REPRÉSENTATIONS DRAMATIQUES
Les fêtes en l'honneur de Dionysos (Lénëennes et Dionysies) offraient cette particularité qu'on y donnait des représentations dramatiques pendant trois ou quatre jours. Au v« siècle, on admettait trois poètes tragiques et trois poètes comiques. Les premiers apportaient chacun quatre pièces, dont trois formaient une trilogie, c'est-à-dire une histoire tragique en trois parties, tandis que la quatrième était un drame satyrique, pièce comique avec un choeur de satyres. Les seconds ne livraient chacun qu'une comédie. Ces pièces d'ailleurs étaient assez courtes. La trilogie d'Eschyle que nous possédons (Agamemnon, Chœ'phores, Euménides) compte en tout 3796 vers, et les comédies d'Aristophane ont en moyenne 1400 vers. Les poètes étaient choisis pour les Dionysies par l'archonte éponyme et pour les Lénéennes par l'archonte-roi. Chacun d'eux recevait du magistrat une troupe de choristes et des acteurs. Un citoyen riche était chargé de recruter le chœur, de le faire instruire, de l'habiller, de le payer. L'État se contentait d'allouer une rétribution au poète et aux acteurs. Les répétitions étaient dirigées par le poète, qui parfois, comme Sophocle, tenait un rôle dans la pièce.
Un théâtre grec comprenait trois parties principales: l^ le OiaTpov proprement dit, où siégeaient les spectateurs ; 2° l'ôp- ■/riGTooL, où évoluait le chœur; 5^ le XoyeTov, où se trouvaient les acteurs. Le ôéaTpov se compose d'un certain nombre de gradins disposés en demi-cercle et adossés au penchant d'une colline. L'hémicycle est divisé en sections par des escaliers qui rayonnent de bas en haut et aussi par de larges couloirs transversaux. L'orchestre est un plancher artificiel, qui couvre plus de la moitié du petit cercle intérieur. Les gradins et l'orchestre sont à ciel ouvert. Le Xoytlo'^ fait face à l'orchestre. Dans les ruines de théâtres qui nous restent, c'est une piate-forme en
pierre, haute de 12 pieds environ, ouverte dans la direction du théâtre, et fermée sur les trois autres faces. Comme le fond ordinaire des pièces grecques était un palais, l'arrière-plan représente d'ordinaire un édifice à trois étages, s'ouvrant sur la scène par trois ou cinq portes ; on croit que la scène était protégée par une légère toiture. Pendant longtemps le théâtre d'Athènes ne fut pas en pierre. A l'époque de Sophocle, les gradins supérieurs étaient taillés dans le roc ; les gradins inférieurs étaient des bancs de bois ; l'orchestre était un cercle pavé de blocs de marbre, et la scène était en bois. Le théâtre en maçonnerie qui existe encore aujourd'hui ne fut terminé que vers 330 av. J.-C.
Platon affirme qu'il y avait païfois jusqu'à 30000 spectateurs. Tous les habitants d'Athènes, sauf les esclaves, étaient admis aux représentations ; les femmes elles-mêmes assistaient aux comédies, pourtant si licencieuses. Chacun payait sa place, à raison de deux oboles (0 fr. 52) pour la journée entière; les pauvres touchaient cette somme sur les fonds du trésor. La recette était encaissée par le fermier du théâtre. Les meilleures places étaient réservées aux magistrats, aux prêtres, aux étrangers de distinction, aux citoyens que l'on voulait particulièrement honorer. Des agents de police armés de bâtons maintenaient l'ordre. Le public applaudissait ou sifflait. Quand un chorège était généreux, il n'était pas rare qu'il distribuât aux spectateurs des figues, des friandises ou d'autres menus cadeaux.
