IV
la Sicile, l'Italie et Rome elle-même s'étaient vues dépouillées de leurs richesses artistiques, pour embellir ce monument, et si l'on veut restituer par la pensée le stentures éclatantefi, le luie des chars et des attelages, les bannières des factions et les costumes brillants et bigarrés de la foule qui se pressait pour jouir de la vue des courses, on comprendra la passion des Byzantins pour ces splendides spectacles.
Les coobses. — Les chevaux n'avaient habituellement d'autre harnais qu'une sangle légère qui leur ceignait la partie antérieure du
corps et à laquelle on attachait le timon. Le mors, lié à la mâchoire inférieure, était directement attaché aux brides que tenait le cocher (ûg. 183). La position de celui-ci mërlLe d'être signalée : le genou gauche s'appuyait sur le parapet, tandis que le pied droit portait sur l'extrémité du char, de telle façon que, par sa position courbée et inclinée sur le devant, le cocher se tenait presque en équilibre sur l'essieu. Les cochers dirigeaient leurs chevaux de la main gauche et tenaient avec la droite le fouet toujours prêt à frapper. Us portaient du câté gauche un petit couteau recourbé. Leur habillement se distinguait par la couleur de la faction à laquelle ils appartenaient. Ce vêtement était une tunique légère descendant jusqu'au milieu de la cuisse. Ils avaient toujours les pieds nus pour les tenir plus facilement en équilibre sur le char. Les brides des chevaux étaient solidement attachées au corps du cocher.
De nombreux bas-reiiefs représentent les courses de chars; mais les cochers sont souvent remplacés par de petits génies, qu'on désigne géaéralemeDt sous le nom de génies des courses. Ces monuments font trës-bien comprendre les manœuvres habituelles aux cochers.
Dans un bas-relief du Louvre, on voit quatre génies
char répondant aux quatre factions principales des cochers, la blanche, la rouge, la verte et la bleue. Ils conduisent des biges ou chars à deux chevaux qui parcourent l'arène. Oo trouve ici les petites tricheries en usage : ainsi le cocher d'un des chars se retourne pour arrêter celui
qui le suit et le faire tomber s'il le peut. Les chutes étaient assez fréquentes et parfois très-dangereuses.
Pour embarrasser les cochers, on jetait sous les pieds des chevaux des paniers ou des vases, on en voit sur tous les bas-reiiefs qui repré' sentent des courses. Ainsi dans la figure 187, on voit les chevaux du premier char se cabrer et le cocher devra faire des prodiges pour éviter que les roues de son char ne viennent rencontrer le vase qu'on a jeté devant lui. Ceux qui créaient ces embarras aux cochers étaient des
hommes attachés à la faction' opposée. Quelquefois ceux qui voulaient ainsi arrêter un char tombaient eux-mêmes sous les pieds des chevaux. Il y avait aussi des jongleurs, dont les tours d'adresse amusaient le public et qui passaient sous les pieds des chevaux pendant la course ou bien s'asseyaient ou se couchaient au milieu de l'arène, pour se relever subitement quand le char arrivait au galop.
Ces bas-reliefs, qui montrent les génies de la course, reproduisent exactement ce qui se passait dans les véritables cirques. On y voit (fig. 186) la spina, les dauphins, les œufs qui servaient à marquer le nombre de tours que les chars faisaient autour des bornes.
Les cochers. — Le costume des aurigcs est très-bien caractérisé sur une statue du musée Pie Glémentin, qui provient de la villa Albani (ûg. 188). Toutefois il s'agit uniquement du torse, car les bras et les jambes sont une restauration moderne et la tôte, bien qu'antique, a été rapportée et n'appartenait pas à la statue. Le personnage porte une tunique courte et s'arrôtant au milieu des cuisses. Des courroies entourent le buste depuis les seins jusqu'aux hanches, et, n'étant pas toujours juxtaposées, laissent voir cinq fois la tunique. Un couteau à lame recourbée et fixé sur les courroies servait, selon Visconti, à couper les traits qui étaient attachés à l'aurige même. Il est probable que lorsqu'ils étaient renversés, les cochers coupaient les courroies pour n'ôtre pas entraînés par les chevaux. Ces larges bandes de cuir, bien entrelacées, qui descendaient jusqu'à la ceinture serraient le corps et le rendaient, croyait-on, plus propre à la rapidité de la course. On retrouve un costume analogue (voir fig. 190) sur quelques médailles et sur plusieurs monuments.
