LA PRIÈRE
« Tout homme sage, dit Platon, implore la divinité, soir et matin, par des libations, par la fumée de l'encens et par la prière. »
Les prières ne s'adressaient pas toujours aux mêmes dieux ; elles variaient suivant les circonstances. Parfois on invoquait les dieux en général; parfois on en invoquait un seul, surtout si l'on sollicitait une faveur pour laquelle il avait une compétence spéciale. Souvent, en appelant un dieu par son nom, on se prémunissait contre une méprise possible. « Nous autres hommes, dit Platon, nous ne savons rien sur les dieux, ni sur leur nature, ni sur les noms qu'ils se donnent eux-mêmes, et qui sont pourtant les véritables. De là vient que l'on a coutume, en les priant, de confesser cette ignorance et d'ajouter : a de quelque nom qu'il vous plaise d'être nommés ». On lit de même dans Eschyle : « Zeus, qui que tu sois, si ce nom t'agrée, c'est sous ce nom que je t'invoque. »
On observait, dans les prières solennelles, certains rites. On devait au moins se laver les mains, et s'asperger avec de l'eau lustrale (bénite). On faisait aussi des libations, et on brûlait de l'encens, en mettant une couronne sur sa tête. Quand on
s'adressait aux dieux du ciel, on élevait les mains, et on se tournait vers l'orient; pour les dieux marins, on étendait les mains vers la mer; pour les divinités souterraines, on les abaissiiit vers le sol. Parfois on prenait un bâton de suppliant, enveloppé de laine, ou une branche d olivier. D'ordinaire, oo prîsrît debout; cependant il n'était pas rare qu'on s'agenouillât, qu'on se prosternât à terre et qu'on baisât le sol. Les gens pieux, quand ils passaient devant un sanctuaire, avaient coutume de porter la main à la bouche.
Généralement, la prière était dite à voix basse. On présentait volontiers aux dieux des prières écrites ; on se servait pour cela de tablettes que le fidèle déposait, revêtues de son sceau, dans les plis dos vêtements du dieu, ou qu'il fixait sur ses genoux avec de la cire.
Un dialogue platonicien nous montre l'idée que se faisaient de la prière les grands esprits de la Grèce. Socrate y propose cette formule : « Zeus, donne-nous les vrais biens, que nous les demandions ou non, et éloigne de nous les maux, quand même nous les demanderions. » Socrate priait encore les dieux de lui envoyer ce qu'ils savaient lui être bon, parce qu'ils connaissaient mieux que lui ce qui lui convenait. Comme il n'existait pas de dogmes, chacun se plaçait, pour prier, au point de vue de ses croyances, et le niveau moyen n'en était pas très élevé.
Dans les cérémonies publiques, la prière occupait une large place, sous forme d'hymnes et de chants. Au moment de livrer bataille, ou de quitter le port, dans les noces et dans les funérailles, même à la fin du repas et au commencement du syniposion, on chantait une espèce de prière appelée Paean,
(Schômann, Antiquités grecques, t. II, pp. 317 et suiv., trad. Galuski.)