LE COTTABOS
Ce jeu, importé de Sicile, devint l'accompagnement obligé de tout festin. Il se jouait pendant le symposion II consistait à laisser dans la coupe, après chaque rasade bue, une petite quantité de vin,
à prendre alors la coupe en passant un doigt dans l'une des anses, à lui imprimer ainsi une sorte de mouvement de fronde, et à lancer la gorgée de vin gardée au fond, soit vers la muraille opposée de la salle du banquet, soit vers un but déterminé. Pendant ce temps on pensait, ou même on prononçait à haute voix, le nom de la personne que l'on aimait, et suivant la précision avec laquelle le liquide atteignait le but proposé, suivant le bruit plus ou moins plein qu'il faisait en retombant, le joueur croyait reconnaître si cette personne le payait de retour ou n'avait pour lui qu'indifférence. Sur cette donnée primitive, l'imagination des buveurs inventa cent combinaisons diverses. Le cottabe eut un ordonnateur, un roi ; il devint une sorte de concours, eut ses vainqueurs et ses prix, même ses mises et ses amendes. Le liquide fut lancé en mesure aux sons de la flûte ; le but devint une balance dont il s'agissait de faire basculer les plateaux, ou tout un échafaudage d'objets dont l'un, atteint par le liquide, entraînait toute une cascade de chutes successives.
Le cottabe devint et resta pendant plus d'un siècle la fureur d'Athènes, de Corinthe, de Thèbes, de toutes les villes où l'on aimait le plaisir et où l'on se targuait d'élégance. Pas de festin bien ordonné qui ne fût égayé par ce jeu ; on se piquait d'avoir |)our cela les coupes les plus riches et les plus belles, et des coupes encore plus luxueuses pouvaient servir à former des prix. (Rayet et Collignon, HisL de la céram. grecque, pp. 161-162.)