OAGAïaSATION DU TRAVAIL INDUSTRIEL
Il y avait à Athènes deux sortes d'ouvriers, les esclaves et les hommes libres.
Les esclaves eux-mêmes se divisaient en deux catégories, suivant qu'ils travaillaient pour le compte de leur maître ou pour leur propre compte. Les premiers étaient groupés dans des ateliers. Il existait des usines en Grèce, mais elles étaient beaucoup moins vastes que chez nous, par la raison que l'on ne s'y servait point de machines et que tout s'y faisait à la main. On réunissait dans un même atelier vingt, trente, quarante, cent, cent vingt esclaves, pas davantage ; en tout cas, nous ne connaissons pas de chiffre supérieur à ce dernier. Ces hommes étaient nourris, logés, vêtus par leur maître, et tout le bénéfice de leur travail était pour lui.
On pratiquait encore un autre système. Pour se garantir contre tout risque et pour s'affranchir des ennuis de la surveillance, le maître autorisait souvent ses esclaves à travailler pour autrui, sous la condition qu'ils lui abandonneraient une partie déterminée de leur salaire ; c'est ainsi que Nicias louait aux concessionnaires de mines 1000 esclaves qui lui rapportaient un revenu net de 1600 francs par jour. Parfois aussi un maître permettait à ses esclaves de travailler pour leur compte, moyennant une redevance fixe de tant par tête et par jour. Timarque, par exemple, possédait une dizaine d'esclaves corroyeurs qui formaient une espèce de société coopérative dirigée par l'un d'entre eux ; chacun versait entre ses mains 2 oboles par jour (0 fr. 32), et leur chef, 3 (0 fr. 48). Tous ces revenus étaient assez élevés, si on les compare au prix habituel des esclaves. Il atteignait 40 pour 100 dans les mines, et 15, 20, même 30 pour 100 dans les autres industries. Mais on sait qu'en Grèce le taux normal de l'intérêt était de 12 pour 100; de plus l'esclave était un capital qui se détériorait par le travail même, et il fallait que cette dépréciation fût compensée par un supplément d'intérêt.
Ces gros industriels à esclaves étaient soit des citoyens, soit des étrangers domiciliés. Les documents nous en font connaître un assez grand nombre. Nausicydès, minotier ; Cyrénos, boulanger « vivant largement »; Déméas, fabricant de chlamydes; Cléon et Anytos, corroyeurs ; le père de Démosthène, armurier et ébéniste; le banquier Pasion, fabricant de boucliers ; Hyperbolos, fabricant de lampes ; le père d'Isocrate, luthier ; Cléophon fabricant de lyres; Léocrate, « qui occupe des ouvriers forgerons » ; Képhalos, le père de l'orateur Lysias, fabricant de boucliers.
Il y avait en outre, à Athènes et ailleurs, de petits patrons. Ainsi Ton voyait sur l'agora une foule de boutiques de droguistes, de coitfeurs, de cordonniers et d'autres gens de métier. D'après Xénophon, l'Assemblée du peuple comprenait en majorité des foulons, des cordonniers, des maçons, des chaudronniers, des laboureurs, des marchands, des brocanteurs. Ces individus, avec une mise de fonds très modeste, se procuraient l'outillage nécessaire, et ils travaillaient directement pour la clientèle. Us se faisaient aider soit de leurs enfants, soit d'un ouvrier libre, soit d'un esclave qui leur appartenait en propre ou qu'ils louaient. Les professions étaient généralement héréditaires. C'est la règle ordinaire dans les sociétés simples, comme <lans la société hellénique ; de plus la loi imposait à tout citoyen pauvre ou peu aisé l'obligation d'apprendre un métier à son fils, et il était naturel qu'il lui apprît le sien.
Quelques indices donnent à penser que la concurrence des esclaves amena la diminution graduelle de cette classe, et qu'après les malheurs de la guerre du Péloponnèse beaucoup de petits patrons tombèrent au rang d'ouvriers mercenaires. Ceuxci furent donc, au iv« siècle, plus nombreux qu'au V*, et ils ne trouvaient pas toujours de l'emploi.
On distinguait en Grèce le travail à la journée et le travail h la tâche. Nous possédons une inscription où certains ouvriers sont payés d'après le travail accompli, tandis que d'autres travaillent à tant par jour. A Paros, un officier de police appelé l'agoranome veillait « à. ce que les journaliers et leurs patrons ne se fissent mutuellement aucun tort, obligeant les premiers à remplir
leurs engagements, les seconds à payer leurs salaires sans procès » . (Rangabé, Antiquités helléniques , 770 B.) Platon veut que les litiges de cette nature soient jugés par les commissaires de police (astynomes) jusqu'à concurrence de 50 drachmes, et audessus par les tribunaux, (l/ns, VIII, p. 847.) Nous ignorons s'il reproduit ici une loi athénienne.
Le taux des salaires était évidemment très variable. Voici quelques chiffres qu'on rencontre dans les documents. Un portefaix gagnait 4 oboles par jour (0 fr. 64); un manœuvre de maçon, 3 oboles (0 fr. 48) . Les scieurs de pierre qui furent employés à la construction du temple d'Érechthée recevaient une drachme (0 fr. 98); on paya de même les ouvriers qui travaillèrent à un autre édifice public, peut-être le Parthénon ou les Propylées. Le travail de nuit était plus lucratif; on cite deux jeunes gens qui, Ofcupés la nuit dans un moulin, gagnaient 2 drachmes (1 fr. 96) chacun.
Pour peindre à l'encaustique une cimaise du Parthénon, on payait 5 oboles (0 fr. 80) par pied courant ; pour la cannelure d'une colonne, on comptait de 18 à 20 drachmes (i7 à 19 fr.), et on en comptait 60 (59 fr.) pour de petites statues travaillées seulement à leur partie antérieure; pour fouler un himation,on ne demandait pas plus de 5 oboles (0 fr. 48).
Un dernier point à noter, c est que les femmes étaient employées dans l'industrie, principalement au tissage des étoffes.
(D'après Bûchsenschûtz, Besitz und Erwerb im griechischen AUerthume, pp. 336 et suiv.; Brants, De la condition du travailleur libre dans V industrie athénienne, pp. 6 et suiv., et Caillemer, Dict, des antiq,, 1, pp. 321 et 445.)