi antique des mystères. Les vases qu'elles portent sont nommés d'une manière signiGcative, des u hydries imparfaites n ou sans résultat, sans Qn, du mot même qui exprime U fin où tendent les mystères, la perfection ou la consécration qu'ils donnent, riniiialion. Les Danaïdes elles-mêmes étaient appelées « les ii>firmes n ou celles qui cbancelleni, qui manquent de base. Enfin, nous savons par Pausanias que Polygnote avait peint dans le Lesché de Delphes, parmi les supplices di\ers représentés dans son tableau de l'enfer, des femmes portant de l'eau dans des vases brisés et au-dessus desquels se lisait cette inscription : « Elles n'ont point été initiées aux mystères, n
DiEUi DU 'Eli- — Héphaislos (Vulcain) est un dieu d'origine phénicienne : il était nriginairoment associé à Astartè, comme on le voit sur une monnaie carthaginoise (fig. €05). Asiarté a été plus lard identifiée avec Vénus, divinité qui, dans d'auircs traditions, était considérée
Pig. flOS. — Hiphaistoi | Vulciin ) uni 1 Aiuné.
comme l'épouse de Mars. Il en est résulté une confusion d'oil est sortie la fable de Mars et Vénus, surpris par Vulcain et enlacés dans ses filets. Chez les Grecs, Vulcain est le feu personnifié. S'il est petit et chétif à sa naissance, c'est que le feu commence par une étincelle. S'il est précipité du ciel sur la terre, c'est par allusion au tonnerre. Enfin il est boiteux et il a les jambes tortueuses, parce que la flamme ne présente jamais de lignes droites. Comme l'industrie est née de la découverte du feu, Vulrain est le dieu de l'industrie et présente sous ce rapport de grandes aflinilés avec Prométhée. Seulement Vulcain est plus spécialement le patron des forgerons et des ouvriers qui travaillent les métaux, tandis que Promélhée est invoqué de préférence par les potiers et par ceux qui travaillent l'ai^ile. Le marteau a été de tout temps l'attribut de Vulcain.
LE CULTE EN GRtCB. 57t
La poésie présente Vulcain comme un artisan habile et ingénieux, mais aussi comme un élrc monstrueux, d'une co:iformalion vicieuse, et d'un aspect burlesque, a La plastique, dit Ottfried MulJer, semble l'avoir représenté dans les premiers temps de l'art sous la foime d'un nain; obéissant ainsi au penchar.t fortement enraciné dans le cceur humain qui le porte à concevoir précisément la force primordiale à l'état nidimentaire. Lorsque l'art fut perfectionné, il se contenta do
Pig. MB, — HtphaùIM ou (ITiprét UD b33-TSlï«r da p
• HJphiiito*, ou Vulcun ilumtds torgcrDii). '
représenter Vulcain sous la figure d'un homme vigoureux et laborieux, qui, comme d'autres dieux, fut figuré le plus souvent sous les traits d'un jeune homme, dans les premiers temps de l'art, et plus tard, ordinairement comme un homme barbu et dans toute la force de l'âge. 1)
Le bas-relief sculpté sur ic putéal du Gapitolc (Og. 605) montre Vulcain sous sa forme primitive et archaïaue. Le dieu est imberbe et entièrement nu : au lieu du bonnet traditionnel, il a les cheveux relevés derrière la téle, sauf les deux tresses qui tombent. Une statuette en bronze du musée de Berlin (fig, 607) montre le dieu barbu, coiffé •
S,n INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
du bonnet conique et vêtu de l'exomis des artisans, qui laisse l'épaule et le bras droit h découvert. Il lient de la main droite un marteau et de la gauche des tenailles : Tune des deux jambes est plus courte que l'autre pour indiquer le dieu boiteux.
Une épigramme votive d'un forgeron à Vulcain nous a été conservée dans VAnlhologû grecque : u Retirez de la fournaise ce marteau, ces cisailles, cette pince que Polycrate dédie a Vulcain. C'est en frappant à coups redoublés avec son marteau sur l'enclume qu'il a trouvé pour ses enfants une fortune qui chassera loin d'eux la triste misère. »
Vesta (Heatîa) est la personnification du foyer : dans chaque mai-
Fig, OÛU. — HeUU ou Vctl».
son il y avait un autel où on entretenait perpétuellement du feu en l'honneur de cette divinité,
" 11 ne faut voir dans Vesta, dit Ovide, rien autre chose que la flamme active et pure-, et vous ne voyez aucun corps naître de la Dunme, Elle est donc vierge à bon droit ei aime à avoir des compagnes de sa vfrgiDÎté. Le toit recourbé du temple de Vesta ne recelait aucune inuige. Ni Vesta, ni le feu n'ont d'images. La terre se soutient par sa pRi|we force; Vesta lire donc son nom de ce qu'elle se soutient par sa pn|»« force, mais le foyer est ainsi appelé et des (lammes et de ce fi^ ^cbauffe et fomente toutes choses. Il était autrefois dans les pre- ~ ■ ■ s de l'appartement : c'est de là aussi, je crois, que l'on a
" I, et que dans les prières, nous disons encore à Vesta :
Toi qui occupes les premiers lieux. C'était la coutume autrefois de s'asseoir sur de longs bancs, devant le foyer, et de croire que les dieux assistaient au festin. »
Les statues de cette divinité sont en effet de la plus extrême rareté, et il est quelquefois difficile de savoir si elles représentent une vestale ou la déesse elle-même. Sur l'autel triangulaire du Louvre, Vesta est représentée sous la flgure d'une matrone recouverte d'un long voile et tenant en main un sceptre. Vesta, divinité vierge, qui ne consentit jamais à prendre dépoux dans l'Olympe, était profondément respectée des autres dieux. Une fois pourtant, le jovial Priape Tayaut vue profondément endormie voulut s'approcher d'elle pour l'embrasser, mais l'âne de Silène, qui se trouvait là, se mit à braire d'une telle force que Vesta et tout l'Olympe furent aussitôt réveillés. C'est en souvenir de ce service que Tàne a été consacré à Vesta.
La figure 608, d'après un bas-relief de style archaïque, représente Hestia, ou Vesta, coiffée de la siéphanée, vêtue de la tunique longue et du péplum, retombant l'un et l'autre en plis nombreux sur la poitrine, et portant le sceptre dans la main gauche.
L'hymne homérique à Vénus décrit ainsi les fonctions de Vesta : M Les travaux de Vénus ne sont point agréables à Vesta, vierge vénérable, la première enfantée par le rusé Saturne, et la dernière selon les volontés du puissant Jupiter. Apollon et Mercure désiraient épouser cette auguste déesse, mais elle ne voulut pas y consentir; elle s'y refusa constamment et, touchant la tête du puissant dieu de Tégide, cette déesse fit le grand serment qu'elle a toujours tenu de rester vierge dans tous les temps. Au lieu de Ihyménée, son père la gratifia d'une belle prérogative; au foyer de la maison, elle reçoit toutes les prémices des offrandes, elle est honorée dans tous les temples des dieux; elle est pour les mortels la plus auguste des déesses. »
Comme personnification du foyer, le culte de Vesta se rattache directement à celui de la famille et des aïeux, mais en Grèce ce culte a toujours conservé un caractère essentiellement privé, et n'a pas été identifié comme à Rome avec celui de la cité. Aussi on ne trouve dans aucune cité grecque rien qui soit analogue au collège des vestales romaines.
Les dieux des enfers. — Chaque homme a, suivant la croyance des anciens, une destinée inévitable, celle que lui ont filée les Parques ou Moires. Le pouvoir de ces divinités n'a jamais été bien nette-
ment défini, mais elles semblent agir en dehors des dieus de l'Olympe qui ne peuvent empêcher leurs arrêts irrévocables. Elles sont au nombre de trois qui ont chacune un r6le particulier dans la vie humaine. Lachi^is préside à la naissance, Cloiho file la destinée pendant la vie, clAtropos coupe le fil, quand le lennc de la Vie est passé. Toulelois ce mode de figuration, bien que généralement admis, n'appirait pas sur les monuments de l'anliquilé, où le compas et le cadran solaire sont leurs attributs habituels. Les poëieï les font figurer à c6té de Plutoa,
ce qui les classe parmi les dîvinilés infernales. Ces divinités ciaient très redoutées, mais elles ne semblent pas avoir été l'objet d'un culte bien déterminé, sans douti; à cause du caractère inexorable qu'on leur prê-
Pluton (Hadès), le frère deJupiter, qui a reçu les enfers en partage et régne sur les ombres, est caractérisé par le boisseau qu'il porte sur la tête. Ce dieu a été identifié avec; Sérapis el on le désigne quelquefois sous le nom de Jupiter infernal. Dans les monumcnlsqui le représentent, on voit quelquefois à ses cùtés Cerbère, le chien à trois têtes qui est préposé a la garde des enfers {fig. 609).
Divinité m^slérieuse et redoutable, Pluton était honoré d'un culte particulier. Les Grecs l'invoquaient en frappant la terre avec leurs mains et en lui immolant la nuit des brebis noires entre les cornes desquelles on faisait britler de l'encens et auxquelles on devait avoir soin de tourner la tête vers la terre. Les cuisses de l'animal étalent spécialement consacrées au dieu des enfers. Des bois étaient consacrés à PlutoD dans plusieurs lieux de la Grèce et ce dieu avait à Elis un
temple qui ne s'ouvrait que trois fois par an. Le narcisse, le cyprès et le buis lui étaient consacrés.
Proserpine, que les Grecs nomment Cora quand ils la considèrent comme divinité agricole et fille de Cérès, et qu'ils désignent sous le nom de Perséphone dans son rôle de divinité infernale, est l'épouse de Pluton et la reine des ombres. Dans les funérailles, on lui offrait une boucle de cheveux du mort ; les fêles de cette déesse avaient un caractère mystérieux. On lui sacrifiait des génisses stériles ; la chauve-souris, la grenade et le narcisse lui étaient consacrés.
Un hermès à trois faces, consacré aux trois Cabines ou grands dieux dciSamothrace, représente le premier sous les traits de Pluton {fig. 612), le deuxième sous les trails de Proserpine (ûg. 6U), et le troisième
57e INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
SOUS les traits de Mercure (fig. 610). De petites (igiiriaes représentant Apollon, Vénus et l'Amour, décorent ta b:ise du piédestal sous ses trois faces. Ce monument énigmatique a donné lieu à bien des commentaires, mais il semble se rapporter au culte des dieux inrernaus, Mercure étant le conducteur des ombres dans le ténébreux royaume qni leur sert de séjour.
Le départ des ombres et leur arrivée aux enfers figure sur <ïuelque8 monuments. Quelquefois c'est Mercure qui amène une ombre devant le trône où siègent Plutun et Proserpinc. Plus souvent, les âmes prennent la forme de petits eriTants ailés, montés sur des Centaures qui
(. 0L3. — Les Ctn
cherchent par leur musique à distraire It- vojageur des ennuis de la route (ûg. 613} Souvent aussi ce sont des duupliins qui se chargent de conduire les âmes dans les îles djs bienheureux. Toutes ces représentations, qui décorent de nombreux sarcopliages, ont un caractère liant et aimable qui fait un singulier contraste avec les compositions terribles ou lugubres qu'on rencontre si souvent dans les monuments luoèbres du moyen Age.
Suivant la croyance des anciens, les enfers s'éieiidaient dans une nste contrée souterraine arrosée par deux grands fleuves, le Styx et l'Achéron, qui reçoivent comme adluents le Cocyte et le Phlégéton. Geat pKT le Styx que les dieux prononçaient leurs plus redoutables ttnneata. L'Acfaéron est le fleuve que traversent les ombres sur la banne du DOCher Caroa, qui les fait passer sur la rive infernale. Aus-
sitôt que TAchéron est franchi, on rencontre Cerbère, le chien à triple tête, qui empêche qu'on ne sorte quand on est une fois entré. A leur arrivée, les ombres sont conduites devant Pluton. Mais bien qu'il règne sur les ombres, Pluton n'a pas pour mission de juger les actions des hommes : ce rôle appartient à Minos, Éaque et Rhadamante. Chaque homme reçoit d'eux le sort qu'il a mérité pendant sa vie, mais la nature des châtiments et des récompenses n'a jamais été l'objet d'une croyance bien uniforme, et les poètes décrivent, chacun à leur guise, le sort qui nous est réservé après la mort,
Hécate apparaît sous plusieurs aspects : comme divinité vengeresse, elle préside aux expiations, comme déesse de la magie, elle préside aux incantations, et c'est elle qui envoie sur la terre les monstres évoqués des enfers. Elle s'arrête dans les carrefours et près des tombeaux; c'est là qu'on Tinvoque pour les enchantements. Quand elle sent l'odeur d'un crime, elle fait aboyer les chiens infernaux qui forment son cortège.
« On offrait à cette déesse, dit Creuzer, des sacrifices expiatoires, espèces de lustrations domestiques opérées par la fumée, que l'on célébrait le 30 de chaque mois, et où des œufs et de jeunes chiens étaient les objets essentiels. Les restes de ces animaux et des autres oflrandes, joints à beaucoup de comestibles, devaient être exposés dans les carrefours et se nommaient le festin d'Hécate. Souvent les pauvres et les cyniques faisaient leur proie de ces débris avec une avidité qui était pour les anciens la marque de l'extrême indigence ou de la dernière bassesse. Le chien était l'animal consacré à Hécate. Des monuments montrent cette déesse |ivec un chien sur son sein, qu'elle semble caresser. On la représentait elle-même avec une tête de chien, et peutêtre était-ce là son ancienne forme mystique, celle sous laquelle elle était adorée dans les mystères de Samothrace, où Ton immolait des chiens en son honneur. Hécate avait aussi ses mystères, particulièrement à Égine, et dont on rapportait l'institution à Orphée. On voyait dans cette île plusieurs statues de la déesse; une de la main de Myron, avec un seul visage, d'autres avec trois visages, attribuées au fameux Alcamène. »
Antérieures à Jupiter et aux dieux olympiens, qu'elles nomment des divinités de fraîche date, les Furies représentent, dans Topinion publique, l'antique justice, la seule que connaissent les peuples primitifs, la loi du talion ; à tout crime il faut un châtiment. Quand un meurtre s'est accompli, et surtout quand un fils ou un parent a trempé
ses mains dans le sang de son père ou de ses proches, les Furies ne tardent pas à apparaître et font entendre leur chant funeste, entourent le criminel de leur ronde infernale et lui hurlent à Toreille un hymne affreux dans lequel elles lui retracent son forfait. Nul mortel ne peut leur échapper : elles le poursuivent partout, comme le chasseur poursuit un gibier, et finissent toujours par l'atteindre. Ces inexorables déesses, qui ne connaissent pas le pardon, et que la prière ne peut toucher, sont reléguées au fond des ténèbres ; elles ne quittent leur sombre demeure que quand Todeur du sang versé et les imprécations de la victime les appellent sur la terre. Divinités malheureuses, elles ne s'asseyent jamais au banquet des immortels. Dans les enfers, elles ont pour mission de châtier les coupables et de leur ôter tout espoir de miséricorde.
Les Érinnyes, ou Furies, sont les imprécations personnifiées de ceux qui meurent assassinés. Bien qu'elles ne s'occupent jamais que des meurtriers, elles étaient universellement redoutées. Le nom d'Euménides (bienveillantes), qui leur est aussi donné, vient de la terreur qu'on éprouvait en prononçant leur véritable nom. Elles avaient un temple 4 Athènes, près de TAréopage.
