UNE SÉANCE DE l'aSSEMBLÉë ATHÉNIENNE
Dans ce passage, Euripide, sous prétexte de décrire l'Assemblée d'Argos réunie pour juger Oreste, trace le tableau d'une- séance de l'Assemblée populaire d'Athènes.
« Je venais des champs, et, par hasard, j'étais entré dans la
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ville.... Je vois la foule arriver et prendre place sur la colline, oïl, le premier, dit-on, Danaos re'unit une assemblée publique. A la vue de cette foule, j'interroge un citoyen : a Que se passe-t-il « à Argos? Est-ce une nouvelle venue de l'ennemi, qui met ainsi « en e'moi la ville de Danaos? — Ne vois-tu pas, me re'pond-il, (( Oreste qui s'avance, pour soutenir une lutte contre la mort dont « il est menacé? » Alors, en effet, s'offre à mes yeux un spectacle inattendu, que j'aurais voulu ne jamais voir : Pylade et Oreste marchent ensemble; l'un est abattu, e'puisé par la maladie; l'autre partage en frère les douleurs de son ami. Quand l'Assemblée des Argiens est au complet, un héraut se lève et dit : « Qui ({ veut parler? Il s'agit de décider si Oreste doit périr ou non, pour « avoir tué sa mère. » Là-dessus se lève Talthybios. Toujours du parti des puissants, il prononce un discours ambigu : il entremêle l'éloge et le blâme, vantant Agamemnon, mais accusant Oreste d'avoir établi à l'égard des parents un précédent fâcheux ; et en même temps il ne cessait de caresser du regard les amis d'Égisthe.... Après lui parle le roi Diomède : il ne veut pas qu'on mette à mort Oreste, mais qu'on observe la loi religieuse, en le condamnant à l'exil. Son discours est accueilli par des murmures d'approbation et de blâme. Ensuite se lève un bavard effréné, puissant par son audace, Argien sans être d'Argos, un intrus dans la cité, qui compte sur le tapage, sur l'intempérance inculte de sa langue, et qui pourrait sans doute encore jeter la république dans quelque malheur. Car, lorsqu'un homme dont la parole est agréable et l'esprit pervers persuade la multitude, c'est un grand fléau pour la cité. Mais ceux qui ne lui donnent que de bons conseils, inspirés par la sagesse, servent utilement sa cause, sinon dans le présent, au moins dans l'avenir. ... Cet homme disait donc qu'il fallait lapider Oreste ; c'est Tyndare qui le poussait à parler ainsi. Mais voici qu'un autre se lève et soutient un avis contraire. 11 n'est pas beau ; mais c'est un homme de coeur, fréquentant peu la ville et les Assemblées, un de ces travailleurs des champs qui seuls sauvent leur pays, habile pourtant, quand il lui plaît, aux luttes de la parole, intègre, irréprochable dans sa vie. Il proposa de couronner Oreste, le fils d' Agamemnon, pour avoir voulu venger son père en tuant une ferame^erfide et
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impie.... Les honnêtes gens jugèrent qu'il avait raison, et personne ne parla après lui.... La victoire resta cependant à ce méchant démagogue qui deniandait la mort d'Oreste. »
(Euripide, Oreste, vers 866 et suiv.; trad. Hinstin.)