Le fragment représenté figure 189 passe également pour appartenir à une statue d'aurige. Cependant cette attribution a été contestée par Visconti, à cause de la ressemblance que présente le costume avec celui des soldats romains : en effet les courroies horizontales de sa cuirasse sont juxtaposées et se fixent sur sa poitrine au moyen de clous; d'autres bandes relient la cuirasse aux épaules, comme cela avait lieu pour les soldats. La plupart des antiquaires ont pourtant maintenu rancienne attribution, se fondant sur le casque, qui n'est pas celui des soldats, et sur Técharpe qui sort de dessous la cuirasse avec de petites courroies, costume que portaient souvent les auriges : en outre, sa tôte imberbe et efféminée s'appliquerait difficilement à un militaire. Il faut bien remarquer d'ailleurs que le costume des auriges n'était pas
UD uniforme bien rigoureusement observé, car les bas-reliers montreot à cet égard une assez grande variété.
On voit également d'assez nombreuses représentations de cochers sur des médailles qui pour la plupart se rapportent à l'époque byzan-
tine. C'est en eiïct dans cette période que des cochers ont pris dans les préoccupations publiques la très-grande imporlance et le rôle en quelque sorte politique que nous leur voyons jouer dans l'empire d'Orient.
Les médailles où l'on voit des représentations do cochers vîctorieui {fig. 190, 191), étaient le plus ordinairement des jetons d'entrée. Quelquefois les jetons représentent sur une de leurs faces l'image
d'Alexandre le Grand (ûg. 192). Les cochers qui avaient le don de plaire à la multitude étaient très-bien rétribués. Les figures 193 et 194 représentent des tirelires de cocher; l'image d'un cocher victorieui
— Prigmenl aurïEe.
flgure en dessous de Touverture par laquelle on déposait la monnaie. u Oo remarque une différence essentielle dans les jeux de l'anti-
quité, dit Gibbon dans son ffisloJre de l'Empire romain. Parmi les Grecs, les personnages les plus émioents y jouaient un rôle; mais les Romains n'y paraissaient que comme spectateurs. Le stade olympique était ouvert à la fortune, au mérite et à l'ambition; et si les candidats
comptaient assez sur leur habileté et sur leur savoir, ils pouvaient marcher sur les traces de Diomèdeet deMénélaset conduire eux-mêmes leurs chevaux dans la carrière. Dix, vingt, quarante chars s'élançaient au même instant; le vainqueur obtenait une couronne de laurier, et
joloii ds rbippodramaj
et des vers lyriques, plus durables que les monuments de marbre et d'airain, célébraient sa gloire et celle de sa famille et de son pays. Hais
rV ri.iTrrrni
à Rome, le sénateur ou même le citoyen qui se respectait aurait rougi de montrer dans le cirque sa personne ou ses chevaux. Les jeux se donnaient aux frais de la république, des magistrats ou des empereurs; on abandonnait les runes des coursiers à des mains serviles; et, si les profits d'un conducteur de char chéri du peuple excédaient quelquefois ceux d'un avocat, on duit les regarder comme une suite de l'exlravagancc publique, et des riches salaires qu'on payait à une profession frappée de déshonneur. On n'employa d'abord que deux chars; le conducteur du premier était vêtu de blanc et le second de rouge. On
y ajoirta ensuite deux autres chars avec la couleur verte et bleue ; et les courses se répétant vingt-cinq fois, cent chars contribuaient le môme jour à la pompe du cirque. Les quatre factions ne tardèrent pas à obtenir la sanction de la loi, et on leur supposa une origine mystérieuse. On dit que les quatre couleurs, adoptées sans dessein, venaient des divers aspects qu'offre la nature dans les quatre saisons ; qu'elles représentaient les feux de la canicule, les neiges de l'hiver, les teintes foncées de l'automne et Tagréable verdure du printemps. D'autres les faisaient venir des éléments et non pas des saisons ; ils voulaient que la lutte du vert et du bleu figurât la lutte de la Terre et de l'Océan ; que leurs victoires respectives annonçassent une récolte abondante ou une navigation heureuse : et aussi les hostilités des cultivateurs et des marins étaient, à quelques égards, moins absurdes que [l'aveugle fureur du peuple de Rome, qui dévouait sa vie et sa fortune à la couleur qu'il adoptait. Les princes les plus sages dédaignèrent et favorisèrent cette folie ; mais les noms de Caligula, de Néron, de Vitellius, de Vérus, de Commode, de Caracalla, et d'Héliogabale, furent inscrits sur la liste des verts. Ils fréquentaient les