‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 202 sur 300 · LA ROYAUTÉ A SPARTE · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ A SPARTE

Les rois étaient au nombre de deux; ils se succédaient dans deux familles distinctes, qui descendaient d'Héraclès, et qui presque toujours étaient en rivalité. Les Spartiates entretenaient de leur mieux ce désaccord, afin de diminuer l'autorité réelle de leurs rois, dont ils se défiaient singulièrement.

Les anciens étaient frappes du prestige dont on les entourait. « Si l'on fait un sacrifice public, dit Hérodote, ils ont au festin la première place; on les sert les premiers, et ils ont double part. Ils commencent les libations et ils reçoivent les peaux des victimes immolées. A la nouvelle lune et le septième jour du mois, l'État leur donne à chacun une victime sans défaut pour l'offrir à Apollon, et un médimne de farine et du vin. Dans les jeux, ils ont un siège d'honneur. Ils consultent par des individus de leur choix l'oracle de Delphes et ils ont la garde des oracles rendus.... A leur mort, on expédie des courriers qui annoncent la nouvelle dans toute la Laconie; les femmes parcourent les villes, en frappant des chaudrons ; dans chaque famille, deux personnes libres, un homme et une femme, doivent prendre le deuil, sous peine d'une forte amende. De toute la contrée, beaucoup accourent aux funérailles, et s'y livrent à d'immenses lamentations, en se donnant de grands coups. Si un roi meurt à la guerre, on expose sa statue sur un lit orné de belles couvertures; pendant dix jours, on suspend les assemblées et les tribunaux, et on demeure dans le deuil. » (VI, 57-58.) Les Spartiates, ajoute Xénophon (Gouvernement des Lacédémoniens, XV, 9), veulent montrer par là « qu'ils honorent leurs souverains, non comme des hommes, mais comme des demi-dieux ».

Tous ces usages s'expliquent par le caractère religieux dont les rois à Sparte et partout ailleurs étaient revêtus. Mais leur pouvoir politique n'était pas très considérable, et il ne cessa de diminuer avec le temps. Ils parlaient à l'Assemblée, sans la présider ; ils siégeaient au Sénat , mais ils n'avaient chacun qu'une voix. S'ils acquéraient quelque influence dans le gouvernement, comme Agésilas, ils le devaient moins à leurs attributions propres qu'à leurs qualités personnelles. Ils étaient puissants, s'ils réussissaient à gagner les éphores et le Sénat; sinon, ils étaient sans force.

Us étaient les commandants naturels de l'armée, et c'étaient eux d'ordinaire qui conduisaient les expéditions militaires. Mais on leur adjoignait deux éphores, qui, sans avoir le droit de leur faire aucune observation, notaient tout ce qu'ils voyaient. A partir de la guerre du Péloponnèse, on institua à côté d'eux un con-

seil, dont ils devaient suivre les avis. Enfin, qu'un ordre secret venu de Sparte les rappelât, il fallait aussitôt obéir.

Tous les mois, ils renouvelaient le serment « de régner con formément aux lois établies ». Tous les neuf ans, les éphores pouvaient, sous prétexte de quelque présage céleste, suspendre un roi de sa charge, jusqu'à ce que l'oracle de Delphes ou d'Olympie eût déclaré s'il était digne de l'exercer. Ils pouvaient en tout temps lui infliger une amende; c'est ce qu'ils firent à l'égard d'Agésilas, pour le punir de sa popularité. Les rois avaient à rendre compte de tous leurs actes. On les citait volontiers en justice, et l'on en vit plusieurs destitués, exilés, ou mis à mort pour des raisons politiques.

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