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LA FÊTE DES ÂMHESTÉRIES A ATHÈNES

Les Anthestéries devaient leur nom aux fleurs (àvÔ7|) que l'on y présentait en otfrande et dont on s'y parait. Elles duraient trois jours, du 11 au 13 du mois d'Anthestérion, ce qui correspond approximativement à la fin de février. C'est une date où,

SOUS le climat d'Athènes, les premières Heurs de printemps sont déjà abondantes.

Les trois journées étaient désignées par des noms particuliers. La première s'appelait tôt fliôoiy^a (l'ouverture des tonneaux), la seconde ol X<5e<r(les brocs), et la troisième oi XuTpot (les marmites.)

Les deux premiers de ces noms sont en rapport avec les épisodes mêmes de la vinification, qui avaient donné lieu à l'institution de la fôte. C'est d'abord le jour où l'on ouvre pour la première fois le couvercle des grands pithos de terre cuite contenant le vin de la récolte précédente. Le propriétaire goûte alors son vin, pour en connaître la qualité définitive, et l'extrait du pithos pour le vendre au marché dans des outres. Le paysan l'apporte en ville pour y trouver acheteur. Le lendemain, le jour des brocs, est le jour où tout le monde fête la fin du travail du vin et l'acquisition qu'on vient d'en faire, dans une joyeuse compotation. Le nom du troisième jour est dû à un rite moins primitif, qui est en relation avec le rôle de Dionysos dans les mystères.

La ioumée des Pithôïgia s'ouvrait par un sacrifice domestique qu'oft'rait chaque maître de maison, entouré de sa famille et de ses esclaves. Ce sacrifice devait se faire sur l'autel d'Hermès Agyieus, placé à chaque coin de rue, ou sur l'autel de Zeus Herkeios, situé dans la maison même. Profitant du congé dont les ouvriers jouissaient comme les esclaves, c'est dans ce jour que se faisaient les engagements des ouvriers ruraux pour Tannée. Par suite, le premier jour des Anthestéries était devenu l'époque usuelle du commencement et de la un de beaucoup d'engagements annuels. Le jour des Pithoigia était aussi jour de grande foire. C'était avant tout le marché des vins; mais on y vendait également beaucoup de poteries.

Tous les temples étaient fermés à partir de la matinée du H, et pendant les trois jours. Un seul demeurait ouvert, qui était fermé le reste de l'année ; c'était celui de Dionysos Éleuthereus. Il contenait le vieux xoanon du dieu, qu'on prétendait avoir été apporté par Pégasos, sous le règne d'Ampliictyon. Dans la nuit du il au 12, on transférait cette statue, avec un certain mystère, dans le petit sanctuaire du Céramique extérieur.

La matinée du second jour était employée aux préparatifs de la procession solennelle. Cette cérémonie avait lieu à la tombée de la nuit, vers 5 heures du soir, par conséquent à la lueur des flambeaux. Elle partait du petit temple du Céramique, et se terminait au Lénaion, avec des stations marquées par des chants et des danses sacrées. Toute une mascarade bachique se déployait dans ce cortège : Satyres et Pans, Silènes montés sur des ânes, Choreutes vêtus de peaux d'animaux et couronnés de feuillage, agitant des crotales ou des sonnettes de cuivre, femmes costumées en Heures, en Nymphes, en Ménades, sautant au son de la flûte. Une portion des hommes masqués étaient montés sur des chariots et de là lançaient aux spectateurs des apostrophes bouffonnes et grossières. La mascarade et le corps des cavahers athéniens escortaient le char triomphal qui portait le xoanon de Dionysos. La procession renouvelait celle dans laquelle jadis le roi Amphictyon avait installé ce simulacre dans son temple du Lénaion. Mais cette procession était aussi et avant tout une pompe nuptiale. On y conduisait la nouvelle épouse à son époux divin, et cette épouse était la femme de l'archonte-roi représentant la cité. C'est pour cela que la cérémonie s'accomplissait à l'heure où l'on avait l'habitude de conduire l'épouse à la maison de son mari. Comme dans les noces, il y avait un char où se tenait la basilissa en costume d'épousée, avec un sceptre dans une main et un coing dans l'autre. Autour d'elle marchaient quatorze gérarai, ou « femmes d'honneur » choisies parmi les plus distinguées d'Athènes, autant que possible parmi les Eupatrides.

A l'arrivée du cortège dans l'enceinte du Lénaion, après un sacrifice, les gérarai entraient avec la femme de l'archonte-roi dans le sanctuaire. Là s'accomphssait le rite mystérieux du mariage symbolique du dieu avec la basilissa. Les gérarai se retiraient ensuite, et la nouvelle épousée passait la nuit avec le dieu. Un personnage masqué, représentant le démon dionysiaque Comos, se plaçait devant la porte close pour écarter les profanes.

C'est alors que le populaire se rendait au théâtre pour l'épisode final de la journée, qui était un grand concours de biiverie.

Des juges étaient installés comme pour les jeux. Chaque rasade était annoncée au son des trompettes. Le plus vaillant buveur recevait en prix une couronne de feuillage et une outre pleine de vin. Ceux qui voulaient faire un tour de force essayaient d'avaler leur mesure de vin en se tenant debout sur une outre huilée et glissante.

Les AHiéniens de toutes les classes n'auraient pas cru pouvoir se dispenser de ces défis bachiques ; mais les gens comme il faut évitaient la joie bruyante et crapuleuse qu'y déployait la foule. Ils fêtaient les Brocs dans des banquets privés où l'on invitait ses parents et ses amis. Dans ces repas de la nuit des Chcës, l'usage voulait que chacun apportât son /ouç propre, un vase de terre tout neuf acheté à la foire de la veille. Ce pot devait avoir pour tous la même capacité. On en entourait la panse avec la couronne de fleurs qu'on avait portée pendant la fête. Ces buveries duraient toute la nuit. (Fivel, Gazette archéologique y 1879, p. 7 et suiv.)

Le lendemain était le jour des Marmites. Auprès du temple de Zeus Olympios à Athènes était une fissure du sol, que l'on montrait aux dévots et où l'on disait que les eaux du déluge de Deucalion s'étaient englouties. Ce gouflre était une porte de communication avec le monde inférieur, et les Athéniens pensaient que ce jour-là les ombres des morts suivaient ce chemin pour monter sur la terre et venir errer autour des vivants. Il fallait assouvir la faim dont on les supposait souffrant dans les enfers et mettre à leur disposition des aliments. Dans chaque maison, sur l'autel de Zeus Herkeios, protecteur du foyer, on allumait du feu, et sur ce feu on plaçait une marmite sacrée en terre qui ne servait qu'à cet usage. On y faisait bouillir un mélange de toute espèce de graines, que l'on appelait paîispermia, et d'où les fèves étaient exclues. Cette panspermia était, prétendait-on, l'aliment que Deucalion avait fait cuire dans la première marmite qu'il mit sur le feu après le déluge. Une fois bouillie, il était interdit, sous peine de sacrilège, à qui que ce soit d'y goûter. La marmite était laissée intacte et pleine, et personne ne devait plus entrer de la journée dans la pièce où on la laissait placée sur l'autel, afin que les ombres

errantes pussent Tenir s'y nourrir librement et sans témoins indiscrets. (F. Lenormant, la Grande-Grèce^ t. II, pp. 202-

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