‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883Chapitre 5 sur 30 · IV · texte numérisé non relu

IV

l'homme. Enfin il envoya dans toutes les villes, et GI proclamer qu'il lui accorderait impunité et bon accueil s'il se préjentait devant lui. Le voleur vint plein de conRance. Rhampsinite l'admira grandement et lui donna sa nile en mariage, comme au plus ingénieux des hommes, estimant que les Égj'ptieas l'emportaient sur les autres mortels, et lui sur les Égyptiens, s

Les IMPOTS en Asie. — Nous avons peu de renseigoements sur le système employé pour la perception des impôts dans l'ancienne Asie. On sait que les gouverneurs et les satrapes prélevaient sur les provinces qu'ils avaient à administrer une somme qu'ils faisaient remettre au

d'apT^ un bai-mliet atayrien.

souverain dont le trésor était très-considérable. Les descriptions que les auteurs anciens nous ont laissées sur les richesses des monarques asiatiques dépassent en somptuosité tout ce qu*on pourrait imaginer, et, d'après ces descriptions, on peut croire que les lingots d'or et d'argent accumulés dans leurs palais étaient la Tonne ordinaire sous laquelle ils percevaient leurs revenus. Cependant il est bien certain aussi que la plus grande partie des impôts se payaient en produits de différentes sortes, et notamment en bestiaux et en denrées alimentaires. 11 était d'ailleurs assez difQcile qu'il en fût autrement dans un pays où une grande partie de la population était nomade et dont les troupeaux formaient l'unique richesse. En Assyrie, où l'état de guerre était à peu près permanent, l'impôt était un tribut prélevé sur les vaincus et de nombreux bas-reliefs représentent des prisonniers qu'on emmène et qui font partie du butin enlevé par les soldats (Ag. 86).

En Perse, la monarchie était établie sur des bases plus fixes, et les représentations où l'on voit le payement du tribut ne montrent pas

des prisonniers enchaînés qu*on traîne après les avoir dépouillés, mais des personnages marchant symétriquement sous la conduite d'un officier et portant les présents qu'ils vont offrir à leur souverain. Nous avons montré déjà (tome II, fig. 299 à 302), à propos du costume en Perse, plusieurs bas-reliefs représentant des scènes analogues. On sent que les tributs devaient se payer régulièrement, à époques fixes, et on ne trouve nulle part sur les monuments de Persépolis les scènes violantes si fréquentes sur les bas-reliefs assyriens.

Les impots en Grèce. — Une curieuse coupe, qui fait partie du cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, est décorée d une peinture de style archaïque, qui peutdonner[une idée delà manière dont Timpôt était perçu chez certains peuples grecs. Cette coupe est désignée sous le nom de coupe d'Arcèsilas. Le personnage principal est assis sous une sorte de tente. Ses longs cheveux descendent sur ses épaules et il est coiffé d'un pétasc dont la forme rappelle (fig. 87) celle des chapeaux chinois. Devant lui est une grande balance avec des hommes occupés à peser des marchandises. Que ce soit un marchand devant lequel on fait le compte de ses marchandises, ou un roi prélevant un droit sur les objets que Ton pèse, peu importe. Il est certain que les impôts ont été payés en nature, longtemps encore après l'invention des monnaies, et que les princes grecs de l'Asie Mineure, de la Sicile, de la Cyrénaïque ou de la Grèce propre, ont dû de tout temps prélever certains droits sur les produits du sol ou sur les objets manufacturés.

Les impôts étaient de diverses sortes; outre les taxes sur certains genres d'industrie et de commerce, il y en avait sur les citoyens, sur les affranchis, sur les propriétés. Les revenus de TÉtat s'augmentaient encore des amendes prononcées par les tribunaux. Dans la démocratie d'Athènes, on s'est efforcé souvent de faire peser Timpôt exclusivement sur les riches. La classe des grands propriétaires, possesseurs de terres, de manufactures ou de capitaux placés dans le commerce, avait à sa charge l'entretien et l'augmentation des forces navales de la république. « Lorsqu'un armement maritime était ordonné, dit [Robinson dans les Antiquités grecques, chaque tribu devait lever pour sa part un nombre de talents égal à celui des vaisseaux que l'on voulait équiper, et cette contribution était répartie en un nombre semblable de compagnies, composées quelquefois de seize personnes. Les sommes réunies étaient remises aux triérarques, commandants des vaisseaux. Dans la suite.

tout citoyen liont la fortune montait à dix talents était obligé de fournir une .galère à l'Ëtat, si elle montait à vingt il en équipait deux : on ue pouvait cependant, dans aucun cas, exiger plus de trois galères el

une chaloupe. Les citoyens dont la fortune ne s'élevait pas à dix talents se réunissaient en nombre sullisant pour en équiper une. Les arcbontes seuls élaienl cïcmpls de celte taxe, qui posait sur les citoyens de manière à n'atteindre que les riches. Quiconque pouvait prouver qu'un citoyen dont la fortune était plus considérable que la sienne payait une moins forte partie do la taxe pouvait le forcer a faire avec lui l'échange de ses propriélês. »

