DÉFAUTS DE L\ DÉMOCRATIE ATHÉNIENNE
« Nous excellons dans l'action comme dans la parole ; et nous avons si peu de tête que, dans la même journée, sur la même affaire, nous n'avons plus la même opinion. Ce que nous condamnions avant d'aller à l'Assemblée, nous le votons, une fois réunis ; et puis, un instant après, ce que nous venons de voter ici, à peine séparés, nous le blâmons de nouveau. Nous qui nous flattons d'être les plus sages des Grecs, nous prenons pour conseillers des gens que tout le monde méprise; et ce sont eux que nous rendons maîtres absolus des affaires publiques, alors qu'aucun de nous ne voudrait leur confier aucune de ses affaires privées. Mais voici ce qu'il y a de plus déplorable : ceux que, tout d'une voix, nous déclarerions les plus pervers des citoyens sont pour nous les plus fidèles gardiens de la cité. Nous jugeons les métèques d'après les patrons qu'ils choisissent, et nous ne réfléchissons pas qu'on nous jugera nous-mêmes d'après les hommes qui nous gouvernent. Et combien nous différons de nos ancêtres! Us prenaient les mêmes chefs pour la république et pour l'armée* : celui qui du haut de la tribune peut donner les meilleurs conseils leur paraissait aussi capable de prendre les meilleures résolutions le jour où il serait livré à lui-même. Nous, au contraire, nous jugeons indignes des fonctions de stratège, comme étant dénués d'intelligence, des hommes dont nous suivons les avis dans les questions les plus graves ; et d'autres, que nul ne voudrait consulter sur ses intérêts privés ni sur les intérêts publics, nous les envoyons au dehors avec une autorité absolue, comme si, à l'armée, ils devaient être plus avisés et plus capables de prendre un parti sur les affaires de la Grèce entière qu'ici même, sur les affaires d'Athènes ! »
(Isocrate, Discours sur la paix, 52 et suiv. ; trad. Hinstin.)
1. Cela veut dire que les stratèges, charges de commander l'armée en temps de guerre, étaient en temps de paix les chefs du gouvernement. Au i\* siècle, les stratèges n'avaient plus que des attributions militaires, et la politique athénienne était dirigée par les orateurs, c'est-à-dire par des individus qui, souvent sans mandat officiel, exerçaient par leur parole le plus d'inlluencc sur l'Assemblée.