‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 210 sur 300 · ABSENCE DE MIIflâTÈRE PUBLIC · texte numérisé non relu

ABSENCE DE MIIflâTÈRE PUBLIC

Le trait caractéristique de la justice athénienne, c'est l'absence de ministère public. Il n'y avait pas de fonctionnaire investi du soin de poursuivre, au nom de la société, les auteurs des crimes et délits. Ce droit appartenait en principe à la partie lésée. Un individu qui avait été volé n'avait pas, comme chez nous, la ressource de rejeter sur un magistrat l'obligation de rechercher le voleur, de réunir les preuves de sa culpabilité et de porter la parole devant le tribunal. C'était le volé qui devait faire tout cela. II y avait des cas où ce droit était un devoir, par exemple dans les causes de meurtre. Comme il fallait que ces sortes de crimes fussent punis, et que d'autre part une coutume

d'origine très ancienne réservait aux parents de la victime le privilège de venger sa mort, ceux-ci e'taient tenus légalement de Texercer, sous peine d'être coupables à leur tour.

Dans les procès que l'on appelait ypacpai', le droit de poursui\Te était reconnu non seulement à la personne qui avait été blessée directement dans ses intérêts, mais encore à un citoyen quelconque. On pensait que ces procès intéressaient aussi la société tout entière, et on voulait que chacun eût la faculté de provoquer la répression de l'acte commis.

Cet usage amena un grave abus. Quelques individus, du nom de sycophantesy se donnèrent la spécialité de la délation. Il y avait bien des peines édictées contre eux. Ainsi le plaignant qui n'obtenait pas le cinquième des suffrages exprimés par les juges était frappé d'une amende de 1000 drachmes et perdait le droit d'intenter à l'avenir aucune poursuite de ce genre. Mais cette menace, souvent illusoire, intimidait peu les sycophantes, qui voyaient dans leur industrie un moyen d'attirer sur eux l'attention, de satisfaire leurs rancunes, ou de gagner de l'argent soit par le chantage, soit par le droit qu'ils avaient de revendiquer une partie de l'amende infligée à leur viclime.

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