Les héros. — Les anciens comprenaient sous le nom de Héros les personnages nés d'un dieu et d'une femme mortelle, comme Hercule, et ceux qui étaient nés, comme Achille, d'un mortel et d'une déesse. Les héros remplissent donc au point de vue religieux une place intermédiaire entre les hommes et la divinité. Ils étaient l'objet d'un culte qui participait à la fois de celui qu'on rendait aux aïeux dans la famille, et de celui qu'on rendait dans la cité aux grandes divinités, ou dieux de la nature.
Le culte rendu aux héros n'était pas hiérarchisé suivant le mérite ou le pouvoir qu'on leur attribuait, mais il était fort inégal, puisqu'il y a des héros dont le culte a été en quelque sorte localisé dans la cité dont ils étaient les protecteurs, et d'autres qui étaient honorés partout. La légende des héros, très variée quant aux détails, repose presque toujours sur l'extermination d'un monstre qui désolait leur pays, et quand plusieurs traditions se confondent sur un même personnage, comme cela est arrivé à Hercule, il prend naturellement une très-grande importance, à laquelle ne sauraient prétendre ceux dont les exploits ont conservé un caractère purement local.
Hercule est le type le plus complet du héros. Doué d'une force pro-
LE COLTE EN GRfiCE.
digieuse, et d'une bravoure à toute épreuve, il consacre sa vie entière au salut des hommes, dqropte les monstres, combat les bii^ands, et se livre à de gigantesques travaux pour le bien de l'humanité : Il est le père de la race dorienne et le Péloponnèse est le lieu de ses premier,* exploits. Toute la première partie de sa légende est d'un caractère puremeat^hellénique et les traditions relatives à'son enfance ont toujours
Pig. 614. -~ Harcnla étouffant Isa Hcpanti.
été populaires dans toutes les parties du monde grec. L'histoire des deux serpents qu'il étouiïe dans son berceau (fig. 614) formait le fond des récits que les nourrices faisaient aux petits enfants et Hercule était le type que l'on proposait aux adolescents qui fréquentaient les gymnases. La légende du lion de Nemée, celle de l'hydre de Lerne appartiennent également au Péloponnèse.
On trouve chez tous les peuples primitifs le souvenir d'un héros dompteur de monstres et redresseur de torts, mais la légende qui se forme sur son compte prend un caractère différent selon la localité. Ainsi la tradition concernanl Hereulc et Ompiiale est d'origine asialique.
et n'a été ajoutée que postérieurement à celles qu'on racontait sur l'Hercule grec. Il en est de même pour l'histoire d'Hercule et Antée, qui est une tradition libyenne, pour celle d'Hercule et Cacus qui est une tradition italienne, pour celle du triple Céryoo et des colonnes d'Hercule qui paraissent avoir une origine phénicienne. Toutes ces fables
sont venues à des époques inconnues grossir le mythe primiiif d'Hercule, qui a fini par se rattacher par un point quelconque à l'histoire héroïque de tous Les peuples de l'antiquité.
Lapeaudelion.souvcnirduliondeNémée.aétéadoptéepartoulcomme l'altlibut ordinaire du héros (Dg. 615 et 61C), ainsi que la massue avec Uquelte il combat ses ennemis. Toutefois, sur un assez grand nombre de ï»8es grecs, le héros est représenté avec le casque de l'époque
archaïque, et ses armes ne dilTërcni pas de celles que l'on portait à l'époque de la fabrication de vase.
L'histoire des douze travaux d'Hercuie, et des travaux secondaires qui s'y rattachent, a été arrangée par los mythologucsd'une date postérieure, pour formcrunensemble avec les traditions irès-dilTérentes qui se rattachent au héros. On a voulu également voir dans Hercule une divinité solaire, et le chillrc de douze appliqué à ses principaux travaux se rapporterait ainsi aux douze mois de Tannée.
Au pointdevuedc la chronologie mythologique, les héros peuvent se rattacher à trois périodes. Dans celle qui est antérieure à Hercule, Persce, le vainqueur de la Gorgone, peut être considéré comme le type le plus caractéristique. La légende qui te concerne est extrêmement barbare. Dans la fable des Argonautes on voit apparaître tous les héros
fig. BIS.
de la seconde série, parmi lesquels est Hercule. Les plus importants sont Jason, chef de l' expédition, Méléagre, le vainqueur du sanglier de Calydon, Thésée, roi d'Athènes, dont les aventures semblent calquées sur celles d'Hercule, Castor et Pollux, ou les Dioscures, caractérisés par l'éloile qu'ils ont toujours sur la této (fig. 617-618), etc. Enfin la troisième série comprend les héros qui prirent part à la guerre de Troie, et qui sont presque tous honorés comme fondateurs de cités.
A Texccption d'ili^rcule, qui a été absolument divinisé et des Dioscures, qui ont dans la mythologie un caractère à part, les héros n'ont eu en général qu'un culte purement local, et les honneurs qu'on leur rendait paraissent avoir été surtout des honneurs funèbres. On ne leur sacrifiait pas sur l'autel des grandes divinités, mais sur des tertre», et leurs principaux sanctuaires étaient des chapelles élevées dans les bois sacrés.
Lks diedx domestiques. — Outre les dieux auxquels on rendait un culte public, il y avait une foule de petites divinités, qui prenaient
auprès d'an Uano^i.
dans la maison un rôle assez analogue à celui de nos saints. Ces idoles
prenaient souvent la forme d'un Hermès : la figure G19, d'après une terre cuite de Tanagra, montre une femme assise à côté d'un- de ces
Hermès et sur la figure 620, qui est aussi une terre cuite, on voit également un petit hermès à côté d'un jeune garçon.
Ces Hermès représentent soit une des grandes divinités, soit une petite divinité locale, pour laquelle une famille avait une dévotion particulière et qu'elle honorait comme sa protectrice. Souvent aussi ces représentations peuvent se rapporter au culte des aïeux qui était très répandu en Grèce et dans toute l'antiquité. Le culte qu'on avait pour ces images différait de celui que les catholiques rendent aux saints, en ce qu'il ne s'adressait pas à* des reliques. Les pratiques se rattachant à ce culte avaient d'ailleurs un caractère absolument intime, et comme il n'y avait aucune église chargée de régler les cérémonies relatives aux pénates ou aux dieux protecteurs de la famille, elles ne pouvaient se déterminer que par traditions et devaient être extrêmement variables.
La religion des Romains. — Les dieux du ciel.
Les dieux de la terre* — Les dieux de l*eau. — Les dieux du peu.
Lis lares. — Les dieux de la mort. — Les génies et les vertus.
Les dieux gaulois.
La religion des Romains. — L'absence presque complète de traditions mythologiques est un des caractères les plus frappants de la religion des Romains. Les poètes latins ont admirablement raconté les aventures des dieux d'après les fables grecques, mais les légendes qui donnent tant de charmes à leurs récits sont pour la plupart étrangères au sol même de Fltalie. Cette pénurie, si remarquable quand on la compare à la richesse des fables grecques, peut s'expliquer par la différence géographique des deux pays. La Grèce, avec les découpures profondes de ses côtes et les lies dont sont hérissées les mers qui la baigne, était sans cesse en contact avec des marins apportant en maints endroits divers les traditions locales qu'ils avaient puisées dans leurs voyages, et que le génie grec transformait ensuite. L'Italie au contraire, et surtout ritalie centrale, le Latium et l'Étrurie, où s*est développé la
religion romaine, était par sa nature continentale beaucoup moins exposée au choc et à la transmission des idées. Les esprits y étaient plus sérieux, plus lents adonner un corps aux rêves de l'imagination, et plus porté aux choses pratiques. Quittant rarement leur pays, et voyant plus rarement encore des étrangers venir chez eux, les aspirations religieuses se sont concentrées vers certaines observances surpestitieuses, par lesquelles on croyait s'assurer la faveur des dieux, et l'acconiplissement rigoureux des riies est devenu le fond même de la religion. Les conceptions épiques sont absentes et l'élément liturgique et sacerdotal absorbe entièrement le culte.
L'absence de mythologie chez les Romains a amené des différences notables entre les pratiques de leur culte et celles du culte grec. Les dieux grecs, dans les temps héroïques, sont continuellement mêlés aux hommes, ils partagent leurs passions et participent à leurs actes. Si dans la période historique ils ne se montrent plus, une foule de traditions respectées rappellent le temps où ils fréquentaient la terre. Rien de pareil dans l'Italie centrale : Tàge d'or de Saturne et Janus est un récit bien vague, et les dieux qu'on honore ne se montrent point directement aux hommes ; ils se manifestent seulement par des signes, des tremblements de terre, des éclipses, des éclairs, des bruits mystérieux. La nature est pleine de dieux qui témoignent de leur puissance, mais qui ne se manifestent pas eux-mêmes. La superstition romaine interprète tous les phénomènes, et le sacerdoce possède seul la science de conjurer les mauvaises influences, de lire l'avenir dans le vol des oiseaux et les entrailles des victimt^s ; il a la mission spéciale de veiller au salut et à la grandeur de l'État, et son influence liturgique s'étend jusqu'aux secrets les plus intimes du fo\er.
Pas plus que les dieux, les héros romains ne ressemblent à ceux des Grecs. Leur existence terrestre est toute humaine, ils ne communiquent pas avec les dieux quand ils sont sur la terre. Numa reçoit des conseils de la nymphe Égérie, mais il ne la consulte qu'en secret, tandis que les dieux protecteurs des héros grecs interviennent partout dans leurs affaires, aussi bien dans leur maison qu'au milieu des combats. Les uns comme les autres sont fils de divinités, mais les héros latins ont rarement une postérité. Romulus est fils d'un dieu, mais il n'a pas d'enfants et c'est seulement après sa mort qu'il est assimilé lui-même à une divinité. L'apothéose apparaît ainsi dès l'origine : Ronmlus est enlevé au ciel et la même chose arrivera à César bien qu'il ait été assassiné.
En Grèce, où toutes les cités ont un dieu pour fondateur, chaque citoyen peut croire qu'il a un dieu pour ancêtre. A Rome la flatterie peut créera un personnage illustre une généalogie divine, mais ce n'est qu'une formule littéraire sans aucun poids dans l'opinion publique. Tacite ne se gêne pas pour reléguer parmi les fables l'histoire, si souvent chantée, du Troyen Énée, ancêtre de Jules César.
Les dieux du ciel. — Parmi les dieux du ciel, comme parmi ceux de la terre, il faut distinguer ceux qui sont d'origine purement latine, comme Janus, ceux qui sont d'origine latine mais qui ont été hellénisés, comme les trois divinités du Gapitole, Jupiter confondu avec Zeus, Junon confondue avec Héra, et Minerve confondue avec Aihènè; enfin ceux qui, comme Apollon, sont d'origine purement grecque, mais dont le culte a été de très-bonne heure importé en Italie.
Janus parait avoir été à Torigine une divinité solaire. « Le dieu du soleil, dit Preller, dans les Dieux de rancienne Rome, est le portier du ciel et de la lumière céleste ; il en ouvre le matin la porte pour la fermer le soir. Si cette image simple et pratique a échappé aux Grecs, c'est uniquement parce que chez eux Océanos était le dieu primitif et qu'Hélios sortait de son sein et s'y replongeait tour à tour. Cependant les Grecs connaissaient, eux aussi, un seuil du ciel, où le jour et la nuit se saluent au passage, et l'Écriture sainte parle du soleil comme d'un fiancé qui sort le matin, l'air brillant de joie, de la chambre nuptiale. — De là vient que plus tard, dès que le besoin d'une image plastique se fit sentir, Janus fut représenté avec deux têtes {Janus geminus, hifrons), conception toute naturelle à propos d'un dieu qui était le portier du lever comme du coucher. Aussi le plus ancien Janus geminus de Rome, celui que Numa avait établi sur les limites du Forum, tournait une de ses têtes vers le levant, l'autre vers l'occident.
« Seulement il ne faudrait pas se figurer cette charge de portier céleste comme une besogne purement mécanique. La force dynamique et créatrice qu'a Janus comme dieu du soleil est un de ses traits les plus saillants. Ainsi tous les matins on l'invoquait sous le nom de 3IatU' tinus Pater; au commencement de chaque mois, le jour des calendes lui était consacré; un mois tout entier était placé sous sa garde, c'était celui de janvier, januarius, sans doute parce que ce mois, commençant de suite après les plus courtes journées, formait mieux que tout autre le commencement d'une année nouvelle. »
Le premier janvier était un jour de renouvellement et de bonheur,
nr. U
c'est du culte de Janus que nous vient l'usage des souhaits dé bonne année et des étrennes. Mais la grande solennité de ce jour, c'était l'entrée en charge des nouveaux magistrats, dont la fonction à Rome était généralement fixée à une année.
Toutes les portes étaient consacrées à Janus, mais il y avait en outre dans les rues les plus populeuses, dans les marchés, dans les carrefours, des portes qui étaient plus spécialement placées sous son invocation. On lui élevait aussi des petits temples qui étaient pourvus de quatre entrées. Ovide, faisant parler Janus dans ses Fastes^ dit : u Les portes de vos demeures offrent deux faces. Tune tournée en dehors, et Tautre vers rintérieur, et du vestibule sous lequel il est assis, le portier voit en même temps, et ceux qui entrent, et ceux qui sortent; de même* portier du palais des dieux, j*embrasse de mes regards les régions de l'Orient et celles de TOccident, et c'est pour apercevoir d'un seul coup dœil deux "parties opposées, sans'perdre de temps à tourner la tête, que je reçus une double figure ; ainsi, pour qu'elle veille avec plus de sûreté à la garde des carrefours, qui te coupent en trois voies, vous avez donné un triple visage à la triple Hécate. »
Le temple de Janus à Rome devait rester ouvert en temps de guerre, et il ne se fermait qu'en temps de paix. Pendant une période qui a duré près de mille ans, il n'a été fermé que huit fois.
Jupiter, Junon et Minerve étaient désignés à Rome sous le nom des trois divinités du Capitole, où chacune d'elles avait en effet son temple. Le Jupiter des Romains provient de la confusion du dieu de la foudre Tinia avec le Zeus des Grecs. Jupiter capitolin portait sur ses genoux la couronne que les triomphateurs venaient y déposer.
Les Romains consacraient à Jupiter les dépouilles opimes, c'est-àdire celles qu'un général romain avait remportées sur le général ennemi, et le dieu prenait alors le nom de Jupiter Ferètriefu Romulus bâlit un temple k Jupiter Férétrien, lorsqu'il eut tué lui-même Acron, roi des Cœniniens ; ce temple fut agrandi par Ancus Martius et ensuite restauré sous Auguste.
Les monuments de l'art ne font pas de différence entre le Jupiter des Romains et le Zeus des Grecs. L'un comme l'autre ont pour attribut l'aigle, le sceptre et le foudre. Ce dernier attribut, bien qu'il ne soit pas représenté sur la peinture de Ponipéi que reproduit la figure 621, avait une extrême importance et Jupiter prenait à cause de lui le titre de Jupiter tonnant. Auguste lui lit élever un temple à Rome. Le tonnerre était tombé la nuit sur sa litière et un esclave avait été tué sans que
l'empefeur en fût atteint. Ce fut en mémoire de cet événement qu'on bàiit au Capitule un temple de Jupiter tonnant, dont il reste encore des vestiges et qui est figuré sur plusieurs médailles.
