LES BOUTIQUES DE COIFFEURS
Le soin de leur élégance ramenait à de courts intervalles les Athéniens du beau monde dans la boutique de leur coiffeur, et pendant qu'enveloppé dans un peignoir un client se faisait tailler cheveux et barbe, pendant que d'autres attendaient leur tour, les langues allaient leur train : les Grecs ont toujours aimé la causerie. Aussi les boutiques de coiffeurs étaient-elles, à Athènes, le rendez-vous des oisifs ; elles jouaient le rôle de nos cafés d'aujourd'hui. On y venait, même sans avoir affaire, pour rencontrer des amis, pour apprendre ou répéter les cancans du jour, pour discuter sur la politique.... Chaque classe, chaque personne avait ses habitudes, et, quand on connaissait un peu son Atliènes, on savait que dans telle échoppe on avait chance de trouver telles ou telles gens. ... Le désir fort louable de distraire leurs clients, l'habitude d'entendre caqueter autour d'eux les oisifs, avaient donné aux coiffeurs la manie de parler de tout, à tort et à travers. Leur réputation de bavards et de gobe-mouches était bien étabhe, et Plutarque (De garrulitatey 13) rapporte quelques anecdotes curieuses pour en prouver le bien fondé.... C'est un coiffeur du Pirée qui répandit à Athènes la nouvelle du désastre de l'armée de Sicile. 11 l'apprit le premier de l'esclave d'un de ceux qui avaient pu s'échapper, et, laissant aussitôt sa boutique, il courut d'une traite à la ville.
(Rayet, Monuments de Vart antiquey t. II.)