UN TYRAN GREC DU. SECOND SIECLE AV. J.-C
Nabis, tyran de Sparte, exilait les hommes les plus distingue's par leur richesse ou par l'illustration de leurs ancêtres, et il distribuait leurs biens et leurs femmes à ses principaux partisans et à ses mercenaires, tous assassins et voleurs. Ces derniers, chassés de leurs patries à cause de leurs impiétés et de leurs crimes, accouraient de partout auprès de lui. Il était leur ,patron et leur roi; il faisait d'eux ses satellites et ses gardes du corps, et il fondait sur eux une réputation d'impiété et une puissance qui fut inébranlable. Il ne se contentait pas de bannir les citoyens ; il s'arrangeait encore pour que, même au dehors, ils ne trouvassent aucun lieu sûr, aucune retraite paisible. Les uns étaient massacrés sur les routes par ses émissaires; d'autres étaient rappelés d'exil pour être mis à mort; enfin, dans les villes où ils résidaient, il faisait louer les maisons voisines des leurs par des individus qui n'inspiraient point de défiance, et il y envoyait des Cretois, qui par des ouvertures pratiquées dans les murs et par les fenêtres les perçaient de flèches, soit qu'ils fussent debout ou couchés. Il n'y avait en somme aucun endroit où l'on pût se réfugier, et la plupart des Lacédémoniens expulsés périssaient ainsi.
11 inventa une espèce de machine, qui représentait une femme couverte de beaux vêtements, et semblable à sa propre femme. Quand il mandait quelques citoyens pour leur soutirer de l'argent, il leur parlait d'abord avec amabilité.... Si on se laissait toucher par ses discours, il n'allait pas plus loin. Si l'on résistait, il ajoutait : « Peut-être n'ai-je pas le talent de te persuader; mais je présume qu'Apéga y réussira mieux. » C'était là le nom de sa femme. Alors l'image dont j'ai parlé apparaissait. Nabis, la prenant par la main, la levait de son siège; puisjl saisissait
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rhornme, et l'amenait tout doucement vers la poitrine de la statue, dont les bras, les mains et les seins étaient garnis de clous en fer cachés sous ses habits. Il appuyait les mains du patient sur le dos de la femme, et l'attirant par quelque ressort, il le serrait peu à peu contre le sein de la prétendue Apéga, si bien qu'il l'obligeait par ce supplice à dire tout ce qu'il voulait. Il était intéressé dans les pirateries des Cretois. Il répandait dans tout le Péloponnèse des meurtriers, des détrousseurs de grand chemin, des voleurs de temples; il prenait sa part de leurs rapines, et il leur ménageait dans Sparte un asile assuré....
(Polybe, XIII, 6-8.)