Fig. 8Î1. — Juptior. (D'»ptè«
Le foudre que Jupiter tient en main est l'image de la puissance soudaine et irrésistible du dieu qui lance le tonnerre- Tous ceux qui ont tenté de lutter contre lui, hommes ou dieux, ont été foudroyés. H Souvent, dit Virgile dans les Géorgiques, s'amassent au ciel des torrents de pluie, et, dans leurs flancs obscurs, les nuages amoncelés
5^ INSTITDTiOMS RELIGIBUSBS.
recèlent d'affreuses tempêies. Le ciel se fond en eau et, sous un déluge de pluie, entraîne les riantes récoltes et le fruit du travail des bœufa. Les fossés se remplissent, les fleuves s'enflent à grand bruit et, dans les détroits, la mer s'agite et bouillonne. Jupiler lui-mÊme, au sein de la nuit des nuages, lance la foudre d'une main étincelante. La terre
s'en émeut et tremble jusqu'en ses fondements et l'effroi vient abattre les faibles cœurs des mortels. Le dieu, de ses traits enflammés, renverse l'Alhos, le Rhodopc ou les monts Acrocéran nions ; les vents redoublent, la' pluie s'accroît et le bntil de l'ouragan fait retentir les bois et les rivages, t.
De même que pour les Grecs Héra est lôpouse de Zeua, Junon esl pour les Romains la femme de Jupiter et ses attributs dans l'art sont exactement les mêmes (flg. 622). Mats son rôle comme divinité du ciel
est plus eiïacê à Rome qu'en Grèce et au contraire son rôle comme déesse protectrice du mariage est plus accentué.
Sous le nom de Lwine, Junon, dans la religion romaine, présidait aux naissances et veillait sur la première enfance, lunon était fort honorée à Rome comme déesse du mariage, et l'entrée de son temple était interdite aux femmes de mauvaise vie.
B. (D'iirri»
Le culte de Junon Sospila, ou de Laouvium, appartenait aux religions primitives de l'Italie. Dans ce cuite, la déesse, dont la légende se rattache à des traditions locales, portait une peau de chèvre, et était armée d'une lance et d'un bouclier. On nourrissait un serpent dans son temple (voir t, I, flg. 634 et 635.)
Minerve, divinité étrusque, identifiée avec l'Athénè des Grecs, garde dans ses attributs les mêmes caractères, mais son culte est plus spécialement affecté à des solennités pacifiques. Ses fêtes, les quinqualries.
étaient très populaires dans les écoles. Pour les élèves elles signifiaieat les vacances et pour les maîtres elles appelaient le payement de leurs honoraires que l'on désignait sous le nom de minerval. Toutes les corporations ou\Ti6res fêtaient MiQer\-e comme l'inventrice des arts et les femmes honoraient en elle la déesse des travaut domestiques. Malgré CCS allures paciriqucs, l'art a toujours conservé à Minerve le caractère guerrier qui avait primitivement été donné à la Pallas des Grecs.
La llpiire 623-621 représpole une matitette en bronze du mnsée
de Turin. Elle porte en avant une main qui tenait probablement une victoiro, emblème que l'on voit fréquemment attribué à cette divinité guerrière.
Dans les monuments de l'époque romaine. Minerve garde les mêmes attributs et la mâme tournure que dans les monuments grecs; nous la voyons sur une belle coupe en argent du trésor de Hildesheim (fig. 625). Nous appellerons l'attention sur un vase peint de l'époque archaïque, où la déesse, dont la tôle est couronnée mais dépourvue de casque, est assise à côté de Jupiter, et occupe ainsi la place qui est ordioaircment aiïectée à lunon (fig. C26).
Le culte d'Apollon s'est acclimaté en Itahe avec les colonies grec-
ques, et il a été inlroduit à Kome en même temps que les livres sibyllins. La cODséqtience de l'accueil fait à ces livres fut la création d'une confrérie de prêtres chargés de les garder et d'appliquer leurs doctrines.
Diane est au contraire une ancienne divinité lunaire du Latium, qui du reste a été assimilée de très-bonne heure à l'Artémis des Grecs. L'art a maintenu pour Diane comme pour Apollon les attributs qu'avaient toujours eus en Grèce les divinités correspondantes. Mais Diane avait un caractère mystique beaucoup plus prononcé en Italie qu'en
Grèce, et de nombreuses chapelles s'élevaient en sod honneur dans les campagnes (fig. 637.)
Mercure, le dieu du commerce, et Terme, le dieu des limites, sont deux divinités qui présentent de grandes affinités avec celles que les Grecs honoraient sous le nom d'Hermès. Mercure notamment a été complètement assimilé au messager céleste, quoique son rôle soii beaucoup plus borné chez les Romains que ne l'était celui d'Hermès chez les Grecs. De même qu'Hermès, Mercure était pourvu d'ailes aux talons, et comme lui aussi, il était de la part des maîtres d'école l'objet d'un culte spécial. Les images qu'on pla(;ait sur les routes dont il était le gardien étaient extrêmement multipliées, mais on ne voit pas que des temples célèbres lui aient été consacrés.
Les anciens habitants du Latium étaient tous laboureurs en même
S« INSTITUTIONS BELIGIEDSES.
temps que guerriers, et ce double caractère, si frappant dans quelques personnages historiques, cbiDmeCincinnatua,atrouvéson symbole reli* gieuidans Mars, divinitéparemeolitalique, qui préside à la force virile □écessaire au rude ti^vaîl des champs en même temps qu'à l'inspira-
imiDlun de Pompti.)
lion guerrière sur les cliampa de bataille. Assimilé à Ares, dieu qui chez les Grecs personnifie ciclusivcment la fureur du combat. Mars a reçu dans l'art les mêmes attributs (fig. 62S, 639, 630}, et de là vient qu'on a souvent négligé le double aspect sous lequel doit être envisagé le Mars des Romains. C'est à ce dieu qup l'on doit les printemps sacrés, qui ont eu une si grande importance historique et
auxquels SQ raitiche la fondation de Rome. {Voir 1. 1, p. 556.) Le chêne
pig. (Ms. Fig. en.
Oiotu de la Ou«ne. (Siu an aalcl 4e Uui.J
et le figuier, l'arbre des forêts et l'arbre des jardins étaient consacrés
à Mars, et parmi ses anlinaux symboliques on remarque le loup, le bœur de labour et le cheval de bataille, dont les caractères divers indi-
SM
quent le pouvoir multiple du dieu. Mars est aussi le dieu des enlërements qui est la forme primitive du mariage et de là vient que dans la féie célébrée le 1" mars en souvenir de l'enlèvement des Sabioes, le nom de Junon est associé à celui du dieu de la guerre.
Quirinus est un Mars sabin, ancêtre du fondateur de Cures, comme
;. S31. — Le trADO àe Silan. (D'apràt une pei
le Mars albin est le père des fondatcurâ de Rome. Quand les Sabins s'établirent sur le mont Quirinal, il y eut un Mars pour chacune des deux races, mais en assimilant plus tard Romulus avec Quirinus, la gloire du liéros romain absorba l'ancienne' divinité sabine, et il n'y eut plus qu'un seul Mars, ayant pour fiis Romulus.
Ficus Manius, l'oiseau de Mars, est devenu dans la légende un roi belliqueux, dont Ovide a raconté la merveilleuse histoire-
Les dieux de la terre. — Les arbres, les forêts, les montagnes, les pâturages, ont été de bonne heure placés sous la protection de divinités qui présidaient à la germination des plantes et à la multiplicalion des troupeaux. Parmi ces antiques divinités, dont plusieurs semblent faire double emploi, il faut d'abord nommer Faunus, qui a été de bonne heure identifié avec le Pan des Grecs. Il préside à l'élevage des bestiaux qu'il présene des attaques des loups, d'où lui vient aoo surnom de Lupercus.
Dans les monuments de l'art, presque toujours dus à des Grecs,
Faunus cesse d'être une personnalité et les faunes, identifiés avec les satyres, et les pans, sont enrôlés dans le brillant cortège de Bacchus.
Bona Dea, la Bonne Déesse, qui mythologiquement passait pour la ûlle de Faunus, était primitivement une divinité pastorale. Mais à Rome le culte de cette déesse changea de caractère et devint extrêmement licencieux. Les femmes avaient seules droit d'assister au sacrifice expiatoire offert à la Bonne Déesse, et c'est pour y prendre part que Clodius se glissa la nuit dans la maison de César, sous le costume d'une joueuse de harpe. Le culte de Paies, déesse des bergers, donnait lieu également à des fêtes joyeuses, qui se sont confondues sous l'empire avec celles de la Bonne Déesse.
Sylvain, le dieu des défricheurs et des hommes qui vivent dans la forêt, est une des plus anciennes divinités de Pltalie. Une particularité du culte des temps primitifs en Italie, c'est qu'on ne représentait pas les dieux par des images, mais seulement par des symboles et des attributs : de là la rareté des statues de Sylvain. Le culte de Sylvain, comme eelui de toutes les divinités du même genre, 'présentait de grandes affinités avec celui de Faunus et ces deux divinités semblent souvent faire double emploi.
Vertumne et Pomone sont des divinités champêtres, qui ont surtout pour mission de faire mûrir les fruits dans les jardins. Priape, dieu de l'Asie Mineure importé de bonne heure en Italie, remplissait un office analogue, et son caractère de dieu de la fécondité a fait de lui un des personnages favoris de la scène populaire.
Flore est aussi une ancienne divinité sabine, et son culte était également répandu dans toute l'Italie centrale. Déesse des fleurs {voir t. III, fig. 711), dont lëclosion a lieu au printemps, Flore a vu son culte se fondre peu à peu dans celui de Vénus, autre déesse italique, qui exerçait à l'origine des fonctions analogues, mais qui a été promptement confondue avec l'Aphrodite des Grecs, dont elle a pris tous les attributs. Vénus alors prit comme Mars, auquel elle est souvent associée dans l'art, un double caractère. Comme déesse du printemps elle préside aux premières pousses de la végétation et comme déesse du charme et de l'attrait elle adoucit la rudesse des^mœurs primitives.
La colombe est l'oiseau consacré à Vénus, dont [Cupidon est le fils, et qui a les Amours pour escorte. La figurej632, d'après une peinture de Pompéi, représente le trône de la déesse.
« C'est Vénus, dit Ovide, qui fournit le germe dçs plantes et des arbres, c'est elle qui a rassemblé dans les liens de la société, les pre-
5W IKSTITOTtONS RELIGIEUSES.
niiers hommes, esprits féroces et barbares, c'est elle qui apprit à -chaque être à s'unir à une compagne. C'est à elle qu'on doit les Dombreuses espèces d'oiseaux et la multiplication des troupeaux. Le bélier furieux lutte de la corne avec le bélier; mais il craint de blesser la brebis. Le taureau, dont les longs mugissements faisaient retentir les vallons et les bois, dépose sa férocité quand il aperçoit la génisse. La
Pig. KH. — Le irOoe de Vénua. (Peinture de Pompai.)
même puissance entretient tout ce qui vit sous les vastes mers et peuple les eaus de poissons sans nombre. La première, Vénus dépouilla les hommes de leur aspect farouche. C'est d'elle que sont venus la parure et le soin de soi-même. »
Saturne, que l'on a assimilé au Crooos des Grecs, était pour les anciens Italiens une divinité purement champêtre. On le considérait comme le dieu de l'agriculture qu'il avait enseignée aux hommes. Toutes les inventions agronomiques, même le fumier, remontent à lui, et sa royauté légendaire était confondue avec l'âge d'or, symbole de l'innocence primitive et de la vie paisible des champs. Ops, la bonne mire, personnification de la terre, était généralemeol regardée comme son épouse et adorée comme telle à ses côtés. Sur la figure 633, on voit le globe du monde posé sur un tabouret aux pieds du trône de Saturne.
Cérès, divinité dos moissons qui répond à la Déméter des Grecs, a été très anciennement honorée dans l'Italie méridionale et la Sicile, où l'élément grec formait une portion importante de .la population. Les
LES DIEDX DE ROME. Ml
prêtresses qui la sfrvaient dans les temples étaient toujours prises daDS les villes grecques, et les rites c^'lébrés en sou honneur n'ont rien de romain dans les allures. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que
les allributs de Cér^^s soicul aussi ceux dc^Déméter, et on peut également appliquer l'un ou l'autre nom uux monuments qui les représentent.
Bacclius et Proserpine, que les Romains désignent souvent sous le nom de Liber elLibera, mais qui répondent au Dionysos et à la Perséphone des Grecs, sont des divinités tout à fait étrangères à l'Italie, mais dont lecultc s'est développé assez promploment dans les contrées du midi, où les cultures de la vigne et du blé étaient eslrémement répandues. Pas plus que pour les aulnes divinités, les attributs donnés primitivement par les Grecs n'ont été changés, et tous les personnages
908 ItSSTITUTlONS RELIGIEUSES.
qu'on appelle Bacchus pourraient avec tout autant de raison être appelés Dionjsos (Hg. 63/|). Le culte de Liber et Libéra était entièrement lié à celui de Cérës.
La mère des dieux, la Cybéle phrygienne, avait aussi une grande
Mg. 0S4. — Bacchna ou Dion;»». ( D'spièa udo ptlnlur* de Pampii.)
importanceà Rome, où son culte n'a pourtant été introduit que peDdaot la seconde guerre punique.
« Au commencement du printemps, dit Hérodien, les itomaîns célèbrent en l'honneur de la mère des dieux une fête, dans laquelle 00 porte en cérémonie devant son image tout ce que l'empereur et les
particuliers ODt de plus précieux pour la matière et pour la délicatesse tie l'art. Alors on a une liberté entière de faire toutes les folies et toutes les extravagances qui viennent dans l'esprit. On se déguise chacun à sa fantaisie ; il n'est dignité si considérable, personnage si sérieux, dont on ne puisse prendre l'air et les habillements.... Je crois qu'il ne sera pas inutile de rapporter ici l'origine de celte fête et da rechercher dans l'histoire pourquoi les Romains honorent si particulièrement la'mère des dieux. La statue de la déesse, si l'on veut croire ce que l'on en dit, vient du ciel : on n'en connaît point l'ouvrier et on est persuadé qu'aucun homme n'y a mis la main. On raconte qu'elle tomba en Phrygie, dans la ville de Pes^inuntc. Lorsque les Romains eurent jeté les fondemi'nis de cette grandeur à laquelle ils sont depuis
parvenus, ils apprirent par un oracle que leur empire se soutiendrait, et irait toujours en augmentant, s'ils faisaient venir à Rome la déesse de Pcssinunte. On députa aussitôt vers les Phrygiens; on lit valoir le degré d'alliance qui était entre eux et les Romains, qui, par Énée, tiraient d'eux leur origine, et l'on obtint sans peine ce qu'on demandait. On mit la déesse sur un vaisseau, qui, étantarrivé à l'embouchure du Tibre, fut arrêté soudain par une force invisible et insurmontable. Tous les efforts que l'on put faire et les secours qu'on employa pour le mettre en mouvement furent inutiles. On désespérait d"en venir à bout, lorsqu'une vestale, qu'on accu'<ait d'avoir violé la virginité dont elle faisait profession, et qu'on allait condamner, demanda en grâce qu'on s'en rapportât au jugement de la mère des dieux. On le lui accorde-, elle détache sa ceinture, la lie h la proue, et prie la déesse de permettre, pour confondre ses accusateurs, que le vaisseau se laissât tirer sans peine et suivit comme de lui-même, ce qui ne manqua pas
600 INSTITUTIONS AELIGIEUSES.
d'arriver, au grand étouneraent de tout le peuple, qui reconnut par ce prodige et la puissance de cette nouvelle divinité et l'innocence de la vestale. » (fig. 635).
Les diedx de l'eau. — Les Romains ne sont devenus que très tard un peuple navigateur et les souvenirs de la mer n'ont fourni aucune légende à leur mythologie, particulièrement stérile sur ce point. Neptune, le Poséidon des Grecs, avait un temple à Rome, et on faisait à Ostie des fêtes en son honneur. Mais ce dieu n'a jamais joui parmi les Romains d'une bien grande popularité, et toutes les fables qu'on rapporte sur lui sont originaires de la Grèce.