Les décors étaient aussi peu compliqués que dans nos pièces du xvii^ siècle. Généralement ils servaient pour toute la tragédie et pour toute la comédie. Quand un changement était nécessaire, comme dans VAjax de Sophocle, nous ignorons la manière dont on procédait ; car il n'y a^ait pas de rideau. Peut-être se bornaiton à faire tourner sur leur axe les écrans mobiles (TcepiaxTot) qui supportaient les décors. On employait certaines machineries, sinon pour produire une illusion complète, du moins pour faciliter l'intelligence de la pièce. 1** L'iyJcuxXTiuLa était une petite scène montée sur roues, qui amenait devant le public des personnages que l'on supposait placés dans l'intérieur d'une maison. Ainsi dans VAgamemnon d'Eschyle, Clytemnestre ne tuait pas Agamemnon et Cassandre sur la scène ; mais, après le
meurtre, leurs corps e'taient porte's hors du palais sur reyxuxXviaa. 2** Les fantômes (Perses d'Eschyle) s'élevaient de dessous la scène, soit par un escalier dissimulé, soit par une trappe. 5** Les personnages qui s'élevaient vers le ciel ou qui en descendaient (Médée d'Euripide, 0/seai/a?d^Aristophane) prenaient place sur une plate-forme mise en mouvement par une corde et une poulie. 4** Le x£pauvo(jxo7reïov était une combinaison de miroirs destinés à projeter des rayons qui imitaient les éclairs. 5<* Le ppovre^ov était un baril plein de pierres que l'on roulait sur une plaque de métal pour reproduire le bruit du tonnerre.
Tous les rôles, même ceux des femmes, étaient joués par des hommes. Les acteurs tragiques avaient des chaussures très épaisses et de hautes perruques; leurs costumes étaient rembourrés pour leur donner plus d'ampleur. Les rois et les reines portaient une tunique à manches (yrtroiv) qui descendait jusqu'aux pieds. Cette tunique était ornée de bandes de couleurs très vives pour les personnages heureux \ pour les fugitifs et les mrflheureux, la couleur était grise, verte ou bleue; pour le deuil, elle était noire. Les femmes avaient quelquefois une traîne. Euripide fit paraître quelques-uns de ses héros avec un chiton en haillons; mais il en fut blâmé. Le vêtement de dessus était une sorte de châle, habituellement de couleur vive. Les dieux et les déesses se distinguaient par leurs insignes (égide, caducée, trident, etc.). Les devins avaient un tricot de laine ; les chasseurs, un châle de pourpre enroulé autour du bras gauche. Les acteurs, embarrassés par leurs chaussures, s'appuyaient souvent sur un bâton. Les choristes n'avaient pas de chaussures élevées, ni probablement de masques; leur chiton était court; leur himation était un châle carré ou oblong jeté sur les épaules ; la couleur et la qualité de ces vêtements étaient en rapport avec la condition des individus qu'ils reurésîentaiept — T. p. costume de la comédie était à peu
Acteur Irngique.
près celui de la vie ordinaire, sauf que la poitrine et le ventre des acteurs étaient rembourrés d'une manière grotesque à l'aide de coussins. Les choristes étaient habillés diversement, suivant la composition du chœur. Les Oiseaux d'Aristophane avaient des ailes, les Guêpes des aiguillons, les Nuées de grands manteaux
ilottants. — Les masques étaient une partie importante de l'équipement des acteurs. Us figuraient certsôns types expressifs^ de sorte que si un personnage passait tout à coup du bonheur au malheur, de la joie à la tristesse, H devait changer de masque pendant le cours de la pièce. Les masques étaient en écorce, et plus communément en toile ; l'ouverture de la bouche était énorme et disposée, semble-t-il, de manière à entier la voix. Le masque tragique était surmonté d'une épaisse perruque ; le masque comique était moins haut.
Les représentations terminées, une commission de dix membres tirés au sort parmi les citoyens les plus compétents décernait le prix au poète tragique et au poète comique dont les pièces avaient été jugées les meilleures. Primitivement ce prix était un bouc pour la tragédie, un panier de figues et une amphore de vin pour la comédie; plus tard, ce fut une couronne de lierre, qui lui était remise par l'archonte sur la scène, devant le public assemblé. Des prix étaient aussi donnés aux chorèges qui avaient le mieux fait les choses et aux acteurs qui avaient rempli le premier rôle dans les différentes pièces.
(D'après Gow, Minerva, trad. par Reinach, pp. 267 et suiv.)
Acteur comique.
2&. ^ — LE KUOOBUUBB »eL110fB
La fête d'Olympie avait lieu tous les quatre ans. C'était une fête mobile, comme la Pàque des chrétiens; elle se célébrait du onzième au quinzième jour de la hiéroménie, c'est-à-dire du mois sacré qui s'ouvrait avec l'apparition de la nouvelle lune la plus rapprochée du solstice d'été : elle tombait donc vers la fm de juin ou le commencement de juillet.
