LE COMMERCE DE L ARGENT
Les Athéniens connaissaient comme nous Tart de faire valoir les capitaux. Us distinguaient l'argent oisif et l'argent qui travaille. Ils se rendaient même compte que le crédit est Tàme du commerce. « Ce ne sont pas les emprunteurs, dit l'auteur du discours Contre Phormion, ce sont les prêteurs qui font la prospérité de toutes les professions maritimes. »
Il y avait parfois des prêts purement verbaux. Mais le plus souvent on rédigeait devant témoins un acte écrit qui était déposé chez une tierce personne.
Le créancier exigeait habituellement des garanties. Tantôt il prenait hypothèque sur les biens de son débiteur; tantôt il recevait de lui un objet en gage; enfin il arrivait presque toujours qu'un ou plusieurs individus se portassent caution de la solvabilité de l'emprunteur.
Deux clauses essentielles figuraient dans ces sortes de contrats: Tune stipulait le remboursement du capital à telle date; l'autre, le payement des intérêts.
Si à l'échéance le capital n'était pas remboursé, on distinguait le cas où il y avait un gage hypothécaire ou autre, et le cas où il n'y en avait pas. Dans le premier cas, le créancier s'appropriait le gage jusqu'à concurrence de la somme due ; dans le second, la dette était doublée.
Quant à l'intérêt, la loi n'en fixait pas le taux ; elle s'en rapportait aux conventions des parties. 11 variait suivant les circonstances, surtout suivant les risques que courait le capital. On a un exemple d'un intérêt de 3,14 pour 100; mais le taux le plus ordinaire était de 12 pour 100; parfois même on allait jusqu'à 20, 30 et 36 pour 100.
On trouvait beaucoup de particuliers qui prêtaient leur argent à autrui. Il n'est pas rare de voir mentionner des titres de créances dans les inventaires de successions. Mais il y avait toute une classe de personnes qui avaient la spécialité de faire le commerce de l'argent; c'étaient les banquiers, appelés trapé-
ziteSj parce que leur comptoir s'appelait trapéza (table). Tous ceux que l'on connaît étaient étrangers ou affranchis. Voici quelles étaient leurs principales opérations :
1° Ils aidaient leurs clients dans la rédaction des contrats et les recevaient en dépôt.
2** Ils se chargeaient de faire les payements, soit avec les fonds que leur remettait le débiteur, soit en avançant euxmêmes de Fargent. — Exemple : « Lycon d'Héraclée, étant sur le point de partir pour l'Afrique, régla ses affaires avec son banquier, et lui donna ordre de payer à Céphisiade 16 mines et 40 drachmes qu'il laissait chez lui. » (Démosthène, Contre Callippe, 3.) Timothée va quitter Athènes; il attend des bois de Macédoine, et il convient avec son banquier qu'à leur arrivée, celui-ci payera les frais de transport (1750 drachmes); le banquier paye, « et inscrit Timothée comme son débiteur ». (Id., Contre Timothée, 29-30.)
3® Us ouvraient à leurs clients des comptes courants. Un jeune étranger vient à Athènes ; il confie au banquier Pasion les capitaux qu'il a apportés, et il les retire au fur et à mesure de ses besoins. (Isocrate, le Trapézitique, 4.)
4** Ils faisaient le change de place. Un Athénien allait à Milet, et il ne voulait pas prendre des fonds avec lui, de peur de les perdre. Il versait une certaine somme à son banquier, et celui-ci écrivait à son correspondant de Milet qu'il eût à compter une somme égale au voyageur.
5** Ils prêtaient de l'argent soit à des particuliers, soit, mais plus rarement, à des cités.
Un banquier opérait avec ses capitaux propres, et aussi avec les capitaux de ses clients. Pour inspirer de la confiance au public, il associait à son entreprise des espèces de commanditaires, qui lui fournissaient de l'argent et se portaient caution pour lui. Ceux-ci avaient droit à une partie des bénéfices, et, en revanche, ils étaient personnellement responsables à l'égard des créanciers. Les déconfitures étaient assez fréquentes, et il y avait alors liquidation ou faillite. C'est pour ce motif que les gens prudents plaçaient leurs fonds chez plusieurs banquiei's différents; ils divisaient ainsi les chances de perte. Le père de
Démosthène notamment avait « 2400 drachmes à la banque de Pasiôn, 600 à celle de Pylade, et 1600 cliez Démomélès ».