Il n'en était pas de môme des sources dont on rapportait rorigine à Fontus, fils de Janus. La nymphe Égérie a une grande importance dans les traditions romaines, et lé Tibre était souvent invoqué comme une puissante divinité. Mais les sources pas plus que les fleuves, malgré le culte qui leur était rendu, n'ont fourni à Tart aucun type spécial, et nous devons, pour ce qui les concerne, renvoyer à ce qui a été dit, à propos de ces divinités, dans le chapitre sur les dieux grecs.
Les dieux du feu. — L'élément du feu se rattache pour les Romains à deux divinités, Vulcain et Vesta. Yulcain, le même qu'Héphaistos chez les Grecs, représente la force physique du feu, force redoutable quand elle se traduit par les volcans ou les incendies, mais bienfaisante, lorsqu'on l'emploie pour l'industrie humaine. Toutefois, commiî ce dieu personnifie Tincendie, ses temples étaient toujours placés en dehors des villes ; mais il n'a jamais été bien populaire parmi les Romains, qui faisaient peu de cas de l'industrie et n'avaient pas souvent occasion d'invoquer une divinité qui s'intéresse aux artisans beaucoup plus qu'aux hommes d'État ou aux guerriers.
Vesta représente également le feu, mais le feu sacré qui brûle sur le foyer. De môme qu'en Grèce, Vesta est à Rome la déesse du foyer, en tant que centre et principe de la vie domestique, mais elle est en outre le centre de la vie politique et municipale. Dans la vieille Italie, la cité est une réunion de familles ayant chacune ses Lares ou ses Pénates, et Vesta, la reine des Lares, devient par la nature même de ses fonctions la protectrice de la ville. De là vient que le culte de cette déesse a pris à Rome un caractère en quelque sorte national, et qu'il y a acquis une importance qu'il n'avait jamais eue en Grèce. Mais si la Vesta romaine est la grande déesse du foyer, dont le feu doit toujours
LES D1E0\ DE ROME. UUl
être allumé, parce que les destioées de la ville sont attachées à sa namme, chaque maison entretient aussi une flamme sacrée sur le foyer privé en l'honneur de la déesse, qui règne sur les Pénates protecteurs de la famille.
Les larbs. — Le culte de Vesta avait des rapports étroits avec celui des Pénates ou dieux Lares, car ceux-ci semblent également représenter la flamme du foyer. Dans l'Enéide, Hector dit à Énée qu'il va lui remettre les pénates Iroyens, et c'est le feu dufoyerqu*iI lai remet.
(D'âpre aa« peinture da Pompéi.)
La croyance populaire, assez mal définie d'ailleurs, admettait généralement l'existence de diviniiés, habitant sous la terre et se manifestant par la flamme du foyer. Ces divinités étaient les Mânes.
Le terme de Mânes peut s'appliquer indistinctement à tous les morts, mais les Latins font entre eux de grandes distinctions. Ainsi les Lares sont les imes des -hommes de bien, faisant auprès des vivants l'oOice de génies protecteurs, tandis que les Larves et les Lémures sont les âmes des méchants qui errent autour des maisons, sans refuge et sans espoir. C'est de cette croyance qu'est venue la terreur qu'inspirent les revenants. Les Mânes ont été plus tard assimilés aux Génies, dont ils étaient distincts à l'origine. Aussi nous voyons souvent les dieux Lares en compagnie des serpents, qui sont l'emblème des génies protecteurs de la maison (fig. 636].
Les fêtes des Lares se célébraient dans l'intérieur des familles et n'avaient pas de caractère ofllciel. On ornait leur image d'une gra»"'»
«llï INSTITUTIONS RELIGIEOSES. .
et épaisse couronne, et souvent leurs statuettes étaient comme enfouies sous les fleurs et les feuilles. En outre, on leur faisait des offrandes qui devaient être consumées sur le feu du foyer. A Rome, quand un jeune homme prenait la toge virile, il consacrait aus dieux Lares la bulle qu'il avait portée dans son enfance.
Dans le prologue de VAululaire, de Plaute, c'est un dieu Lare qui expose lui-mâme l'intrigue de la pièce : « Ne vous demandez pas qui je suis, je vais vous le dire. C'est moi le dieu Lare de cette maison d'où vous m'avez vu sortir ; voilà bien des années que j'y demeure ; j'ai
Pig. IXS-i. ~ Diou Lhm.
D'après dd momuneot tantbce UoutA pris d» Ntmu.)
protégé le père et même l'aïeul de celui qui la possède aujourd'hui. Le grand-père m'a confié et recommandé en grand secret un trésor qu'il a enfoui au milieu du foyer, me suppliant de le lui garder. Le bonhomme est mort; mais il était d'une telle avarice, qu'il ne voulut pas révéler la cachette à son fils ; il aima mieux le livrer à la;pauvreté <|ue de lui indiquer ie trésor. Il lui laissait un petit bout de champ,~de quoi s'entretenir misérablement et en prenant beaucoup de peine. Dès que le vieillard qui m'avait confié son or eut cessé de vivre, je commençai à observer si son fils aurait pour moi plus de dévotion que le dére. Mais ce fut tout le contraire ; il dépensa de moins eu moins pour mon culte, et chaque jour retrancha quelque chose à mes honneurs.
Moi, je lui rendis la pareille et il mourut à son tour. 11 a laissé un fils, le propriétaire actuel de la maison, qui est bien tout le portrait de son père et de son aïeul. Ce fils a une fille, qui m'offre incessamment de l'encens, du vin, et autres cadeaux de ce genre ; elle me donne aussi des couronnes. Pour la récompenser, j'ai fait découvrir le trésor à Euclion, afin qu'il pût la marier plus facilement... »
Un monument, trouvé aux environs de Nîmes, est décoré d'un basrelief représentant un dieu Lare. Ce dieu a la tête récouverte par sa toge, et tient en main la patère du sacrifice (fig. 637).
Outre les Lares familiers, protecteurs de la maison, il y avait des Lares compitales ou viales, protecteurs des carrefours et des chemins. Leur culte était public et ils avaient des chapelles fort nombreuses. La fête de ces Lares publics s'appelait les Compitales ; les gens du peuple suspendaient pendant la nuit des petites poupées et d'autres objets à toutes les portes, surtout à celles qui étaient situées près des carrefours. Quand Auguste fut déifié, on ajouta son génie, c'est-à-dire son àme personnifiée, à tous les Lares des carrefours, afin que le peuple s'habituât à le considérer comme son génie tutélaire. Le culte primitif des Lares locaux se trouva désormais associé à celui des souverains. Mais le goût des apothéoses ne se borna pas là et tous les hommes illustres furent à la fin de l'empire considérés comme des Lares. Une salle spéciale, appelée Lararia, leiir fut consacrée dans le palais des riches, et chacun choisissait ses Lares selon son goût particulier. C'est ainsi qu'Alexandre Sévère put rendre hommage auxLares de son choix, et qu'il honora le Christ en même temps qu'Apollonius de Tyane, et Orphée en même temps qu'Abraham.
Les dieux de la mort. — Les Romains ne paraissent pas avoir eu sur la vie future des idées bien nettes et leurs croyances sous ce rapport ne différaient pas essentiellement de celles des Grecs. Pluton et Proserpine, qui régnent sur les ombres, ne diffèrent en rien de Hadès et Perséphone, qui remplissent la même fonction dans la mythologie grecque. Pluton, qui est le Jupiter infernal, est caractérisé par le boisseau qu'il porte sur la tôte, mais il a été complètement identifié avec Sérapis, dieu égyptien dont le nom veut dire Osiris-Apis (fig. 638 et 639). Lorsque l'empereur Julien consulta l'oracle d'Apollon pour savoir si ces deux divinités différaient, il reçut pour réponse : « Sérapis cl Pluton sont la môme divinité. » Cerbère, le chien infernal, caractérisé par ses trois têtes, apparaît auprès de ses rares statues et on le
OH l.XSTITt'TlOKS RELIGIBCSES.
trouve également dans les peiotoreB fanèbns qui décorent tes moaa-
menls éirusques.
Jupilet infitOïl où SéMpii.
Un assez grand nombre de peintures se rattachent à l'idée qu'on se
FIg. 040. . IHmani uni
faisait de la vie future. C'(
ml une ima. (D'apièa une psistn» ttnaqaa.)
it ainsi que la figure 6!iO montre des dé-
LES DIEUX DE ROME. Wi
mons enlevant une âme. Une scène peinte sur un tombeau de Tarquiniea représente le départ des âmes qui quittent la terre. Dans la bande supérieure, une àme enveloppée d'un grand voile est assise sur un char que traînent deux génies ailés, l'un blanc et l'autre noir. Derrière cette Ame, un génie blanc et sans ailes (son ange gardien, selon l'explication de H. Guignant) semble implorer un génie noir et ailé, et plus loin un autre génie, également noir et ailé, est assis à une porte et tient un marteau. Dans la bande inférieure, on voit des morts tenant eo main les instruments de la proTession qu'ils ont exercée pendant leur vie, puis une autre âme guidée par un génie ailé et qui semble la menacer de son marteau.
Les génies et les vertus. - Les Génies des Romains, comme les démons des Grecs, forment une classe d'êtres intermédiaires entre l'homme et la divinité, de même que les anges, dont la tradition se rattache aux plus anciennes croyances de l'Asie. Les Génies sont souventconsidérés comme l'âme raisonnable attachée à tout individu, et remplis-
Hg. ttl. — Sorprnli |irotect«i
sent alors le même ofQcc que nos anges gardiens. Le serpent a été de tout temps l'image Iradilionnelle du Génie (fig. 6^1), même après qu'on eut adopté la forme humaine pour caractériser le Génie propre du peuple romain. Toute réunion collective, te Sénat aussi bien que les corporations, avait son Génie.
Quoique le serpent soit la forme que revêtaient habituellement les Génies dans la croyance populaire, on voit des représentations dans lesquelles le Génie d'un individu prend la forme qu'il avait eu pendant sa vie. Ainsi le Génie des empereurs romains qu'on voit sur les représentations d'apothéoses sont de véritables portrails de ces empereurs. On voit aussi des personnages célestes, qui semblent avoir été des
INSTITUTIONS REL1G1EDSE&
oë(e8 et qui sont accompagnés d'une muse iospiralrice, quelquefois pourvue de graudes uiles, comme dans une peinture de Pompéî que reproduit la ùgaT9 6f|2,
Outre les Génies affectés aux particuliers ou aux corporadons, il y
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j. wa. — Ls poïte et ion génis. ([Vaprïa uae ptlali
I de Fompéi.)
avait dans le culie romain des divinités d'une espèce parliculière, auxquelles la mythologie n'a pas donné d'histoire, ni l'art de forme spéciale, et qui nous paraissent se nitlachcr à la famille très nombreuse, mais confuse et indéterminée, des génies : ce sont les dieux des îndxgitamenla.
'• L'ilalie, dit M, G. Boissier, avait été assez pou féconde eu iaveutions religieuses; ce mélange de peuples italiens, qui donna naissance
LES DIEUX DK HOME. a07
à Borne, fut plus pauvre encore. Rome se couteota de prendre les croyances des nations diverses dont elle était sortie, en essayant de les unir et de les accorder ensemble. Elle n'éprouva pas le besoin d'en créer de nouvelles, La seule innovation qu'on lui attribue, c'est d'avoir inscrit sur des registres appelés Indigitamenta Ia liste des dieux qui sont alTectés à chaque événement de U vie de l'homme depuis sa conception jusqu'à sa mort, et de ceux qui pourvoient à ses besoins les plus indispensables, comme la nourriture, la demeure, le vêtement. Ils y éuient rangés dans un ordre régulier, avec quelques explications sur le nom qu'ils portent et la formule des prières qu'il convient de leur adresser. Les dieux des Indigitamenta ont un caractère particulier et entièrement romain ; je ne crois pas qu'on en trouve ailleurs qui soient tout à fait semblables. Sans doute on a éprouvé dans d'au-
Pig. M3. - L> lertBUt. Pig. M4. - La pikur.
très pays le besoin de mettre les principaux actes de la vie sous la protection divine, mais d'ordinaire on choisit pour cet oDSce des dieux connus, puissants, éprouvés, afin d'être sûr que leur secours sera efficace. C'est la grande Athènè, c'est le sage Hermès qu'on invoque en Grèce, pour que l'enfant devienne habile et savant. A Rome, on a préféré des dieux spéciaux, créés pour cette circonstance même et qui n'ont pas d'autre usage : il y a celui qui f.iit pousser à l'enfant son premier cri (Valicanus), et celui qui lui fait prononcer sa première parole (FalntUnus) ; l'un et l'autre ue font pas autre chose et ne sont invoqués qu'en cette occasion. Aussi ne portent-ils en général d'aulrt; nom que celui do leurs fonctions mêmes, comme si l'on voulait fairientendre qu'ils n'ont pas d'existence réelle en dehors de l'acte auquel ils président. Leur compétence est extrêmement bornée ; l'action la plus simple donne souvent naissance à plusieurs di\inités. Quand l'enfant est sevré, il y en a une qui lui apprend à manger {fdwca), une autre qui lui apprend à boire {Polina) ; une troisième le fait tenir tranquille dans le petit lit où il repose {Cuba). Lorsqu'il commence à mar-
eos I^STlTl:TIOss religieuses.
cher, quatre déesses sont chargées de protéger ses premiers pas ; deui l'accompagnent quand il sort de la maison, deux le ramènent qnand il y rentre {Abtona et Adeona ; Iterduca et Domiduca). Les listes étaient donc interminables et les noms multipliés à l'infini. Les Pères de relise s'égayeut beaucoup de a cette populace de petits dieui con-
damnés à des emplois infimes », et les comparent à ces ouvriers qui divisent entre eux la bcsognc'pour qu'elle soit plus vite faiie. Il n'en est pas moins très-curieux de les (étudier : ce sont après tout les dieux les plus originaux de Rome. Elle n'avait pas subi encore l'iofluence souveraine de la Grèce, quand les pontifes rédigèrent les Jndigitamenta, et les débris qui nous restent de ces registres sacrés peuvent seuls nous faire connaître quelle idée les vieux Romains se Taisaient
de la divinité et de quelle façon ils entendaient le sentiment reigieux.
a Ce qui frappe d'abord, c'est de voir combien tous ces dieux sont peu vivants. On n'a pas pris la peine de leur faire une légende, ils n'ont pas d'histoire. Tout ce qu'on sait d'eux, c'est qu'il faut les prier à un certain moment et qu'ils peuvent alors rendre service. Ce moment passé, on les oublie. Ils ne possèdent pas de nom véritable; celui qu'on leur donne ne les désigne pas eux-mêmes, il indique seulement les fonctions qu'ils remplissent. »
On raconte que Tullus Hostilius, dans une bataille contre les Fidenates que les Uliens soutenaient, invoqua la Terreur et la Pâleur, leur promettant un temple si elles jetaient Teffroi dans les rangs ennemis. Six siècles plus tard, les Hostilius, qui prétendaient descendre du troisième roi de Rome, firent représenter sur des médailles les deux redoutables divinités que leur aïeul avait invoquées (fig. 6f|3 et 646).