écuries de cette faction, ils applaudirent à ses favoris; ils châtièrent ses antagonistes; et en imitant ou en affectant les mœurs de ce parti, ils méritèrent l'estime de la populace. Des querelles sanguinaires et tumultueuses troublèrent les jeux du cirque jusqu'à la dernière période des spectacles de Rome ; et Théodose, entraîné par la justice ou par Taffection, interposa son autorité en faveur des verts contre la violence d'un consul et d'un patricien dévoués passionnément aux bleus. Constantinople adopta les folies de l'ancienne Rome, sans adopter ses vertus; et les factions qui avaient agité le cirque troublèrent l'hippodrome avec une nouvelle fureur. Sous le règne d'Anastase, le fanatisme de religion accrut cette frénésie populaire, et les verts, qui avaient lâchement caché des pierres et des poignards dans des paniers de fruits, massacrèrent trois raille bleus au milieu d'une fête solennelle. La contagion se répandit de la capitale dans les provinces et les villes de TOrient, et deux couleurs, adoptées pour l'amusement du public, donnèrent lieu à des factions puissantes et irréconciliables qui ébranlèrent les fondements d'une administration faible. »
L'engouement pour les courses de chars devint général dès le commencement de l'empire romain. Cependant il y eut quelquefois des protestations isolées contre cette passion singulière. La lettre suivante de Pline le Jeune en offre un exemple.
Pline à Calvisius.
f J'ai passé tous ces jours derniers dans la plus douce tranquillité entre mes tablettes et mes livres. Comment, dites-vous, cela se peut-il au milieu de Rome? C'était le temps des spectacles du cirque qui n'ont pas pour moi le moindre attrait. Je n'y trouve rien de nouveau, rien de varié, rien qu'il ne suffise d'avoir vu une fois.C'est ce qui me fait trouver d'autant plus étrange ce désir puéril quêtant de milliers d'hommes éprouvent de revoir de temps en temps des chevaux qui courent et des hommes qui conduisent des chars. Encore, s'ils étaient attirés par la vitesse des chevaux ou par l'adresse des hommes, leur curiosité aurait quelque motif. Mais non, ils ne s'attachent qu'à la couleur des combattants : c'est là tout ce qu'ils aiment. Que dans le milieu de la course ou du combat on fasse passer d'un côté la couleur qui est de l'autre, on verra leurs goûts et leurs vœux changer tout à coup avec elle, et abandonner les hommes et les chevaux qu'ils connaissent de loin, qu'ils appellent par leurs noms : tant une vile casaque fait impression, je ne dis pas sur la populace, plus vile encore que ces casaques, mais sur des hommes graves ! Quand je songe qu'ils ne se lassent point de revoir avec tant d'ardeur des choses si vaines, si froides et si communes, je trouve une satisfaction secrète à n'être point sensible à ces bagatelles, et c'est avec un grand- plaisir que je consacre aux belles lettres un loisir que les autres perdent dans de si frivoles amusements. »
Les combats d'animaux. — Les combats d'animaux ont été dans toute l'antiquité un des grands divertissements populaires. Il serait difficile d'en fixer l'origine, mais elle doit être fort ancienne, puisque des combats de taureaux sont figurés sur les monuments égyptiens (fig. 195). Strabon nous apprend en eiïet qu'on élevait à cette intention des taureaux. Ces combats avaient lieu sur les grandes avenues qui conduisaient aux temples.
Il est impossible de dire si c'est par l'Egypte que le goût des combats des taureaux est venu chez les Grecs et les Romains, car il est assez probable que cet usage a existé aussi chez plusieurs peuples de l'Orient. C'est en Thessalie qu'on les voit paraître pour la première fois en Europe, et les Grecs croyaient que les combats de taureaux étaient originaires de Thessalie. Une ancienne épigramme de l'anthologie dépeint un Thessalien jetant un nœud dans les cornes du taureau, qu'il fait plier et renverse en un clin d'œil. César a donné le premier
lY. 'il
aux Romains le spectacle de cette lutte, qui toutefois n'a jamais eu dans l'antiquité l'importance qu'elle a acquise en Espagne dans la société moderne. Sous le règne de Claude, on vit, dit Suétone, des cavaliers thessaliens poursuivre dans le cirque des taureaux sauvages, leur
sauier sur le dos après les avoir fatigués, et les terrasser en les saisissant par les cornes. Pline décrit aussi ce genre de combat qui est figuré sur une lampe découverte a Herculanum. Ici seulement l'homme
Fig. ISa. — BestlaiTM. (D'apit) une peintura de Potupii.)
