LA POLITIQUE D ATHENES ET LE COMMERCE DU BLE
Athènes tirait du dehors une bonne partie du blé qu'elle
. consommait; elle était donc intéressée à se ménager l'accès des
contrées où il était le plus abondant, notamment de cette région
du Bosphore Cimmérien qui correspond à la Russie ,méridio-
Jigitized by VjQOQIC
nale. C'est pour cette raison que Périelès eut soin d'y installer, sur quelques points fortifiés, des garnisons athéniennes. Après la guerre du Péloponnèse, on évacua ces postes lointains ; mais dès lors la politique constante d'Athènes fut d'entretenir les relations les plus cordiales avec les maîtres du pays. Nous avons toute une série de décrets rendus en l'honneur des souverains du Bosphore ; ils sont autant de témoignages du prix qu'on attachait à leur alliance.
Il fallait en outre que les communications fussent toujours libres avec les ports des terres à blé. Jamais les Anglais ne surveillèrent la route des Indes d'un œil plus jaloux que les Athéniens celle du Bosphore. Il y avait un passage qu'il importait surtout de garder, c'étaient les deux détroits qui relient l'Archipel à la mer Noire. Au temps de leur empire maritime (v* siècle), les Athéniens s'étaient empressés de rattacher à leur autorité la ville de Byzance (Constantinople) ; de plus ils avaient envoyé dans l'Hellespont (Dardanelles) des commandants militaires, sans doute avec des troupes et une escadre, pour en faire la police; enfin la Chersonèse de Thrace (presqu'île de Gallipoli) était tout entière une colonie d'Athènes, en relations permanentes avec la métropole. La victoire définitive de Sparte mit un terme à cet état de choses. Mais, aussitôt qu'ils se furent relevés de leurs défaites, les Athéniens portèrent de nouveau leurs regards sur les détroits, et une des premières cités qu'ils incorporèrent à leur empire restauré fut Byzance. La Propontide (mer de Marmara) était si bien pour eux le point vulnérable par excellence, que Philippe de Macédoine employa toutes les forces de son armée et toutes les ressources de sa diplomatie pour les y supplanter, et l'on vit Démosthène faire tout exprès le voyage pour conquérir l'amitié des inconstants Byzantins.
(Guiraud, De l'importance des questions économiques dans l'antiquité, p. 6.)