Parmi les divinités sans histoire qui ont été honorées à Rome d'un culte spécial, il faut aussi ranger les Vertus, telles que la Ck)ncorde, la Piété, la Pudicité, la Clémence, etc. Enfin il y avait des divinités, comme la Fortune ou la Victoire, qui indiquent un état particulier de la destinée des hommes ou des peuples. Celles-ci sont assez souvent représentées sur les monuments, mais le type que l'art leur a donné appartient à la Grèce. La victoire que les Athéniens avaient représentée sans ailes, pour montrer qu'elle s'était fixée chez eux, était, comme on le pense, une divinité chère aux Romains. La plus belle statue qu'on en connaisse est la fameuse Victoire de Brescia (fig. 645), dont nous avons une copie au Louvre. "
Les dieux gaulois. — La religion des Gaulois ne nous est connue que par les écrivains latins, qui, selon l'habitude des peuples anciens, retrouvaient ou croyaient retrouver leurs dieux dans ceux qu'ils voyaient honorés par d'autres peuples. Ainsi Tentâtes, qui paraît avoir été la grande divinité des Gaulois, a été assimilé à Mercure, a Le dieu que les Gaulois honorent le plus, dit Jules César, est Mercure. 11 a un grand nombre de statues; ils le regardent comme l'inventeur de tous les arts, comme le guide des voyageurs, et comme présidant à toutessortes de gains et de commerce. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve, lis ont do ces divinités à peu près h môme idée que les autres nations. Apollon guérit les maladies ; Minerve enseigne les éléments de l'industrie et des arts; Jupiter tient l'empire du ciel. Mars 1 V. 77
celui de la guerre ; c'est à lui, quand ils ont résolu de combattre, qu'ils font vœu d'ordinaire de consacrer les dépouilles de l'ennemi. Ils lui sacrifient ce qui leur reste du bétail qu'ils ont pris, le surplus du butin est placé dans un dépôt public ; et on peut voir, en beaucoup de villes, ces monceaux de dépouilles, entassées en des lieux consacrés. » « Une croyance que les Druides cherchent surtout à établir, c'est que les âmes ne périssent point, et qu'après la mort elles passent d'un corps dans un autre, croyance qui leur paraît singulièrement propre à inspirer le courage, en éloignant la crainte de la mort. Le mouvement des astres, l'immensité de l'univers, la grandeur de la terre, la nature des choses, la force et le pouvoir des dieux immortels, tels sont les sujets de leurs discussions; ils les transmettent à la jeunesse. » (t Toute la nation gauloise est très-superstitieuse; aussi ceux qui . sont attaqués de maladies graves, ceux qui vivent au milieu de la guerre et des dangers, ou immolent des victimes humaines, ou font vœu d'en immoler, et ont recours pour ces sacrifices au ministère des Druides. Ils pensent que la vie d'un homme est nécessaire pour racheter celle d'un homme, et que les dieux immortels ne peuvent être apaisés qu'à ce prix ; ils ont même institué des sacrifices publics de ce genre. Ils ont quelquefois des mannequins d'une grandeur immense et tissus en osier, dont ils remplissent l'intérieur d'hommes vivants ; ils y mettent le feu et font expirer leurs victimes dans les flammes. Ils pensent que le supplice de ceux qui sont convaincus de vol, de brigandage ou de quelque autre délit, est plus agréable aux dieux immortels ; mais quand ces hommes leur font défaut, ils se rabattent sur les innocents. »
(c Les Druides, ministres des choses divines, sont chargés des sacrifices publics et particuliers, et sont les interprètes des doctrines religieuses. Le désir de s'instruire attire auprès d'eux un grand nombre de jeunes gens qui les ont en grand honneur. Les Druides connaissent de presque toutes les contestations publiques et privées. Si quelque crime a été commis, si un meurtre a eu lieu, s'il s'élève un débat sur un héritage ou sur des limites, ce sont eux qui statuent; ils dispensent les récompenses et les peines. Si un particulier ou un homme public ne défère point à leur décision, ils lui interdisent les sacrifices; c'est chez eux la punition la plus grave. Ceux qui encourent cette interdiction sont mis au rang des impies et des criminels, tout le monde s'éloigne d'eux, fuit leur abord et leur entretien et craint la contagion du mal dont ils sont frappés. Tout accès en justice leur est refusé et ils
n'ont part à aucun honneur. Tuus ces Druides n'ont qu'un seul chef, dont l'auloriié est sans bornes. A sa mort, le plus éminent en dignité lui succède; ou, si plusieurs ont des titres égaux, l'élection a lieu par le suffrage des Druides, et la place est quelquefois disputée par les armes. A une certaine époque de l'année, ils s'assemblent dans un lieu consacré sur la frontière du pays des Carnutes, qui passe pour le point central de toute la Gaule. Là se rendent de toutes parts ceux qui ont des différends, et ils obéissent aux jugements et aux décisions des Druides. On croit que leur doctrine a pns naissance dans la Bretagne, et qu'elle fut de la transportée dans la Gaule , et aujourd'hui ceux qui
4e — Lbi dopi (UiuJedeLr
veulent en avoir une connaissance plus approfondie vont ordinairement dans cetle Ile pour s'y instruire.
« Les Druides ne vont point à la.guerre et ne payent aucun des tributs imposés aux autres Gaulois ; ils sont exempts du service militaire et de toute espèce de charges. Séduits par de si grands privilèges, beaucoup de Gaulois viennent auprès d'eux de leurpropre mouvement, ou y sont envoyés par leurs parents et leurs proches. Là, dit-on, ils apprennent un grand nombre de vers, et il en est qui passent vingt années dans cet apprentissage. 11 n'est pas permis de confier ces vers à l'écriture, tan.lis que, dans ta.p'upart des autres affaires publiques et privées, ils se servent des lettres grecques. Il y a, ce me semble, deux raisons de cet usage ; l'une est d'empôchor que leur science ne se répande dans le vulgaire ; et l'autre que leurs disciples, se reposant sur l'écriture, ne négligent leur mémoire : car il arrive presque toujours
que le secoars des livres fait que Ton s'applique moins à apprendre par cœur et à exercer sa mémoire. » p
Les Gaulois ne nous ont pas laissé de statues de leurs divinités, et le peu de monuments qu'on connaît date de Tépoque romaine. La figure 6it6 représente les déesses mères, divinités assez obscures, mais dont le culte devait être assez répandu, puisqu'on en a trouvé plusieurs représentations. Ce sont trois figures assises : le personnage central tient une patère et une corne d'abondance.
Le SàCCRDOCE. — Les autels et les cstexsiles du colte. Les sacrifices. — Les présages. — La traxsformatio?i chrétie.we
Le sacerdoce. — Le sacerdoce n'a jamais eu en Grèce l'importance que nous lui avons vue en Égvple ni celle qu'il a eue plus tard à Rome. Les prêtres ne composaient point un ordre distinct relevant d'un chef particulier. La dignité de grand pontife, qui à Rome fut si considérable, était inconnue des Grecs. Les prêtres étaient, chacun séparément, attachés aux différents temples, sans constituer un clei^é. Ils n'exerçaient aucune juridiction, et bien qu'ils fussent extrêmement honorés, leur pouvoir ne s'étendait pas au delà des cérémonies du temple dont ils étaient les régulateurs. S'ils n'avaient aucun pouvoir spécial dans Tordre politique, ils n'étaient pas davantage chargés de l'enseignement de la morale, qui était regardée comme absolument indépendante des questions religieuses. Aussi on ne voit en Grèce rien qui ressemble à nos guerres religieuses, et les philosophes, qui ont souvent attaqué les croyances religieuses, n'ont jamais été les adversaires des prêtres, qui étaient seuls en possession des rites, mais qui n'avaient aucun pouvoir en dehors du temple où ils régnaient en souverains.
LES PRATIQUES DU CULTE. fil3
Dans les priocipaux temples il y avait un grand prêtre, qui était le chef hiérarchique de toutes les personnes attachées au service du (emple, et qui était toujours un personnage très-considéré. La personne des prêtres était sacrée et inviolable, et ils appartenaient généralement aux premières familles de la cité.
La figure 6I|7 représente un prêtre étrusque; nous ne savons presque rien de l'organisation religieuse de ce' peuple auquel les Ro-
mains paraissent avoir emprunté la plupart des rites qui distinguent leur culte. Il est en effet bien probable que Numa, qui est regardé comme l'organisaieur de ces riles, et qui passait pour recevoir directement ses inspirations de la nymphe Égérie, n'a fait que transmettre aux Romains encore grossiers les coutumes et les cérémonies depuis longtemps en usage chez les Étrusiques, qui étaient beaucoup plus civilisés. Ce n'est assurément pas chez les Grecs qu'il faut chercher l'origine du caractère si eictusivement politique du sacerdoce romain, car à Rome la religion et l'État ne font qu'une seule cl même chose.
tt La religion romaine, dit M. Gaston Boissier, a été soumise à TÉtat, ou plutôt elle s'est confondue avec lui. Ce qui certainement a le plus aidé à ce résultat, c'est la manière dont se recrutaient les sacerdoces. a Nos dieux, dit Cicéron, n'ont jamais été plus sages ni mieux inspirés (( des dieux que lorsqu'ils ont décidé que les mêmes personnes préside- « raient à la religion et gouverneraient la république. C'est par ce moyen « que magistrats et pontifes, remplissant leurs charges avec sagesse, a s'entendent ensemble pour sauver PKtat. » A Rome, les dignités religieuses n'étaient pas séparées des fonctions politiques, et il n'y avait rien d'incompatible entre elles. On devenait au^re ou pontife en même temps que préteur ou consul, et pour les mêmes motifs. Personne ne demandait à ceux qui voulaient Têtre des connaissances spéciales ou des dispositions particulières ; il suffisait, pour arriver à ces charges comme aux autres, d'avoir servi son pays dans les assemblées délibérantes ou sur les champs de bataille. Ceux qui les obtenaient ne prenaient pas en les exerçant cet esprit étroit et exclusif qui est ordinaire aux castes sacerdotales ; ils continuaient à être mêlés au monde, ils siégeaient au sénat en même temps que dans ces grands collèges de prêtres dont ils faisaient partie ; leurs fonctions nouvelles, loin de les enlever au gouvernement de leur pays, leur donnaient plus de droit d'y prendre part. Ces soldats, ces politiques, ces hommes d'affaires, appliquaient aux choses religieuses ce bon sens froid et pratique qui les distinguait dans tout le reste. C'est grâce à eux qu'un large courant laïque circula toujours dans la religion romaine, que pendant toute la durée de la république et de Tempire aucun conflit ne s'est élevé entre elle et TÉtat, et que le gouvernement de Rome, malgré toutes ces démonstrations de piété dont il est prodigue, n'a jamais été menacé de devenir une théocratie. »
Les fonctions religieuses, d'ailleurs, étaient de différentes sortes; il y avait des prêtres chargés du culte de tous les dieux, et d'autres, qui étaient attachés au service particulier d'une divinité. On attribue à Numa l'institution des pontifes, ou prêtres de tous les dieux, car sui- ^ant Tite-Live, il n'y avait au temps de Romulus, ni pontifes, ni augures.
Il y avait à Rome plusieurs pontifes dont l'ensemble formait ce qu'on a appelé le collège des pontifes. Mais le nombre des prêtres qui le composait a varié suivant les époques. Sous Numa il y avait seulement quatre pontifes, tons pris parmi les patriciens, mais plus tard on en ajouta quelques-uns qui étaient plébéiens. Quand Sylla fut dicta-
leur, il porla leur nombre à quinze, dont huit étaient appelés sraoda pontifes et sept petits pontifes. Mais ils oe fonnaieni ensemble qu'un seul collège, dont le chef était le souverain pontife. L'habillement do ces mag;i3trats était la robe préiexte et leur personne était sacrée. Les pontiTes avaient le pas sur les autres magistrats ; ils réglaient tout ce qui concerne le culte et les cérémonies, recevaient les vestales, fai-
saient la dédicace dus temples, offraient les sacrifices, jugeaient de l'autorité des livres renfermant des oracles, et présidaient h. tous les jeux donnés en faveur des divinités. Auguste prit le titre de souverain ponlife et les empereurs romains imiliirent son exemple. Le souverain pontife, d'accord avec son collège, devait régler l'aimée et le calendrier et indiquer les jours fastes et néfastes, ce qui avait une grande influence sur les affaires publiques.
On attribue à Numa l'institution des flamines : les trois principaux étaient le flaœine dial, prêtre de Jupiter, le flamïne martial, prêtre
[Ais.Ras
KBnuT; Dï rs IJaniiiit^ ninffir^ i jesiosni^ Tur^f. i case des cultes
\j-A flamioes portaient une coiffure particulière ooiomée a/wxj'qui HCi composait d'un casque surmonié d'un petit cône allongé, entouré d*UDC houppe de laine. Il leur était défendu d« soriir tête nue, et.
comme en été le casque edt été trop lourd, on le remplaçait quelquefois par une coifTiire analogue, mais plus légère (fig. 650).
Le flamioe dial avait la supériorité sur les autres, et les flamines majeurs, ceux dnot l'inslitutioa remontait à Numa, occupaient UD.rang beaucoup plus élevé que ceux qui furent institués postérieurement.
On donnait le nom de Saliens à douze prêtres de Mars, auxquels étaient conûés les ancilia ou boucliers sacrés. Le costume du prêtre salien est une tunique brodée, serrée autour de la taille par une cein-
{D'aplèl
turc en bronze, et par-dessus laquelle est un manteau appelé trabea. Ces prôlres portent une courte épée suspendue au côté, et une baguette avec laquelle ils frappaient sur les boucliers sacrés que leurs serviteurs portaient à travers la ville, suspendus à des perches {fig, Oîi9).
Il y avait encore daulres catégories de prêtres, comme les Augures dont nous parlerons bientôt, les Curions, qui étaient affectés au service religieux d'un quartier ou d'une corporation, etc. Mais ceux que nous avons nommé précédemment étaient les plus importants, >
Les fonctionnaires préposés à ia surveillance des temples étaient des personnages fort honorés, et qui se reconnaissaient ii des insignes particuliers ; celui [qm est représenté sur la figure 651 est pris dans un bas-relief qui est à Dresde. L'insigne qu'il porte est ud balai de
ui r-ist-. 'iil:!!^ le = ytrannagR i'*£ Mn-inÉ-m^ir -tvV fan «kmes
Ike et leur place devait être assez lucrative, car elle était fort recheicliùc.
On donnait le nom de Camilles k des jeunes garçons qui occupaient dan» les rites sacrés des païens un rôle analogue a celai des enfants de clia?ur dans nos égliâes. Ces enfants, qui dévident être de bonne ramilli: el bien faits corporellement, a^istaient les prêtres dans toutes k'U cérémonies. Ils portaient des cheveux longs et flotlanta et étaieal Kéuéralemenl vôtus d'une robe à grandes manclies, comme on le voit Hur 1,1 fiijurc G53, qui représente un Camille d'après une miniature
du Virgile du Vatican. Toutefois cet usage qui, vers la fin de Tempire, devint très-général, n'était peut-être pas très-ancien, car une statuette plus ancienne nous fait voir un Camille portant simplement la tunique habituelle aux jeunes gens (fig. 652). Celui-ci, qui a les bras nus, porte à la main gauche un aspersoir et dans la droite la situla, ou seau, contenant l'eau nécessaire à la cérémonie.
L'origine des Vestales, dont l'institution à Home remonte à Numa, parait originaire de la ville d'Âlbe, puisque suivant la tradition, Rhéa Sylvia, mère de Romulus et Rémus, était une Vestale. Leur mission était d'entretenir sans interruption le feu sacré qui brûlait perpétuellement dans le temple de Vesta, d'observer les rites religieux de la déesse, et de conserver les gages secrets des destinées de Rome, c'est-à-dire le Palladium ou les pénates du peuple romain. Les Vestales faisaient vœu de virginité pendant tout le temps qu'elles seraient au service de la déesse, c'est-à-dire pendant trente ans. [Les dix premières années étaient consacrées à apprendre ce service, les dix suivantes à Texercer, et les dix dernières à l'enseigner aux nouvelles venues. Pour entrer dans le collège des Vestales il fallait être exempte de tout défaut de conformation, appartenir à une famille libre et avoir ses parents vivants au moment où l'on entrait. Les novices étaient choisies par le grand pontife parmi les jeunes filles qui lui étaient présentées comme ayant toutes les qualités requises. Si une Vestale avait laissé éteindre le feu sacré près duquel elle était chargée de veiller, elle était sévèrement punie, car on voyait là un présage funeste pour la république, et ce n'est qu'après des cérémonies expiatoires qu'on le rallumait : encore n'était-ce pas en s'aidant de feu ordinaire, ce qui n'aurait pas été considéré comme assez pur, mais avec des rayons solaires concentrés sur certaines feuilles desséchées. La chasteté des Vestales, emblème de la chasteté de la déesse, devait être rigoureusement observée sous peine de mort. Quand le crime était démontré et la Vestale condamnée, on la plaçait toute vivante dans un cercueil et on conviait à ses funérailles tous ses parents et amis : arrivé près de la fosse mortuaire, on l'y faisait descendre, après Tavoir recouverte d'un long voile et on bouchait la fosse avec de la terre. Ce supplice a été exécuté dix-huit fois depuis le règne de Numa jusqu'à celui de Théodose, c'est-à-dire pendant plus de mille ans (fig. 654).