On informait les Grecs de la date par des messagers qui partaient d'Olympie et allaient par groupes jusqu'au fond de la mer Noire, jusqu'en Egypte et jusqu'aux colonies de l'Espagne. En même temps ces envoyés, appelés théores, proclamaient la trêve sacrée ou ékékheiria. Voici quelques articles de ce règlement : \^ Les hostilités seront suspendues par tous pays depuis le jour où aura été notifiée la hiéroménie. 2^ La contrée où est situé le sanctuaire de Zeus est inviolable pour tous les peuples qui i)rennent part aux fêtes. 3" Tout corps de troupes étrangères doit déposer les. armes en entrant sur le territoire éléen. 4** La malédiction du dieu frappera tous ceux qui chercheraient à s'emparer de ce territoire ou n'auraient pas secouru les Éléens contre des ennemis sacrilèges. 5<> Une amende de deux mines par soldat sera infligée à tous ceux qui violeraient la trêve. 6° En cas de refus de payement, les coupables seront frappés d'excommunication. 7<* La malédiction et l'amende seront le châtiment de quiconque violenterait un voyageur se rendant à Olympie pour la fête.
En principe, tous les pèlerins étaient considérés comme les hôtes de Zeus. Mais, dans le nombre, quelques-uns recevaient un accueil privilégié. C'étaient, par exemple, les hôtes publics d'Olympie, les députés des villes qui avaient conclu avec l'Étal éléen un contrat d'hospitalité, enfin les théores, chargés officiellement par leur cité d'offrir un sacrifice à Zeus. Tous ces personnages étaient l'objet d'égards spéciaux, et, si on ne les logeait pas tous, on les nourrissait du moins au prytanée. Quant aux simples pèlerins, ils se tiraient d'aflaire comme ils pouvaient
Beaucoup étaient venus à pied, comme Socrate * ; d'autres débarquaient à l'embouchure de TAlphée et remontaient le fleuve. Quelques-uns se faisaient héberger chez un ami ; mais la plupart des pauvres dormaient à la belle étoile, et l'on y dort très bien là-bas en cette saison. Les bourgeois avaient voyagé à cheval ou
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ilWw ou enceinte sacrée d'Olympîe.
en équipage ; ils apportaient une tente et campaient aux bords de TAiphéc, tout autour de l'enceinte, même dans l'Altis. Le long des cliemins et des murs d'enceinte s'alignaient les baraques en bois où nichaient des marchands de toute sorte; car les jeux fournissaient l'occasion d'une grande foire. Un détail donnera ridée du nombre des pèlerins. Le stade pouvait recevoir au moins 40 000 personnes, et les hommes seuls assistaient à ces spectacles. 11 semble que les jeunes filles étaient autorisées à circuler
4. Quand on ne se pressait pas, il fallait cinq ou six jours par aller d'Athènes Olympie.
dans l'Altis au moment des fêtes. Mais les femmes mariées en étaient exclues, sous peine de mort.
Les pèlerins ne manquaient pas de distractions. A tout moment retentissait la voix d'un héraut, qui proclamait un décret d'une ville étrangère, la dédicace d'une statue ou d'une couronne, un traité entre plusieurs États ; on profitait de la présence de cette foule internationale pour publier les actes importants de la vie publique ou privée.
Malgré la chaleur accablante, des bandes de pèlerins s'agitent dans tous les sens. On s'aligne devant le grand autel pour contempler un sacrifice, on se range pour laisser passer une procession, on court aux jeux, on visite les temples, et l'on s'extasie devant le Zeus de Pliidias, on passe surtout en revue les vieux monuments embellis par la légende, on va dans la salle d'Écho, pour entendre les murs répéter sept fois la même parole, on admire les ex-voto, principalement ceux qui rappellent la patrie, on recueille avidement les explications des exégètes, qui débitent les pages de leurs catalogues descriptifs.
