IV
Les usTENsiLES du bain. — Dans les bains publics, les baignoires étaient souvent en marbre et en porphyre (flg. 102.) Les particuliers avaient quelquefois des baignoires d'argent. On trouvait aussi des sièges d'une forme particulière sur lesquels s'asseyait le baigneur lorsqu'on rùpandait l'eau chaude sur son corps où qu'on l'enveloppail de couvertures pour l'inonder de vapeur. La figure 103 montre un de ces sièges : il est formé d'une table, qui est surmontée d'uu bord circulaire assez bas, et percé en avant d'une échancrure en forme de fer à cheval ; celte échancrure servait, soii à l'écoulement de l'eau , soit k l'iniroductioD du jet de vapeur. Chaque établissement de bain était pourvu de plusieurs sièges de ce genre.
Fig. 11». — Btlgaoi
Il y avait dans les établissements de bains des fauteuils roulants dont on se servait pour les personnes malades ou infirmes, que des esclaves pouvaient ainsi traîner d'une salie dans l'autre, et conduire jusqu'aux jets de vapeur. Un fauteuil de marbre, trouvé dans les bains d'Antouin à Rome, et qui fait aujourd'hui partie du musée Britannique, est pourvu de deux petites roues sculptées sur les côtés comme ornement : ce fauteuil parait être une imitation de ceux dont on se servait pour les malades; seulement ceux-ci étaient en bois et leurs roues étaient probablement plus grandes.
On annonçait au public que l'eau était préparée pour le bain en agitant des cloches qui étaient suspendues aux fenêtres, comme on le voit sur la ligure lOZi, qui est tirée d'une peinture antique. Quelquefois la cloche était remplacée par un disque métallique sur lequel on frappait (fig. 105).
Une espèce de trousseau découvert à Porapéi raonlre des instruments de bains enfilés dans un anneau assez semblable à ceus auxquels
nos ménagères suspendent leurs clefs. On y voit une coupe à anse, une iiole à parfums et quatre strigiJes (fig. 106).
Le strigile est une sorte de racloir â l'aide duquel on Taisait disparaître en grattant les corps étrangers qui avaient pu s'attacher à la peau
INSTITDTIONS CIVILES.
dans lé bain ou pendant les exercices de la palestre (flg. 107). Une poignée s'adaptait au strigile, dont la lame en bronze était recourbée en dedj ^,
de manlùre à former une sorte de canal, dans lequel s'écoulait comme dans une véritable gouttière l'humidité ou la sueur que l'instrument
Ptg. lOS. — Serrante de
exprimait de la peau. On mettait d'abord sur le strigile quelques gouttes d'huile, destinées à adoucir le métal et à ne pas écorchér la peau. Il y avait aussi des strigiles auxquels on adaptait une brossé.
Martial i^ous apprend que ces instrumenls se fabriquaient daas l'Asie Mineure, o Ces brosses recourbées à maD^he de fer, dît-il, nous viennent do Pergame. Si tu t'en frottes bien le corps, ton linge n'aura pas si sou< vent besoin du dégraisseur. »
Il y avait dans les établissements de bains des esclaves chargés de laver le baigneur, de le sécher en lui frottant la peau avec le slrigile et de le parfumer ensuite. Juvënal parle de cet usnge et la figure 108,
qui représente une serrante de bain, se rapponc assez bien à co qu'il dit. Cette figure est tirée d'une peinture découverte dans le dernier siècle, et qui décorait une paroi d'une chambre sépulcrale sur la voie Appienne.
La figure 100 montre un jeune homme se rendantau bain, d'après une statue antique. Il tient a la main un slrigile et une fiole à parfums. Pétrone nous a laissé la description suivante d'une scène de bain : n-Nous nous rendîmes aux thermes, dit-il, et là, nous passâmes proniptcment du bain chaud au rafraichissoir. On venait de parfumer Trimalcion, et les frottoirs dont on l'essuyait étaient non pas de lin, mais
du molleton le plus doux. Bientôt on l'enveloppa d'une peluche écarlate, puis on le plaça dans une litière précédée de quatre valets de pied à livrées magnifiques. Tandis qu'on l'emportait, un musicien s'approcha de lui avec une petite flûte, et, penché à son oreille comme s'il lui eût confié quelque secret, il ne cessa de jouer pendant toute la route, M
L*éDiFiCE. — Les masques. — Les acteurs. Le choeur. — Les représentations. — La tragédie. — La comédie.