Les IMPOTS ^ Rome. — Pour établir les charges de la guerre et de

LES IMPOTS. il7

la paix suivant les biens de chacun, le roi Servius Tullius avait établi cinq classes de citoyens, composées chacune d'un certain nombre de centuries, et qui prenaient rang suivant la richesse des citoyens qui formaient chacune d'elles. « Si nous devons à Numa nos institutions religieuses, dit Tiie-Live, Servius a eu dans la postérité la gloire d'avoir créé nos institutions politiques et fixé cette sage gradation des rangs et des fortunes. Dans cette vue, il établit le cens, opération si utile dans un empiré qui devait être aussi étendu ; et au lieu qu'auparavant toutes les charges de la guerre et de la paix tombaient également sur chaque tête, elles furent réglées dorénavant en proportion du revenu. Il institua les classes, les centuries, et fonda sur la base de la propriété cet ordre admirable, qui n'a pas moins contribué à la paix intérieure de Rome qu'à sa gloire militaire. Une loi qui menaçait de prison et de mort quiconque négligerait de se faire inscrire avait accéléré le dénombrement. Quand il fut achevé, Servius ordonna par un édit aux citoyens de toutes armes de se trouver à la pointe du Champ de Mars, chacun dans leur centurie. Là toutes les troupes s'étant rangées en bataille, on immola un suovétaurilia et avec le sang des victimes on fit des lustrations solennelles. Cette cérémonie, par laquelle on terminait le recensement, s'appela la clôture du lustre. Ce premier dénombrement donna, dit-on, quatre-vingt mille citoyens. Fabius Pictor, le plus ancien de nos historiens, ajoute que ce nombre ne comprenait que les citoyens en état de porter les armes. »

Le recensement, qui avait lieu tous les cinq ans, se faisait par les soins des censeurs, magistrature qui eut une très-grande importance sous la république, mais qui cessa d'exister sous les empereurs. Les censeurs s'occupaient également de la surveillance des mœurs, et avaient encore diverses attributions qui ont été plusieurs fois modifiées. Le recensement a eu lieu dès le début de la société romaine, parce que chaque citoyen était tenu de s'équiper h ses frais pour aller à la guerre, et son équipement militaire était différent suivant la classe à laquelle il appartenait. Les premiers Romains n'avaient ni industrie ni commerce, et comme, àToriginc, les soldats ne recevaient pas de paye, le butin pris sur l'ennemi était la manière la plus nette d'augmenter son patrimoine. A l'époque des grandes guerres, il fallut bien donner une paye aux soldats, qu'on retenait longtemps loin de leurs foyers et qui ne pouvaient plus cultiver leurs champs. Le trésor d îs rois vaincus, le pillage des villes conquise?, les taxes imposées aux peuples soumis et le revenu des provinces annexées furent suffisants pour que le peuple

romain se trouvât pendant un temps assez long peu chargé d'impôts. Mais pendant les guerres civiles il fut nécessaire de pourvoir à de très-grandes dépenses, et comme à partir d'Auguste les Romains cessèrent d'être conquérants, il fut nécessaire de se créer des ressources.

Après les guerres civiles, Auguste établit un impôx sur les consommations. Cet impôt, assez modéré en apparence, puisqu'il ne montait qu'à un pour cent, rapportait énormément parce qu'il portait sur tout ce que Ton achetait sur les marchés ou dans les ventes publiques; mais comme il s'étendait sur le corps entier delà nation, il fut toujours très-impopulaire. En outre, ce genre d'impôt entraîna toujours de grandes difficultés pour établir un mode de perception équitable.

« Comme une nombreuse et opulente classe de citoyens, dit Gibbon dans son Histoire de FEmpire romain, se trouvait exempte d'une taxe ou capitation qui ne frappait que sur les propriétaires des terres, les empereurs, qui voulaient aussi partager les richesses dont l'art et le travail sont la source, et qui ne consistent qu'en argent comptant, imposèrent personnellement tous ceux de leurs sujets qui s'occupaient de commerce. Ils accordèrent, à la vérité, quelques exemptions à ceux qui vendaient le produit de leurs propres domaines et quelques faveurs à la profession des arts libéraux ; mais toute autre espèce de commerce ou d'industrie fut traitée rigoureusement par les lois. L'honorable marchand d'Alexandrie, qui rapportait dans l'empire les diamants et les épices de l'Inde, le vil usurier qui tirait de son argent un revenu ignominieux, l'ingénieux manufacturier, l'adroit mécanicien, et jusqu'au plus obscur détaillant d'un village écarté, tous étaient obligés de donner aux préposés du fisc connaissance de leur recette et de leur profit; et le souverain d'un grand empire consentait à partager le gain honteux des infâmes professions qu'il tolérait. Comme on ne levait que tous les quatre ans la taxe assise sur lindustric, on la nommait la contribution lustrale, »

Parmi les impôts établis par Auguste, pour subvenir à l'énorme entretien des armées cantonnées sur les frontières, un des plus lucratifs pour le trésor fut celui qui prélevait un vingtième de tous les legs et héritages. Cette taxe toutefois n'eut jamais un caractère absolu, en ce sens que les legs minimes n'y étaient pas soumis. Mais la taxe qui eut les conséquences les plus graves était celle qui se désignait sous le nom de capitation. C'était un impôt personnel qui se prélevait par tête. Au temps de l'empereur Constance le taux de la capitation était de vingtcinq pièces d'or par tête (environ 336 francs); Julien la réduisit à sept

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pièces d'or (environ 92 francs). Comme il n'était pas possible que cette somme fût payée régulièrement, à cause de l'irrégularité des fortunes privées, une seule cote se divisait souvent entre plusieurs pauvres, tandis que les riches étaient chargés de plusieurs cotes. Cet impôt toutefois ne portait que sur les personnes libres; sous Tempire, la Gaule possédait, suivant Gibbon, environ 500,000 contribuables. Chaque ville, chaque district était assujetti à un tribut proportionné au nombre de ses contribuables.

