LA MUSIQUE A SPARTE
Les Spartiates apportaient une grande attention à la musique et aux chants. Les leurs avaient quelque chose de pénétrant, qui d'^'inait du courage et des sentiments généreux, qui inspirait un élan enthousiaste et riclie. Les paroles en étaient simples et mâles. Elles ne reproduisaient autre chose que l'éloge de ceux qui avaient vécu noblement et qui avaient eu le
bonheur de mourir pour Sparte, ou le blâme de ceux qui s'étaient montrés lâches, et on regardait ceux-ci comme voués à une existence déplorable et maliicureuse. Enfin, on y proclamait, on y glorifiait la bravoure, selon qu'il convenait pour les différents âges.
11 y avait donc trois chœurs selon les trois âges. Quand ils étaient réunis dans la fête, le chœur des vieillards commençait et chantait :
« Nous avons élé jadis Jeunes, vaillants et hardis. »
Apres eux, le chœur des hommes reprenait :
* « Nous le sommes maintenant, A l'épreuve à tout venant. »
Puis le troisième, celui des enfants, finissait :
a Et nous un jour le serons, Qui Tort vous surpasserons. »
Leurs airs de marche, enfin, e'taient propres à inspirer la vaillance, la confiance et le mépris de la mort. Ces airs, qui se jouaient en chœur, étaient soutenus par le son de la flûte, quand on chargeait l'ennemi. En cflet Lycurgue avait approprié l'amour de la musique aux exercices militaires, afin que l'excès de l'ardeur beUiqueuse fût réglé par la cadence, et qu'il y présidât toujours une harmonie et un concert parfaits. C'est pour cela encore qu'^avant la bataille le roi commençait par sacrifier aux Muses, afin que les combattants fissent des actions dignes d'être redites et de passer glorieusement à la postérité.
Mais on ne permettait pas de modifier l'ancienne musique. Terpandre lui-même, le plus habile musicien de son temps, le chanteur des exploits héroïques, n'en fut pas moins condamne à une amende par les éphores, parce qu'il avait ajouté une corde à la lyre, afin de varier les accords : tant on demeurait attaché aux mélodies les plus simples I (Plutarque, Mœurs des Lacédérnoniens, 44-17; trad. Bétolaud.)