‹ La Vie privée des anciens v. 4 1883Chapitre 8 sur 30 · IV · texte numérisé non relu

IV

« La victoire coûtait plus d'efforts autrefois qu'aujourd'hui. Un auteur opposait à son adversaire trois tragédies et une de ces petites pièces qu'on nomme satyres. C'est avec de si grandes forces que se livraient ces combats fameux où Pratinas l'emporta sur Eschyle et sur Chœrilus, Sophocle sur Eschyle, Euphorion sur Sophocle et sur Euripide, ce dernier sur lophon et sur Ion, Xénoclès sur Euripide. On prétend que, suivant le nombre des concurrents, les auteurs de tragédies, traités alors comme lo sont encore aujourd'hui les orateurs, devaient régler la durée do leurs pièces sur la chute successive des gouttes d'eau qui s'échappaient d'un instrument nommé clepsydre. Quoi qu'il en soit, Sophocle se lassa de multiplier les moyens de vaincre; il essaya de ne présenter qu'une seule pièce, et cet usage, reçu de tous les temps pour la comédie, s'établit insensiblement à l'égard de la tragédie.

« Dans les fôtes qui se terminent en un jour, on représente maintenant cinq ou six drames, soit tragédies, soit comédies. Mais dans les grandes Dyonisiaques qui durent plus longtemps, on en donne douze ou quinze et quelquefois davantage; leur représentation commence de très-bonne heure le matin et dure quelquefoie toute la journée. »

Les auteurs éprouvaient souvent de grandes difficultés pour faire jouer leurs pièces qui devaient être approuvées par l'archonte. La réception d'une pièce pouvait donc quelquefois être due à la faveur, et môme parmi les' pièces admises, il y avait des rivalités à cause du concours entre les ouvrages représentés. Ce concours devait avoir pour juge une sorte de tribunal, mais la foule imposait souvent ses décisions, car chaque auteur avait ses partisans. Le vainqueur était comblé d'applaudissements et souvent accompagné par les spectateurs jusqu'à sa maison.

Lfk TRAGÉDIE. — La tragédie a son origine dans les dithyrambes qui se chantaient chaque année aux fêtes de Bacchus. C'était primitivement de petits poëmcs lyriques, destinés à célébrer le dieu dont la mère a été foudroyée par Jupiter et qui lui-môme a été mis en pièces par les Titans. Une verve désordonnée était le caractère de ces poèmes, souvent improvisés pendant les vendanges par des buveurs en délire et ne reculant devant aucune audace de langage. Plus tard le dithyrambe s'est modifié, mais à l'époque où la tragédie a pris naissance, c'était un élan conçu dans l'ivresse et dans lequel le poêle ne pouvait avoir nul

souci des règles établies postérieuremeot. Le pofime se chantait en chœur, et Thespis passe pour être le premier qui ait donné un rôle à un personnage dont le récit alternait avec les chants. La partie dramatique de l'action a pris ensuite une importance toujours croissante, au détriment de la partie musicale qui a rini par ne plus être qu'un accessoire ou un accompagnement.

Eschyle a été regardé par les Grecs comme le père de la tragédie, et on n'a jamais dépassé ce qu'il y a d'étrange et de gigantesque tout k

la fois dans ses inspirations. Moins sauvage dans ses allures et plus mesuré dans ses termes, Sophocle étonne moins et plait davantage. Euripide, le dernier venu des trois grands poètes tragiques, est aussi le plus parfait dans la forme et l(^plus vrai dans la peinture des caractères; mais en étant plus humain, il s'élève moins dans les hauteurs lyriques, et la tragédie perd avec lui les élans grandioses qu'elle avait eus au début. Ces trois hommes résument tout le génie tragique de l'autiquité, et après euK il n'y a plus de tragédie qui ne soit plus ou moins tuiîtée de leurs chefs-d'œuvre.

1G4 IMSTITOTIONS CIVILES.

Si les scènes comiques sont assez commuDes dans les peintures qui nous sont restées de l'antiquité, il n'en est pas de même des scènes tragiques; celles-ci sont au contraire de la plus grande rareté. Nous avons pourtant à Poinpéi quelques scènes tragiques, qui ne se rapportent d'ailleurs à aucune tragédie connue, mais qui ont du moins le mérite de nous faire connaître assez exactement le costume employé dans ces sortes de représentations.

Une peinture antique nous montre deuic personnages : une femme portant dans ses bras un enfant nouvcau-né qu'elle semble vouloir

Pig. I3j. — Sciât tragique. (D'après uoe ptinl

confier à une vieille esclave debout devant elle (fig. 13^). On a cru recoonaître là, mais sans preuves suffisantes, deux personnages d'une tragédie perdue d'Euripide.

Nous voyons ici le cothurne, ou brodequin élevé sur une énorme semelle, qui était caractéristique de la tragédie. Une longue tunique traînante forme le vêtement du personnage principal, dont le masque, très-élevé au-dessus du visage, présente l'aspect d'un diadème, conformément à l'usage adoplé dans les représentu lions tragiques. La main droite élevée en l'air parait exprimer une scène de douleur et de lamentation. Le vase que la vieille esclave porte à la main et son costume traditionnel indiquent assez sa condition. H s'agit sans doute

d'une de ces héroïnes tragiques dont les malheurs ont pour cause la naissance furtive d'un enfant qu'elles n'osent pas avouer.

La figure 135 se rapporte à une pièce perdue, ou du moins on ne peut la rattacher à aucune scène connue du théâtre antique^ Les trois personnages ici représentés paraissent figurer une action tragique; la forme du masque de la première figure ne laisse aucun doute à cet égard. C'est peut-être un chœur de tragédie faisant entendre une mélodie plaintive, cependant la première figure a l'air déjouer un rôle personnel plutôt que d'appartenir à un chœur.

La comédie. — De joyeuses troupes de rustres avinés, travestis en pans et en satyres, formaient chaque année, à Tépoque des'vendanges, une sorte de carnaval religieux, qu'on célébrait en l'honneur de Bacchus. Le langage n'avait aucune retenue, toute inveciive était permise dans les apostrophes qu'un buveur adressait à un autre, ou même dans celles qu'il adressait à la foule. Pour rendre la satire plus piquante on knagina de contrefaire les hommes les plus marquants, de leur prêter des discours ou des actes en rapport avec les pensées que le sentiment populaire leur attribuait. Ce fut là Torigine de la comédie, qui à ses débuts acquit dans la société antique un rôle analogue à celui de la presse dans les nations modernes, mais en gardant toujours un ton caustique et railleur, plutôt que sérieux et indigné. La comédie à son apparition fut donc essentiellement politique et une joyeuse mascarade devint ainsi une arme puissante. Les onze pièces d'Aristophane qui sont parvenues jusqu'à nous montrent que toutes les questions de paix ou de guerre, de finances ou de législation pouvaient être présentées sous la forme de dialogues licencieux, capables de faire rire les gens frivoles et réfléchir les gens sérieux. Comme les personnages les plus influents n'étaient pas épargnés, ce genre de comédie ne pouvait pas survivre aux temps orageux qui l'avaient fait naître et il disparut avec les luttes de l'Agora.