Dans certaines occasions, les magistrats romains faisaient au peuple des distributions de blé, de pain, de vin ou d'huile, comme le font aujourd'hui nos institutions charitables. Ces distributions se faisaient au moyen de bons, sur lesquels était marqué le nombre de mesures que le possesseur du bon avait droit d'aller toucher. Quelquefois ces bons consistaient en petites tablettes de bcii, et d'autres fois c'étaient des boules creuses et portant écrite au dedans la quantité à recevoir (fig. 88). Les empereurs et les grands personnages qui voulaient se rendre populaires jetaient des bons de ce genre à la multitude, qui se disputait ensuite pour les avoir. La foule oisive qui pullulait dans les grandes villes vivait des libéralités des empereurs et de ses agents directs; mais c'était aux dépens de la province, et à mesure que la campagne se dépeuplait, le nombre des mendiants augmentait dans les villes d'une façon effrayante. L'impôt» qu'il fallait sans cesse augmenter, produisait pourtant de moins en moins.

a Tant que l'Italie jouit du privilège de l'exemption de l'impôt, dit M. Zeller dans son Histoire (Tltalie, tant que les empereurs y répandirent l'or des provinces et les esclaves faits prisonniers sur l'ennemi, une prospérité factice cacha ces causes de ruine. Mais lorsque la capitation, Vindiction, Vor lustral et coronaire, pesèrent aussi sur l'Italie déchue, et que les provinces se disputèrent les esclaves pris sur les barbares, la misère, la dépopulation s'accrurent dans une proportion effrayante. Les grands propriétaires, à leur tour, les sénateurs surtout, qui ne pouvaient avoir de fonds et d'immeubles qu'en Italie, furent frappés; et la petite propriété, écrasée, acheva de disparaître. Dans les villes, le corps des curia4es, épuisé par la responsabilité des impôts qui pesaient sur lui, non-seulement ne put entretenir les monuments.

Fig. 88. — Bons de pain.

les murailles, les aqueducs des cités, mais tomba sous le poids des charges qui s'augmentaient tous les jours, et vit ses noiembres chercher à sortir de la curie pour se réfugier au moins parmi les colons. Les campagnes étaient témoins d'un mouvement contraire; les petits possesseurs ruinés se réfugiaient dans les villes, comptant sur les distributions, cependant plus rares, de pain et d'huile. » Augmentation des impôts, avec difficulté de plus en plus grande de les percevoir, misère toujours croissante dans les villes et dépopulation des campagnes, tel est le spectacle que nous offre l'empire romain à l'époque de sa décadence.

Les tribunadx égyptiens. — La justice en Asie. Les tribunaux grecs. — Les tribunaux romains. — Les basiliques.

Les TRIBUNAUX ÉGYPTIENS. — L' Organisation judicaire relevait de la classe sacerdotale. Diodore de Sicile nous a laissé des renseignements assez circonstanciés sur les tribunaux. « Les Égyptiens, dit-il, ont porté une grande attention à l'institution de Tordre judiciaire, persuadés que les actes des tribunaux exercent, sous un double rapport, beaucoup d'influence sur la vie sociale. Il est en effet évident que la punition des coupables et la protection des offensés sont le meilleur moyen de réprimer les crimes. Ils savaient que si la crainte qu'inspire la justice pouvait être effacée par l'argent et la corruption, la société serait près de sa ruine. Ils choisissaient donc les juges parmi les premiers habitants des villes les plus célèbres. Héliopolis, Thèbes et Memphis : chacune de ces villes en fournissait dix. Ces juges composaient le tribunal, qui pouvait être comparé à Taréopage d'Athènes ou au sénat de Lacédémone. Ces trente juges se réunissaient pour nommer entre eux le président; la ville à laquelle ce dernier appartenait envoyait un autre juge pour le remplacer. Ces juges étaient entretenus aux frais du roi et les appointements du président étaient très-considérables. Celui-ci portait autour du cou une chaîne d or à laquelle était suspendue une petite

figure CD pierres précieuses, représentanl la Vérité. Les plaidoyers commençaient au momcQt où le président se revêuit de cet emblème. Toutes les lois étaient rédigées en huit volumes, lesquels étaientplacés devant les juges; le plaignant devait écrire en détail le siget de sa plainte, raconter comment le Tait s'étaitpassé et indiquer le dédommagement qu'il réclamait pour l'oiïense qui lui avait été faite. Le défendeur, prenant connaissance de la demande de la partie adverse, répliquait également par écrit à chaque chef d'accusation ; il niait le fait, ou en l'avouant il ne le considérait pas comme un délit, ou si c'était un délit il s'efforçait d'en diminuer la peine; ensuite, selon l'usage, le plaignant répondait et le défendeur répliquait à son tour.

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ipotaltuDt davuit un Iribuiuil.

Après avoir ainsi reçu deux fois l'accusation et ia défense éciites, les trente juges devaient délibérer et rendre un arrôt qui était signilié par le président.

K C'est ainsi que les procès se faisaient chez les ^yptiens, qui étaient d'opinion que les avocats ne font qu'obscurcir les causes par leurs discours, et que l'art de l'orateur, la magie de l'action, les larmes des accusés souvent entraînent le juge à fermer les yeux sur la loi et la vérité. Aussi croyaient-ils pouvoir mieux juger une cause en la faisant mettre par écrit et en la dépouillant des charmes de la parole. De cette manière les esprits prompts n'ont aucun avantage sur ceux qui ont l'intelligence plus lente, les hommes expérimentés ne l'emportent pas sur les ignorants, ni les menteurs et les effrontés sur ceux qui aiment la vérité et qui sont modestes. Tous jouissent de droits égaux. On accorde un temps suffisant aux plaignants pour exposer leurs griefs, aux accusés pourse défendre et aux juges pour se former une opinion. »

Les peintures de Thèbes nous montrent une scène qui paraît se passer denotiin tribunal; des scribes, malheureusement trés-effacés, écrivent

les déclarations faites par un personnage qui s'incline profondément, deux autres suivent celui-ci en portant un bras croisé sur la poitrine et l'autre pendant jusqu'à là hauteur du genou en signe de respect (ûg. 89).