L'ÉDIFICE. — L'origine du théâtre remonte aux fêtes de Bacchus et de Cérès. Pendant la vendange ou la moisson on chantait des dithyrambes en l'honneur des divinités qui avaient enseigné l'usage de la vigne et du blé. Aux fêtes de Bacchus, on imagina de faire paraître des personnages déguisés en satyres ; c'est à cela qu'on a attribué l'usage des masques. Dans Torigine, on se contentait de se barbouiller le visage. Le poëte Thespis eut Tidée de raconter Thistoire et les aventures des divinités dans les intervalles de la danse, et c'est de là que naquit la poésie dramatique.
« Thespis, dit Horace dans rArt poétique, fut le premier qui inventa le genre inconnu de la muse tragique, et qui promena sur des chariots le drame naissant, que jouaient et chantaient des acteurs barbouillés de lie. Après lui Eschyle imagina le masque et la robe traînante; il dressa la scène sur des tréteaux, et enseigna l'art de parler avec majesté et de marcher avec le cothurne. »
Les premiers poètes dramatiques faisaient en effet représenter leurs pièces sur des chariots ou des tréteaux fixés en terre. Le poëte Pratinas ayant fait jouer une de ses pièces sur un de ces théâtres en bois, les sièges s'écroulèrent et il y eut un grand nombre de personnes tuées. Ce fut alors qu'on construisit, du temps deThémistocle, le premier théâtre en pierres; il fut dédié à Bacchus. On le creusa dans le flanc de l'Acro-
pole;dao3 les tliéaires grecs en général, on recherchait l'adossemenl h uoe montagne, qui permettait aux spectateurs d'avoir la vue sur la campagne environnante.
Le thoàire antique avait la formedun fer à cheval etétait divisé en deux parties : la partie semi-circulaire était disposée par gradins en fuite les uns sur les autres et était destinée aux spectateurs. La partie réservée aux jeux du théâtre et aux représentations de la pièce comprenait l'orchestre et la scène. Un portique placé au delà du gradin le plus élevé entourait l'édiricc et servait de refuge en temps de pluie.
Mi^t^^.:
L'orchestre était entre la scène et le gradin le plus bas. C'est là que se trouvait le chœur des danses et des chants ; il y avait au centre un petit autel consacré à Bacchus. Dans les théâtres romains, où il n'y avait pas (le chœurs, l'orchcBlrc était généralement plus petit que dans les théâtres grecs-, quelqut-fois on y disposait des Biéges pour les personnages de distinction. Les figures 110 et 111 nous montrent le plan et h coupe d'un théâtre.
La scène, qui faisait le fond du théâtre, comprenait la construction rectangulaire placée en face des gradins. Elle se composait du proscenium où jouaient les acteurs et Un postscénium où ils se retiraient pour s'habiller et où étaient disposées les machines.
Les théâtres éiaieut sans toit, de sorte qu'on ne pouvait pas comme chez nous faire descendre les divinités par des cordes attachées eu haut. Néanmoins l'art du machiniste était assez avancé : une trappe ser-
m INSTITUTIONS CIVILES.
vait à faire apparaître Ie3 divinités marines. Lea ombres inrernalcs sorlaicnt par un Irou pratiqué dans l'escalier allant de l'orchestre à la scène. 11 y avait des machines qui servaient à imiter la foudre que Jupiter lance du haut de l'Olympe, et d'autres remplies de cailloux qu'on faisait rouler sur d^s bassins de broiuo pour annoncer l'apparition des dieux. Les apparitions qui devaient venir d'eu haut se faisaient au moyen d'une machine qui déplaçait subitement uu décor et laissait voir la divinité qu'on voulait faire intervenir.