C'est aux fêtes olympiques que la vanité humaine tient ses grandes assises. On y voit accourir les gens célèbres ou les ambitieux. Après les guerres Médiques, Thémistocle y parade, et sa présence cause bien des distractions pendant les cérémonies. Les philosophes Anaxagore, Socrate, Aristippe, Diogène, y édifient la foule par leurs aimables sermons, ou la scandalisent par leur fantaisie cynique. Dans le stade, on aperçut souvent Pythagore et Platon, d'autant plus passionnés pour les luttes qu'eux-mêmes dans leur jeunesse y avaient remporté des prix. Des orateurs, Gorgias, Lysias, Démosthène, viennent ici se donner en spectacle, et souvent offrir à la Grèce réunie un échantillon de leur talent. Les poètes, Pindare, Simonide et bien d'autres, y cherchent une inspiration et peut-être des clients.
Aux grands hommes se mêlent les charlatans, que suit l'admiration respectueuse des badauds. Le plus original fut peut-être Ménécrate, ce médecin de Syracuse qui, avant de guérir ses malades, leur faisait signer l'engagement de l'accompagner partout et de lui otéir en tout. Un jour, aux grands jeux, on vit arriver, en chair et en os, le divin cortège des Olympiens. En «DiiuuD. - Lect. hisi , 5*. ^ 9' '^^d by Goqgle
tête marchait Zeus, vêtu d'une robe de pourpre, armé d'un sceptre, la tête écrasée sous une couronne d'or ; derrière lui se poussait la sainte cohue des dieux, Apollon, Hermès, Héraclès, Asdépios, avec leurs attributs consacrés. C'était le docteur de Syracuse et ses malades.
Mais le plus sérieux attrait de la fête, c'étaient les cérémonies du culte et les jeux.
Chacun, suivant ses ressources, apportait son offrande. Tandis que les riches immolaient des hécatombes, les dévotions plus modestes se contentaient d'un mouton, d'un chevreau, de gouttes de vin, de grains d'encens. D'après les règles, les divinités d'Olympie n'accueillaient directement que les citoyens de l'Élide. Les étrangers devaient leur être présentés par un Éléen; ils devaient de plus payer une taxe spéciale. Mais d'ordinaire les plus pauvres ne reculaient pas devant ces obstacles. Aussi, du matin au soir, les dévots entouraient les autels, où fumaient le vin, les liqueurs prfumées et le sang. Chacun avait ses dieux préférés, mais on était surtout désireux de sacrifier à Zeus, et on attendait patiemment son tour devant le grand autel. C'était là, en tout cas, une obligation pour les théores des cités. Les délégations s'avançaient dans leurs costumes de fêtes, en robes blanches brodées d'or, dont les bandes de pourpre se jouaient au vent. Derrière le chef de la mission, des jeunes gens de famille noble et des esclaves portaient les objets du culte et les offrandes ou poussaient la victime. Suivant les cas, le proxène de chaque cité ou les magistrats d'Élis présentaient au dieu l'archithéore, (jui se prosternait, entonnait un hymne et donnait le signal de la cérémonie. Quand les sacrificateurs avaient brûlé les cuisses de la victime et que les devins avaient rendu un oracle, la procession s'éloignait pour implorer quelque autre dieu ou se mêler à la foule.
La fête occupait cinq journées. Le deuxième, le troisième et le quatrième jour étaient affectés aux jeux du stade et de l'hippodrome. Jusqu'au temps de l'empire romain, les concours musicaux et littéraires n'eurent point de place officielle aux assemblées d'Olympie. Toutefois les arts s'y glissèrent par l'initiative privée. Les savants y faisaient connaître leurs inventions nou-
velles. Souvent des peintres y exposaient leurs œuvres. Poètes, orateurs, philosophes, historiens péroraient ou lisaient leurs ouvrages sur les marches des portiques ou des temples, de préférence à rentrée de Topisthodome du temple de Zeus. C'est à Olympie qu'Hérodote fonda sa réputation. Des rapsodes déclamaient des épisodes d'Homère, d'Hésiode, des poèmes d'Empédoclc. Plusieurs odes de Pindare, de Simonide, de tous les chanteurs habituels des victoires olympiques, furent exécutées pendant ces fêtes, avec danse et musique. Les rhéteurs connus venaient là prononcer des discours qu'on appelait olympiques ou panégjTiques. La politique se glissait même dans le pèlerinage. Isocrate y exposa le rôle de Philippe de Macédoine dans le monde grec. Lysias y exhorta les Grecs réunis, tantôt à tourner leurs forces contre la Perse, tantôt à renverser Denys de Syracuse et à délivrer la Sicile.
(Laloux et Monceaux, Restauration il Olympie, pp. 177 et suiv.)