L'histoire de Joseph, racontée dans la Bible, nous montre que l'emprisonnement était en usage dans Tancienne Egypte. Mais nous voyons par les monuments qu'on employait aussi les peines corporelles. Les peintures de Beni-Hassan nous montrent la bastonnade infligée comme châtiment à un coupable.

Le patient est couché par terre et à plat ventre, un individu lui maintient les pieds dans la position voulue et deux autres lui tiennent vigoureusement les bras pendant qu'il est fustigé. Un autre personnage

Pig. 90. — La bastonnade.

debout regarde la scène et joint les mains en signe de pitié (fig. 90). Plus loin nous voyons un individu qui a les mains liées derrière le dos et qui va probablement recevoir le même châtiment, tandis qu'un personnage portant la canne du commandement semble faire une vigoureuse semonce à un jeune garçon qui pleure en expliquant son affaire

(fig. 91).

Diodore de Sicile nous fournit de curieux renseignements sur la manière dont le vol avait été régularisé dans l'ancienne Egypte: « II existait, dit-il, chez les Égyptiens, une loi très-singulière concernant les voleurs. Elle ordonnait que ceux qui voudraient se livrer à cette industrie se fissent inscrire chez le chef des voleurs et qu'ils lui rapportassent immédiatement les objets qu'ils auraient dérobés. Les personnes au préjudice desquelles le vol avait été commis devaient à leur tour faire inscrire chez ce chef chacun des objets volés, avec Tindication du lieu, du jour et de l'heure où ces objets avaient été soustraits.

De cette façon on retrouvait aussitôt toutes les choses volées, à la condition de payer le quart de leur valeur pour les reprendre. Dans l'impossibililé d'empêcher tout le monde de voler, le législateur a trouvé moyen de faire restituer, par une modique rançon, tout ce qui a été dérobé. »

Celte coutume, qui semble si singulière à Diodore de Sicile, subsiste encore de nos jours dans plusieurs contrées de l'Orient où les voyageurs seraient exposés à ôlre attaqués par des tribus d'Arabes voleurs. Moyennant une somme remise au chef de la tribu, on est protégé par la tribu, qui trouve ainsi son avantage à empêcher les autres voleurs de vous attaquer, car dans ce cas la somme ne serait pas versée. C'est très-probablement un arrangement analogue qu'avaient pris les Égyp-

tiens, pourse débarrasser du brigandage continuel des tribus nomades, qui habitaient le désert dans le voisinage du Nil. Le chef des voleurs était rendu responsable des objets volés et devenait ainsi une espèce d'agent de police. Seulement, comme son traitement était proportionné à la quantité d'objets volés, il est probable que ceux qui demeuraient à proximité du désert devaient avoir à souffrir de cet incommode voisinage.

La justice en Asie. — Les juges formaient chez les Hébreux une classe exirômement respectée. On rendait ta justice devant les portes desvilles, car chez lesJuifs ce lieu était celui qui attirait le plus grand concours de peuple. Les débats étaient publics et assez sommaires; la torture n'était pas en usage, mais la peine était appliquée aussitôt après la décision des juges. La peine capitale la plus ordinaire était la lapidation, et les témoins, à moins qu'ils ne fussent parents de l'accusé.

étaient obligés de commencer l'exécution du coupable en lui lançant eux-mêmes les premières pierres.

On ne sait rien de l'organisation judiciaire des Assyriens, mais les pénalités sont dune extrême férocité. Pour les châtiments qui n'entraînent pas la mort, il s'agit toujours d'yeux crevés ou de membres coupés. Lorsque c'est la peine capitale qui est ordonnée, elle est toujours précédée ou accompagnée d'horribles supplices. Les cadavres des suppliciés étaient privés de sépulture et livrés en pâture aux bêtes féroces.

Les tribunaux grecs. — L'Aréopage d'Athènes était le plus vénéré de tous les tribunaux dont les historiens grecs fassent mention. On ignore la date de son origine, que les anciens faisaient remonter aux temps mythologiques puisqu'il avait été appelé à juger la querelle survenue entre Neptune et Minerve. L'aréopage primitif était une assemblée aristocratique, mais il a subi de grandes modifications sous Selon et plus encore sous Périclès, lorsque la faction démocratique l'emporta définitivement à Athènes. Ce tribunal était chargé de maintenir les bonnes mœurs et de juger les causes criminelles. On avait de la sagesse de ses décisions une si haute opinion, que non-seulement on en appelait à son arbitrage de plusieurs points de la Grèce, mais encore les Romains eux-mêmes renvoyaient à ses décisions beaucoup de causes ambiguës.

La manière dont les causes se plaidaient devant l'aréopage serait inadmissible aujourd'hui. C'est la nuit que le tribunal s'assemblait, et même lorsqu'on y admit des avocats, ce qui n'avait pas lieu à l'origine, on leur interdisait les exordes et les moyens pathétiques, afin que les juges ne pussent pas être influencés par les talents de l'orateur.