La comédie politique avait eu son centre à Athènes, mais un autre genre de pièces, qui s'était développé d'abord dans le Péloponnèse et en Sicile, vint tourner peu à peu les esprits dans une autre direction. On les désigne quelquefois sous le nom de moyenne comédie, pour la distinguer de l'ancienne qui est celle d'Aristophane, et de la nouvelle, qui est la comédie intime illustrée par Ménandre. Dans ce genre de pièces, dont il ne nous reste que des fragments, les dieux sont continuellement pris à partie et les légendes mythologiques sont toujours

t6G INSTITUTIONS CIVILES.

présentées sous un jour burlesque. A déTaulde monuments littéraires nous pourrions citer plusieurs peintures de vases dont le sujet se rapporte à des comédies de cette série. La figure 136 par exemple se rattache à la fable de Jupiter et AIcmène et fait penser à VAmphitryon de Plante, auquel pourtant la scène ne se rapporte pas directement. Le roi des dieux, coiffé du modius, porte une échelle qu'il se dispose à poser devant la fenêtre d'ÂIcmëne. Mercure, tenant en main son caducée, se dispose à l'assister dans cette délicate opération. Les deux divinités, malgré leurs costumes de bouffons, tels que le pantalon collant et le ventre rebondi, sont très-reconnaissables à leurs attributs.

qui font le plus singulier effet avec le travestissement qu'ils portent. Sur un autre vase {fig. 137) on voit la lutte de Vukain et Mars, 5 propos de lunon qui est assise entre eux. On sait que Yulcain, voulant se venger des procédés peu amicaux dont sa mOre usait parfois à son égard, imagina de fabriquer un siège, superbe en apparence, mais sur lequel on demeurait absolument collé si on voulait s'y asseoir. Junon s'y était laissé prendre, et la tentaiive de Mars pour obliger Vulcain à délivrer la reine des dieux du piège où elle était tombée forme le sujet de la scène que le peintre a voulu représenter d'après une pièce de théâtre dont il avait sans doute été témoin. On remarquera l'escalier qui monte au tréteau sur lequel se joue la comédie.

La figure 138 représente une scène du théâtre grec ; on voit en bas l'escalier qui servait à monter de l'orchestre sur le proscenium, et l'autel domestique plus ordinairement place en avant de la parte

centrale. Le di3cor a pour tout ornement de minces colonnes qui étaient probablement en bois. Cette scène se rapporte à une comédie perdue, mais dont le sujet semble se rattacher aux aventures d'Hercule avec Augée, que le héros rendit mère de Télèphe. Hercule est reconnaissable à sa peau de lion et sa qualité divine ne l'empêche pas de porter un masque horrible et un travestissement rembourré de

manière à lui donner des formes et une tournure ridicules. Le bizarre costume des acteurs aussi bien que leur altitude, ou le grotesque s"a(firmc avec une exagération voulue, montre quil s'agit ici d'une (arce populaire et non d'une comédie.

La nouvelle comédie, dont le développement ne remonte pas au delà de la période macédonienne, délaisse complètement la place publique cl s'attache uniquement b traduire les mœurs de la vie intime. Malheureusement nous n'avons conservé intacte aucune des comédies de Ménandrc, qui fut le maître du genre, et nous n'aurions qu'une bien vague idée du théâtre comique des Grecs, sans les imitations que nous

m IHSTITOTIONS CIVILES.

en ont laisséen Plaute et TëreDce. En effet la comédie romaine semble toujours avoir pour objectif la société grecque, bien que quelques traits laissent parfois deviner le public auquel s'adressent les écrivains latins.

Les comédies de cette catégorie commencent souvent par une sorte de prologue dans lequel l'acteur expliquait au public le sujet de la pièce

et riniliait en quelque sorte aux scènes qui allaient suivre, 11 n'est pas rare non plus qu'à la lin de la pièce l'acteur chargé du principal rôle vienne réclamer l'indulgence ou plutôt les applaudi^ements du public. C'est ainsi qu'à la fm des Captifs de Piaule, le chef de la troupe s'avance vers le public et dit : « Spectateurs, dans cctie pièce on a pris pour modèle les bonnes mœurs. On n'y voit ni amourettes, ni supposition d'enfants, ni cuurlisane aiïrancbic par un jeune galant en cachette de son père. Lps poêles ne trouvent pas suuvcnt de ces comédies où les bons peuvent devenir meilleurs encore. Si la pièce vous plaît, si nous avons Irouvé grâce à vos yeux et ne vous avons point causé d'ennui,

LES TflÉATRBS.

lev

prouvez-ie. Vous qui \oulez que la vertu soit récompensée, applaudissez. a Dans les pièces de Térence, le dernier acteur qui parait en scène fait généralement ses adieux au public en disant : u Vous, portez-vous bien et applaudissez. »

La figure 139 ofTre cela de particulièrement remarquable qu'elle représente un sujet tiré d'une des pièces classiques dont nous possédons le texte : c'est la scène deuxième du cinquième acte de rAndrienne de Térence. Le vieux Simon, que son ami Chrêmes s'efforce en vain do

retenir, exhale sa fureur contre l'esclave Dave, qu'il accuse d'avoir corrompu son fils Pamphile en favorisant son union avec une courtisane de condition servile. Dans la scène suivante, tout va s'expliquer, et Simon reconnaîtra que la jeune fille aimée de son fils est au contraire parfaitement bien élevée, de condition libre et qu'elle est la fille de son meilleur ami, mais le peintre a choisi le moment de la grande colère du père.

Dans cette scène de Térence, jouée par des acteurs romains, il faut remarquer la petite musicienne qui, placée entre les personnages, joue de la double flîlte. D'après u» usage constant dans le théâtre untique, la musique devait accompagner la déclamation des acteurs.

Nous avons beaucoup de peine à comprendre comment le jeupouvaiE fitre naturel dans uue scène comique, étant ainsi réglé par le rhythme- On ne connaît aucune comédie à laquelle on puisse rattacher cette scène, où un vieillard, accompagné de son esclave, apostrophe avec véhémence une Temme debout devant la porte d'une maison (Dg. 140). On peut croire, d'après les habitudes de la comédie latine, que c'est

Fig. 140. - Scina

un père irrité qui reproche à cette femme d'avoir aidé les intrigues de son fils, ou d'avoir compromis sa fortune par ses prodigalités.

