LE MARCHE DES VILLES GRECQUES
Le marché des villes grecques ou agora n'était pas une place exclusivement réservée aux marchands. A Athènes, on y trouvait des édifices importants, le palais du sénat, des tribunaux, des temples; on y voyait ces belles allées de platanes et de peupliers que Cimon avait fait planter ; là aussi étaient les statues des héros éponymes dont le piédestal recevait certaines affiches officielles, et la tribune où montait le héraut pour les proclamations et les adjudications. C'était au milieu de tous ces édifices et autour d'eux que se groupaient les marchands.
Il y avait des emplacements affectés à chaque genre de produits, et chacun était désigné par le nom de la denrée qu'on .y vendait ; c'est ainsi qu'on allait « au fromage » , a au poisson » , «aux poteries», «au vin», etc. Les marchands étaient installés les uns en plein air, d'autres sous de modestes tentes d'étoffe, d'autres dans de petites boutiques mobiles, faites de clayonnage ou de roseaux. Quelques-uns avaient de véritables magasins. Des ateliers de toutes sortes étaient établis dans le voisinage et finissaient par se confondre avec l'agora. Sur la place même, assis devant leurs comptoirs (xpàireÇai), se tenaient les banquiers ou trapézites. A peu de distance stationnaient les liommes libres ou esclaves qui voulaient louer leurs services.
Quelquefois les cités firent construire des bâtiments spéciaux pour les marchés. A Athènes, il y avait, depuis Périclès, une halle pour la vente des farines; à Mégare, il y en avait une pour la vente des parfums. Dans quelques villes, surtout en - Asie Mineure, il existait de véritables bazars, distincts les uns des autres, et séparés par de petites rues.
Une femme riche ou aisée n'allait jamais au marché ; elle n'y
envoyait même pas habituellement ses femmes de service. C'était le mari lui-même qui, s'il ne chargeait pas de ce soin un esclave, allait acheter les provisions et les faisait ensuite transporter chez lui par un commissionnaire. 11 n'était pas rare de voir un soldat en grande tenue marchandant des sardines ou des figues, et l'on pouvait à la rigueur rencontrer, comme la Lysistrata d'Aristopliane, des officiers de cavalerie qui portaient gravement une purée de légumes dans leur casque. Théophraste et PoUux mentionnent, il est vrai, le marché des femmes; mais c'était là sans doute soit le marché où se vendaient les articles destinés aux femmes, soit le marché où les vendeuses étaient des femmes.
Il y avait des règlements de police que les agoranomes faisaient respecter. Ainsi le marché au poisson ne pouvait commencer que lorsqu'une cloche en avait donné le signal. Les poètes comiques mentionnent encore certains détails : défense aux poissonniers d'arroser les poissons qui n'étaient point frais, défense au vendeur de rien rabattre du prix d'abord demandé; mais ces détails, le second notamment, sont suspects.
(Caillemer, Dict. des antiq., I, p. 15.)