Pour les autres tribunaux, la fonction de juge n'était pas une profession, mais une situation passagère, à laquelle tout citoyen pouvait être appelé, et pour laquelle il recevait une somme de trois oboles par jour, comme indemnité du temps qu'il avait passé. Tout citoyen ayant atteint sa trentième année, n'ayant subi aucune condamnation et ne devant rien au trésor, était inscrit sur un registre; on tirait au sort chaque année pour savoir dans quel tribunal il devait être placé. Ces tribunaux siégeaient tous à Athènes. Mais tous les ans un certain nombre de magistrats parcouraient les bourgs de l'Atlique et y tenaient leurs assises ; toutefois ils ne s'occupaient que des causes ayant peu d'importance, et pour les autres renvoyaient les plaignants aux tribunaux

ordinaires. Les habitants des villes soumises à la république étaient obligés de porter leurs affaires devant les tribunaux d'Athènes, et il leur était interdit pour les affaires importantes d'avoir une juridiction spéciale.

À Sparte le sénat prononçait dans les affaires capitales et les affaires particulières se plaidaient devant les éphores, mais il n'y avait aucun orateur chargé de plaider la cause des parties intéressées qui devaient personnellement soutenir leurs droits. Le témoignage des esclaves n'était point admis.

Les tbibunaux bomains. — A Rome l'administration de la justice se partageait en jugements privés, concernant les causes des citoyens entre eux, et jugements publics concernant les crimes publics. Les fonctions judiciaires, après avoir appartenu aux rois et ensuite aux consuls, passèrent aux mains d'un lieutenant consulaire nommé préteur. D'abord dévolue exclusivement à la classe patricienne, cette magistrature fut, comme toutes les autres, ouverte plus tard aux plébéiens. L'afflucnce des étrangers étant devenue de plus en plus considérable, la fonction de préteur fut dédoublée ; il y eut un préteur urbain, pour les citoyens romains, et un autre préteur chargé de juger les débats qui survenaient entre les étrangers. Le nombre des causes augmentant dans une proportion énorme, les préteurs eurent sous leurs ordres des substituts, et il se forma ainsi un corps judiciaire, dont la fonction était annuelle, comme la plupart des magistratures romaines.

« Les citoyens, dit Dezobry dans Rome au siècle d'Auguste^ ont une singulière formalité à remplir avant de pouvoir porter leurs contestations devant les magistrats ; ils doivent feindre de vouloir se faire justice eux-mêmes, comme cela se pratiquerait dans un pays où il n'existerait pas de société civile. Je ne sais si cette formalité a été inventée comme témoignage perpétuel de la liberté absolue dont jouissaient les anciens Romains, ou seulement pour prouver la réalité de la contestation, mais il est certain que tous les procès dans lesquels il s'agit de deux intérêts privés commencent par un duel où les parties se montrent prêtes à en venir aux mains. Quand il s'agit d'un objet familier facilement transportable, on l'apporte devant le tribunal du préteur, et c'est au moment où les deux prétendants feignent de vouloir se l'arracher que le magistrat intervient, évoque pour ainsi dire l'affaire et leur ordonne de laisser la chose. Si l'objet en litige n'est pas transportable, on en produit un fragment ; un petit éclat do bois ou de

pierre pour un vaisseau où une colonne, une tuile pour une maison, une motte pour une terre, tous ces fragments d'immeubles pris ou détachés de la chose même, devant laquelle il faut aller simuler le combat judiciaire. Les témoins aussitôt s'interposent et séparent les combattants qui les suivent, comme contraints, devant le magistrat. »

11 parait qu'il y avait pour chaque plaidoirie un temps limité d'avance, et que les avocats ne pouvaient pas s'étendre outre mesure dans leur péroraison. On avait pour fixer la durée de chaque discours un régulateur qui ne pouvait être dépassé sans eafreindre les règlements. C'est ce qui résulte du passage suivant tiré du livre d'Apulée :

(( Bientôt les appariteurs me font avancer sur le milieu de la scène comme une victime. L'huissier se met à crier d'une voix de Stentor: c'était pour appeler l'accusateur. Un vieillard se lève, puis, aGn de ûxer le temps pendant lequel il parlera, il prend un petitvase qui ressemblait à un entonnoir et dont l'extrémité s'amincissait en pointe. 11 y verse de l'eau qui s'en écoule goutte à goutte et il s'adresse au peuple .... »

Les avocats étaient extrêmement nombreux à Rome, et l'éloquence de la tribune pouvait mener aux plus hautes fonctions de l'État. Néanmoins la profession d'avocat ne paraît pas avoir toujours été trèslucrative. Un curieux extrait de Juvénal va nous montrer qu'une bien maigre rétribution était souvent le résultat de leurs efforts.

« Voyons donc ce que produisent aux avocats la défense des citoyens et] les liasses de papiers qu'ils traînent avec eux. Ils font grand bruit, surtout s'ils plaident en présence d'un créancier, ou si, plus âpre encore, quelque autre créancier, ses registres à la main, les anime à soutenir un titre douteux. C'est alors que leurs poumons vomissent le mensonge avec des flots d'écume dont leur sein est arrosé. Veut-on apprécier au juste les fruits de ce métier; que l'on mette de côté les fortunes réunies de cent avocats, de l'autre celle du cocher Lacerna.

