‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 106 sur 300 · LES PETITS PROPRIETAIRES · texte numérisé non relu

LES PETITS PROPRIETAIRES

11 y avait en Grèce toute une classe de petits propriétaires qui faisaient eux-mêmes valoir leurs biens avec le concours de leur famille et de quelques esclaves. Hésiode nous en a nettement retracé la condition, les mœurs et les sentiments. Le propriétaire dont il parle possède deux charrues, dont une de rechange,

une paire de bœufs, et un personnel domestique. Il ne se contente pas de donner des ordres et de surveiller ses ouvriers ; il travaille au milieu d'eux; il prend part à leur besogne; il sème, il moissonne, il fabrique lui-même ses instruments de labour; il montre surtout cette âpreté au gain, cet égoïsme, cet esprit d ordre et d économie qui caractérisent habituellement le paysan. « il est favorisé de la fortune, celui qui en a obtenu un

honnête voisin Emprunte à ton voisin dans une mesure

convenable, et sois fidèle à rendre dans la même mesure; fais même davantage, si tu le peux, afin de t'assurcr un secours pour le jour du besoin. » « Un peu mis avec peu, si la chose se répète, fera bientôt beaucoup. Qui ajoute à ce qu'il a est sûr d'éviter la faim. Ce qu'on garde en sa maison ne donne point de soucis. Votre bien est plus sûrement chez vous que dehors. Il y a du plaisir à prendre" de ce qu'on a ; il est dur de n'avoir

où prendre Plus de biens deman dent plus de soins, mais

produisent davantage. » « Que ta demeure soit pourvue de tous les instruments de culture; n'aie jamais à les emprunter; on te les refuserait, et tu perdrais ainsi le moment favorable, la saison du travail. Ne remets pas au lendemain, au surlendemain. Qui craint la peine, qui la diffère, ne remplit pas son grenier. C'est l'activité qui fait aller l'ouvrage, et le paresseux est toujours en lutte avec la misère. »

Plusieurs poètes comiques eurent l'idée de mettre en scène le campagnard athénien, et nous connaissons au moins par les titres une foule de pièces qui roulent sur ce sujet; preuve que cette classe avait quelque importance en Attique. C'est à elle qu'appartiennent ce Dercétès des Acharniens d'Aristophane, qui vient se plaindre que les Béotiens lui ont enlevé une paire de bœufs, ceChrémyle du Plutus, qui mange les mêmes oignons sauvages que ses esclaves , ce Chrêmes emprunté sans doute par ïérence à Ménandre, et qui peine perpétuellement sur son bien, comme s'il n'avait point de serviteurs. On peut y rattacher encore ce Cliton et ce Héronax qui, dans Y Anthologie, s'expriment ainsi : a Cette petite métairie est à Cliton ; ils sont à lui, ces quelques sillons à ensemencer, cette petite vigne qui est auprès , ce petit bois où l'on coupe quelques bourrées. Eh bien ! sur ce

petit domaine, Cliton a vécu quatre-vingts ans. » « A Démèter, protectrice des vanneurs, aux Heures protectrices des- sillons, le Jaboureui Héronax consacre de sa pauvre moisson cette part d'épis et de légumes variés. Il pose sur ce trépied de pierre cette petite offrande, prélevée sur sa petite récolte ; il ne possède en effet qu'un bien mince héritage sur cette triste colline. »

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