Une mosaïque célèbre, signée par Dioscoride de Samos {fig. Ul), représente quatre personnages qui 'jouent de divers instruments ei dont le visage est couvert de masques comiques ; il y a deux hommes, une femme et un enfant. L'un des deux hommes frappe des cymbales l'une contre l'autre, pendant que le second agite son tympanon et tous les deux dansent en même temps qu'ils font de la musique : la femme joue de la double flûte et l'enfant porte à sa bouche une corne

Icgèremenl recourbée. Celte composition, dessinée avec beaucoup de

Fig. 141. — Uoulque dt D

finesse et d'esprit, parait avoir eu dans l'antiquité une certaine répu-

tation, car on & retrouvé dans les ruines de Slabies une fresque, assez

médiocre d^ailleurs, reproduisant la mosaïque ori^naie qui avait été découverte précédemment à Herculanum.

II faut aussi dire un mot des atellanes. On donnait ce nom à des espèces de comédies bouffonnes, dans lesquelles Tauteur improvisait une grande partie de son rôle et qui étaient des farces plutôt que des œuvres littéraires. Ce genre de pièces parait originaire d'Atella, ville des Osques, d'où il tire son nom. Nos musées renferment un assez grand nombre de statuettes représentant des auteursjouant ces bouffonneries. Ces acteurs de bas étage étaient dans l'antiquité ce que furent en Italie les Franca-Trippa et Fritellino, si bien représentés par Callot, ou bien encore les Arlequins ou les Golombines, dont Watteau nous a transmis l'image. Le mime que montre la figure 142, et qui a une tête de cochon, représente probablement un des compagnons d'Ulysse chez la magicienne Circé, et celui que montre la figure 1Z|3 est un type dont on voit de fréquentes représentations et qui est probablement Tancêtre de notre Policljinelle. La difformité de ce personnage amusait beaucoup la populace romaine*

Les jeux sacrés des Grecs. — L'hippodrome. — L'amphithéâtre.

Les gladutedrs de rome. — Le cirque romain.

Les courses. — Les cochers. — Les combats d*animacx.

Les naumachibs. — Les grands jeux romains.

Les jeux sacrés des Grecs. — Les jeux publics des Grecs, appelés aussi jeux sacrés, étaient des solennités religieuses, auxquelles on attribuait généralement une origine mythologique. En Grèce, ces jeux paraissent avoir eu une double utilité ; sous le rapport militaire ils préparaient les athlètes aux rudes exercices de la guerre, et l'importance qu on y attachait, les solennités qui les accompagnaient, le concours immense d'étrangers qu'ils attiraient, développaient dans la jeunesse un

désir immense d'y prendre part et de se fortifier par des exercices préparatoires. Au point de vue politique, les jeux publics étaient la manifestation la plus éclatante de l'esprit grec, parce que le peuple hellèue, si divisé par les inlérôts particuliers des cilés, retrouvait un moment son unité dans des ccrémouies auxquelles tous les citoyens participaient, quelle que fût la cité à laquelle ils appartinssent. Les jeux consistaient en courses de chars, courses à pied ou à cheval, luttes d'athlètes, exercices du javelot et du disque. La musique et la poésie y avaient aussi leur part, et comme il fallait faire la statue du vainqueur en même temps que son panégyrique, la solennité, toute militaire dans son principe, devenait artistique et litiéraire dans ses résultats.

Les athlètes qui prétendaient à l'hoimeur d'être admis aux grands

jeux étaient examinés par des fonctionnaires spéciaux qui prenaient le nom d'agonothètes. Ces juges étaient très-con sidérés et devaient voir si le concutrent était de condition libre et de bonnes mœurs. En Grèce les juges des jeux portaient un manteau de pourpte et brodé d'or.

Un bas- relief trouvé à Chiusi représente les juges des jeux étrusques. Trois personnages sont assis sur une estrade : le premier examine des tablettes placées sur ses genoux et les deux autres tiennent des bétons (fig. l£|Ji). Les combattants (un seul est ici représenté) se présententdevanlle juge qui regarde les tablettes. Des amphores destinées aux vainqueurs sont déposées au pied de l'esirade, prés de laquelle est un personnage debout qui doit être un surveillant. Sur un vase de la collection du duc de Lu\nes, on voit pareillement un juge décernant le prix h un athlète nu qui tient une couronne et des palmes et dont il parait orner la tôle de bandelettes.

Oq a trouvé à Athènes un siège en marbre qu'on croit avoir appar-

Vii INSTITUTIONS CIVILES.

tenu à UQ agonothëte des Panathénées. Une table portant une amphora et des couronnes, et un des oliviers sacrëa dont l'huile remplissait les amphores desiioécs aux vainqueurs, sout sculptés sur les câtés du siège dont les supports sont décorés de deux chouettes, l'oiseau de Minerve {fig. U5).

Il y avail quatre solennités Irës-renommées qui avaient lieu dans diiférentes parties de la Grèce : les jeux olympiques, les jeux pythiens, les jeux némèens et les jeux isthmiques.

Les jeux olympiques étaient consacrés à Jupiter, et' avaient lieu à Olympie, en Élide. Nous avons montré, tome 1, figure 380, une vue restaurée du fameux temple de Jupiter, qui s'élevait près du bois

sacré de l'Altys, à l'endroit même où on célébrait les jeux que Jupiter avail institués, disait-on, à la suite de sa victoire sur les géants. D'autres eu attribuaient l'origine à Hercule ou àPélops; mais leur grande importance n'est pas antérieure au temps de Lycurgue. Les Éléens furent les premiers qui inscrivirent sur leur registre public le nom de leur conciloyen ChorÉbe, vainqueur dans la course du stade. A partir de ce moment le nom du vainqueur servit à désigner chacune des olympiades et prit par là une grande importance dans la chronologie. Les jeux se célébraient tous les cinquante mois. c'est-à-Kiire deux mois après l'espace de quatre années révolues. La première olympiade correspond à l'an 776 avant Jésus-Christ et le comput des olympiades fut aboli en 395 de notre ère, la seizième année du régne de Théoduse le Grand. La durée des jeux était de cinq jours, mais les prétendants devaient se réunir dix mois avant la célébration des jeux, dans le gymnase public d'Élis, pour s'y livrer à des exercices préparatoires. C'est le sort

qui décidait quel adversaire serait opposé à chacun des concurreols et le tour de chacun d'eux pour commencer la lutle. Pour cela, on mettait dans une urne d'argent des petites boules marquées chacune d'un des caractères de l'alphabel. Comme la mfime lettre était répétée sur deux boules, chacun des lutteurs trouvait un adversaire dans celui dont la boule portail la même lettre que la sienne, mais no pouvait pas savoir d'avance quel serait son adversaire. Les hommes qui avaient subi une condamnation n'étaient pas admis à lutter cl des peines Irës-sévères étaient prononcées contre toute tentative de corruption. Une couronne d'olivier était décernée aux vainqueurs, qui étaient en outre honorés d'une statue, a Autrefois, dit Pline, on n'érigeait des statues qu'aux

hommes qui méritaient l'immortalité par quelque action éclatante; d'abord par une victoire dans tes jeux sacrés, surtout à Olympie, où l'on dédiait celle de chaque athlète couronné. Ceux qui avaient été trois fois vainqueurs étaient représentés au naturel et dans toutes leurs proportions. Ces statues se nommaient iconiques. »

(Test aux environs de Delphes que se célébraient les jeux pythiens, qui, suivant la tradition, avaient été institués par Apollon lui-même après sa victoire sur le serpent Python. La tradition rapportait que les dieux eux-mêmes avaient disputé les différents prix, mais qu'Apollon était sorli vainqueur dans tous les exercices. La poésie, la musique et la danse ont eu dés l'origine une très-grande importance dans ces concours, qui toutefois comprenaient aussi des luttes athlétiques comme tous les jeux de la Grèce. Une couronne de laurier était le prix décerné aux vainqueurs, les jeux se célébraient tous les quilrc ans.

