UNE QUERELLE ENTRE JEUNES GENS
« Un soir je me promenais, selon mon habitude, dans l'agora, avec Phanostrate, jeune homme de mon âge. Survient Ctésias, fils de Conon, en état d'ivresse. Il pous aperçoit, pousse un cri, et se parlant à lui-même comme un homme ivre, sans c|u'on pût entendre ce qu'il disait, passa devant nous pour monter au quartier de Mélite. Là étaient réunis à boh*c, cliez
Pamphile le cardeur, Conon que voici, Théolime; Archébiade, Spintharos, Théogène, une assez nombreuse compagnie. Ctésias les fil se lever, et marcha vers l'agora. Ils nous, rencontrèrent et une mêlée s*^engagea. L'un d'eux, qu'on n'a pu reconnaître, s'élança sur Phanostrate et le saisit. Conon, son fils, et Théogène m'entourèrent, se jetèrent sur moi, me dépouillèrent d'abord de mon manteau, puis d'un croc-en-jambe me firent tomber dans le ruisseau et m'arrangèrent si bien, à force de coups de pied et de bourrades, que j'en eus la lèvre fendue et les yeux enflés à ne pouvoir les ouvrir. En un mot, ils me laissèrent en si mauvais état que je ne pouvais ni me relever ni proférer une parole. Couché parterre, je les entendais dire toutes sortes d'injures..., Conon se mit à chanter, contrefaisant la voix du coq qui pousse son cri de victoire ; et les autres lui disaient de faire le battement d'ailes avec les coudes. Des passants survinrent, et m'emportèrent, pendant que ces hommes s'enfuyaient avec mon manteau. Quand j'arrivai à ma porte, ce ne fut qu'un cri de douleur de la part de ma mère et de ses senantes. On me porta au bain, non sans peine, et, quand je fus bien essuyé, on me montra aux médecins. »
(Démosthène, Contre Conon y 7-9 ; trad. Daresle.)