RITES RELIGIEUX DU MARIAGE
Le mariage était la cérémonie sainte qui avait pour effet d'initier la jeune fille au culte de sa nouvelle famille. Il est habituel aux écrivains grecs de lui appliquer des mots qui indiquent un acte religieux. Pollux dit que dans les anciens temps, au lieu de le désigner par son nom particulier, yam-oç, on le désignait simplement par le mot téXoç, qui signifie cérémonie sacrée, comme si le mariage avait été la cérémonie sacrée par excellence.
Cette cérémonie n'avait pas lieu dans un temple; elle était accomplie dans la maison, et c'était le dieu domestique qui y présidait. A la vérité, on invoquait aussi les dieux du ciel dans les prières; on prit même l'habitude de se rendre préalablement dans
des temples et d'offrir h, ces dieux des sacrifices que Ton appelait les préludes du mariage (TcpotéXeia, irpoYàjxia) Mais la partie principale et essentielle de la cérémonie devait toujours s'accomplir devant le foyer domestique.
Le mariage se composait, pour ainsi dire, de trois actes. Le premier se passait devant le foyer du père, iffur^cTi^; le troisième au foyer du mari, réXoç; le second était le passage de l'un à l'autre, irouici^.
i<» Dans la maison paternelle, en présence du prétendant, le père, entouré ordinairement de sa famille, offre un sacrifice. Le sacrifice terminé, il déclare, en prononçant une formule sacramentelle, qu'il donne sa fille au jeune homme. Cette déclaration est tout à fait indispensable au mariage. Car la jeune fille ne pourrait pas aller tout à l'heure adorer le foyer de l'époux, si son père ne l'avait pas préalablement détachée du foyer paternel. Pour qu'elle entre dans sa nouvelle rehgion, elle doit être dégagée de tout lien et de toute attache avec sa religion première.
2^ La jeune fille est transportée k la maison du mari. Quelquefois c'est le mari lui-même qui la conduit. Dans certaines villes, la charge d'amener la jeune fille appartient à un de ces hommes qui étaient revêtus d'un caractère sacerdotal et qu'ils appelaient hérauts. La jeune fille est ordinairement placée sur un char; elle a le visage couvert d'un voile et porte sur la tête une couronne ; la couronne était en usage dans toutes les cérémonies du culte. Sa robe est blanche : le blanc était la couleur des vêtements dans tous les actes religieux. On la précède en portant un flambeau; c'est le flambeau nuptial. Dans tout le parcours, on chante autour d'elle un hymne religieux, qui a pour refrain :*û Tjjltjv, <L TfjLévaie. La jeune fille n'entre pas d'ellemême dans sa nouvelle demeure. U faut que son mari l'enlève, qu'il simule un rapt, qu'elle jette quelques cris et que les femmes qui l'accompagnent feignent de la défendre. On veut sans doute marquer par là que la femme qui va sacrifier à ce foyer n'y a par elle-même aucun droit, qu'elle n'en approche pas par l'effet de sa volonté, et qu'il faut que le maître du lieu et du dieu l'y introduise par un acte de sa puissance. Après cette lutte simulée, l'époux la soulève dans ses bras et lui fait franchir
la porte, mais en ayant bien soin que ses pieds ne touchent pas le seuil.
30 Ce qui précède n est que Tapprèt et le prélude de la cérémonie. L'acte sacré va commencer dans la maison On approche du foyer ; Tépouse est mise en présence de la divinité domestique. Elle est arrosée d'eau lustrale; elle touche .le feu sacré. Des prières sont dites. Puis les deux époux se partagent un gâteau, un pain, quelques fruits. Cette sorte de léger repas qui commence et finit par une libation et une prière, ce partage de la nourriture vis-à-vis du foyer, met les deux époux en communion religieuse ensemble, et en communion avec les dieux domestiques.
(Fustel de Coulanges, la Cité antique, pp. 43-45; 7«édit.)