La scène, construite d'une manière monumentale, oITraitune ordonnance régulière composée de colonnes et ornée de statues. La décoration était do trois espèces selon la pièce que l'on jouait. Pour la tragédie, la scène monlrait des bâtiments rehaussés de portiques ; pour la comédie.
des rues et des places publiques, et pour les pièces satiriques, dos rochers ou des bosquets.
11 y avait des décors triangulaires, où chaque face montrait une peinture différente et qu'on tournait sur pivot pour montrer la face qu'exigeaient les circonstances, mais il y avait aussi de grands tableaux que l'on faisait glisser sur la scène, et qui lorsqu'on les retirait en laissaient voir d'autres laissés derrière.
On a beaucoup discute sur les connaissances des anciens en fait de perspective. Vitruve nous renseigne à cet égard : « Agatharchus, dit-il, ayant été instruit par Eschyle, à Athènes, de la manière de faire les décorations de théâtres pour les tragédies, il fit le premier un livre sur l'art de les peindre; il apprit ensuite ce qu'il en savait à Démocrite et à Anaxagore, qui ont écrit aussi sur ce sujet et principalement sur lartifice au moyen duquel on pouvait, en plaçant un point sur un certain lieu, imMet si bien la disposition naturelle des
lignes qui sortent des yeux en s'élargissant, que, bien que cette disposition des lignes soit une chose qui nous est inconnue, on parvenait h faire illusion et à représenter fort bien les édifices dans les perspectives que Ton peignait sur la scène, où ce qui est peint seulement sur une surface plate parait être rapproché en de certains endroits etôtrc plus éloigné dans d'autres. »
Chez les Grecs Torchestre était plus grand que chez les Romains à cause des chœurs, mais la scène était généralement plus petite. L'usage du rideau ou de la toile, qui ne paraît pas avoir été usité chez les Grecs, se trouve au contraire chez les Romains. Mais au lieu de la lever comme on fait aujourd'hui, on la baissait et on la faisait glisser par une trappe sous le proscenium. Elle était décorée de sujets empruntés à l'histoire ou à la mythologie. Les acteurs grecs et romains étaient masqués ; pourtant nous voyons par Gicéron que le célèbre acteur Roscius jouait quelquefois sans masque.
Les théâtres grecs les plus célèbres étaient celui de Bacchus à Athènes, celui de Tîle d'Égine, celui de Mégalopolis, le plus grand de la Grèce suivant Pausanias, celui d'Épidaure, bâti par Polyclète dans le bois sacré d'Esculape. En Asie, le théâtre d'Éphèse était extrêmement fameux. La Sicile était aussi richement dotée; on y peut voir encore les restes du théâtre de Syracuse. En Italie, comme en Grèce, les plus anciens jeux scéniques n'étaient que des danses, ou des dialogues en vers grossiers' que les villageois improvisaient. Ce ne fut que fort tard que les Romains eurent des théâtres en pierres comme ceux des Grecs, et cet usage, venant d'une influence étrangère, rencontra môme une assez vive opposition. Il existe en j^^cAvn Italie, en Espagne et dans le midi de la France de M cyk.iu beaux restes de théâtres romains. 8 ^^'^^rl"
En Grèce, où les représentations théâtrales avaient ^ plavti un caractère religieux, tout le peuple y était admis. Mais en Italie, les personnes qui voulaient assister à Fi77i2
une représentation théâtrale devaientétre muniesd'un BUiot do spectacle, billeld'entrée, qu'on nommaitf«5cra,etsur lequel était marquée la place que le spectateur devait occuper et môme le nom de la pièce qu'on devait jouer. Un de ces jetons a été découvert à Pompéi (ûg. 112) et nous apprend par son inscription que celui qui l'avait en main devait assister à une représentation de la Casina de Plante.
Les masques, — Les acteurs grecs et romains portaient sur le visage