« Les juges ont pris place. — Pâle dïnquiétude, tu te lèves, nouvel Ajax, pour défendre la liberté douteuse de ton client. Allons! crie, malheureux! brise ta poitrine, afin de trouver à ton retour, vainqueur épuisé de fatigues, les murs et l'échelle de ta maison décorés de palmes verdoyantes. Quel sera le prix de tes efforts ? Un jambon desséché, quelques mauvais poissons, de vieux oignons dont nous gratifions nos esclaves africains, ou cinq bouteilles d'un vin arrivé par le Tibre. Quatre procès te rapportent-ils une pièce d'or, n'oublie pas que tu en dois une partie aux patriciens qui t'aidèrent. »

11 y avait plusieurs prisons à Rome; la plus célèbre était celle qui

fut élevée par Ancus Marcius, sombre édifice bâti au pied du mont Capitolin, et sous laquelle Servius Tullius fit placer un cachot souterrain, réservé aux grands criminels qu'on y faisait descendre par le moyen d'une trappe. Les exécutions avaient souvent lieu dans ce cachot, on enlevait ensuite le corps des condamnés à l'aide de crocs, et après l'avoir exposé nii sur des degrés appelés gémonies, on le jetait dans le Tibre. Quelquefois aussi on précipitait le coupable du haut d'une roche, mais en s' arrangeant toujours pour qu'il tombât en dehors de Tenceinte de la ville qu'une exécution capitale aurait souillée. Enfln il y avait certains crimes, comme le parricide, pour lequel le coupable était cousu dans un sac en compagnie d'une vipère et jeté ensuite dans le fleuve. La dégradation civique, l'exil ou la déportation étaient les peines infligées le plus ordinairement aux coupables dont la faute n'entraînait pas une condamnation à mort.

Les basiliques. — Les basiliques sont les palais où siègent les tribunaux. Primitivement la basilique était dans le palais des rois la salle où le prince rendait la justice. Plus tard la basilique devint un édiiîce particulier décoré avec une grande magnificence, et qui dans les villes romaines était placé sur le forum, ou dans le voisinage des places publiques.

Les basiliques étaient décorées de plusieurs rangées de colonnes, et quelquefois ouvertes de toutes parts pour la circulation du peuple. L'édifice connu sous le nom de basilique de Pœstum nous montre chez les Grecs un exemple de ce système qui a été quelquefois adopté par les Romains. Mais le plus souvent les basiliques étaient entourées de murailles percées de fenêtres et n'avaient de colonnes qu'à l'intérieur.

En général l'intérieur était divisé dans sa longueur en trois parties que séparait une rangée de colonnes, présentant souvent deux ordres superposés. La nef centrale, plus grande que les autres, se terminait par un hémicycle où siégeait le tribunal.

L'ensemble du monument formait une vaste salle rectangulaire qui remplissait le triple rôle de tribunal, de bourse et de bazar. « Rien de plus simple, dit Quatremère de Quincy, et de moins dispendieux que la construction des basiliques. Les colonnes de la galerie inférieure recevaient un plafond qui servait de plancher à la galerie supérieure; celle-ci, également plafonnée, supportait le plafond de la grande nef et la pente du toit. Les jours étaient pratiqués dans l'épaisseur du mur d'enceinte, en supposant qu'il y en eût, et dans les entre-colonnements.

Les galeries supérieures avaient aussi des fenêtres qui devaient éclairer rintérieur de rédifice.»

« Les basiliques qui sont dans les places publiques, dit Vitruve, doivent être situées au lieu le plus chaud, afin que ceux qui y viennent pendant l'hiver pour y faire le trafic n'y ressentent pas autant la rigueur

de cette" saison. Leur largeur doit être au moins la troisième partie de leur longueur, ou de la moitié tout au plus, à moins que le lieu ne permette pas d'observer cette proportion. La hauteur des colonnes des basiliques doit être égale à la largeur des portiques, et cette largeur sera de la troisième partie de l'espace du milieu.

Les colonnes d'en haut doivent être, ainsi qu'il a été dit, plus petites que celles d^eu bas ; la cloison qui est entre les colonnes de rétage ^supérieur ne doit avoir de hauteur que les trois quarts de ces mêmes colonnes, afin que ceux qui se promènent sur cette galerie ne soient pas vus des gens qui trafiquent en bas. Les archi* traves, les frises et les corniches auront les proportions telles que nous les avons expliquées au troisième livre. »

Ce n'est pas le temple, mais la basilique, qui servit de type aux premières églises chrétiennes. La disposition d'un temple ne pouvait convenir à un culte où toutes les cérémonies s'accomplissent dans rintérieur de Pédifice. L'église devait représenter le vaisseau de saint Pierre, et la nef centrale de la basilique offrait bien l'image de ce vaisseau. Les fidèles occupaient les nefs, l'autel était placé au fond de l'édifice et Tévêque, entouré de son clergé, remplaçait le juge entouré des assesseurs. La basilique avait en outre pour les chrétiens l'avantage de n'être pas souillée par des souvenirs idolâtriques.

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Fig. 92. — Basilique Ulpienne.

La basilique Ulpienne, élevée sur le forum de Trajan et dont les restes ont été découverts à la suite de fouilles exécutées en 1812, montre très-bien comment ce genre d'édifice, qui servait aux païens de tribunal, a pu devenir par la suite le type des églises chrétiennes. Sur le plan représenté figure 92, les entrées de la basilique sont marquées en A, en C et en E; le juge et les assesseurs sont placés dans Tabside B, qui dans l'église chrétienne deviendra Pendroit où siégera révoque. L'entrée principale C était généralement précédée d'un portique appelé narthex ou porche dans les basiliques chrétiennes. Les pièces marquées D étaient des salles accessoires du tribunal, inutiles

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Pig. 93. — Batiliquc do Pompéi.

Fig. 94. — Basilique de Pano.

dans une église, où pourtant il a fallu trouver une place pour la sacristie. Les fidèles occupaient dans la nef de l'église la même place que le public dans la nef de la basilique. La nécessité de disposer le temple en forme de croix a fait plus tard séparer le chœur de la nef.

