UN HOMME d'ÉTAT AU V« SIÈCLE : PÉllICLÈS
(( Tout le temps que Pe'riclès fut à la tête de TÉtat pendant la paix, il gouverna avec modération : il sut le garder contre les périls, et sous cette direction, Athènes devint très grande. Quand la guerre (du Péloponnèse) eut éclaté, il est évident que là aussi il eut, pour l'avenir, le juste sentiment de la force de sa patrie ; et lorsqu'il fut mort, on rendit encore plus complètement justice à sa prévoyance au sujet de la guerre. . . . Puissant par sa considération et par son intelligence, et à l'abri de tout soupçon de vénalité, il maintenait la foule libéralement; il la menait, au lieu d'être mené par elle, parce que, ne devant pas son pouvoir à des moyens illégitimes, il ne la flattait pas dans ses discours, mais pouvait par son autorité la contredire même avec force. Quand il voyait les Athéniens se livrer à une confiance déplacée c\ insolente, il les maîtrisait par sa parole et les frappait de crainte. Cédaient-ils à des frayeurs insensées, il relevait leur courage et les ramenait à la confiance. Il y avait donc à Athènes de nom, la démocratie ; de fait, l'autorité suprême du premier des citoyens. Mais les hommes qui vinrent après lui, plus égaux entre eux et désirant tous le premier rang, se mirent à abandonner les affaires aux caprices du peuple. De là vinrent bien des fautes. »
(Thucydide, II, 65; trad. par J. Girard.)