ÉLOGE DE L AGRICULTURE
Socrate : « L'agriculture est une source de plaisir, de prospérité pour la maison, et d'exercice pour le corps qu'elle met en état d'accomplir tous les devoirs d'un homme libre. D'abord, tout ce qui est essentiel à l'existence, la terre le procure à ceux qui la cultivent ; et les douceurs de la vie, elle les leur donne par surcroît. Ensuite, les parures des autels et des statues, celles des liommes eux-mêmes, avec leur cortège de parfums suaves et de délices pour la vue, c'est encore elle qui les fournit. Ajoute mille aliments qu'elle produit ou qu'elle développe iGar l'élève
des troupeaux se lie étroitement à l'agriculture ; de telle sorte qu'elle nous donne de quoi sacrifier pour apaiser les dieux et subvenir à nos propres besoins.
« D'ailleurs, en nous offrant une variété si abondante, elle n'en fait point le prix de la paresse ; elle nous apprend à supporter les froids de l'hiver et les chaleurs de l'été. L'exercice qu'elle impose à ceux qui travaillent la terre de leurs mains leur donne de la vigueur; et, quant à ceux qui dirigent les travaux, elle les trempe virilement en les éveillant de bon matin, et en les obligeant à de longues marches....
« La terre encourage les cultivateurs à défendre leur pays les armes à la main, par ce fait que ses productions sont offertes à qui veut et deviennent la proie du plus fort. Est-il, en outre, un art qui rende plus apte à courir, à lancer, à sauter, qui paye d'un plus grand retour ceux qui l'exercent, qui offre enfin plus de charmes?... Pour moi, je m'étonnerais qu'un homme libre cherchât une position plus attrayante, ou une occupation plus agréable et plus utile à la vie. Ce n'est pas tout; la terre enseigne d'elle-même la justice à quiconque est en état de l'apprendre ; car ses bienfaits sont en proportion des soins qu'on a pour elle. L'agriculture nous enseigne encore à nous aider les uns les autres. Pour marcher contre les ennemis, il faut des hommes, et c'est avec des hommes que se façonne la terre. Celui donc qui veut être bon cultivateur doit se préparer des ouvriers actifs et dociles ; de même celui qui marche contre les ennemis doit avoir pour système de récompenser les hommes vaillants et de punir les gens indisciplinés. Ainsi le cultivateur ne doit pas encourager moins souvent ses travailleurs, que le général ses soldats. L'espérance, en effet, n'est pas moins nécessaire aux esclaves qu'aux hommes libres ; elle l'est même plus, puisque c'est elle qui les engage à rester auprès de leur maître.
« On a dit une grande vérité, à savoir que l'agriculture est la mère et la nourrice des autres arts. Dès que l'agriculture va bien, tous les autres arts fleurissent avec elle; mais partout oîi la terre demeure en friche, la plupart des autres arts s'éteignent. »
(Xénophon, Économiquey ch. v; trad. Talbot.)