‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 107 sur 300 · LES PROPRIÉTAIRES RICHES · texte numérisé non relu

LES PROPRIÉTAIRES RICHES

VÉconomique de Xénophon nous montre un type de propriétaire riche, qui, tout en exploitant lui-même ses terres, se borne à diriger les travaux, sans y prendre une part directe. Ischomachos a son domicile à Athènes ; mais il va tous les jours sur son domaine, peu éloigné de la ville. Toute la besogne y est faite par des esclaves ou des affranchis. Il les achète encore mai dégrossis, et il s'applique à les dresser. Il sait à fond son métier ; aucune partie de l'art agricole ne lui est étrangère; il n'a pas seulement les qualités morales d'un bon agronome, il en a encore toutes les connaissances techniques. Convaincu que rien ne vaut l'œil du maître, il est toujours au milieu de ses ouvriers, redressant celui-ci, louant celui-là, offrant à tous un modèle accompli d'applicaHon et de zèle, traitant chacun suivant son mérite, ayant enfin au suprême degré le don du commandement.

Tous les Athéniens n'étaient pas aussi attentifs, ni aussi experts. On en voyait qui n'aimaient pas la terre, et qui ne cherchaient qu'à s'en débarrasser. D'autres ne visitaient leurs exploitations qu'à de rares intervalles, par exemple au moment des semailles et de la moisson, et faisaient gérer leur domaine par un régisseur de condition servile. Mais, à côté des propriétaires que les nécessités de la politique, que les soucis du commerce ou de l'industrie, que leurs goûts même détournaient de la campagne, il n'en manquait pas qui, trouvant dans la vie rurale un grand charme ou un grand profit, prenaient fort à cœur leur métier. Le Strepsiade d'Aristophane, cet homme qui , malgré son mariage avec une femme distinguée, continuait d'habiter la banlieue, et d'exhaler une odeur de vendange, de fromage et

de laine, n'est pas un personnage de convention. Les orateurs nous en signalent plus d'un dont l'existence est à peu près pareille. Beaucoup de riches, tout en possédant une maison de ville, avaient leur domicile principal dans les dèmes rustiques. Au début de la guerre du Péloponnèse, quand les campagnards durent fuir devant l'ennemi et se réfugier dans Atliènes, l'émigration fut considérable. Thucydide, qui a été témoin de ce spectacle, déclare que la plupart des anciennes familles n'avaient jamais cessé de résider en toute saison sur leurs terres ; leur départ fut pour elles un véritable exil.

La description que fait Théocrite du domaine d'Augias donne quelque idée du régime des terres en Sicile. En l'absence du maître, un esclave de confiance, assisté d'un nombreux personnel, remplit les fonctions d'intendant. Mais Augias s'occupe le plus possible de ses biens, espérant en retirer de cette façon un meilleur revenu, et, quand s'ouvre le récit, il est justement en train de surveiller les travaux. Xénophon nous représente les aristocrates de Mantinée vivant au milieu de leurs propriétés, et les exploitant sans intermédiaire. Pliilopœmen avait, aux environs de Mégalopolis, une belle ferme ; il s'y rendait chaque fois que les affaires publiques lui en laissaient le loisir ; c'était un plaisir pour lui dé voir ses pâtres et ses vignerons à l'œuvre. Un historien vante les cultures de Corcyre, la beauté des maisons de campagne, le bon état des bâtiments ruraux, la multitude des bestiaux et des esclaves; ce qui atteste un système d'exploitation directe plutôt que d'affermage.

Les travaux agricoles étaient exécutés surtout par des esclaves, et on plaçait à la tête de ceux-ci un régisseur qui était esclave lui-même ou affranchi. Parfois aussi on employait des ouvriers libres (y-i<y6cDTo^) .

(D*après Guiraud, La propriété en Grèce, liv. III, ch. iv.)

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