‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 205 sur 300 · MASSACRES A CORCYRE (425 AV. J.-C · texte numérisé non relu

MASSACRES A CORCYRE (425 AV. J.-C

(( Durant sept jours que la flotte athénienne fut à Corcyre, les Corcyréens massacrèrent tous ceux qu'ils regardaient comme ennemis de la démocratie. Quelques-uns furent victimes d'inimitiés privées; des créanciers furent tués par leurs débiteurs. La mort parut sous mille formes.... Le père tuait son fils: on arrachait des asiles sacrés les suppliants, ou on les égorgeait au

pied des autels. Plusieurs périrent murés dans le temple de Dionysos. »

Six cents échappèrent au carnage, et réussirent à s établir sur un point fortifié d'où ils exercèrent leurs ravages dans toute la campagne. A la longue pourtant, ils durent capituler, étant attaqués à la fois par les démocrates de la ville et par les Athéniens. Il fut convenu qu'ils seraient transportés dans un îlot voisin, en attendant qu'on les expédiât à Athènes, où l'on se prononcerait sur leur sort.

« Les démocrates de Corcyre, craignant que les Athéniens ne leur laissassent la vie sauve, imaginèrent un stratagème. Ils envoyèrent sous main des hommes dévoués qui, avec un faux-semblant de bienveillance, dirent aux prisonniers que ce qu'ils avaient de mieux à faire était de s'évader au plus vite sur un navire qu'on tiendrait à leur disposition. Ceux-ci donnèrent dans le piège. Mais les mesures étaient prises pour que leur bâtmient fût capturé à son départ. Dès lors la convention était rompue. Les Corcyréens n'eurent pas plus tôt ces hommes en leur puissance, qu'ils les enfermèrent dans un grand local, d'où on les retirait vingt par vingt, garrottés deux à deux, à travers une double haie d'hoplites, qui les frappaient ou les piquaient, à mesure qu'ils reconnaissaient un ennemi. A leurs côtés étaient des individus armés de fouets pour presser leur marche. Soixante furent ainsi extraits et tués à l'insude leurs compagnons de captivité. Les autres croyaient qu'on les transférait ailleurs, mais on les détromp. Mieux informés, ils invoquèrent les Athéniens, les conjurant do les tuer eux-mêmes, s'ils le voulaient. Ils déclarèrent qu'ils ne sortiraient plus, et qu'ils empêcheraient personne d'entrer. Les Corcpéons n'eurent garde de forcer les portes; mais ils escaladèrent le toit, y firent des trous, et jetèrent à l'intérieur des Hoches et des tuiles. Les prisonniers s'abritaient de leiur mieux. Quelques-uns se donnaient eux-mêmes la mort. Ils s'enfonçaient dans le gosier les flèches qu'on leur avait lancées; ils s'étranglaient avec les sangles des lits qui se trouvaient là, ou avec les lambeaux de leurs vêtements déchirés. Pendant la plus grande partie de la nuit qui recouvrit cette scène de carnage, tout fut mis en œuvre, de part et d'autre, pour donner ou recevoir la

mort. Le jour venu, on empila les cadavres sur des charreltes, et on les transporta' hors de la ville. On réduisit en esclavage les femmes qui avaient été prises. »

(Thucydide, III, 81 et 85; IV, 4648; trad. Bëtant.)

Page 1