paraît être tombé, et d'après la posture que l'artisle lui a donnée, il ne peut guiirc se rendre maître de son ennemi. Cette lampe est d'ailleurs d'un travail assez grossier. Des peintures de Pompéi montrent également des bestiaires combattant divers animaux et entre autres des tuareaux ffig. 196 et 197). Mais ils sont à pied et l'exercice auquel ils se livrent est tout différent de celui des cavaliers thessaliens dont nous parlions plus haut.
Les Grecs étaient passionnés pour les combats de coqs. Ils avaient des jeux publics oij les jeunes gens étaient tenus d'assister, afin d'ap-
prendre par les coqs qu'on peut lutter jusqu'à la dernière extrémité. Le coq tenant une palme qu'on voit sur plusieurs monnaies grecques se rattache à ces institutions.
Pline TAncien fait Téloge du coq en termes pompeux. « Chaque basse-cour dit-il, a son roi et chez eux Tempire est le prix de la victoire. Souvent les deux rivaux meurent en combattant. Si Tun d'eux est vainqueur, aussitôt il chante son triomphe et lui-même se proclame souverain. L'autre disparaît honteux de sa défaite. Seuls de tous les oiseaux, ils regardent habituellement- le ciel, dressant en môme temps leur queue recourbée en faucille. Quelques-uns d'entre eux semblent naître uniquement pour la guerre et les combats. Ceux-là ont illustré
Fig. 197. — Bestiaires. (D'après uno pcinturo do Pompéi.)
les pays qui les produisent tels que Rhodes et Tanagre. On assigne le second rang à ceux de Mélos et de Chalcis. »
Les coqs avaient des maîtres pour les dresser à la lutte. Les spectateurs s'intéressaient tellement à la victoire d'un des deux champions, qu'ils faisaient souvent des gageures considérables. Pendant les guerres civiles d'Augupfc et d'Antoine, on faisait combattre des coqs représentant l'un des deux partis et on prétend que le coq d'Auguste était toujours vainqueur. Toutefois cette remarque n'a été faite qu'après la défaite d'Antoine, et on aurait sans doute dit le contraire si la fortune lui avait été favorable. Pour exciter les coqs et rendre leur ardeur plus grande on leur faisait manger de l'ail et des oignons. Souvent aussi on armait leur ergot d'un éperon de bronze.
Les coqs sont représentés sur un assez grand nombre de monuments. Un vase peint du musée grégorien (fig. 198) nous montre deux éphèbes tenant chacun un coq qu'ils excitent l'un contre l'autre, et le même sujet apparaît sur divers bas-reliefs. Sur les monuments funé-
INSTITDTIONS CIVILES.
raires, Icacoqs apparaissent quelquefois comme symboles des luttes de la vie dans lesquelles on ne doit jamais se laiitser abattre.
Fig. ISS. — CombU de coqi. (D'apte une peintura da tih.)
Ua combat de coqs est figuré sur une mosaïque de Pompéi. L'un
ds Pompéi.)
des deux adversaires lève la ti^le avec orgueil, tandis 'qiie le vaincu semble s'affaisser tout honteux. Derrière eux on voit leurs propriétaires. Celui qui possède le coq vainqueur tient une couronne et un enfant lui présente une palme. Dans-sa main it lient encore le sac dans lequel
on enfermait le coq avant la bataille. Un jeune homme et un enfant montrent par leur air aUligé le chagrin que leur fait éprouver la défaite de l'autre coq (fig. 199).
Le mufiée de Latran, à Rome, possède un petit bas-relief provenant d'un monument funéraire, où l'on voit la fin d'un combat de coqs. L'hermès, devant lequel est une table chargée do couronnes et de palmes, semble indiquer une palestre. Un enfant ou an génie amène devant Thermes le coq victorieux, tandis qu'un autre s'éloigne en pleurant et tenant dans ses bras son coq qui parait avoir succombé dans la lutte (fig. 200).