Les jeux néméens, institués par Hercule après sa victoire sur le lion de Némée, avaient lieu tous les trois ans et donnaient droit à une couronne d'ache, plante consacrés aux funérailles et que Ton disait née du sang d'Àrchèmore.

Les jeux isthmiques, institués en Thonneur de Neptune, se célébraient tous les trois ans dans l'isthme de Gorinthe. Une couronne de feuillage de pin était la récompense décernée au vainqueur.

Une peinture de vase, placée au fond d une coupe, représente un juge des jeux en train de couronner un athlète vainqueur (ûg. 146). Ces couronnes étaient la seule récompense décernée pendant les jeux ; mais à leur retour dans leur patrie, les plus grands honneurs étaient réservés aux vainqueurs, particulièrement à ceux qui avaient remporté une couronne aux jeux olympiques. La population se portait au-devant d'eux, on les faisait monter sur un char de triomphe et au lieu de les faire arriver par la porte de la ville, on faisait une brèche aux remparts pour rendre leur entrée plus imposante. On leur faisait des présents considérables, ils étaient entretenus aux frais de l'État et ils avaient droit aux premières places dans les assemblées publiques et dans les spectacles. Les plus grands statuaires étaient chargés de retracer leur image et les plus grands poëtes se trouvaient honorés lorsqu'ils recevaient la mission de chanter leur gloire. C'est à cet usage que nous devons les poésies de Pindare. Le fragment suivant, en l'honneur d'un vainqueur des jeux néméens, nous montrera la manière dont Pindare comprenait le panégyrique d'un athlète. « Mille objets divers excitent nos désirs ; mais l'athlète vainqueur dans les jeux solennels ne soupire qu'après nos hymnes, qui accompagnent son triomphe et- célèbrent sa gloire. Enflamme donc mon génie, ô fille du Dieu puissant qui règne sur l'Olympe ! fais dans mon chant de victoire couler abondamment de ma bouche de sublimes accords. J'y mêlerai ceux de ma lyre et ma voix, s'unissant à celle des citoyens d'Égine, chantera dignement les louanges d'Aristoclète, l'ornement de cette île, jadis habitée par les Mirmydons. Pouvait-il plus noblement soutenir leur antique renommée qu'en déployant dans la lutte du pancrace la vigueur de son bras? A combien de coups furieux n'a-t-il pas été en butte dans les vallons de Némce? Mais la victoire, comme un baume salutaire, a guéri ses blessures et lui a déjà fait oublier les maux qu'il a soufferts. r>

L'hippodrome. — L'hippodrome était une arène pour les courses de chevaux et de char comme le stade était une arène pour les courses

k pied. L'hippodrome des Grecs présentait de grands rapports dans sa disposition générale avec le cirque des Romains. Les spectacles qu'on donnait dans le grand hippodrome de Constaniioople étaient du même genre que ceux qui avaient lieu dans le Circus maximus des Romains. Hais dans la période républicaine l'hippodrome était, comme le stade, une annexe du gymnase et servait aux exercices équestres de la jeunesse.

La figure 1((7 représente une leçon d'équitation; le maître, debout et drapé dans son pallium, tient en main le grand bâton qui en Grèce est toujours le signe de l'autorité. Le jeune garçon, entièrement nu et

|. 147. — ÉducaUon equ«>U(k

monté sur un cheval sans aucune selle, le tient par la bride et lui fait exécuter des exercices.

La course à cheval se pratiquait de plusieurs manières. Quelquefois on courait avec un seul cheval : cette course simple est représentée sur un beau vase du Louvre, qu'on désigne sous le nom de vase de Pergame (fig. I/18). D'autres fois on courait avec deux juments en sautant alternalivemcnt de l'une sur l'autre.

Voici comment Pausanias décrit l'hippodrome d'Olympie : « Le stade est précédé d'une place où se rendent les athlètes et que l'on nomme la barrière. On y voit un tombeau que les Élécns disent être celui d'Endymion. Au delà de cette partie du stade où se mettent les directeurs des jeux, il y a un lieu destiné à la course des chevaux. Ce lieu est précédé d'une place que l'on nomme aussi la barrière et qui. par sa forme, ressemble à une proue de navire dont l'éperon serait tourné I». 33

178 ISSTITDTIONS CIVILES.

vers la lice. A l'endroit où cette barrière joint le portique d'Agaptua, elle s'élargit des deux côtés. L'éperon et le bec de la proue sont surmontés d'un dauphin de bronze. Les deux côtés de la barrière ont

plus de quatre cents pieds de long, et sur celle longueur on a pratiqué des loges à droite et à gauche, tant pour les chevaux de selle que pour les clicvaux d'atlelage. Ces loges se tirent au sort entre les combattants. Devant les chevaux et les chars régne d'un bout à l'autre un cùble qui

sert de barre el qui les contient dans leurs loges. Vers le milieu de la proue est un autel de briques crues, que l'on a soin de blanchir à chaque olympiade. Sur cet autel est un aigle en bronze qui a les ailes déployées et qui par le moyen d'un ressort s'élève et se fait voir à tous les spectateurs en même temps que le dauphin qui est à l'éperon s'abaisse et descend jusque sous terre. A ce signal on lâche le câble du •côté du portique, et aussitôt les chevaux s'avancent vers l'autre côté où 1 on en fait autant. La môme chose se pratique de tous les côtés de la barrière jusqu'à ce que les combattants se soient assemblés auprès de l'éperon, et l'on a soin de les appareiller. Incontinent ils entrent dans ia lice : alors c'est l'adresse des écuyers et la vitesse des chevaux qui

Pig. 149. — La courso à cheval.

décident de la victoire (fig. 149). Clœotas est celui qui a inventé cette barrière : on dit qu'Aristide l'a perfectionnée après lui. »

L'amphithéâtre. — Les amphithéâtres, vastes édifices destinés aux combats de gladiateurs, sont d'origine étrusque. Mais ces combats de prisonniers, qui pour les Étrusques étaient des cérémonies funèbres auxquelles donnait lieu la mort d'un héros, ne furent pour les Romains que des fêtes sanglantes. Les amphithéâtres ne furent à l'origine qu'un vaste fossé creusé en terre et les spectateurs étaient placés en cercle sur des pentes gazonnées. Lorsqu'on voulut en faire des édifices, leur plan présenta la forme de deux théâtres, rapprochés par la base des demi-cercles; de là le nom d'amphithéâtre donné à ces constructions et qui signifie double théâtre. Cette disposition est parfaitement visible sur la figure 150 qui représente la coupe d'un amphithéâtre et sur la figure 151 qui est une vue d'ensemble de celui de Pompéî. Il est bon de remarquer que la forme d'un amphithéâtre est toujours elliptique et non pas complètement circulaire.