La basilique de Pompéi, dont la figure 93 nous offre le plan, ne contient pas d'abside. « Ce monument, dit le Guide en Italie, est un des plus grands de Pompéi. 11 était précédé d'un vestibule aligné sur le forum. On montait quelques degrés pour entrer dans l'intérieur de la basilique. Au centre, la nef était à ciel ouvert; elle était entourée de péristyles formés de vingt-huit colonnes ioniques. Au fond de la basilique, la tribune des juges était élevée au-dessus de la nef, mais il n'ya

pas trace de marches pour y monter. Sous la tribune se cachait un caveau mystérieux à fenêtres grillées, n

Nous reproduisons (figure 91!») une reconstitution de la basilique de Fano, dont il n'est malheureusement resté aucune trace. Mais il est assez remarquable que cette basilique, élevée par Vitruve, s'éloigne si complètement des règles qu'il avait enseignées pour la construction de ce genre d'édifices. La forme de ce monument, que Vitruve décrit longuement, est très-différente de celles des basiliques dont on a conservé des restes. H faut dire qu'un petit temple d'Auguste était joint à la basilique de Vitruve, et c'est au delà de ce petit temple qu'était l'hémicycle où siégeait le tribunal, ce qui explique la conformation toute particulière de ce monument.

Les basiliques servaient de points de réunion aux négociants. C'est là qu'on traitait les affaires d'argent, les prêts, les usures; c'était à la fois un marché, une bourse, un tribunal de commerce et une banque. Les femmes y étaient admises comme les hommes, car à Rome il y en avait beaucoup qui faisaient valoir elles-mêmes leurs capitaux.

La basilique iEmiha et la basilique Julia, sur le forum Romanum, étaient extrêmement célèbres. La basilique Julia, commencée sous Jules César et terminée sous Auguste, avait la forme d'un parallélogramme oblong, entouré d'un double rang de portiques. La basilique .Emilia, plus fréquemment appelée basilique Paulus, était décorée d'une prodigieuse quantité de colonnes en marbre de Phrygie.

Les bains en Grèce. — Les therubs romains. Les ustensiles du bain.

Les BàiNS EN Grèce. — 11 y avait en Grèce un très-grand nombre de bains publics. Nous en voyons une curieuse représentation sur un vase de Vulci qui est au musée de Leyde. Une source jaillissant de deux

mufles de lion est placée bous un portique supporté par trois colonnes doriques et surmonté d'un fronlon. Deux baigneurs, un homme barbu et unéphèbe, sont placés daos le petit édilice et reçoivent sur la tête et le dos les jets de la fontaine. Ce genre de bains, fort en usage dans l'antiquité, se donnait en manière de douches.

De chaque côté du petit édifice, nous voyons deux éphèbes dont les vêlements sont suspendus aux branches des arbres voisins. L'un d'eux détache de l'arbre une petite fiole, un autre en verse le contenu sur sa main pour s'en frotter ensuite le corps (fig. 95).

C'était une coutume générale en Grèce de se baigner après les

exercices qui avaient couvert le corps de sueur et de poussière. Cet usage, qu'on trouve déjà dans Homère, ne fit que s'étendre par la suite et on finit même par prendre tous les jours un bain avant le repas. Les Spartiates ne faisaient usage que de bains froide et il en était de même anciennement dans toute la Grèce. Quand l'habitude des bains chauds commença à prévaloir, tout le monde y courut en foule, malgré les protestations isolées de quelques philosophes qui ne voyaient là qu'un raffinement de mollesse. Socrale ne venait que très-rarement aux bains chauds et Phocion n'y parut jamais.

Sur UQ vase du musée de Berlin, on voit quatre femmes nues, placées dans des poses diverses, sous les jets d'eau lancés par quatre tfite» d'animaux, dont deux de sangliers, une de lion et une de panthère. La fontaine est sous un portique supporté par trois colonnes doriques,

reliées entre elles par une poutre à laquelle sont suspendus les vêteinenis des baigneuses (fig. 96). Un autre vase grec nous montre trois

baigneuses, qui reçoivent sur leur corps l'eau qui jaillit de mufles d'animaux. Deux petits vases d'où la fumée s'échappe abondamment

!ig. 0>. — Femmei au bûn. (0'>])[t> un

grec.)

prouvent qu'elles vont se servir de parfums chauds. Les baigneuses sont dans l'eau jusqu'à mi-jambcs, ce qui montre que le bassin où elles sont est peu profond; elles reçoivent l'eau en pluie irès-Gne. Les scènes de bains de femmes se passent toujours à l'intérieur de l'édiGce, taudis que les scènes qui représentent des bains pour les hommes ont lieu sous le portique extérieur.

La figure 97, tirée d'un vase grec, montre une femme occupée à sa toilette. Elle tient un strigile, sorte de racloir dont nous parlerons plus loin et qui semble avoir été en usage pour les baigneurs des deux sexes, depuis une antiquité très-reculée.

Les thermes romains. — Les thermes ou bains publics comptent parmi les édifices les plus importants que les Romains avaient élevés. Ce qui caractérise Tarchitecture romaine, ce sont les grands établissements d'utilité publique, les thermes, les palais, les édifices .qui demandent une grande agglomération de salles, où de nombreux services doivent trouver un emplacement convenable, où il doit y avoir des pièces de grandeurs différentes et en grand nombre. Le Romain est incomparable pour la disposition d'un plan compliqué et il est là vraiment original, caria Grèce ne lui offrait point de modèles, ni pour la dimension colossale des édifices, ni pour la disposition qui convient aux rouages d'une immense administration. Si, après avoir admiré les formes exquises et les belles proportions d'un monument grec, on se transporte tout à coup au milieu des thermes de Garacalla ou d'un autre établissement du môme genre, on retrouvera des colonnes, des ornements, des formules connues, mais on verra en même temps que le génie de l'architecture romaine suit une direction très-différente et qu elle peut s'élever à une hauteur qui, quoique moins sublime, est peutêtre plus grandiose.

