DESCRIPTION d'uN SACRIFICE
« Il faut, dit Égisthe «n Oreste et à Pylade, qu'aujourd'hui vous preniez place auprès de nous à notre pieux festin. J'offre un sacrifice aux Nymphes ; demain vous vous lèverez dès l'aurore, et vous regagnerez le temps perdu. Entrons dans ma demeure; vous n'avez pas le droit de refuser. » Dès que nous sommes entrés, il s'écrie : « Qu'on apporte au plus vite des bains pour nos hôtes, afin qu'ils puissent s'approcher de l'autel, et des eaux lustrales. — Nous venons de nous purifier, répond Oreste, dans les eaux claires du fleuve. Mais, s'il est permis à des étrangers de prendre part aux sacrifices des citoyens, Égisthe, nous sommes prêts, nous ne refusons pas cet honneur. » Us laissent donc ce sujet d'entretien, et les esclaves mettent tous la main à l'œuvre. Les uns vont chercher le vase du sacrifice, les autres apportent les corbeilles, d'autres allument le feu et dressent les bassins autour du foyer; toute la maison est en rumeur. Égisthe répand l'orge sacrée sur l'autel en prononçant ces mots : « Nymphes des rochers, puissé-je souvent encore vous offrir un pareil sacrifice avec l'épouse qui habite cette maison, la fille de Tyndarel Accordez-nous la durée de notre bonheur et le malheur de nos ennemis... » Puis il s'arme d'un couteau droit, coupe quelques poils de la génisse, et de la main droite les jette dans le feu sacré ; il frappe la victime, pendant que de leurs bras vigoureux les serviteurs la soulèvent par les épaules; et, se tournant vers Oreste, il le prie de la dépecer
lui-même. Oreste saisit un couteau dorien bien forgé, et, rejetant de ses épaules le riche manteau que retient une agrafe, il écarte les serviteurs d'Égisthe; il ne veut que Pylade pour l'aider au sacrifice. Il prend alors la victime par le pied, et, le bras en avant, il met à nu les chairs blanches. 11 la dépouille de sa peau, et il ouvre les entrailles.... « Prenons, dit-il, les morceaux qui doivent servir au repas sacré ; qu'on me donne un couteau thessalien, pour fendre la poitrine de la génisse. » Il saisit l'arme et frappe. Égisthe examine les viscères en les triant avec soin. Tandis qu'il baisse la tête, Oreste lui assène un coup dans le dos et le tue.
(Euripide, Electre^ 784 et suiv.; trad. Hinstin.)