L'amphithéâtre est donc ud genre d'édifice absolument romain et celui qui caractérise le mieux l'époque impériale. Sous la république Ic9 arapbithéâtrea n'avaient été que dos constructions provisoires peu

ng. ISO. — Conpe d'un amphilbéltn.

différentes de celles des Etrusques. Au temps de César même, l'amphithéaire était en bois et ne pouvait durer que le temps prescrit pour

Fig. 151. — Amphilhéitn i» Pom|>41.

les jeux. Ce fut sous Auguste que fut bAti le premier amphithéâtre en pierre : ce n'est donc pas à la période républicaine qu'il faut rapportCF ces jeux féroces, qui ont déshonoré l'antiquité. En Grèce, ils n'avaient jamais eu lieu, la république romaine les supporta et l'empire les

établit.

« Dans toute TAsie Mineure, dit M. Texier, on ne trouve que deux ruines d'amphithéâtre, Tune à Cyzique et l'autre à Pergame. 11 n'en existe pas une seule dans le Péloponnèse, et Athènes se refusa toujours à élever un semblable édifice. Si l'on met en parallèle les ruines de théâtres qui se retrouvent dans chaque ville ancienne, on sera convaincu que les Romains ont trouvé partout une répugnance extrême pour ces sortes de divertissements. »

La façade extérieure des amphithéâtres était partagée en étages ornés d'arcades, de colonnes, de pilastres et de statues. Autour de Tarène étaient pratiquées les loges où voûtes qui renfermaient les animaux destinés au combat. Elles étaient prises dans un mur qui entourait l'arène et sur lequel était pratiquée une avance en forme de quai, qui servait de promenoir et qu'on appelait podium. Entre le podium et l'arène, il y avait des fossés destinés à séparer les bêtes des spectateurs. C'est sur le podium qu'on réservait la place de l'empereur et des consuls.

Au-dessus du podium s'élevaient les gradins, en retrait les uns sur les autres. De grands mâts retenus par des anneaux aux murs d'enceinte étaient destinés à fixer le vélarium, immense voile tendu au-dessus des spectateurs pour les défendre contre le soleil ou la pluie. Cet usage fut introduit à Rome par 0- Catuluset devint bientôt général. Le voile, qui dans l'origine était fort simple, devint très-riche par la suite et fut teint de diverses couleurs.

Auguste assigna des places différentes aux hommes mariés, aux célibataires, aux jeunes gens et à leurs pédagogues. L'espace du milieu ou arène était couvert de sable pour affermir les pieds des gladiateurs et pour ôter plus promptement la trace de leur sang. Des canaux pratiqués dans l'intérieur de l'édifice distribuaient de tous côtés les émanations des liqueurs odorantes dont on les remplissait.

Le plus grand et le plus célèbre de tous les amphithéâtres bâtis par les Romains est le Cotisée, ou amphithéâtre Flavien, qui fut commencé sous Vespasien et continué sous Titus. En France nous avons plusieurs amphithéâtres très-célèbres, entre autres ceux d'Arles et de Nîmes (tome I, fig. 680 et 683). Ce dernier, qui pouvait contenir vingt-cinq mille spectateurs, est décoré au rez-de-chaussée de pilastres, et au premier étage de colonnes engagées se rapprochant de Tordre dorique. C'est l'amphithéâtre le mieux conservé avec celui de Vérone.

Les gladiateurs de Rome. ^ C'est dans les coutumes religieuses

des Étrusques qu'il faut chercher Torigine des combats de gladiateurs, dont Tusage prit une grande extension sous Tempire romain, bien qu'il n'ait jamais pu s'introduire en Grèce. Chez les peuples primitifs on immolait des prisonniers sur la tombe des héros morts en combattant et le sang des hommes qu'on avait égorgés était comme un holocauste qu'on offrait aux mânes de celui dont on voulait honorer la mémoire. On imagina bientôt de faire combatre entre eux ces prisonniers au lieu de les immoler simplement, et ces combats, qui se livraient près de la tombe du défunt, au milieu de tous ses amis, étaient considérés comme le plus bel hommage qu'on pût rendre au souvenir d'un guerrier illustre. Ces duels sont fréquemment représentés sur les monuments funéraires des Étrusques (t. I, fig. 511 et 512). Quelques savants ont voulu voir dans ces bas-reliefs la représentation d'un fait historique comme la lutte d'Étéocle et Polynice, mais on ne voit pas bien pourquoi un fait particulier se représenterait si souvent et toujours de la môme manière, dans les tombeaux d'une certaine époque, et il est bien plus probable que c'est simplement l'image des honneurs rendus au mort, sans aucune signification particulière et déterminée.

Cependant, comme on n'avait pas toujours des prisonniers sous la main pour honorer les morts, on imagina de les remplacer par des hommes faisant profession de combattre et ce fut là l'origine des gladiateurs. Ces gladiateurs au début étaient presque toujours des étrangers, et ce ne fut qu'assez tard qu'on vit des citoyens descendre euxmêmes dans l'arène. Mais le caractère funèbre des combats primitifs se perpétua très-longtemps. On donnait des représentations de combats aux funérailles illustres, et les personnages opulents ordonnaient parfois sur leur testament les fêtes sanglantes qui devaient honorer leurs funérailles.

La lettre suivante, écrite à Maxime par Pline le Jeune, montre bien le caractère funéraire qu'on attachait encore dans ce temps-là à ce genre de combats :

« Pline à Maxime.

<( Vous avez bien fait de promettre un combat de gladiateurs à nos chers habitants de Vérone qui depuis longtemps vous aiment, vous admirent, vous honorent. Votre épouse, d'ailleurs, était de Vérone. Ne deviez-vous pas à la mémoire d'une femme que vous aimiez et que vous estimiez tant quelque monument public, quelque spectacle, et

celui-ci surtout qui convient si bien à des funérailles? Tauraïs voulu que les panihùres d'Afrique que vous aviez achetées en si grand nombre fussent arrivées à temps. Mais quoiqu'elles aient manqué à la fête, retenues par les orages, vous méritez pourtant qu'on vous en ait toute l'obligation, puisqu'il n'a pas tenuàvousde les y faire paraître. Adieu, n

Le caractère funèbre des anciens combats de gladiateurs se perdit tout à fait à la un de l'empire et des le premier siècle de notre ère

FiD. 15t, — CuDitot de gladut

ces luttes sanglantes devinrent de simples amusements pour le peuple romain, qui se prit d'une véritable passion pour ce genre de spectacle.