Le programme que l'artiste avait à remplir est vraiment prodigieux. Il ne s'agit pas seulement d'avoir des salles pour les baigneurs, des bains chauffés à une température déterminée, des chambres pour déposer les vêtements, il faut encore des gymnases pour les exercices corporels, des promenoirs pour la circulation, des pièces pour les philosophes et les rhéteurs, des logements pour les employés de l'établissement, des magasins pour les provisions de bois destinés au chauffage, des réservoirs pour les eaux, sans compter la bibliothèque, les statues et les peintures si nombreuses qu'elles forment un véritable musée, des espaces découverts pour les jeux, des gradins pour les spectateurs, etc., etc.

Tous ces services différents demandent naturellement des grandeurs différentes pour les pièces, des dispositions particulières pour Tusage auquel chacune est consacrée, et dans tout cela il faut trouver un ensemble logique, où chaque partie se coordonne, où la confusion ne soit nulle part, où une circulation incessante puisse avoir lieu sans

gêner le service et où une décoration splendide soit à la haateur du peuple romain pour qui l'èdiûce a été cooslruit.

Évidemment le principe général de cet immense ensemble existait dans les gj'mnases grecs, mais les Romains, par le prodigieux développement qu'ils ont donné à leurs monumeals, sont arrivés à créer ua art qui leur appartient bien.

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Fig. 08. — PUn iet Thonnot ic Csn

Dans les thermes de Caracalla, trois mille personnes pouvaient se baigner à la fois, et il y avait seize cents sièges en porphyre ou en marbre. Les plus célèbres édifices de ce genre avaient conservé les noms de ceux qui les avaient fait bâtir, Agrippa, Vespasieo, Antonin, Caracalla, Titus, Dioclétien, Constantin. La décoration de ces établissements était splendide. C'est dans les thermes de Titus qu'on a retrouvé le groupe du Laocoon, et dans ceux de Caracalla qu'on a découvert l'Hercule et le Taureau Farnèse, le Torse antique, la Flore et les deux

LES THERHES.

gladiateurs. Des statues, des bas-reliefs, des tableaux, ornaient les salles ei les portiques dont le pavé est une admirable mosaïque (fig. 98).

Les thermes les plus complets se composaient de deux enceintes comprises l'une dans l'autre, et séparées par de belles promenades plantées de platanes et de sycomores. Les bains proprement ditsoccupaioni les bâtiments du centre, tandis que les constructions extérieures renfermaient des portiques pour se promener, des salles pour la gymnastique et une bibliothèque pour les philosophes et les savants.

Dans le monument spécialement consacré aux bains il y avait des grandes salles disposées chacune pour un usage particulier, le calda-

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rium, le tëpidarium, le frigidariiira. Il y avait en outre des salles où 00 on se faisait suer, un bassin d'eau bouilfante placé au milieu répandait des tourbillons d'une vapeur qui s'échappait ensuite par une ouverture du plafond: un bouclier rond qu'on manœuvrait à l'aide d'une chaîne fermait celte ouverture quand on voulait concentrer la ïapeur et laissait pénétrer l'air quand on avait trop chaud. Les salles des thermes étaient chauffées par un fourneau souterrain appelé hypocauste: une curieuse peinture que nous reproduisons plus loin peut donner l'idée des procédés qu'employaient les anciens pour obtenir la chaleur nécessaire. L'eau était contenue dans un grand résen'Oir qu'atimoniaient les aqueducs.

Vopodyterium est la chambre dans laquelle on se déshabillait et où on laissait ordinairement ses habits pendant qu'on prenait le bain. Celui des ihermt-s de Pompéi (fig. 99) était entouré de bancs pour

se déshabiller, et des chevilles de bois étaientfixées aux murailles pour suspendre les effets. Cette pièce est pourvue de trois portes; celle qui est à droite au premier plan conduisait au bain chaud : quant aux deux qui sont placées au fond de la salle, celle qui est à main droite menait au bain froid et celle qui est à main gauche était l'entrée par laquelle on arrivait de Textérieur.

La figure 100 représente une peinture trouvée, dit-on, dans les bains de Titus et qui n'existe plus aujourd'hui. A vrai dire Tautheuticitô de cette peinture a été contestée, et quelques-uns Pont regardée comme un ouvrage d'un architecte de la Renaissance, préoccupé de la distribution des thermes antiques. Mais comme elle est citée par la plupart des archéologues comme une pièce importante et qu'elle est d'ailleurs extrêmement curieuse, nous avons cru devoir en donner la

Fig. 101. — Tabio.

reproduction. L'hypocaustum qu'on voit au bas contient les fourneaux souterrains. Nous avons reproduit dans la première partie de ce travail le tépidarium des bains de Pompéi (tome I, Hg. 612).

Le tépidarium est une pièce où Ton maintenait une température moyenne: on s'y tenait quelque temps pour empêcher que la transition fût trop brusque entre le sudatorium ou bain de vapeur et l'air extérieur. Il contenait des bancs de bronze, analogues à celui que nous donnons figure 101 et qui a été trouvé à Pompéi dans Je tépidarium des bains de cette ville. Conformément aux préceptes donnés par Vitruve, cette pièce est contigue à la chambre où on se déshabille (apodytérium) et à celle où se trouvaient les bassins pleins d'eau chaude (caldarium); la porte qui est à droite donne entrée dans cette dernière pièce. Les espèces d'atlantes qui supportent la corniche séparent les compartiments où Ton déposait différents objets appartenant aux baigneurs.

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