Les combats de coqs figurent quelquefois sur les sarcophages,
pour indiquer l'intrépidilé du défunt. Néanmoins l'usage des combats de coqs a été beaucoup moins répandu parmi les Homains qu'il no l'avait été parmi les Grecs.
Les Romains étaient passionnés pour les combats d'animaux féroces. Les récits de ces combats paraitraicntimaginaires, s'ils n'étaient attestés par un grand nombre d'écrivains, qui en parlent tous do la même manière. Pline en raconte ainsi l'origine :
« Q. Scévola, fils de Publius, dit-il, étant édile curule, fit le premier combattre plusieurs lions à ta fois. Sylla, qui fut depuis dictateur, donna dans sa préiure un combat de cent lions à crinières. Après lui, le grand Pompée en fit paraître dans le cirque six cents, dont trois cents quinze avaient des crinières ; et César, pendant sa dictature, donna un combat de quatre cents lions. »
Oulro les combats d'animaui entre eux, il y avait des spectacles consistant en divers exercices que les animaux apprivoisés faisaient
devant le public. A la dédicace du théâtre de Marcellus, Auguste montra dans l'amphithéâtre un tigre apprivoisé. L'empereur Claude en fit voir quatre à la fois. Le Carthaginois Hannon est le premier qui osa manier un lion et le montrer apprivoisé. A Rome, cela est devenu fréquent : Antoine se faisait traîner en compagnie d'une comédienne, sur un char traîné par des lions. Pline parle d'une sorte de danse exécutée par des éléphants.
« Aux combats de gladiateurs donnés par Germanicus, dit-il, des éléphants exécutèrent quelques mouvements confus et grossiers, en forme de ballet. Leurs exercices ordinaires étaient de lancer des traits dans les airs, de faire assaut comme les gladiateurs, et de jouer ensemble en figurant la pyrrhique. Ensuite ils marchèrent sur la corde et même quatre d'entre eux en portaient un cinquième étendu dans une litière, comme une nouvelle accouchée. Ils allèrent se placer h table dans des salles remplies de peuple, et passèrent à travers les lits, en balançant leurs pas avec tant d'adresse qu'ils ne touchèrent aucun des buveurs. »
Sous l'empire, des animaux de tout genre parurent dans Tamphithéâtre. C'est dans les jeux du grand Pompée que le rhinocéros parut pour la première fois. Marcus Scaurus fit voir au peuple de Rome un hippopotame et cinq crocodiles dans une pièce d'eau creusée pour les jeux de son édilité.
Les naumachies, — « César, dit Suétone, agrandit le cirque des deux côtés et y ajouta à Tentour un lac circulaire. Les plus nobles jeunes gens y firent rouler des quadriges et des chars, ou voltiger des chevaux, et, se partageant en deux troupes de différents ôges, ils célébrèrent les jeux troyens. Cinq jours furent consacrés à des combats de bêtes. On finit par une bataille entre deux armées, composées chacune de cinq cents fantassins, de vingt éléphants et de trois cents cavaliers. Pour laisser plus d'espace à leurs manœuvres, on avait enlevé les barrières du cirque, et on y avait substitué deux camps opposés. Des athlètes luttèrent pendant trois jours sur un $tade fait pour la circonstance dans le voisinage du Champ de Mars. On creusa un lac dans la petite codette, où des galères tyriennes ou égyptiennes, à deux, à trois et à quatre rangs de rames, montées par un grand nombre de combattans, s'y livrèrent une bataille navale. Ces spectacles avaient attiré de toutes parts un si prodigieux concours d'étrangers, que la plupart logèrent sous des tentes dressées dans les rues ou dans les
cairefouni, et qu'un ^and nombre d'individus, entre autres deux sénateurs, furent écrasés ou étouffés dans la foule. »
Les naumachies sont des édifices spéciaux destinés à des représentations de combat naval. Ils se composaient d'un vaste bassin plein d'eau, qu'entourait un bâtiment de forme circulaire ou ovoïde: ce b&timent était destiné aux spectateurs.l qui y prenaient place comme dans les cirques ou les amphithéâtres. Il y avait à Rome plusieurs
Fig. toi. — t^qe DïumichiB. (D'aprti une mddailla astiqua.]
naumachies, dont il n'est pas resté de ruines ; mais on en voit une représentation sur une médaille de l'empereur Domîtieu que reproduit la lîgure 201. Suétone rapporte que, dans un spectacle donné sous le régne de Claude, on vit se heurter une flotte de Sicile et une flotte de Rhodes, chacune de douze trirèmes, au bruit de la trompette d'un Triton d'argent qu'un ressort fit surgir au milieu du lac.