Les particuliers appelaient des gladiateurs pour récréer leurs convives dans les festins et dans toutes les solennités publiciucs; on servit au peuple te spectacle d'une véritable guerre, puisque mille paires de gladiateurs combattaient quelquefois ensemble dans rampliilliéùtre. Dès lors le nombre des gladiateurs s'accrut démesurément et leurs

luttes devinrent une véritable science, se rattachant & des règles fort compliquées et pour lesquelles une éducation spéciale était absolument nécessaire.

D'anciens gladiateurs auxquels on donnait le nom delaniites étaient

Fj^.' 1M. — HopiooaquB el »

spécialement chargés d'enseigner aux débutants la théorie et les règles de leur métier. Le laniste portait une tunique et n'était pas armé, mais il avait en main une baguette, comme signe d'autorité.

La plupart des lanistes étaient chargés d'exercer les compagnies appartenant à l'État; les gladiateurs de ces compagnies portaient le nom de gladiateurs fiscaux, parce qu'ils l'taicnt nourris et payés par le fisc. D'autres lanisles étaient de véritables entrepreneurs, qui recrutaient pour leur troupe des jeunes hommes robustes, les nourrissaient, les prenaient à leur service et les louaient ensuite pour les représentations. Il y avait deux catégories de gladiateurs : tes esclaves, qui

LKS FETES PUBLIQUES.

appartenaient complètement au lanisle, et les gladiateurs de condition libre qui lui juraient une obéissaDce passive pour la durée de leur engagement. Le gladiateur libre qui prenait on engagement jurait par serment de souiïrir ie fer, le feu, ia chaîne, les coups, etc. EoGn, ea

dehors des en i repreneurs, il y avait des particuliers opulents qui avaient des gladiateurs à eux. Ceux qu'on appelait césariens, parce quils appartenaient à César, c'esl-à-dirc à l'empereur, passaient pour

les plus beaux et les plus habiles de tous. Quelques-tins d'entre eux avaient une grande réputation et le peuple les réclamait chaque fois qu'il y avait un spectacle important.

Le jour du spectacle les gladiateurs étaient conduits en cérémonie à l'ampliithéâlro dans lequel ils devaient combattre : alors on les appareillait en choisissant pour chacun d'eux un adversaire d'une force à peu près égale. Avant d'entrer en lice, ils s'exerçaient en se frappar.t tï. 84

avec des épées de bois, mais dès que la trompciie se faisait entendre ils pi'CDaieot leurs armes et s'élançaient l'un contre l'autre. Quelquefois

Pig. 1S8. — aladialcor.

l'un des deux adversaires était frappé à mort dès le premier coup :

c'est probablement ce qui arrive à celui qu'on voit tomber en arrière sur son bouclier après avoir reçu un coup en pleine poitrine (fig. 152).

Quand un gladiateur était blessé, il pouvait meltre bas les armes et se déclarer vaincu. Quelquefois- le vaincu fuyait pour échapper aut

Flg. 181. — Caïquo ds gli

poursuites de son adversaire, comme on le voit dans la figure 153,

Kg. 11». - Cajrjue do gWi

tirée d'un tombeau de Pompéî; le gladiateur vaincu a laissé tomber

son bouclier et love le bras pour demander sa grùce aux spectateurs.

Le geste du gladiateur demandant sa grâce est encore plus caracté-

risù dans la figure 15£i : celui-ci met un genou en terre, en œëmo temps que par son geste il implore le public, tandis que le vainqueur, posant le pied sur la lance de san adversaire, attend pour le laisser vivre ou pour le Trapper la décision que vont prendre les spectateurs.

Lorsque les spectateurs levaient la main en abaissant le pouce, ils voulaient qu'on Dl grâce au vaincu, mais quand ils levaient le pouce en le tournant vers les combattants, le malheureux était impitayablc-

Fig. 183. — CmiquB de gladi

ment égorgé. C'est ce que nous montre la figure 155 : un gladiateur, blessé en plusieurs places et perdant son sang en abondance, implore vainement la pitié d'un autre gladiateur qui lui transperce la gorge avec sa courte épée.

La figure 156 nous montre un gladiateur vaincu, qui a laissé tomber son bouclier et qui demande grâce en tendant le bras gauche selon le geste consacré. Le peuple a sans doute accédé à sa demande, car un lanistc arrête son adversaire qui allait s'élancer sur lui et l'empêche de continuer la lutte.

Les gladiateurs qui assistaient au combat de l'arène, en attendant que leur tour arrivât d'entrer dans la lutte, ne pouvaient en aucune

fa(;on prendre parti dans le combat qui avait lieu et le regardaient sans s'y mêler comme on le voit sur la figure 157. Quand un gladiateur était mort, les valets du cirque venaient immédiatement enlever son corps, en le traînant sur le sable de l'arène, à l'aide de crochets qu'ils liraient au mujen d'une corde.

Le costume des gladiateurs présente une assez grande variété. La figure 158 nous montre le portrait d'un gladiateur fameux qui vivait sous Caligula ; il est tiré d'un monument sépulcral. 11 nous fait voir

Clique de gUdiiit

en quelque sorte un gladiateur typique n'appartenant à aucune catégorie spéciale. 11 porte une épée courte et un grand bouclier. Sa téle est découverte, mais son casque, d'une forme assez bizarre et disposé de façon à protéger entièrement ta tête et le cou, est placé sur une espèce de pieu dressé à câtë de lui.

Le gladiateur que représente la figure 159, tirée d'une lampe antique, est armé à peu près de la même manière, mais son casque est d'une forme différente et les jambières de métal sont remplacées pardesbottinesmollcs.Une statuette antique, que montre la figure 160, représente un gladiateur portant un casque d'une forme tout à fait extraordinaire. Mais il faut signaler aussi une particularité dans les jambes

dont l'une parait enliôrcmcnt nue, tandis que l'autre, celle qui sa porte en avant, est très-fortement protégée sur sa face antérieure.

On a retrouvé des armes de gladiateurs qui sont de la plus grande richesse décorative. Les casques roprésenlés sur la figure 161, 162, 163, 16fi sont ornés de bas-reliefs d'une grande valeur artistique. La miïme forme ou à peu près se retrouve sur le casque de la figure 165. mais ici le cimier, au lieu de former un angle par devant comme dans

Fig, 185. — Ciiquo de gUdi»l

les types précédents, se contourne pour aboutir à une sorte de tête d'animal fantastique qui se projette en avant.

Ces casques de grand luxe appartenaient sans doute à quelques gladiateurs célèbres et riches comme il y en avait sou» l'empire romaio. Ces armes sont toutes de fantaisie et n'ont jamais été employées dans les armées. On y voit surtout la préoccupation de préserver le visage des coups qui auraient pu le défigurer. Ce masque métallique en forme de grillage avait en outre l'avantage de laisser passer facilement l'air. La respiration devait être plus pénible avec les casques représentés sur les figures 166 et 167. Ils sont entièrement fermés sauf l'ouverture indispensable pour voir son adversaire. Encore les deux ouvertures ne

sont pas pareilles des deux eûtes et les raisons de cette différence sont assez dilliciles à expliquer.