Quelquefois un miracle prouvait l'innocence d'une prêtresse injustement accusée. C'est ainsi que la vestale Tuccia prouva son innocence en emplissant un crible d'eau qui ne s'écoula point, et la vestale
620 1^ST1TUI1U^S HbLlUIEVSES.
Claudia en traînant à elle seule sur le Tibre un vaisseau qui portait la statue de Cybèle, et qtii élait ai fortement engravé que nulle force humaine ne parvenait à le faire mouvoir.
En revanche les Vestales jouissaient de très grandes prérogatives. Toujours précédées d'un licteur et portées dans des litières spéciales.
Pig. S55. — VMUlm lUTiflanl.
elles recevaient les hommages de toute la population. Les magistrats les plus élevés leur cédaient le pas et faisaient baisser devant elles les faisceaux de leurs licteurs : si sur leur chemin elles rencontraient ua condamné à mort, il était gracié par ce seul fait.
Un médaillon de Lucille, femme de Lucius Verus, nous 'montre six Vestales sacriCant sur un auto] allumé, devant un petit temple rond avec la statue de Vesta 'placée à l'entrée et en dehors du temple, (ûg. 655).
Les auieis et ies ustensiles du culte. — Les premiers autels que les Grecs ont élevés étaient simplement des tertres de gazon ou de pierres grossièrement assemblées qu'on élevait devant l'image d'une divinité à laquelle on voulait oITrir des sacrifices. Ces sanctuaires primitifs étaient habituellement placés près d'un arbre ou d'une source h laquelle on prétait un caractère sacré. Avant les développements de l'architecture ils tenaient lieu de temples et tant que le paganisme a duré, la population des campagnes a continué à y venir faire ses dévotions. Sur une peinture de Pompèi, on voit un arbre sacré entouré d'un putéal ou margelle de puits formant un espèce d'enclos, près duquel s'élève une petite chapelle.
A l'époque du grand développement de l'art, les autels furent des petits édifices ronds ou carrés, qui ne diffèrent des monuments funè-
LES PRATIQL'I^S DU COLTE. 631
bres de même forme que parce qu'ils ont dans leur partie supérieure des ouvertures destinées au feu du sacrifice (Gg. 656-657). La sculpture adopta comme motifs de décoration les objets que la piété des fidèles avait coutume de déposer sur l'autel. C'est ainsi que les bucrânes, c'est-à-dire la tête des animaux qu'on avait immolés et dépouillés de leur peau, les bandelettes sacrées qui avaient servi au sacrifice, les guirlandes de fleura ou de feuillages, où les fioles contenant les parfums
devinrent le motif ornemental do toutes les décorations d'autels, chez les Romains aussi bien que chez les Grecs (fig. 658-659^60). Quelquefois la décoration représente les attributs de la divinité spéciale à laquelle l'autel est consacré, mais il y a beaucoup d'autels aussi dont a décoration est mixte parce qu'ils sont dédiés à plusieurs divinités. Les sacrifices sanglants se faisaient toujours en dehors des temples. Une fumée de bonne odeur devait toujours se mêler aux sacrifices et c'est pour cela qu'on mettait des parfums sur la flamme sacrée. C'est pour qu'elle monte plus facilement vers le ciel |que l'autel n'csl pas
1NST1T13T10.NS RELIGIEUSES.
placé dans )e temple même, comme dans les églises cbréliennes, mais en avant du sanctuaire qui renferme la statue du dieu.
L autel avait auï jeux des Ûdeles un caractère sacré. De là l'usage
d'aller embrasser l'autel dans un cas de péril imminent, usage auquel
nous devons un assez grand oombre de reprëseotations d'un caractère en gânéral très-archaïque. C'est ainsi que nous voyOD» Hénélas, aacé à la poursuite d'Hélène, jeter son épée pour ne pas être tenté de souiller l'autel par le sang de l'épouse coupable (fig. 661).
Les attributs des divinités auxquelles le temple était dédié fai-
salent naturellement le motif principal de la décoration des candélabres. Nous avons au Louvre deuK magnifiques candélabres en marbre pentélique, où l'emblème d'Apollon et de Bacchus, auxquels ils sont dédiés, est parfuitemenl apparent.
Le Q" 662 porte en elTct tous les attributs d'Apollon et Diane, divinités dont le culte était presque toujours associé. Un buste d'Apollon radié, et une tête de Diane surmontée du croissant de la lune, apparaissent sur le piédestal dont les angles sont ornés de tète de griffon,
an INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
animal consacré à Apolloa. Le taureau figure également sur une des faces du piédestal, étant considéré comme un emblème de la lune. Le fût est décoré de plusieurs zones de feuillages, les uns profondément découpés, les autres larges et unis. L'autel qui sert de base est séparé de la plinthe par des pieds de griffons sortant d'une belle masse de feuilles d'acantbe.
Le candélabre de Bacchus n'est pas moins richement décoré que le premier. Des tôtes de bélier, animal consacré à Bacchus, décorent l'autel qui lui sert de support. Sur les parois de cet autel on voit une couronne, une lyre, et sur la troisième face une patôre et uu préféri-
Fig- 661. — lléDébi pounuinot Hélène ID'apièi u
cule liés eosemble par une bandelette. Bien que les pieds de cet autel soient un peu écrasés, sa forme générale est plus élégante que celle du précédent. Le fCiC est également enrichi de feuilles et une rangée de têtes en demi-relief surmontées de feuilles d'acanthe supportent la coupe supérieure d'où s'échappe la flamme {fig. 663).
La ligure 664 représente un superbe candélabre en marbre, qui .parait provenir d'un temple et qui a été découvert près do Naples. La base, supportée par des pattes de lions et des feuilles d'acanthe, est décorée de figures en relief et le fût, dont l'ornementalion est riche et variée, est surmonté d'une belle coupe. Dans la figure 065, la base est formé par des bucrânes et des pieds de bœufs sortant de larges feuilles et la coupe qui termine la partie supérieure du candélabre est d'une grande élégance de forme. Malheureusement le fût présente une ^^rtaiae monotonie, à cause des zones qui le divisent en parties à peu
prés égales et dea feuillages qui, bien qu'alternés, se répèlenl d'um façon un peu uniforme.
reproduit figure 666. L'autel repose sur des iioDS aités, mais ce qui
donne à ce candélabre un caractère tout à fait spécial, ce sont les oiseaux à loog cou qui décorent les augles. Les oniemeDls ae portent
d'ailleurs aucun emblème qui puisse montrer à quelle divinité le candélabre était consacré.
Fig. «M.
Il y avait aussi de larges candélabres qui étaient fort bas, comme celui que nous montre la figure 6G7. Ceux-ci étaient destinés à porter de grandes flammes, cardans les cérémonies religieuses de l'antiquité, la llamme avait toujours une grande importance, parce qu'elle était
6» 1NST1TUT10:<3 RELIGIEUSES.
sacrée. Souvent aussi les lampadaires avaient pour bases des sortes de trépieds comme celui que montre la figure 668.
Les grands sièges d'allure monumentale qui étaient placés dans les édifices religieux portaieut généralement dans les ornements de leur
F g GOT — LaDdélibn
décoration les attributs de la divinité à laquelle ils étaient consacrés. Ainsi les llambeaux qui décorent les angles du siège qui est représenté sur la figure 669 sont des attributs de Cér^s, à qui il était probablement consacré.
Les principaux ustensiles employés dans les sacrifices sont figurés dans une frise aniique que nous reproduisons en plusieurs parties. La figure 670 nous montre d'abord, en commençant par la gauche, un
thymaterion : c'est un petit vase dans lequel on brûlait r«Dcens eal'honneur des dieux. Il est surmonté d'un fleuroD creux formant couvercle et destiné à contenir le parfum. Dans la frise que nous reproduisons, le ihymaterion est nccoin]>agné d'une branche de laurier, arbre sacré qui, de même que la verveine, servait aux puriflca^ons. On brûlait quelquefois la branche de laurier, et on tirait des pronostics, stiivant la manière dont elle se consumait.
Nous voyons ensuite un bucrâne, c'esi-à-dire la tête décharnée d'un bceuf : ses cornes sont ornées des bandelettes du sacrifice. Dans les
temps primitifs, quand on avait sacriTié un bœuf, on accrochait sa tête sur les temples, afin de perpétuer le souvenir du sacrifice, et on ornait ses cornes de bandelettes. Dans les grandes cérémonies, on plaçait des guirlandes de fruits on de fieurs qui allaient d'une tête à l'autre : on en voit reproduites sur une foule de monuments funèbres et sur les frises des temples.
Le petit vase qui vient ensuite est un prfféricule, c'esl-à-dire un vase destiné à contenir la libjtiou. Sa forme n'est pas toujours la même et il a quelquefois deux anses.
Le dernier objet qu'on voit dans la même figure est l'étui dans lequel on resserrait les couteaux destinés à égorger ou à dépecer la victime. Le sacrificateur l'attachait à sa ceinture au moyen de courroies
qui passaient à travers un anneau. Cet étui était en bois recouvert de cuir et souvent orné de métaux précieux.
Le premier objet que nous montre la figure 671 est la patire dan»
laquelle ou recevait le sang de la victime : cUe est ici accompagnée de la hache du sacrifice .
Le simpulum, qui vient après la patére, était un petit vase pourvu d'un manche allongé; on s'en servait dans les cérémonies religieuses, pour puiser le vin. Derrière le simpulum, on voit un maillet, masse pesante avec laquelle on assommait certaines victimes, au lieu de se servir du couteau.
Le large couteau à manche en tôte d'aigle, qui vient après le s
Fig. 670. — iDilmmenti do ucrïBce.
pulum, est la dolabra, dont on se servait pour découper la victime. Le
PIg. 1171. — Initiumenli du HCiiGco.
couteau qui Eervait à l'égorger s'appelait secespila et le couteau avec lequel on l'écorchait était le culter excoriatorivs.
Fig. S71. — IwtiumeiiU du (uiiSco.
Après le couteau à découper, 'nous voyons'.roJ/jerÈfîi/Bm.qui servait à asperger lesassistants avecde l'eau lusirale. Ci st un manche à pied four-
039 INSTlTUTIO.fS REL1G[EL'SES.
chu et termiaé par uue touRe de crins. Le manche était quelquefois en métal, mais le plus souvent un se servait du pied môme d'un animal, comme nous le faisons encore quelquefois pour les manches de nos couteaux ou de nos fouets.
La petite boite que nous voyons en dernier lieu sur cette figure est Vactrra, cassette à parfums employée dans les sacrifices. Ces cassettes
étaient en métal ou en bois précieux ornï d'or, d'argent ou d'ivoire. Les peintures antiques les montrent souvent entre les mains des camilles, jeunes desservants des autels.
Le premier objet qui est représenté sur la figure 672 est Fapex,
sorte de bonnet aa laine qui serrait la tête et se nouait sous 1c menton. C'était la coiffure des pontifes : elle lirait son nom d'une touffe de laine blanche qui garnissait le haut de la tête, mais qui n'est pas apparente
Apràs l'apex, nous reirouvons le bacràne dont nous avons déjà parlé, et en dernier lieu b neaii de \n viclimo qu'on a «jacrifiée. Celte peau
Fig. H'iii. — T*blc de aKria.'e su brooip.
était employée dans certains rites religieux : c'est en s'endormant sur elle qu'on obtenait des dieux, par le moyen des songes, la connaissance de l'avenir.
On avait pour les libations des coupes de formes différentes. Chez les Grecs, les libations les plus ordinaires se faisaient avec du vin,
mais dans les temples on n'employait pas la liqueur de grappes coupées avec un instrument, ou qui auraient touché la terre en tombant. Dans VOdyssèe, Ulysse honore les divinités infernales par trois libations successives de miel, de vin sans mélange, et d'eau pure. Jamais, dans les libations, Teau n'était mêlée avec le vin. On faisait aussi quelquefois des libations d'huile. Quand on faisait une libation, on prenait grand soin que la coupe fût remplie jusqu'au bord.
Il ne faut pas confondre les coupes à libations, destinées à contenir (lu vin ou de Thuile, avec les patères, où Ton recueillait le sang des
Fi^. 6T7.
Pig. 6-8.
Bottes à parfums.
victimes immolées dans les sacriflces. La patère a la forme d'un plat ou d'une assiette pourvue d'un manche. Les figures 673 et 674 représentent des patères en bronze découvertes à Pompéi.
La chair des victimes, ou les fruits offerts en sacrifice, lorsqu'ils n'étaient pas sur Tautel, étaient déposés sur des tables à offrande dont on voit deux spécimens en bronze sur les figures 675 et 676.
L'encens et les aromates faisaient également partie des sacrifices et il fallait nécessairement des ustensiles particuliers pour les resserrer ou pour les faire brûler. On a retrouvé plusieurs boîtes à encens en bronze (fig. 677 à 680), elles sont généralement caractérisées par une petite chaînette qui est reliée par des anneaux au couvercle et au
corps même de la boîte. Ces boîtes à parfums s'employaient à peu près comme on fait aujourd'hui pour les encensoirs dans les églises catho-
Fig. 679. — Boite à encens.
liques. A l'aide de la chaînette à laquelle elles étaient suspendues, on
Fig. 680. — Botte à encens.
pouvait les balancer pour répandre la vapeur odorante de Tencens en combustion.
636 INSTITUTIONS RELIGIECSES.
Quelquefois aussi, on se cootenuit de jeter les grains d'encens dans la flamme qui brûlait sur l'autel. Eafia il y avait, notamment chez les Étrusques, des brûle-parfums d'une forme toute particulière, comme celui qui est représenté sur la figure 681 -682. Il est pourvu de roulettes qui permettaient de le faire circuler pour répandre en divers endroits la vapeur des aromates qu'on y brûlait.
Fig. 6B1. — Brùlf-pirfuait.
Les purifications étaient nécessaires pour l'admission aux sacrifices sotennels, el on exigeait des prêtres un serment par lequel ils se déclaraient déllvrésde toute souillure. Los assistants se purifiaient par des
Fig. eSi. — Dtûlc-parfunia.
ablutions, et il y avait toujours à l'entrée des lieux sacrés un vase placé à cet effet et contenant de l'eau consacrée, c'est-à-dire dans laquelle on avait plongé un brandon pris sur l'autel. Ces ablutions étaient de différentes sortes; l'ablution des pieds et des mains était la plus ordinaire. Quelquefois aussi le prêtre ou un desservant du temple faisait une uspersion, mais dans les grandes solennités la purificalioa par l'eau consacrée devait s'étendre au corps tout entier. I>es vases
pourvus de deux anses mobiles que nous reproduisons sur les figures Gâ3 à 685 paraissent avoir eu une destination sacrée. 11 est probable qu'ils contenaient l'eau destinée aux purifications.
il 7 avait aussi des vases en marbre, en bronze ou en terre cuite, qui avaient la forme d'un cratère. Ils avaient dans les festins qui accompagnaient souvent les cérémonies religieuses la même d&itî-
uation que les récipients du même genre ^dans les repas ordinaires. L'usage des banquets qui avaient lieu en môme temps que les sacrifices, et où les convives étaient [appelés à prendre leur part dans la chair des victimes et aux mets des libations, sufGt pour expliquer la présence dans les temples et dans le trésor qui en dépendait d'une multitude de vases cl de coupes dont la forme ne diffère pas de ceux dont on se servait dans la vie intime.