Les GRANDS JEUX ROMAINS. — Les jeuxpubHcs des Romaîns étaient de plusieurs sortes. Il y avait des jeux solennels, les plus importants de tous, qui revenaient périodiquement et dont les frais trés-consid^ rabics étaient supportés par le sénat ou l'empereur. Ce sont ceux qu'on appelle les grands jeux, et qui constituaient une fête populaire à lafois nationale et religieuse. Outre cela, il y avait des jeux honoraires, que l'on donnait une fois pour toutes à l'occasion d'un triomphe ou de la
dédicace d'un temple, et des jeux votifs, c'est-à-dire donnés en raison d'un vœu fait dans des circonstances intéressantes pour la république. Enfin il y avait fort souvent des jeux occasionnels qui étaient quelquefois dune magnificence extrême, et dont les frais étaient supportés par un particulier désireu\ de conquérir la popularité, ou par un fonctionnaire, qui quelquefois se ruinait pour donner de l'éclat à son administration. Tous ces jeux consistaient en pièces de théâtre, luttes athlétiques, combats de gladiateurs ou d'animaux féroces, processions, batailles simulées, et autres cérémonies avec lesquelles on voulait amuser le peuple romain.
Les jeux romains, ou grands jeux, étaient annuels et duraient environ quinze jours. C'était toujours par des représentations scéniques ou pièces de théâtre que Ton commençait. Les intermèdes se composaient de chants, de danses et de pantomimes diverses. Un monceau de comestibles, rassemblé sous les portiques, était mis à la disposition des spectateurs, et souvent un repas somptueux était offert au peuple après la fin des jeux scéniques, c'est-à-dire vers le milieu de la fôtc. La seconde partie des jeux romains avait lieu au cirque ou à l'amphithéâtre. Cette partie de la fête, qui consistait en courses de chars ou en exercices de gladiateurs, était celle qui passionnait le plus les Romains, et les représentations théâtrales n'en étaient, en quelque sorte, que le prélude. Elle s'ouvrait par une grande et solennelle procession en rhonneur des dieux, dont on déposait les images sur l'épine après les avoir promenées devant le peuple.
Tous ces jeux étaient extrêmement bruyants, car les spectateurs, impatients et toujours avides de nouveautés, criaient pour voir des ours pendant que les athlètes luttaient, et demandaient la course des chars quand les gladiateurs faisaient durer trop longtemps le plaisir de s'entre-tuer. La passion des Romains pour ces exercices a duré plus longtemps que leur puissance; il a fallu, pour y mettre fin, les invasions des barbares et Teffroyable misère qui en a été la conséquence.
La massue. — Les haches. — Le casse-tête. — L'épéb. La lance et le javelot. — L'arc. — La fronde. — Le casque.
L*ARiiURE. — Le bouclier.
La massue. — La massue, l'arme des anciens héros, a dû être employée chez tous les peuples primitifs. Les monuments où sont figurés les exploits d'Hercule ou de Thésée représentent la massue comme un gros bâton, très fort et pesant à l'un de ses bouts, et se rétrécissant du côté où on le prenait en main : le plus souvent on y laissait des nœuds. Cette arme, abandonnée dès que l'art de la guerre s'est perfectionné, apparaît sur plusieurs monuments comme employée par quelques peuples barbares; sur le Virgile du Vatican, on la voit aux mains des Latins qui combattent les Troycns, et sur la colonne Trajane, elle figure parmi les armes dont se servent les Daces.
Les haches. — Les haches, comme les massues, se rattachent à une époque préhistorique; mais comme la pierre se conserve mieux que le bois, on a pu retrouver un certain nombre de haches qui remontent à une époque antérieure au travail des métaux. On sait que cette découverte a rencontré à son origine bien des incrédules; aujourd'hui tous les musées de l'Europe possèdent une collection de ces armes primitives. Parmi les haches de pierre qu'on peut voir au Musée d'artillerie, il y en a deux qui sont signalées comme particulièrement intéressantes. (I Ces haches proviennent des habitations lacustres , dit la notice du