LA JUSTICE ARISTOCRATIQUE
- Les premiers tribunaux eurent un caractère aristocratique. D'abord les rois avaient le pouvoir de juger; ils tenaient des dieux cette prérogative, comme celle de gouverner. Ce droit appartenait aussi aux hommes nobles et riches, de préférence aux plus âgés d'entre eux. Us siégeaient généralement sur la place publique, et la foule était debout autour d'eux, sans se gêner d'ailleurs pour exprimer tout haut ses sentiments. Les lois n'étaient pas encore écrites. Ce n'étaient guère que des coutumes qui se transmettaient oralement et dont la haute classe avait à peu près seule le secret. Il résulte de tout cela que la classe inférieure trouvait cette justice parfois peu équitable. Hésiode se plaint souvent de ces « mangeurs de présents » , qui se laissent corrompre pour rendre des sentences iniques. 11 insiste sur le mal qu'ils font aux justiciables et à la cité tout entière; il les menace de la colère des dieux; et il s'efforce de leur démontrer qu'ils sont eux-mêmes intéressés à bien juger; preuve certaine que les institutions n'offraient aux gens de sa condition aucune garantie contre eux.
Ce fut un grand progrès, lorsque les lois furent rédigées et affichées en public. Il est impossible de déterminer l'époque précise où cette réforme fut accomplie. Nous savons seulement les noms de quelques-uns des législateurs qui s'en chargèrent : Dracon et Solon à Athènes (vii« et vi« siècles), Pittacos à Mylilène (vi« siècle), Zaleucos à Locres (vu* siècle), Charondas à Catane (vu* siècle). Quand les habitants dune cité connurent les lois que devaient appliquer les juges, ils furent un peu moins à leur merci. Mais, tandis que dans les Etats démocratiques on instituait en outre les jurys populaires, les États aristocratiques réservèrent le monopole de la justice à un petit nombre de magistrats. C'est ainsi qu'à Sparte, les procès civils ne cessèrent jamais d'être jugés par les rois ou par les éphores, et les procès criminels par le Sénat.