‹ La vie privée et la vie publique des GrecsChapitre 211 sur 300 · LES SYCOPHANTES · texte numérisé non relu

LES SYCOPHANTES

Le sycophante (à Chrémyle et à Carion). — Vous êtes des misérables, je suis sûr que vous avez mon argent.

Chrémyle. — Ah! par Démèter, c'est un sycophante; quelle impudence !

Carion. — Il a la fringale, à coup sûr.

Le sycophante. — Tu vas me suivre à l'instant même sur la place publique, où les tortures de la roue t'arracheront l'aveu de tes forfaits.

Carion. — Ah! gare à toi!

L'homme de bien. — Par Zeus sauveur! quelle reconnaissance tous les Grecs auront à Phébus, s'il anéantit ces infâmes sycophantes !

Le sycophante. — Tu te moques de moi. Ah! ah! je le

dénonce comme complice. Où as-tu pris ce manteau neuf? Hier je t'en ai vu un tout usé.

L'hohme de bien. — Je ne te crains pas....

Le sycophante. — Les insolents I Mais vous ne m'avez pas dit, mes beaux railleurs, ce que vous faites ici; rien de bon, assurément.

Chrémyle. — Non, rien de bon pour toi, sois-en sûr.

Le sycophante. — Vous allez dîner à mes dépens, par Zeus !

Chrémyle. — Imposteur, puisses-tu crever, le ventre vide, toi et ton témoin !

Le sycophante. — Vous le niez; je gage, misérable, qu'il y a dans cette maison beaucoup de poisson salé et de viandes rôties. Ha! ha! haï haï (Il flaire.)

Chrémyle. — Sens-tu quelque chose, coquin?

L'homme de bien. , — Le froid peut-être; son manteau est si usé!

Lb sycophante. — De tels outrages se peuvent-ils souffrir, ô Zeus? 0 dieux! qu'il est cruel de me voir traiter ainsi, moi qui suis un si honnête homme, un si bon citoyen !

Chrémyle. — Toi, honnête homme! toi, bon citoyen I

Le sycophante. — Plus que personne.

Chrémyle. — Alil eh bien, réponds âmes questions.

Le sycophante. — Sur quoi?

Chrémyle. — Es-tu laboureur?

Le sycophante. — Me crois-tu si fou?

Chrémyle. — Marchand?

Le sycophante. — J'en prends le titre, à l'occasion.

Chrémyle. — Connais-tu quelque métier?

Le sycophante. — Non, certes.

Chrémyle. — Et de quoi vis-tu, si tu ne fais rien?

Le sycophante. — Je surveille les affaires publiques et privées.

Chrémyle. — Toi! et à quel titre?

Le sycophante. — Parce que cela me plaît.

Chrémyle, — Tu t'introduis comme un voleur là où tu n'as nul droit; chacun te déteste, et tu te prétends honnête homme?

Le sycophante. — Comment, imbécile, je n'ai pas le droit de me consacrer tout entier au service de la patrie?

Ghrémylr. — Sert-on la patrie par de viles intrigues?

Le sycophante. — On la sert en veillant au maintien des lois e'tablies, en ne permettant à personne de les violer.

Ghrémyle. — C'est le rôle des tribunaux; ils sont institue-, pour cela.

Le sycophahte. — Et qui accuse devant les juges?

Chrémyle. — Celui qui veut.

Le sycopiiajhte. — Eh bien I c'est moi qui suis l'accusateur; et ainsi toutes lès affaires publiques sont de mon domaine. (Aristophane, Plulus, 870 et suiv.; trad. Poyard.)

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