Quelquefois le casque du gladiateur était surmonté d'une aigrette: s'il tombait ou s'il demandait grâce, le vainqueur enlevait cette aigrette et la montrait au peuple en signe de victoire.

Les deux jambières que montrent les ligures 168 et 169 ainsi que le brassard de la Tigurc 170 ont appartenu à des gladiateurs. Jamais les soldats romains n'ont porté des armures du genre de celles-ci. Ils étaient généralement v^tus d'après un uniforme réglementaire, tandis que les gladiateurs, étant moins astreints à la régularité, pouvaient apporter plus de luxe et de variété dans leurs armes. Les armes

que Ion vient de voir ont d'ailleurs un caractère exceptionnel, et les figures 171 et 172 se rapprochent davantage des types les plus répandus.

On a donné le nom d'École <les gladialeurs à un édifice situé à Pompéi prés des théâtres et dans lequel d'autres archéologues ont vu simplement une caserne. Des armes, des casques, des cnémides ou bottines de bronze, qui ont appartenu à des gladiateurs et non à des soldats, ont été découverts en ce lieu, et c'est ce qui a fait voir la un établihscmcnt destiné à des gladiateurs. Mais, suivant M. Breton, une ville aussi pou consiilérabic que Pompéi n'aurait pu entretenir une troupe de gladiateurs assez nombreuse pour exiger do si vastes logements, tandis que des gladiateurs de passage ont parfaitement pu loger à la caserne, ce qui expliquerait la présence des armes qu'on a retrouvées.

La plupart des gladiateurs appartenaient à des catégories combattant dans des modes différents; mais en général deux gladiateurs de la

même espèce ne combattaient pas l'un contre l'autre, mais on donnait pour adversaire au gladiateur d'une espèce un autre gladiateur appartenant à une autre série et portant des armes toutes différentes. Chaque série avait un nom particulier qui provenait soit du pajs dont il était natif, soit de la nature spéciale de son équipement.

Parmi les nombreuses espèces de gladiateurs on distinguait :

1' Les Tliraces, dont l'arme habituelle était une sorte de coutelas recourbé. Ils avaient comme arme défensive un petit bouclier à contours carrés et 5 surface convexe, derrière lequel ils s'agenouillaient pour soutenir l'atlaque de l'adversaire qu'ils combattaient ainsi en frappant de bas en haut. Les figures 173 et ni, tinies d'une lampe en terre cuile, montrent deux gladiateurs thraces.

2° Les samnites étaient des gladiateurs armés comme les anciens soldats samnites ; ils portaient un casque fermé avec des ailes, et un

LES fETES publiques.

brassard au bras droit qui a'était pas protégé par le bouclier. Le gladiateur Taincu quR nous avons vu à la figure 156 parait fitre un samnite. Son adversaire, dont un laniste arrête le bras, estunmirmillon. 3> Le mirmilion est un gladiateur gaulois caractérisé par un casque dont le panache est remplacé par l'image d'un poisson. Il a souvent

pour arme une faux et son adversaire habituel est le rèltaire, qui cherche à l'envelopper dans son filet et l'attaque ensuite avec son tri-

Jlmbiirel da gladi

dent .comme nous le verrons tout h l'heure. Quand ils luttent ensemble, leur combat doit être l'image d'une pêche, et le rétjairc en l'abordaDt lui crie : « Ce n'est pas à toi que j'en veux, Gaulois, mais à ton poisson », plaisanterie qui faisait beaucoup rire les Romains. Le sccutor, bien que portant un cos;tume dilTérent du mirmilion, est aussi un adversaire babilucl du rétiaire. Les gladiateurs que nous avons vus dans la figure

sont 4es gecutora et des rôtiaircs : ces derniers sont reconnaissables au trident qui leur sert d'arme, La figure 175 monirc ud secutor qui vient d'être pris dans les filets durëtiaire.

4" Le riliaire est caractérisé par l'absence totale d'armes défensives; son casque est dépourvu de visière, il n'a pas de bouclier et son corps

est presque entièrement nu. Il n'a d'autres armes que son harpon ou fourche et le filet dans lequel il cherche à envelopper son adversaire; mais quand il a manqué son coup en jetant le filet, il est exposé aux coups de leiuicmi qui est armé de pied en cap, et presque toujours il

LES FÊTBS PUBLIQUES. 19»

est obligé de prendre la fuite. Ce genre de gladiateurs était assez méprisé ; luvénal, dans sa VIII° satire, montre un sénateur dans le cirque où il joue maladroitement le rôle du retiarius. ■ Un noble peut se faire histrion, dit-il, quand un empereur se fit joueur de harpe. 11 y aurait encore quelque chose de plus honteux, ce serait qu'un noble se fit gladiateur. Eh bien 1 Rome a subi cette infamie. Gracchus se montre sur l'arène, non pas, comme le mirmillon, armé d'une faux et le visage couvert d'un casque; il déleste et méprise ces déguisements. Il balance le trident, il lance le filet. A-t-il manqué son coup, il prend la fuite et s'offre la tête hautu aux regards des speclateursl n

Une curieuse statuette eu bronze (fig. 176], donnée par le duc de Luynes à la Bibliothèque nationale, nous montre le costume d'un rétiaire. Il porte une large ceinture de métal qui cache en partie son caleçon. Il n'a pas de bouclicrj son bras gauche est seulement protégé par un brassard qui couvre l'épaule et se prolonjje au delà de la main qu'il garantit. Le bras droit est orné de trois bracelets au-dessous de l'épaule et detroisaulrea au poignet; des anneaux semblables entourent les jambes, qui sont nues ainsi que les pieds. Les cheveux et les favoris sont disposés avec une grande symétrie, les yeux de la statuette sont incrustés d'argent.

5° Vhoplomaqus est un gladiateur pesamment armé, c'est-à-dira portant, outre son casque, des brassards et des jambards. Le gladiateur victorieux qui est représenté sur notre figure 15Ii est un hoplomaque; l'adversaire qu'il vient de vaincre est un vèUu ou soldat armé à la légËre : il porte, comme Thoplomaque, un petit tablier autour des reins, mais il a les cuisses nues, et d'un cûté seulement il est protégé par une bottine de bronze.

6* Le dimachère combattait avec deux épées et n'avait pas de bouclier : je ne connais aucun monument qui représente cette catégorie de gladiateurs.