Les armées emportaient avec^elles quelques-uns de ces vases sacrés, qui étaient employés pour les cérémonies religieuses qui s'accomplis-
saient pendant la durée de la campagne. Il est probable qu'on peut attribuer cette origine aux beaux vases d'argent découverts près de Hildeslieim, car ils portent presque tous des emblèmes religieux. Celui que reproduit la figure 686 est particulièrement riche par les arabesques qui le décorent et les griffons qui sont à sa base peuvent faire supposer qu'il était consacré à Apollon. Il est probable au surplus que
Pig. tBi. — Va» A mm
les vases qui compasent le trésor de Hildesheiin ont fait partie du butin de quelque armée barbare, puisque l'endroit ou ils ont été trouvés n'a jamais fait partie du territoire occupé par les Homains.
Tous ces vases de l'époque romaine témoignent en général d'un très grand luxe, qui répond à une époque de scepticisme et de transformation religieuse, et n'est nullement une marque de piété. Dans les ùgos primitifs qui furent les plus religieux, il y avait, il est vrai, quelques sanctuaires très richement dotés et possédant un mobîbilier somptueux, mais dans tous les petits temples et surtout dans les
chapelles rustiques, on employait pour les usages sacrés des vases de bronze et même des vases de terre.
Quelques-uns de ces ustensiles communs prirent à cause de leur antiquité un caraclôre sacré aux yeux des populaliens, et de même que dans les églises chrétiennes on voit des reliques sans valeur à côté des plus riches trésors de l'orfèvrerie, les temples, même au temps de leur plus grande splendeur, conservèrent toujours avec un pieux respect les ustensiles dont on s'était servi primitivement, et malgré la pauvreté de leur aspect, ces vieux vases étaient souvent ceux auxquels la population attachait le plus grand prix.
Fig «SB
Les sacrifices. — Les sacrifices formaient la partie la plus importante du culte chez les Grecs et chez les Romains. On distinguait les sacrilices publics ou faits au nom de la cité et les sacrifices particuliers, faits au nom d'une famille ou d'un citoyen qui voulait rendre hommage aux dieux. Enfin il y avait des sacrifices offerts par un chef de famille à ses dieux âomesttqass ou à ses pénates : ceux-ci
etO INSTITUTIONS RELIGIEUSES.
ne se faisaient pas dans les temples ou daos les chapelles ouvertes au public, mais dans la maisan et devant le foyer. On sacrifiait aux dieux des objets inanimés, comme les fruits de la terre, du lait, du via ou de l'encens, ou bien on leur immolait des animaun, ou même des hommes, dans les temps les plus reculés.
Les récits relatifs aux funérailes de Patrocle, au 'sacrifice d'Iphigénie ou de Polyxène, bien qu'appartenant à la mythologie plutôt qu'à l'histoire, prouvent au moins que les faits dont il s'agit étaient conformes aux usages ou aux idées reçues dans les temps héroïques.
Pig. esi. — SwriËco humaio.
(D'ipiii une pcintsia Alnuque.)
Les sacrifices humains sont assez fréquemment représentés sur les monuments étrusques.
Une peinture des hypogées de Vulci montre Achille immolant des captifs aux mânes de Patrocle (Og. 687). « Cette scène de meurtre, dit Duruy, répondait si bien aux mœurs des Étrusques que, voulant représenter un épisode de l'Iliade, ils ont choisi le seul récit de cette nature qui se trouve dans Homère. Quantité de témoignages des auteurs anciens et ceux qu'ils ont lais.séseux-mémes sur leurs monuments, attestent ce caractère odieux de la société étrusque. Macrobe dit que Tarquin faisait immoler des enfants à la déesse Marna, mère des Lares. »
La légende de Tantale et celle de Lycaon, punis pour avoir servi de
ta chair humaino sur la table des dieux, ressemblçat à une protestation du sentiment populaire contre l'usage des sacrifices humains. Cécrops et tous les législateurs mythiques, auxquels les Grecs attribuaient l'origine des cérémonies de leurs cultes, avaient, suivant la croyance populaire, ordonné d'offrir auxdleux des fruits delà terre ou de leur immoler ■des animaux.
Les sacrifices des premiers âges consistaient surtout en fruits, en racines et en glands. A ces rustiques offrandes on ajouta plus tard do l'encens et des parfums. Avant le sacrifice on couvrait l'autel do glkieaux d'orge, parce que l'orge passait pour la première graine que
les Grecs employèrent à leur nourriture quand ils eurent renoncé à l'usage du gland. On sacrifiait aussi des animaux qui étaient en rapport soit avec celui qui offrait le sacrifice, soit avec la divinité à laquelle on l'offrait. Ainsi le berger sacrifiait plus volontiers un agneau, le bouvier une génisse, le pécheur une anguille. Mais toutes les fois que la chose était possible on cherchait à satisfaire la divinité en consultant ses préférences.
On savait, par exemple, que Jupiter aimait les taureaux blancs; Junon les génisses, les vaches, les brebis et les agneaux femelles: Cybèle les truies pleines ; Cérès le verrat où cochon mâle parce qu'il gâte les moissons 1 Bacchus le bouc ennemi do la vigne. On offrait un cheval au soleil, une biche à Diane, une chienne à Hécate, une
colombe à Véous, etc. Les victimes oftertes aux dieux infeiiiaux devaient être noires.
La figure €88 reproduii, d'après une peinture de vase, un trôs anctea autel de pierres brutes, sur lequel brûle la flamme sacrée du sacrifice. La divinité à laquelle on va offrir le sacrifice est une trèsancienne idole de style archaïque. Une figure ailée placée près de l'autel semble présider à la cérémonie. A gauche on voit le prêtre cou-
(D'iprii une ppinluio do Pompai )
ronné de lauriers, qui se retourne pour parler à un jeune guerrier, qui conduit un taureau orné de ses bandelettes.
Un sacrifice est représenté sur la figure 689. Une victoire ailée, tenant un casque d'or surmonté d'un panache rouge, fait une libation sur un autel d'où s'approche un enfant ailé, qui conduit un agneau au sacrifice. Un autre enfant ailé tient un tableau, placé contre une petite chapelle et en face de l'autel : ce tableau représente Pallas tuant un géant. C'est donc à celte divinité que la Victoire oftre un sacrifice. La petite chapelle est entourée d'arbres.
Les Grecs offraient toujours aux dieux les prémices des biens de la
terre, consistant eo fruits, légumes, gâteaux d'orge ou de froment. Quand OQ immolait des animaux, on clioisissait toujours les plus gras et les plus sains, car les victimes devaient être sans défaut extérieur. On les ornait de bandelettes ou de guirlandes, composées avec les feuilles ou
Fig. 690. — Lci cnlnillo d* U Ti (D'aprèi une psjntur* ds tuc
les fleura de la plante consacrée à la divinité à laquelle on offrait le Bacrinci^
Quand la victime était immolée, le prêtre offrait aux dieux le sang et les entrailles ; le reste se partageait entre les ministres du sacrifice et ceux qui l'olfraient. On regardait comme un acte religieux de manger avec ses amis ce qui revenait des viandes immolées, ou de leur en
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envoyer une portion. Un usage analogue se retrouve dans le pain bénit des catholiques, seulement c'est du pain ou de la brioche que l'on mange, au lieu d'être de la viande.
La ligure 690 nous montre le sacrifice au moment où la part des dieux est placée sur le feu. La divinité est un Hermès barbu, probablement un Bacchus, devant lequel un sacnGcateur remue avec une broche les entrailles de la victime, qui cuisent sur la flamme sacrée. Un autre eacriflcateur, placé derrière celui-ci, découpe les viandes sur
PilS. OM. — SscriGcileur.
une petite table, sous laquelle se voit la tète du bouc qui vient d'être sacrifié. Des bandelettes sacrées se voient dans le champ.
Des prières, qui répondent à notre benedicile, accompagnaient toujours le repas du sacrifice. Avant de le commencer, le prèire, tourné vers les assislants, disait : » Qui est ici 7 » et l'assemblée répondait : a des gens de bien ». En effet, la loi excluait du sacrifice les impies, les meurtriers et tous ceux qui avaient été condamnés pour un crime.
Les usages des Bomains, pour les sacrifices, étaient peu différents de ceux dos Grecs. Les animaux qu'on menait au sacrifice avaient sauvent les cornrs dorées. Quelquefois aussi, on leur parait la tète de fleurs et on leur plaçait sur le corps, soit une guirlande de fleurs, soit
oa
une large bande ornée, comme le montre ia figure 691 : l'usage de la bande élait surtout employé chez lee Romains. Deux personnages couronnés de laurier conduisent les animaux : le prôtre, qui. est le dernier, donne ses ordres au victimaire, placé devant lui. Celui-ci tient un bâton pour faire marcher l'animal et une hache pour le frapper. Les animaux, ainsi parés, étaient conduits au temple à travers les rues et les places publiques.
Le personnage couronné et tenant en main une branche de laurier.
^Bt
Fig. SS3. -
ornée de Icmnisques, que montre la figure 692, présente les allures d'un sacrificateur. Cependant on y voit quelquefois un vainqueur dés jeux, qui vient de remporter la palme lemniscalc.
Un bas-relief du Louvre nous montre la représentation d'un sacrifice chez les Romains. H est probable que nous n'avons ta qu'une partie de la composition qui a dû êtpc beaucoup plus vaste et contenir une longue série de figures. Le premier personnage que nous voyons à gauche est le pope ou victimaire qui, nu jusqu'à la ceinture, tient d'une main une des cornes du taureau et de l'autre le large couteau (secespita) avec lequel il va l'égorger. Mais l'animal, avant d'être égorgé, devait être abattu : c'est probablement ce qui est on train d'arriver pour le
646 INSTITUTIONS RELItiiEDSBS.
second taureau dont nous voyons la tête basse et couroanêe de fleurs. Le victimaire placé près de lui est eo iraio de le frapper. Ces vicUmaires portent une espèce de jupon court bordé de franges (limus) et serré au corps par trois bandes de cuir. A droite sont deux canailles, jeunes desservants des autels, dont l'un vient d'ouvrir l'flMrra, ou boite à parfums, tandis que l'autre tient une torche allumée, faite de bois résineux ou d'épines blanches. Au second plan, nous voyons des magistrats et un licteur tenant son faisceau dont on apen^it la hache. Tous les personnages ont la tôte ceinte d'une couronne de laurier. La
Pig. CM. — SscnSco lamaio.
(D'aprii ud bu-relloC antiioe. ]
scène se passe devant un temple, et à droite, en face des camilles, on voit une partie de l'autel (fig, 693).
Une scène du même genre est représentée sur la figure 69ii, où le victimaire frappe le taureau, à côté du trépied où brûle la flamme sacrée. Dans les deux figures qu'on vient de voir, l'animal immolé a la tête baissée et rapprochée du sol, ce qui semble indiquer que la victime est sacrifiée soit aux divinités de la terre, soit aux divinités infernales. Une miniature du Virgile du Vatican montre un bélier qu'on égorge en lui relevant la tête au lieu de l'abaisser : les sacrifices de ce genre no pouvaient être offerts qu'aux dieux du ciel.
On donnait le nom de suovelaurilia à des sacrifices comprenant à la fois un taureau, un bélier et un porc. Un beau bas-relief du Louvre nous montre le suovetaurile (fig. 695). Le taureau, le bélier et le
porc, suuE amenés dans un cortège religieux, devant deux autels ornés de guirlandes. Le prêtre, la tëtc un peu baissée et recouverte par les
plis de sa toge, répand les parfums sur les autels où £onI placés les fruits : à ses côtés est le Camille qui tient l'accrrn. On/e personnages.
(D'apritonmOBumenl tiouïé ptèida Ljon.)
vêtus de la toge et la plupart couronnés de laurier, marchent à sa suite. On remarque parmi eux le pope ou \iclimaire, qui tient sa hache, mais n'a pas le haut du corps nu comme on le voit habituelle-
ou INSTITUTIONS RBLIGIECSES.
ment. Le dos du taureau est orné d'une de ces larges baodes brodées dont on parait les victimes.
On donnait le nom de taurobole à un sacrifice expiatoire d'un caractère tout à fait spécial, et qui parait avoir été pratiqué surtout à panir de Ijiarc-Aurèle. Un creusait en terre une fosse profonde, dans laquelle se pla(;aii celui qui offrait le sacriQco et on égorgeait le taureau sur une planche à claire-voie placée au-dessus de la fosse. Le sacrifiant recevait ainsi sur lui tout le sang de l'animal, et ce baptême sanglant était considéré comme une régénération mystique, qu'il fallait renouveler au bout de vingt ans.
Les figures 69& et 697 représentent un autel sur les faces duquel sont le couteau et la tête de taureau, qui servaient pour le sacrifice du
(Dipiè. 1
PotnpéLI
taurobole. Ce monument a été découvert au commencement du siècle dernier sur la montagne de Fourvières,
Les sacrifices aux divinités champêtres présentent chez les Romains un caractère tout particulier, dont on peut se faire une idée d'après la figure 698, qui représente un sacrifice à Sylvain. Prés d'un autel rond, dont le socle est entouré de plantes agrestes, une prêtresse, tenant dans la main gauche une sorte de corne d'abondance, verse sur la flamme la liqueur contenue dans une patère dor. Elle est couverte d'une large draperie blanche qui lui recouvre la tête et a prés d'elle un tout jeune enfant, un Camille couronné de rameaux verts et vêtu d'une tunique relevée par une ceinture. Cet enfant porte d'une main une guirlande de feuillage et de l'autre un plat chargé de fruits. De l'autre cAté de l'autel, un joueur de flûte est suivi d'un autre enfant, qui a la poitrine nue comme les victimaires, et qui conduit vers l'autel un parc, dont le
corps csl ceini d'une bande d'ètoiïe rouge à raies noires. Deux pocil- Isleurs, couronnés de feuillage cl vftns de blanc, occupent symélriquemenl chaque extrémité du tableau et tiennent un rhylon à tête de cerf
dont la liqueur va tomber dans un petit vase qu'ils porlcDl avec l'aulrc main, TouB ces personnages sont chaussés de brodequins noirs, qui, suivani les archéologues, donoient un rite étrusque.
La petite chapelle, repréâenlëe sur la ligure 689, d'après une
650 INSTITUTIONS BSLiGiEDSES.
peinture de Pompéi, est dédiée à une divinité champêtre ; les cymbales et les tympanons y sont suspendus. Un prêtre, qu'on voit au premier plan, porte d'une main un tympanon avec des grelots, et de l'autre il retient un panier posé sur sa tête couronnée de pampres.
Les pbésages. — Nous avons parlé plus haut de la pythie de Delphesetdelamanièredontscreadaient les oracles d'Apollon (p. 505). Les sibylles romaines étaient, comme la pythie de Delphes, des fem-
mes inspirées de l'esprit prophétique qu'Apollon leur avait communiqué. 11 y en avait dans plusieurs endroits, mais en Italie la sibylle de Cumes était particulièrement célèbre. Une sibylle de Cumes vendit à Tarquin les Liores sibyllins, recueil d'oracles réputés contenir les destinées de Rome et qui furent conservés au Capitole.
