‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 204 sur 300 · LUTTES DES PARTIS EN GRÈCE · texte numérisé non relu

LUTTES DES PARTIS EN GRÈCE

Pendant la guerre du Péloponnèse, a des luttes s'élevèrent dans toutes les villes entre les démocrates, qui appelaient les Athéniens, et les partisans de l'oligarchie, qui appelaient les Lacédémoniens.... Comme les deux partis trouvaient dans cette double alliance le moyen de nuire à leurs ennemis, et, du même coup, de s'accroître eux-mêmes, ces insurrections devinrent une ressource toute prête pour les esprits remuants et ambitieux. Ces troubles amenèrent pour les cités des maux nombreux et terribles, qui ont existé et qui existeront toujours, tant que la nature humaine sera la même, mais qui sont plus ou moins violents suivant les cas et les circonstances.... Les États étaient don*, divisés par les séditions, et l'expérience des premiers, profilant aux autres, les poussait aux derniers excès et aux inno-

valions les plus hardies, soit dans l'habileté des agressions, soit dans l'atrocité des vengeances. Chacun alors changea, par abus dans l'application, le sens ordinaire des mots. L'audace inconsidérée s'appela dévouement courageux au parti; la lenteur prévoyante devenait une lâcheté déguisée; la modération, une marque de la timidité; et, quand on était prudent en tout, c'est qu'on n'était capable de rien. Se précipiter en furieux, c'était vraiment être homme; mais tenir compte de sa sûreté dans un projet d'attaque, c'était chercher un prétexte pour reculer.... Les liens de parti devinrent plus étroits que ceux de famille, parce qu'on trouvait dans son parti plus de promptitude et de détermination.... On aimait mieux venger une insulte que de ne l'avoir pas reçue. Les serments de réconcilialion, quand on était contraint d'en faire, n'avaient de force qu'au moment même où on les prêtait en désespoir de cause. Mais, à la moindre occasion, celui qui avait repris courage le premier, voyant l'autre sans méfiance, éprouvait plus de plaish* à lui nuire au moyen de la foi jurée qu'à l'attaquer ouvertement.... La cause de tous ces maux fut le désir du pouvoir excité par l'avidité et l'ambition ; et de là vint, une fois les querelles engagées, l'ardeur des partis. En eflet, les chefs de cités, mettant en avant les beaux noms d'égalité politique ou de sage aristocratie, sous prétexte de veiller aux intérêts de la patrie, faisaient d'eux le prix de leur rivalité. Luttant par tous les moyens pour obtenir la victoire, ils osèrent se porter aux plus grands excès.... Quant aux citoyens modérés, ils étaient victimes des deux factions.

(Thucydide, III, 82-85; trad. par J. Girard.)

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