7- Les essèdaires combattaient montés sur des chars gaulois conduits

Fi g. 177. — Oladialoun êqueitrct.

par un cocher : ils commençaient par se lancer des traits, puis ils sautaient à terre et combattaient à l'épée,

8° Les gladiateurs équestres partent au même signal des demc extréuiilés de l'arËnc et chargent l'un sur l'autre au galop. Ils sont armés de la lance et du bouclier rond; leur tête est couverte d'un casque d'airain à visière et une petite chlamyde Hotte sur leurs épaules. La figure 177 montre deux gladiateurs équestres au moment du combat : elle est tirée d'un bas-reltef qui décorait le tombeau de Scaurus à Pompéi, aux funérailles duquel ces deui personnages ont en effet combattu. Une inscription donne leur nom avec le nombre des victoires que chacun d'eux a déjà remportées : l'un est appelé Bébrix, nom qui vient probablement de son pays natal ; il a été quinze fois vainqueur. L'autre, appelé Nobilior, ne compte que onze victoires.

9° Les mendiant constituaient un genre de gladiateurs qui corn-

10' Les bestiaires formaient une classe de gladiateurs tout à fait distincte des autres; leur métier consistait à combattre tes bétes féroces dans le cirque. La figure 179 nous montre ce genre de combat, qui présentait de sérieux dangers; néanmoins les bestiaires étaient assez méprisés et les gladiateurs qui combattaient entre eux se considéraient comme ayant une profession beaucoup plus relevée. Une petite statue du musée de Venise montre un gladiateur posant un genou en terre et s'appuyant sur la main gauche, tandis qu'avec la droite il se prépare à recevoir son ennemi à la pointe de son épée. La pose du personnage aussi bien que la tunique courte serrée par une ceinture dont il est revêtu ont fait penser que nous avions ici un bestiaire s'apprëiant à combattre un animal qui se dresse devant lui.

Le cirque romain. — Le cirque primitif des fiomains était un

espace découvert, dans lequel on faisait des courses de chars, et autour duquel les spectateurs se tenaient sur des échafauds de bois. Mais comme les Romains étaient passionnés pour ce genre do spectacle, on construisit de très-bonne heure un édifice permanent pour cet usage. Le cirque Maxime, le plus important des cirques romains, est antérieur à l'expulsion des rois. « Ce fut Ancus Hartîus, dit Tite-Live, qui tra<;a l'enceinte de ce qu'on nomme aujourd'hui le grand cirque ; il y marqua une place pour des loges que chacun des sénateurs et des chevaliers

annuels; on les appelle iodifrûremment les grands jeux ou les jeux romains, n

Le granU cirque ou cirque Maxime reçut d'importantes modilicalions sous COsar, Auguste, Claude, Domitien et Trajan.

A l'extérieur, les cirques (.■talent composas d'un ou plusieurs triages d'arcades formant des galeries où circulaient les personnages. A l'intérieur l'espace de terrain que devaient parcourir les concurrenta était sépart) en diïux parties égales par une sorte de piédestal étroit et long appelé l'épioe, parce qu'elle est on efTet comme l'épine dorsale de l'arène (fig, 180). L'épine occupait à peu prés les deux tiers de la longueur de l'arène, dont le plan d'ailleurs o'éiaitpaâ toujours absolumenl

régulier. Cette dispositiOD est très-visible sur le plan représenté figure 181 où la ligne ponctuée a pour base les carcëres, c'est-à-dire le point de départ des concurrents.

Les carcéres, marquées comme de petites cellules, sur le plan à gauche, étaient des écuries, ayant leur entrée dans Tintérieur du cirque et dans lesquelles les chars étaient remisés avant la représentation. Un bas-relief antique représente le moment où on ouvre les carcëres du cirque pour faire partir les chars (ftg. (182). Ces écuries servaient aussi à loger les bétes féroces qui devaient combattre dans le cirque.

Les chars en sortant des carcères se rendaient d'abord à l'endroit

- Courte! du clique.

doulqua de Lyoa.)

OÙ commence l'épine, où ils devaieiu se trouver tous de front. Les lignes ponctuées du plan {(ig. 181) indiquent le point où devait commencer la course et qui se trouvait à égale distance de toutes les écuries. Là, une corde tendue au point où commence l'épine les arrêtait un moment ; à un signal donne, la corde tombait et les chars se mettaient en mouvement. Le cirque avait plusieurs entrées : le corlége arrivait par le côié où sont les écuries, et la porte ouverie au milieu de la partie courbe du monument était appelée porte triomphale, parce que c'est de ce côté que le char victorieux sortait au milieu des acclamations de la foule. La tribune impériale, formant saillie sur la fa(;ade externe, est marquée aussi au bas du plan.

L'épine qui partageait l'arène dans sa longueur était une èlévatiOT CD maçonnerie au centre de laquelle s'élevait un obélisque. Aux extrémités étaient des bornes, autour desquelles les concurrents dans les

courses devaient passer un certain nombre de fois. Dans Tintervalle il y ayait des statues, des vases ou d'autres objets qui contribuaient à la décoration de Tensemble. Les spectateurs étaient placés sur des gra dins élevés autour de Tarène. Le cirque servait primitivement pour les courses de chars et de chevaux, comme Thippodrome des Grecs, mais on y donna aussi des combats de bêtes féroces et même de gladiateurs. A partir de César, Tarène fut circonscrite par un canal destiné à préserver les spectateurs pendant les combats d'animaux.

Une mosaïque antique découverte à Lyon en 1806 et maintenant au musée de cette ville (Gg. 183), fournit un document très-complet sur les courses. On distingue par leur couleur les factions qui se disputent la victoire, la loge où siégeaient les juges du concours, l'épine avec la rangée de dauphins et la rangée d'œufs, les bornes, etc. Il existe un assez grand nombre de représentations de ce genre qui sont plus ou moins complètes et qui varient un peu par le décor, mais les courses de chars qui s'exécutent autour de l'épine ou la spina offrent toutes un caractère analogue. La figure 184 montre une|course de chars d'après une monnaie byzantine. L'obélisque central est beaucoup plus élevé

que celui que nous avons vu dans les représentations précédentes. Cette figure est destinée à rappeler le souvenir du fameux hippodrome de Constantinople, qui a eu sous le bas empire autant d'importance que le grand cirque des Romains et dans lequel on donnait des fêtes du même genre. Nous avons montré déjà (tome I, fig. 475) la tribune impériale qui s'ouvrait sur l'arène de cet hippodrome. Quand l'empereur apparaissait ainsi, il était salué par les acclamations de la multitude. Sur le piédestal de l'obélisque de Théodose à Constantinople, on voit l'empereur assis et entouré de sa suite, au moment où les jeux vont commencer. Suivant les habitudes antiques, continuées par les Byzantins, l'empereur est représenté beaucoup plus grand que les personnages qui l'entourent, et ceux-ci, qui forment sa cour, sont même plus grands que les gens de condition inférieure.

L'hippodrome de Constantinople, qui était une dépendance du palais impérial, est certainement le plus somptueux édifice qu'on ait jamais élevé pour des courses de chevaux. La Grèce, l'Asie, l'Egypte,

Fig. IW.

Courses de chars.

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