Le personnage représenté sur la ligure 700 est un quindécemvîr. On donnait ce nom à un collège de prêtres romains, chargés de conserver les livres sibyllins, et voués spécialement au culte d'Apollon. Ce prêtre, qui porte le costume grec, est en train de répandre des parfums sur la flamme d'un autel. Sa téie est ceinte d'une couronne de
laurier dont les bandelettes retombent sur ses épaules. Des lauriers s'élèvent de chaque côté et le corbeau, oiseau prophétique, est perché sur l'un d'eux.
Les augures étaient des prêtres étrusques qui prédisaient l'avenir d'après le vol ou le chant des oiseaux et qui jouirent à Rome d'un très grand crédit. Pour faire leurs observations, les augures montaient sur une tour, en se tournant vers l'Orient, de manière à avoir le nord à gauche et le midi à droite. Ils partageaient alors le ciel en quatre régions avec le lituus, bâton recourbé qui est leur insigne, et sacriûaient ensuite aux dieux en s'enveloppant la tête dans leurs vêtements.
Les augures formaient à Rome un collège spécial : l'emblème qui, sur les monuments, sert à les distinguer des autres prêtres, est le lituus qu'ils tiennent à la main; ce bâton recourbé a quelque ressemblance avec la crosse de nos évêques. La figure 701, tirée d'une médaille de Marc-Aurèle, représente un augure tenant en main le lituus. Consultés par Romulus, les augures devinrent avec Numa une institution permanente.
« Dès son arrivée, dit Tite-Live , à l'exemple de Romulus, qui avait pris les augures pour arbitres de sa souveraineté et de la fondation de Rome, Numa voulut qu'ils fussent également consultés sur son élection. Un augure, qui depuis fut établi par l'État pour exercer à perpétuité ce sacerdoce honorable, Pig. toi. — Augure. conduisit Numa au Gapitole; il le fit asseoir sur une pierre, la face tournée au midi ; l'augure à sa gauche, la tête couverte, prit place, tenant à la droite un bâton sans nœuds, recourbé par un bout, c'est ce qu'on appelle le lituiis. Après avoir arrêté tous ses points de vue sur la ville et sur la campagne, adressé sa prière aux dieux, déterminé tout Tespace depuis le levant jusqu'au couchant, en plaçant la droite du côté du midi et la gauche du côté du nord, et désigné de même un point fixe en face, aussi loin que sa vue pouvait s'étendre, alors il passe le lituus dans la main gauche, et mettant la droite sur la tête de Numa, il prononce cette prière : « Jupiter, si telle est ta volonté que Numa, de qui je tiens la tête, règne sur les Romains, fais-nous le connaître par des signes certains, dans l'enceinte que j'ai fixée. » Il spécifie ensuite à haute voix la nature des auspices qu'il demançle; ces auspices paraissent et Numa, déclaré roi, quitte l'enceinte augurale. ))
Outre leurs observations sur le vol des oiseaux dans le ciel, les augures tiraient des présages avec des poulets sacrés qu'on entreienait à cet effet {Dg. 702), S'ils dévoraient avidement le grain qu'on mettail devant eux. le présage était réputé favorable, mais si les poulets refusaient la nourriture ou ne semblaient la prendre qu'avec répugoance, l'auspice était mauvais, et oo renonçait généralement à Teatreprise pour laquelle on avait consulté. Cependant il y eut quelquefois des incrédules : un général romain, GaudiusPulcher, ayant pris des dispositions qu'il croyait bonnes pour une bataille qu'il voulait livrer, codsulta, selon l'habitude, les poulets, qui refusèrent la nourriture. Le
Fg TChi — Leipoul
général, furieux, les fit jeter à la mer, en disant que puisqu'ils ne voulaient pas manger, il saurait bien les forcer à boire. Mais comme il perdit la bataille, on attribua sa défaite à son impiété et le crédit des pouleta s'en augmenta d'autant plus.
u Les repas des poulets, dit Pline, sont des présage? solennels : ce sont eux qui, chaque jour, règlent la conduite de nos magistrats, et leur ouvrent ou leur ferment leurs propres maisons. Ce sont eux qui prescrivent le repos ou le mouvement aux faisceaux romains, qui ordonnent ou défejident les batadies. Les coqs ont annoncé toutes les victoires remportées dans touL {univers. En un mot, ils commandent aux maitrcs du monde. Leurs entrailles même et leurs Dbres ne sont pas moins agréables aux dieux que les plus riches victimes. Leurs clianis, entendus le soir et à des heures extraordinaires, forment des
LES PRATIQDES DO CDLTE.
eu
priSsuges. En chanUnt toute la duU, ih annoDCëreat aux BMicns cette fameuse vicioire remportée sur les LacédémoDiens. Les devins l'iaterprélêreat ainsi, parce que cet oiseau ne chante poiut quand il est vaincu. »
Co n'est paB d'après le vol ou la nourrituie des oiseaux que les aruspices lirjit,ut leurs prtiaRes mais d aprLS 1 insppcliond s entrailles de la victime Ces prêtres institues par Romulus d^^aient exammor SI la victime était amenée de force a 1 autel ou si elle 3 y rendait de
bonne grâce, si elle inuf^issail ou bondissait au inomeni du sacriflco. ce qui était un mauvais présage. Si les entrailles présentaient un caractère maladif ou une difformité quelconque, le présage était considéré comme sinistre. Il fallait aussi que la flamme monll^t en pyramide sans s'écarter à droite ou à gauciie, ot qu'elle consumôl tout ce qui devait être brûlé sans en rien laisser subsister.
La science des aruspices, qui avait tant d'importance chez les Romains, venait des Étrusques. Un bas-reliuf du Louvre, d'autant plus intéressant que ce sujet est de la plus grande rareté, nous montre commeni la cérémonie se pratiquai!. Un taureau, qui vient de tomber sous la hache, est couché sur le dos et un viclimaire retire les intestins de l'animal qu'il a éventré. Un autre victimaire, dubout et à demi-nu.
tient la hache sur son épaule, et dans la main gauche un petit vase qui contient le sang de la victime. Ces personnages portent une couronne de laurier que n'ont pas les deux aruspices, dont un semble annoncer au magistrat placé en face de lui le résultat de l'inspection des entrailles. L'aruspice porte une torche ou un léger faisceau de baguettes, beaucoup plus mince que n'étaient les faisceaux des lictew*8 : celui qui est placé derrière et dont on ne voit guère que la tête est pourvu des mêmes insignes. Ils sont vêtus d'un manteau qui n'est pas très-ample et est fixé au milieu de la poitrine par une forte fibule. Mais la fibule que le magistrat porte sur l'épaule gauche est une restauration moderne, et probablement erronée, car la toge n'avait rien de semblable (fig. 703).
Nous avons vu que les augures et les aruspices étaient des prêtres chargés d'interpréter certains signes que l'on considérait comme une manifestation extérieure des intentions de la divinité, ce qui les rendait aptes à connaître et à prédire les événements futurs. Mais une foule de faits venant à se produire fortuitement étaient considérés comme des avertissements donnés par la divinité à un particulier, au sujet d'accidents qui pouvaient l'intéresser personnellement. Cest ce qu'on nommait les présages ; il n'y avait pas à leur sujet de théories bien déterminées, et chacun pouvait les interpréter à sa façon, mais l'usage avait fait prévaloir certaines idées d'après lesquelles on donnait une signification particulière à certains signes.
Tout le monde croyait aux songes et les considérait comme un avertissement du ciel. Mais les songes étant d'une nature très-variée, l'interprétation qu'on en pouvait donner dépendait de la sagacité de chacun. On considérait aussi comme un présage les paroles fortuites ou les petits mouvements nerveux qui se produisent involontairement. Un battement de cœur subit indiquait la trahison d'un ami, un tintement d'oreille prouvait qu'on parlait de vous en ce moment, le tressaillement de l'œil était un signe favorable, et l'engourdissement du petit doigt était au contraire un signe défavorable. L'éternument était considéré comme un présage à double sens et c'est pour lui donner un sens favorable que l'usage est venu de saluer la personne qui éternue en faisant des vœux pour elle.
Une chute était toujours considérée comme un mauvais présage, et un Romain qui, en sortant de chez lui, faisait un faux pas, rentrait aussitôt dans sa maison et y demeurait prudemment enfermé tout le reste du jour. La rencontre de certains animaux, comme les abeilles, était
un bon présage, mais il y en a d'autres, comme le renard, doot la rencontre était considérée comme très défavorable. L'observation de la lumière de la lampe et de ses vacillations donnait également lieu à une foule de présages.
On avait certains moyens pour empêcher l'accomplissement des mauvais présages. Si la chose était de peu d'importance, il suflisait quelquefois de cracher promptcment par terre. Une foule immense de superstitions bizarres, qui subsistent encore dans nos campagnes, ne sont que des souvenirs inconscients des vieilles traditions païennes, d'après lesquelles le moindre accident était considéré comme résultant d'une inlerventioD immédiate de la divinité.
Les cérémonies. — L'attitude de la prière n'était pas la même
dans l'anliquité que de nos jours. Au lieu de joindre les mains pour invoquer la divinité, on tenait les bras écarlés avec les mains ouvertes, comme le montre la figure 70Zi, qui représente une adoraole païenne.
Les fôtes de Dômèter à Eleusis duraient neuf jours et se renouve laient de quatre en quatre années, pendant le mois d'août. Pendant le trois premiers jours, on offrait des sacrifices aux deux déesses, et oi faisait des cérémonies préparatoires. C'était le quatrième jour, vers l soir, que se faisait la procession de la corbeille mystérieuse, qui ètai couverte d'un voile de pourpre et portée sur un char traîné par de bœufs. Les dames athéniennes suivaient le char à pas lents, et en por tant de petites corbeilles couvertes, qui symbolisaient celle où Proser pine avait mis les fleurs qu'elle venait de cueillir lorsqu'elle fut enlevéi par Pluton. La course aux flambeaux avait lieu le cinquième jour. Ei souvenir de Cérès qui, tenant en main le flambeau qu'elle avait allum< au mont Etna, errait de tous côtés en cherchant sa fllle, les hommes e les femmes, dès que la nuit était venue, parcouraient la campagne d'Eleusis en agitant des flambeaux. Le sixième jour était consacré i Jacchus, c'est-à-dire Bacchus, considéré comme ûlsdeZeusetDèmèter
La statue du dieu, couronné de myrte, était escortée d'une immense procession qui partait du Céramique, faubourg d'Athènes, passait pa les principales places de la ville et se rendait à Eleusis. Cette procession qui comptait jusqu'à trente mille personnes, était extrêmement bruyante Les hymnes religieux étaient accompagnées de danses bachiques exécutées au son des trompettes et autres instruments sonores. Li septième jour était destiné aux jeux et aux combats gymniques : pendant le huitième et le neuvième, on accomplissait diverses cérémonies spéciales en l'honneur des déesses.
Les rites de l'initiation connus sous le nom de mystères d'Éleusiî comprenaient des scènes mimiques et "symboliques, où les prêtres ei les initiés figuraient dans une sorte de drame religieux toute la légende de Cérès et de Proserpine, le rapt de la jeune fille, le deuil et la douleui de Cérès.
Pendant l'accomplissement du mystère des instruments d'airain imitaient les clameurs et la voix gémissante de la déesse, qu'on appelait la mère des douleurs. Les scènes d'allégresse succédaient aux gémissements quand Proserpine était retrouvée. Les initiés, obligés de décrire de pénibles circuits dans les ténèbres, en proie à des terreurs que produisaient des voix confuses, se retrouvaient ensuite au milieu des plus splendides clartés, au milieu des chœurs de danses et des harmonies sacrées. Ces changements à vue, ces soudaines transitions de l'obscurité à la lumière, de la douleur à l'allégresse, figuraient pour les initiés le passage du sombre Tartare aux béatitudes de TÉlysée, et
devenaient ainsi un symbole de Timmortaiité de l'âme et du bonheur promis aux justes.
Les mystères d'Eleusis étaient extrêmement célèbres. Les récompenses promises aux initiés après leur mort attiraient le peuple en foule à ces cérémonies où tout était mystérieux. C'était un devoir de se faire initier au moins avant la mort. Les homicides, même involontaires, les débauchés et tous ceux qui avaient eu une tache dans leur vie, ne pouvaient obtenir l'initiation ; on examinait scrupuleusement la vie et les mœurs de ceux qui venaient la demander. La grande initiation n'avait lieu qu'à Eleusis, dans une cérémonie qui revenait tous les cinq ans. L'hiérophante ou grand prêtre devait être citoyen d'Athènes, d'une existence irréprochable, et pratiquer le plus austère célibat. Les aspirants à l'initiation avaient droit, après plusieurs jours de purification, au titre de novice. Quand Néron alla en Grèce, il n'osa pas visiter Athènes, parce qu'il aurait été obligé de se faire initier, et que Finitiation lui était interdite comme parricide.
Par une association d'idées très-familière aux anciens, la jeune déesse enlevée par le roi des morts et rendue plus lard à sa mère représentait non-seulement la graine ensevelie sous la terre à l'automne, mais aussi ràmc humaine passant par le tombeau pour arriver à la vie bienheureuse. Ce rapprochement se présentait d'autant plus facilement à l'esprit des Grecs, que deux mots presque semblables exprimaient dans leur langue l'idée de la mort et celle de l'initiation. « Mourir, dit Plutarque, c'est être initié aux grands mystères, et le rapport existe entre les mots comme entre les choses. D'abord des circuits, des courses, des fatigues, et dans les ténèbres, des marches incertaines et sans issue ; puis en approchant du terme, le frisson et l'horreur, et la sueur et Tépouvante. Mais après tout cela, une merveilleuse lumière, et dans de fraîches prairies, la musique et les chœurs de danse, et les discours sacrés et les visions saintes; parfait maintenant et délivré, maître de lui-même et couronné de myrie, l'initié célèbre les orgies en compagnie des saints et des purs, et regarde d'en haut la foule non purifiée, non initiée des vivants, qui s'agite et se presse dans la fange et le brouillard, attachée à ses maux par la crainte de la mort et l'ignorance du bonheur qui est au delà. »
« Il y avait, dit Creuzer, pour la célébration des mystères, un rituel en forme, qui était attribué à l'antique Orphée, et qui, à en juger par quelques fragments, n'était peut-être pas moins détaillé que les prescriptions de Moïse aux lévites. Nous devons au savant Macrobe un de
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ces fragmenta, dans lequel est détennînë la manière dont Dionysos
Jeune fille tenant
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fait Dieniion avant tout du péplum de pourpre, Bemblable au feu, et de )a peau bigarrée du faon, figurant le ciel parsemé d'étoiles; ensuite
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du baudrier d'or, emblème du soleil levant et colorant le ciel des premiers feux de l'aurore; enfin de la ceinture, emblème de l'Océan qui entoure la lerre. C'étaient là des instructions pour le costumier ou stoliste, comme les Grecs d'Ég^-pte appelaient dans leur langue une des divisions de la caste sacerdotale de cette contrée. »
La ceinture mystique (fig. 710) est en effet représentée sur de très-nombreux monuments et principalement sur des vases funèbres.
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La figure 711, tirée d'un vase peint, montre une jeune fille tenant en main une grande ceinture. Nous croyons qu'on peut également rapporier au culte de Dèuièter les femmes tenant des corbeilles dont ou voit si fréquemment la représentation (flg. 713 et 71I|). Ces corbeilles conlcnaienl probablement des gâteaux d'orge et comme le culte île Bacchus élait intimement lié à celui de Cérès, le gàicau sacré devait être accompagné de libations. La jeune fille représentée sur la figure 712 tient un vase et une coupe à libations.
Les Komains avaient aussi des fétcs importantes en l'honneur de