‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 142 sur 300 · LA CHASSE · texte numérisé non relu

LA CHASSE

Barthélémy suppose que le Scythe Anacharsis est reçu par Xénophon dans son domaine de Scillonte, et il en profite pour décrire des chasses, d'après un ouvrage de Xénophon lui-même.

« D'autres fois, il nous exhortait d'aller à la chasse, qu'il ne cessait de recommander aux jeunes gens comme l'exercice le •plus propre à les accoutumer aux travaux de la guerre.

(( Diodore (son fils) nous menait souvent à celle des cailles, des perdrix et de plusieurs sortes d'oiseaux. Nous en tirions de leurs cages pour les attacher au milieu de nos filets. Des oiseaux de même espèce, attirés par leurs cris, tombaient dans le piège et perdaient la vie ou la liberté.

« Ces jeux en amenaient d'autres plus vifs et plus variés.

Diodore avait plusieurs meutes de chiens, l'une pour le lièvre, une autre pour le cerf, une troisième, tirée de la Laconie ou de la Locride, pour le sanglier. Il les connaissait tous par leurs noms, leurs défauts et leurs bonnes qualités. Il savait mieux que personne la tactique de cette espèce de guerre, et il en parlait aussi bien que son père en a écrit.

« Voici comment se faisait la chasse du lièvre. On avait tendu des filets de différentes grandeurs dans les sentiers et dans des issues secrètes par où l'animal pouvait s'échapper. Nous sortîmes habillés à la légère, un bâton à la main. Le piqueur détacha un des chiens, et dès qu'il le vit sur la voie, il découpla les autres, et bientôt le lièvre fut lancé. Dans ce moment tout sert à redoubler l'intérêt^ les cris de la meute, ceux des chasseurs qui l'animent, les courses et les ruses du lièvre, qu'on voit dans un clin d'œil parcourir la plaine et les collines, franchir les fossés, s'enfoncer dans les taillis, paraître et disparaître plusieurs fois, et finir par s'engager dans l'un des pièges qui l'attendent au passage. Un garde placé tout auprès s'empare de la proie, et la présente aux chasseurs, qu'il appelle de la voix et du geste. Dans la joie du triomphe, on commence une nouvelle battue. Nous en faisions plusieurs dans la journée. Quelquefois le lièvre nous échappait, en passant le SéUnus à la nage.

(( Pour la chasse au sanglier, nous avions des épieux, des javelots et de gros filets. Les pieds de l'animal récemment gravés sur le terrain, l'impression de ses dents restée sur l'écorce des arbres, et d'autres indices, nous menèrent auprès d'un taillis fort épais. On détacha un chien de Laconie; il suivit la trace, et, parvenu au fort où se tenait l'animal, il nous avertit par un cri de sa découverte. On le retira aussitôt; on dressa les filets dans les refuites; nous prîmes nos postes. Le sanglier arriva de mon côté. Loin de s'engager dans le filet, il s'arrêta, et soutint pendant quelques moments l'attaque de la meute entière, et celle des chasseurs qui s'approchaient pour lui lancer des traits et des pierres. Bientôt après il fondit sur Moschion, qui l'attendit de pied ferme dans le dessein de l'enferrer; mais l'épieu glissa sur l'épaule et tomba des mains du chasseur, qui sur-leciiamp prit le parti de se cx)urhcr la face contre-terre, t

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« je crus sa perte assurée. Déjà le sanglier, ne trouvant point de prise pour le soulever, le foulait aux pieds, lorsqu'il vit Diodore qui accourait au secours de son compagnon. H s'élança aussitôt sur ce nouvel ennemi, qui, plus adroit ou plus heureux, lui plongea son épieu à la jointure de l'épaule. Nous eûmes alors un exemple effrayant de la férocité de cet animal. Quoique atteint d'un coup mortel, il continua de s'avancer avec fureur contre Diodore, et s'enfonça lui-même le fer jusqu'à la garde. Plusieurs de nos chiens furent tués ou blessés dans cette action, moins pourtant que dans une seconde où le sanglier se fit battre pendant toute une journée. D'autres sangliers, poursuivis par les chiens, tombèrent dans des pièges qu'on avait couverts de branches.

« Les jours suivants, des cerfs périrent de la même manière.

N^us en lançâmes plusieurs autres, et notre meule les fatigua

tellement, qu'ils s'arrêtaient à la portée de nos traits, ou se

jetaient tantôt dans des étangs, tantôt dans la mer o

(Barthélémy, Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, ch. xxxix.)

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